‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 37 sur 170 · DIX-SEPTIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIEME OBSERVATION

François Niquet , âgé de 17 ans, agriculteur, ayant été exposé toute la journée à l’ardeur du soleil, se plaignit le 10 août 1818, d’une céphalalgie assez vive à la région frontale.

Le lendemain onze, même état ; à quatre heures de l’après-midi, le malade va se coucher dans son grenier à foin ; à huit heures, sa mère le trouve sans sentiment, sans mouvement, ayant la face rouge, violette, tuméfiée, les yeux à demi-ouverts, injectés, proéminens ; la respiration précipitée ; elle appelle du secours à grands cris, on transporte le malade dans son lit, on le

secoue, on l’agité, on lui fait respirer des odeurs, le tout inutilement ; on pratique une saignée du bras très-copieuse, mais qui ne produit aucun effet; on se décide alors à exercer la compression , en appuyantsur les deux carotides avec le pouce et le doigt du milieu de la main droite, et prenant un point d'appui sur la colonne vertébrale. A la trentième seconde, environ, la face reprend sa couleur naturelle, le malade sort brusquement de son assoupissement, se met sur son séant, récouvre la parole, se plaint avec colère de ce qu'on lui fait, et, par ses mouvemens violens, force les personnes qui le comprimaient à lâcher prise ; mais peu à peu l'affection comateuse revient, et le malade retombe dans l’état où il était auparavant. Nouvelle compression des carotides, et au bout de quelques secondes, nouveau rétablissement des mouvemens, des fonctions des sens et de la parole ; forcé par le malade, on est obligé de cesser la compression , l'assoupissement revient encore, mais d'une manière plus lente ; la troisième fois qu’elle fut pratiquée, même effet; enfin, à la quatrième, le malade reprit l'usage de ses sens, sans retour de l'affection comateuse, et la guérison fut parfaite ; il ne resta plus qu'une céphalalgie frontale légère, que quelques sangsues appliquées aux tempes dissipèrent le lendemain.

Nous le répéions, de nouvelles expériences sont nécessaires pour faire connaître la confiance que l’on doit accorder à ce moyen; les circonstances particulières dans lesquelles il peut être employé, et les modifications qu’on peut lui faire subir etc. : l’arachnius es: assez fréquente pour qu’on ne soit pas long-tems sans trouver l’occasion de faire de nouvelles recherches.

115. Nous terminons ces considéraons sur le traitement de l’arachnitis par quelques réflexions sur l'emploi du trépan, que nous avons vu proposer et même exécuter plusieurs fois, dans le dessein de faire cesser les symptômes de compression ; pour voir combien est illusoire un pareil moyen qui, par lui-même, n’est pas sans danger, 1l suffit d'examiner ce que nous avons dit dans l'article que nous avons intitulé anatomie pathologique. Nous avons montré dans cet article, uniquement par des faits, que l'arachnoïide de la base du cerveau est presqu'aussi fréquemment enflammée que celle de la convexité, même dans l’arachnitis par cause externe, et qu'il sera toujours difficile de disunguer le lieu précis où siége l’épanchement. En supposant même que le trépan püt être placé sur le lie” enflammé, pourrait-il en résulter le plus léger avantage, puisque le pus n’est jamais ramassé en foyer, et qu'il se trouve presque toujours dissé-

mine sur une large surface, qu'il est excessivement mince, et qu'il adhère d’une manière pour ainsi dire intime avec les feuillets de l’arachnoïde ? Il est donc d’un chirurgien prudent, de n'opposer le trépan qu'aux lésions purement externes, lorsqu'il faut relever quelques pièces d'os enfoncées qui compriment le cerveau ; lorsque cette circonstance n'existe pas, ou lorsqu’on l’a fait cesser, s’il survient quelques symptômes de compression , ils sont dus à l’inflammation de l’arachnoïde, et doivent être traités par les moyens que nous avons exposés : la seule expérience avait montré à Desault la conduite la plus avantageuse à tenir dans cette circonstance ; aussi tout le monde sait qu’il avait, sur la fin, entièrement rejeté Le trépan dans le traitement des plaies de tête, pour se borner aux seuls derivaufs, à l’aide desquels il obtint un grand nombre de succès.

116. Nous ne dirons rien d’une foule de moyens tour à tour vantés et tour à tour oubliés, qui peuvent avoir été suivis dans certaines circonstances d’amendemens plus ou moins remarquables, mais auxquels la saine raison nous empêche d'ajouter trop de foi. C’est ainsi que nous pouvons citer le muse, Le camphre, le castoréum , le quinquina, l’éther et plusieurs autres antispasmodiques, surtout lorsque nous voyons

ces moyens pronés et employés sur la fin de la seconde et dans le courant de la troisième période, dans le moment où les accidens les plus graves annoncent des désordres au-dessus de toute ressource : cependant, on pourrait avoir recours à plusieurs d’enir'eux, s’il ne s'agissait que de soutenir la vie, et de ranimer la résistence vitale prête à s’éteindre.

Les frictions mercurielles ont souvent été mises en usage dans l’arachnitis ; quelques praticiens les regardent même comme un puissant moyen contre les hydropisies cérébrales, et paraissent les administrer entièrement dans ces vues. L’on trouvera dans le cours de cet ouvrage, plusieurs observations où il est fait mention de la pommade mercurielle employée en fricuon dans le voisinage des mâchoires ; nous mêmes avons été plusieurs fois témoins de leur emploi le long de la colonne vertébrale et des membres ; mais nous pensons que l’on ne peut y attacher une grande confiance, lorsque l’on sait quelles sont les altérations organiques dont les divers symptômes de l’arachniis ne sont que l’expression, et lorsque déja on a vu échouer contr’eux, un traitement méthodique et raüonnel.

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