CENT TRENTE-CINQUIEME OBSERVATION
ÆArachnitis spinale légère. — Sérosité dans le canal vertébral. — Arachnitis de la convexité des hémisphères.
Pichonet, André-Louis, tailleur, âgé de seize ans, d’une assez faible constitution, éprouvait depuis plusieurs jours un torticoli, lorsque le 25 août, après s'être promené pendant toute une journée avec ses camarades, il rentra chez son père, se plaignant d’un violent mal de tête. Un médecin fut appelé, qui croyant reconnaître un embarras gastrique, prescrivit un vomitif qui détermina des évacuations copieuses par haut et par bas. Le lendemain, les mêmes symptômes continuant, un second émétique fut ordonné et \procura des évacuations comme la première fois; malgré ces moyens, les premiers symptômes persistèrent ; 1l s’y joignit un renversement de la tête en arrière, quelque gêne dans la déglutition et du délire ; on opposa en vain à ces symptômes une saignée de deux palettes ; enfin, les accidens faisaient à chaque instant de nouveaux progrès, le malade fut transporté à l’Hôtel-Dieu, le 4 septembre 1817 ; 1l était alors dans l’état suivant :
Face pale ; yeux un peu fixes ; décubitus sur le
dos; tête renversée en arrière, ne pouvant être fléchie ; la colonne vertébrale participant à cette roideur tétanique, on pouvait enlever le tronc tout d’une pièce, et sans qu'il se fléchit. La stupeur profonde où est plongé le malade, l’empéche de répondre aux questions qu’on lui fait; il entend cependant, car il üre la langue lorsqu'on le lui demande ; on voit alors qu'elle est sèche et rouge à sa pointe; point de tension du ventre ni de douleur à cette partie, pas même en y exerçant une forte pression ; pouls petit, fréquent ; respiration assez libre, peau sèche et brü- Jante. — Lim onade.
Le cinquième jour: imsomnie, pendant toute la nuit; mème état que la veille. — Infusion de camomille ; julep avec douze grains de camphre ; un bain tiède; deux sinapismes aux jambes. — Malgré tous ces moyens, il survient le soir un violent paroxisme.
Le sixième et le septième jour : même état, sauf le ventre qui devient un peu douloureux à la pression ; le malade ne peut avaler aucun médicament. — On lui applique six sangsues à Vanus, des sinapismes aux membres inférieurs ; on lui fait des fomentations sur l’abdomen avec. l'eau-de-vie camphrée ; il suce souvent des tranches de citron.
Le huitième jour : la langue perd de sa rau-
( 585 ) geur et de sa sécheresse, mais les autres sympiômes continuent avec la même intensité. — Eau de veau avec tamarin ; fomentation sur le ventre ; sinapismes aux pieds ; glace sur la tête. — Cette application de la glace reveille le malade, mais momentanément; les symptômes restent les mêmes. | Le neuvième jour : même état.
Le dixième jour : augmentation de tous les symptômes décrits au quatrième jour; face violette ; respiration ne se faisant qu’à de longs intervalles, et malgré cela, pouls toujours fort. Mort à onze heures du matin.
Ouverture du cadavre. — Taches violettes, recouvrant toute l’étendue du dos. Feinie rougeàtre de toute l’arachnoïde de la face supérieure du cerveau, offrant çà et là des traces d’un rouge plus foncé; pie-mère épaissie, injectée, infiltrée d'une sérosité sanguinolente, se détachant facilement du cerveau qui est un peu ramoihi, mais ne présente aucun foyer dans sa substance. Injeciion et épaississement marqué de l’arachnoïde des veniricules.
Dure-mère et arachnoïde rachidienne dans l’état naturel; moëlle épiniére ramollie; vaissceaux qui la recouvrent bien dessinés ; sérosité assez abondante dans la parte inférieure du canal vericbral. Muqueuse du larynx, surtout
celle qui s'étend de lépiglotte aux cartilages arythénoïdes , rouge et épaissie ; légère ulcération qui avait même dénudé Ie cartilage arythénoïde droit. Poumon droit hépatisé à son lobe supérieur; le ganche sain ainsi que le cœur; bronches un peu rouges à leur intérieur. Muqueuse de l'estomac rouge, surtout vers la grande courbure; duodénum et jéjunum sains : iléum recouvert de plaques rouges à l’extérieur, lesquelles répondent à de pareilles plaques existant sur la muqueuse. Quelques ulcérations commencçantes sur la valvule iléo-cécale. Cœcum fort injecté à son intérieur ; les ganglions mésentériques forment une espèce de chapelet le long du bord de l'intestin ; ils sont rouges à leur surface et à leur intérieur. La bile est diffluente. La vessie est peüte, revenue sur elle-même, et offre une assez grande épaisseur dans ses parois.
( Observation communiquée par le docteur Pétissier.)
256. Le torticoli qui est relaté dans cette observation, ne serait-il pas plutôt une douleur plus profonde, dépendante d’un commencement d'inflammation dans le canal vertébral, que ce qu'on entend par torucoli? Le malade aura-t-1l bien défini l’espèce de sensation qu'il éprouvait, et assigné son siége fixe et précis ? Nous ne pouvons rien assurer à cet égard; nous ne pouvons avoir que des présomptions qui ac-
uèrent cependant quelque valeur, lorsqu'on sait que cette douleur a co-existé avec un renversement complet de la tête et du tronc en arrière, que nous avons déjà vu chez plusieurs malades, et que nous retrouvérons encore d’une manière bien plus tranchée chez plusieurs auires, où ce renversement a été accompagné pendant tout le cours de la maladie, d’une douleur très- vive dans la région de la partie affectée. |
On n'a point trouvé, ilest vrai, d’inflammaüuon bien marquée de l’arachnoïde spinale ; mais à quoi attribuer l’injecuon des vaisseaux rachi: diens, et l'accumulation d’une quantité de sérosité dans le canal vertébral, si ce n’est à une 1irritation quelconque de la membrane qui le tapisse ? Répugne-t1l à la raison de croire que la péripneumonie, l’angine, la gastrite, l'entérite, et jusqu’à un certain point l’arachnitis cérébrale, toutes affections secondaires, auront agi dans ce cas comme dérivatifs, et auront fait disparaître la rougeur, seul signe auquel on puisse reconnaître dans ce cas une inflammation.
Sans chercher quelle action à pu avoir ici le ramollissement de la pulpe rachidienne, nous négligeons les considérations que pourrait nous suggérer la série des complications que nous y trouvons. Quant aux explications que nous ve-
nons de donner, nous sommes les premiers à les regarder comme un peu hasardées, et nous u'y attachons pas une grande conséquence; cependant, en comparant cette observation à la survante qui lui sert de pendant, nos suppositions acquèrent quelques probabilités.