‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 165 sur 170 · CENT TRENTE-SIXIEME OPSERVATION · texte numérisé non relu

CENT TRENTE-SIXIEME OPSERVATION

Arachnitis spinale. — Exhalation sanguine dans le canal vertébral. — Arachnitis de la convexité des

hémisp hères.

Foulon, âgé de trente-etun ans, du département de la Côte-d'Or, fort et sanguin, habitait Paris depuis dix-huit mois. Un ans après son arrivée, il contracte un bubon vénérien, pour lequel il est obligé de rester deux mois et demi à l’hospice du faubourg Saint-Jacques. Pendant son séjour dans cet hôpital, il éprouve une salivation abondante et du dévoiement accompagné de coliques considérables ; il survient plusieurs accès de fièvre erratique. Sorti de l'hôpital, bien guéri de l'affection vénérienne, il ne peut recouvrer sa santé première, son appétit ne re vient pas, ses digestions sont longues, sa bouche mauvaise, il vomit souvent ses alimens, et quand il ne vomit pas, il éprouve des coliques trèsfortes ; à ces symptômes, se joignent un dévoie-

(589 ) ment considérable et un catarrhe pulmonaire qu'il contracte en couchant sur la terre.

Entré dans les salles de M. Récamier, le 23 juillet 1811, 1l y reste pendant quelques jours dans le même état, toussant et crachant beaucoup, ayant la respiration fréquente et gênée, mais point de fièvre.

Le 25 juillet : à ces symptômes se joint une agitation irès-grande qui continue les deux jours suivans, et s'accompagne successivement de chaleur à la peau, de petitesse et de fréquence du pouls, d’inexactitude dans les réponses, d'injection des conjonctives, de fixité dans le regard, et d’une somnolence continuelle. — L'ipécacuanha lui est administré. — Le soir du même jour , les pupilles se resserrent extrêmement ; la peau devient froide; le pouls peut et fréquent ; la respiration difficile et excessivement lente (cinq par minute}; la langue rougit et se sèche ; le regard devient fixe et l'œil scinullant.

Le 29: tout cet appareil de symptômes prend plus d'intensité; 1l survient en outre un renversement complet de la tête en arrière; la colonne vertébrale la suit dans ce mouvement, et se courbe en arc d’une manière très-forte; l’immobilité devient complète; la connaissance se perd entièrement, ainsi que la sensibilité de tout le côté droit. — Des ventouses scarifiées au-

(590 ) tour de la base du crâne, des sinapismes aux genoux, un lavement laxatif, n’apportent aucun soulagement. Le malade expire à onze heures du Soir. |

Ouverture du cadavre. — Cerveau et cervelet généralement flasques et moux, mais sans ramollissement partiel à leur intérieur.

Epaississement et opacité de l’arachnoïde cérébrale, dans une grande parue de son étendue ; dans les endroits où cette opacité n’a pas lieu, la membrane est simplement rouge et injectée. — Point d'épanchement dans aucune des cavités. — Exhalation sanguine remplissant le canal rachidien ; l’arachnoïde qui le tapisse est couverte : d’une multitude de petites plaques minces, de consistances cartilagineuses, lisses au-dehors, hérissées de petits points au-dedans ; la plus grande de ces plaques peut avoir une He de diamètre ; la membrane elle-même ne paraît point altérée non plus que la moëlle épinière.

Rougeur de la muqueuse des bronches et de celle des intestins grèles.

( Communiquée par M. Récamier. )

277. La plupart des réflexions que nous avons placées à la suite de l’observation précédente, sont encore applicables à celle-ci.

À quoi attribuer le renversement du col et de toute la colonne vertébrale, puisque l’arachnoïde

n’a point paru alterée? Nous ne pouvons faire ici qu’une supposition, c’est que l’inflammation rachidienne , survenue vers la fin de la maladie n’a pas eu le tems de laisser des traces sensibles ; nous n’ayons point ici, comme dans l’observation précédente, de nombreuses complications, pour admettre une dérivation ; mais d'autre part, ce qui nous donne la certitude de l'existence d’une vive irritation de l’arachnoïde spinale, c’est l’exhalation sanguine qui remplissoit Le canal rachidien, exhalation qui n’a pu se faire sans une lésion de cette membrane, lésion qui, si elle n’est pas elle-même une inflammation, doit s’en rapprocher beaucoup.

Quant aux plaques cartilagineuses, elles n’ont point été examinces avec assez d’atiention, et elles ne sont point accompagnées des détails qu'exigent les descriptions d'anatomie pathologique, pour que nous puissions avoir sur elles des idées fixes. Existaient-elles depuis long-tems ? Reconnaissaient-elles pour cause le virus vénérien? Quel rôle ont-elles joué dans la production de l’exhalation sanguine du rachis, etc etc. ? Nous n’essayerons pas de résoudre ces questions.

Nous ne dirons rien non plus des symptômes cérébraux qui s'expliquent très-bien par l’altération que nous présente l’arachnoïde cérébrale.

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