‹ Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde, cérébrale et spinale. Ou histoire théorique et pratique de l'arachnitisChapitre 97 sur 170 · SOIXANTE-ONZIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE-ONZIEME OBSERVATION

Arachnitis générale. —Sérosité dans les ventricules .—

Hépatisation du poumon gauche.

Poupil, âgé de 13 ans, décroteur, d’une constitution en apparence robuste, mais détériorée par la misère et les privations de toute espèce, était tombé, depuis quelque tems, dans la mélancolie la plus profonde, lorsqu'il fut pris sans cause connue, d'une céphalalgie sus-orbitaire qui s’accompagna bientôt de nausées, de vomissemens, d'une légère rougeur de la gorge, et d’une fièvre assez forte; ces symptômes continuant, il s’y joignit une toux sèche et fréquente, de l’assoupisser:ent et même du délire, qui était léger et revenait par intervalle. Pendant six jours, l’enfant resta dans cet état sans recevoir

d'assistance : amené enfin à l'hôpital par ses camarades, nous le trouvâmes dans l'état suivant : Céphalalgie violente ; étourdissemens lorsqu'il reste quelque tems assis ; assoupissement; décubitus sur le dos ; mouvemens lents ; face abattuc ; yeux tristes ; teinte jaune des joues, du pourtour des lèvres et du nez; amertume de la bouche ; enduit grisätre de la langue qui est cependant humide ; soif vive; abdomen souple; respirauon libre mais fréquente ; pouls faible et rare. — Quatre sangsues au col; pédiluves sinapisés ; potion gommeuse avec alcool nitrique. — La nuit, délire et assoupissement profond.

Septième jour : sauf l’assoupissement qui est plus marqué, et le ventre plus tendu , les symptômes restent les mêmes ; le soir , la respiration s’'embarrasse et devient bruyante; l’assoupissement est interrompu, à plusieurs reprises, par un délire assez fort; la bouche se remplit d’écume; les dents se resserrent ; les bras se contractent d’une manière générale ; les yeux deviennent ternes et insensibles à la lumière. — Décoction de quinquina; sinapismes ; oxycrat sur la tête. Hutième jour : coma profond ; respiration toujours très-gênée et stertoreuse ; roideur de tous les membres ; état général très-alarmant. — Vésicatoires; sinapismes; glace sur la tête; décoction de quinquina. |

Neuvième jour : même état. — Pédiluves ; s1napismes aux jambes ; un grand vésicatoire sur la poitrine et un derrière chaque oreille ; décoction de quinquina avec dix grains de camphre ; décoction de quinquinaavec quinze grains de nitre ; potion avec l’infusion de polygala, un demi-gros de liqueur d'Hoffmann et six grains de camphre ; vin de Bordeaux et bouillon. -— Le malade paraît mieux après les pédiluves, mais sous l'influence d’un régime aussi stimulant, continué toute la journée, la fièvre s'allume de plus en plus, la langue se sèche et se racornit, le ventre se deprime, tous les accidens du côté de la poitrine parviennent au plus haut degré d'intensité, et la mort arrive dans la nuit.

Ouverture du cadavre. — Épaississement et infiltration générale de l’arachnoïde, avec quelques granulations en divers endroits. Quatre ou cinq onces de sérosité dans les ventricules et à la base du crâne ; injection considérable de tous les vaisseaux de la substance du cerveau ; couleur rosée de la substance corticale en plusieurs points de son étendue . — Plèvres recouvertes de granulations ; lobe postérieur du poumon droit un peu gorgé de sang; le gauche fortement heépatisé, ne contenant que peu d'air, et laissant exprimer par la pression, une mucosité puriforme. — Cœur sain. Intestins météorisés conte-

nant un paquet de lombricoïdes. Muqueuse d’un rouge très-foncé dans plusieurs points ; les glandes mésentériques correspondantes aux parties enflammées sont engorgées.

(Observation recueillie par M. Lespagnol.)

234. Tous les symptômes de l’arachnitis simple, se dessinent à merveille chez cet individu pendant les premiers jours. Un traitement méthodique lui est d’abord administré. C’est vers le septième jour que paraissent les symptômes du côté de la poitrine, puis ceux d’une lésion de la pulpe cérébrale ; nous n’insisterons pas dans ce moment sur ces derniers symptômes, nous ferons seulement remarquer la fâcheuse influence qu'eut à cette époque dela maladie, le traitement tonique et stimulant qui aggrava d’une manière si remarquable, les accidens qui partaient de la tête et de la poitrine ; il est probable qu'à lui seul était due la vive inflammation que les intestins ont présentée dans toute leur étendue, car elle ne s’est développée qu’à une époque avancée de la maladie, lorsque les facultés intellectuelles déjà affaiblies , ont empêché le malade de la sentir et de la manifester; il n'y à que la tension du ventre qui parut le septième jour, et la rétraction de ses parois qui fut observée peu de tems avant la mort, qui ayent pu la faire soupçonner.

Au reste, il n’est pas rare de trouver chez les malades qui succombent à l’arachnitis, de pareilles lésions que rien n’a pu faire reconnaitre pendant la vie.

Page 1