SEIZIEME OBSERVATION
Marguerite, âgée de 5 ans et demi, très-intelligente pour son âge, se plaint, le 26 juin 1818, à cinq heures du soir, de douleur dans le bras
gauche et dans le côté de la face correspondant ; on s'aperçoit en même tems que les doigts de la main affectée sont faibles et laissent échapper les objets que l’enfant veut saisir; même état jusqu’à six heures et demie; alors perte subite de connaissance; chute; langue embarrassée ; balbutiement ; commissure droite des lèvres tirée en bas; face rouge, gonflée, violacée ; bras gauche se mouvant convulsivement d’une manière mesurée, c’est-à-dire, à intervalles égaux, et d'environ une seconde. On la porte dans son lit, on la secoue, on l’agite de toutes les manières, rien ne peut la retirer de l’assoupissement profond où elle est plongée.
A huit heures, les mouvemens convulsifs cessent, l’affecuon comateuse persiste ; immobilité et insensibilité complètes.
M. Blaud, arrivé auprès de l'enfant, observe les symptômes suivans :
Face colorée, rouge, animée; yeux à demiouverts, fixes, rougeàtres, tuméfiés et comme poussés hors des orbites ; affection comateuse , résistant aux secousses les plus fortes, au chatouillement, à la pression des parties les plus sensibles de la peau, aux piqüres ; respiration précipitée (40 inspirations par minutes; pouls fréquent, 130), fort, plein, développé ; battement violent des artères temporales et des carotides ;
chaleur vive de la peau; moiteur générale, M. Blaud ne pouvant à l'instant pratiquer la saignée , quoiqu'elle füt fortement indiquée, eut l’idée de comprimer les carotides, en usant d’un des procédés indiqués plus haut ; cette compression était exercée depuis dix-sept secondes, lorsque tout à coup l'enfant s'agita, et de la main gauche saisissant celle qui exerçait la compression, lui fit bientôt lâcher prise ; après quoi elle retomba dans son assoupissement; on comprima de nouveau les carotides, et à la ireizième seconde , l’enfant se mit brusquement sur son séant, au grand étonnement de tout les assistans, ouvrit légèrement les yeux, appela sa mère à grands cris, se débattit vivement, et força encore d'interrompre la manœuvre; elle resta quelques tems à regarder autour d’elle d’un air étonné, appelant toujours sa mère ; mais peu à peu les yeux s’appesantirent, les paupières se fermèrent, et elle tomba sur son lit sans mouvement ; on eut de nouveau recours à la compression, et à la neuvième seconde, l’enfant se réveilla aussi brusquement que la dernière fois, se remit sur son séant, appela de nouveau sa mère, se débattit violemment; malgré ses efforts et ses cris , on continua de comprimer pendant ving-cinq secondes : pour cette fois, le retour de l’assoupissement n’eut pas lieu, l’en-
C7 ) fant demeura très-éveillée, demanda à boire, reprit entièrement connaissance , etse plaignit seulement d’une douleur au front.
On revint quinze ou seize fois la nuit, à la compression, en ne l’exerçant chaque fois que quelques secondes et dans la vue de s'opposer au retour des accidens; l’enfant s’endormit à trois heures du matin ; son sommeil était léger et paisible ; on l’en retirait très-aisément. À sept heures , elle se réveilla dans son état de santé ordinaire, se plaignant seulement d’une légère cephalalgie frontale qui fut dissipée complétement dans le courant de la journée, par un lavement d’eau salée, et un bain de jambe sinapisé.