SOIXANTE-TREIZIEME OBSERVATION
Arachnitis de la base du cerveau. — Sérosité abon-
dante dans les ventricules.— Gastrite intense. —
ÆAfjection vermineuse.
Guilen, né à Houille, département de Seineet-Marne, reçut un coup sur la tête, et peu de tems après, 1l survint de la céphalalgie. Trois semaines après le coup, cette céphalalgie devint très-intense, ei s'accompagna d’assoupissement qui persista malgré l'application d’un vésicatoire sur la tête, et l’administration de plusieurs émétiques en lavage. L'enfant présenta à divers reprises uné agitation très-violente accompagnée de
délire ; la fièvre devint continuelle, la chaleur de la peau très-vive, le ventre fit éprouver de la douleur, il se tuméfia, mais sans perdre de sa souplesse , la constipation fut toujours opiniätre. Entré à l'hôpital un mois après le coup, quinze jours après la manifestation des accidens les plus graves, 1l présenta l’état suivant :
Face pâle et abattue; bouche entr'ouverte; légère déviation à gauche de la lèvre inférieure ; langue sèche; yeux fixes ; pupilles un peu dilatées ; assoupissement; coucher en supination ; agitation continuelle des bras qu'il porte à la tête ; pouls petit, fréquent, faible; carotides battant avec force; chaleur générale vive; de tems en tems l’assoupissement prend plus d'intensité et alors, les paupières s’abaissent et les parois abdominales se contractent fortement, sans que la pression détermine de douleur. — fuit sangsues aux tempes et aux oreilles ; six grains de mercure doux ; sinapismes ; chiendent nitré.
Seizième jour : même état, mais sensibilité excessive du ventre , surtout à la pression. — Vésicatoire à la nuque et aux jambes ; lavement avec miel mercuriel.
Dix-septième jour : diminution de l’assoupissement ; les yeux s'ouvrent et semblent apercevoir ; pupilles moins dilatées ; la figure reste pâle, terreuse et d'une expression chagrine ; respira-
(36E ) tion haute et fréquente; pouls petit, faible à 130 ; ventre très-douloureux à la pression; dévoiement; une des selles content un lombric. — Potion purgative anthelmintique ; sinapismes à une jambe ; limonade nitrique.
Dix-huitième jour : assoupissement plus fort ; rougeur et sécheresse de la langue ; du reste , même état. — Même traitement ; un nouveau sinapisme à une jambe.
Dix-neuvième jour : même état. — Mème traitement ; de plus, deux frictions sur la tête avec trois gros d’onguent mercuriel.
Vingtième et vingt-unième jour : perte totale de la vue; pupilles excessivement dilatées ; face profondément altérée ; bouche entr'ouverte et pleine d’écume; abdomen toujours douloureux à la pression ; diarrhée noirâtre; torpeur trèsgrande. Mort dans la nuit.
Ouverture du cadavre. — Aspect blanchâtre de la portion de l’arachnoïde qui recouvre la protubérance annulaire, le concours des nerfs optiques, et les tubercules quadrijumaux ; elle est de plus recouverte dans tous ces points d’une couche albumineuse, et adhère en plusieurs en— droiis aux parties voisines.
Infilitration sanguine peu considérable à la partie antérieure des hémisphères du cerveau, au-dessous de l’arachnoïde; sinus longitudinal
supérieur gorgé de sang ; circonvolutions cérébrales aplates ; trois onces et demie de sérosité limpide dans les ventricules ; une once et demie à la base du crâne et dans les fosses occipitales. — Estomac très-ample ; toute sa muqueuse d’un rouge intense, surtout vers le grand cul-de-sac et vers le cardia ; elle parait plus épaisse que dans J'état naturel ; elle est friable et se détache facilement. — Vingt-neuf lombrics dans les intestins grêles qui présentent en quelques points une rougeur peu étendue et peu foncée. — Nulle trace de contusion vers le cuir chevelu et les Lempes.
( Observation communiquée par M. Thibault. )
236. A quoi peut-on attribuer la gastrite intense qui survint chez ce malade ? Quoiqu’elle ait pu se développer spontanément comme cela arrive très-souvent, et comme nous l’avons vu dans l'observation précédente, nous croyons en reconnaître 1c1 la cause, dans l’action de l’émétique en lavage qu'on admimistra après le coup, comme cela se pratique ordinairement ; si nous avons cette opinion sur la cause de cette gastrite, c’est que nous avons trouvé une pareille inflammation de l'estomac chez la plupart des apoplectiques qui ayant survécu un certain tems après l’attaque, furent traités par une semblable méthode ; cette inflammation était surtout marquée lorsque
l’émétique avait été porté à la dose de sept, dix ou douze grains par jour, ou même davantage , comme bien des médecins ont coutume de le faire ; il est donc bon de connaître l’action extrêmement active de ce médicament, pour n’en faire usage qu'avec la réserve et la précaution nécessaires.
Il est probable que l’affection verrnineuse aura ici attiré toute l'attention, et qu'on lui aura attribué les accidens qui partaient de l'abdomen ; mais 1l est facile de reconnaître chez ce malade plus qu’une affection vermineuse; il suffit en effet d’un peu d’attention pour retrouver tous les symp- iômes d’une forte irritation intestinale, comme la rougeur de la jangue, la diarrhée, la sensibilité épigastrique développée par la pression etc. Les purgatifs donnés ici d’une manière continue, ont dû avoir une influence fâcheuse ; s’ils étaient indiqués par laffection vermineuse, il fallait suivant nous, les choisir parmi les plus doux laxatifs, et non parmi les sels mercuriels.