TRENTE-NEUVIÈME OBSERVATION
Arachnitis de la base. — Petite quantité de sérosité dans les ventricules.
Marguerite Desbordes, âgée de sept ans, d’une bonne constitution et n'ayant jamais eu de maladie, était née à Paris, de parens sains et fortunés.
Deuxième periode. — Le 25 septembre 18r1, elle fut maltraitée et menacée, par une de ses
INA JA . À e maîtresses, d’être mise dans un lieu obscur, ce
qui lui causa une telle frayeur, qu'elle fut prise spontanément de mouvemens convulsifs des muscles de la face, qui bientôt furent suivis de convulsions générales très-violentes ; elle prit un air hébété, et ne répondit plus aux questions qui lui étaient adressées que par des larmes et des sanglots. Les jours suivans, tous ces sympt0mes acquirent successivement une plus grande intensité ; la petite malade restait plongée dans un état comateux dont rien ne pouvait la faire sortir, et par moment elle éprouvait de fortes con vulsions et poussait des cris plaintifs.
Le cinquième jour de l’invasion de la maladie, amenée à l'hôpital des enfans, elle présenta les symptômes suvans : Coucher en supination ; tête penchée du côté droit, ne pouvant être portée du côté opposé sans que la malade ne donnàt les signes de la plus vive douleur ; tremblement général, et par moment, véritable con vulsions; mains se portant automatiquement, mais sans cesse, vers le côté droit de la tête; face rouge ; pupilles très-dilatées, légèrement contractiles; yeux presque toujours inanimés, paraissant, lorsqu'on les ouvre, supporter difficilement la lumière, car alors elle s’agite et pousse des soupirs ; grincement de dents presque conunuels ; langue très-sèche ; soif vive ; pouls peut, fréquent et un peu inégal : ventre souple ; cons-
tipation ; respiration insensible et par fois suspirieuse ; peau chaude et sèche, couverte dans plusieurs points de son étendue, de petites taches rouges.—Infusion de tilleul et de feuilles d'oranger ; potion anuspasmodique avec camphre et nitre dans trois onces de sirop de nerprun ; lavement avec marube.
Sixième jour : tous les symptômes précédens persistent, ainsi que les convulsions et l’état comateux. — Vésicatoire sur la tête.
Septième jour : même état ; les spasmesaugmentent lorsque l’on lève le vésicatoire, et la malade paraît y êtretrès-sensible.— Deux vésicatoires aux cuisses; frictions aux mêmes parties, avec le liniment ammoniacal ; lavement avec miel mercurial ; décoction de coraline de Corse et de cévadille avec sirop d’absynthe, liqueur d’Hoffmann et un grain d'émétique.
Huitième jour: yeux éteints et à moitié fermés ; pupilles insensibles à la lumière ; grincement de dents continuels ; pouls petit, accéléré ; ventre rétracté. — Séton à la nuque ; lavement de quinquina et de camphre ; frictions mercurielles au-dessous des machoires.
Neuvième jour : coma en apparence moins profond ; yeux moins éteints; pouls insensible. — Traitement id. — Le soir, le coma et les mouvemens convulsifs augmentent, la malade
(247 ) meurt dans la nuit, sans offrir de symptômes remarquables.
Ouverture du cadavre. — 1°. La portion de l’arachnoïde qui recouvre la protubérance annu. laire et les parties environnantes, présentait les traces d’une inflammation très-vive ; elle était couverte en cet endroit par une fausse membrane transparente et comme gélatineuse.
2°, Les ventricules latéraux et le ventricule moyen ne contenaient que très-peu de sérosité. Les méninges étaient très-injectées et d’un sang noir. — La substance cérébrale était ellemême injectée, mais ne présentait aucune altération. .
( Sauveur de la Villeray.)
194. Cette observation nous offre un double intérêt, 1°.par la manière brusque avec laquelle la maladie éclate, à une époque où tout semble devoir faire considérer le sujet comme en parfaite santé ; 20. par l’absence ou par la petite quantité de sérosité existant dans les ventricules, ce qui na pas empêché la maladie de présenier tous les symptômes que nous avons dit appartenir à la base, et caractériser particulièrement l’arachnitis des enfans ; d’où l’on doit être porté à penser que la forme comateuse et spasmodique ne dépend pas complétement de lhydropisie, mais qu'elle paraît avoir sa source également
dans l’arachnitis de la base. Ce fait € encore très-curieux sous le point de vue du traitement qui à été employé, et qui certes a été très-acüif. Les dérivatifs les plus énergiques, ainsi que les stimulaus auxquels on à eu recours, devraient ils être considérés comme ayant empêché le développement de l’hydropisie des ventricules? Nous n’osons répondre affirmativement à cette question, ayant souvent trouvé une exhalation abondante, alors même que ce mode de traitement avait éié suivi avec persévérance ; cependant, nous prendrons occasion de ce fait, pour appuyer sur les dérivatifs, non pas dans cette période où la gravité des accidens démonire les progrès de l’arachnitis et l’abondance de lépanchement, mais bien lorsque la seconde ne fait que paraitre. Ceci est également applicable aux éyacuations sanguines qui doivent marcher coneurremment avec les dérivatifs, car plus tard elles ne feraient qu’accélérer la mort du sujet.