‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 11 sur 20 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

MODVEMeNT GÉNÉRAL EN PAVEUR DE l'iNSTAUCTION PU- BLIQUE A LA FIN DU XVI* SlàCLE ; SURVEILLANCE SUR l'enseignement ATTRIBUÉE A L'aUTOSITÉ ECCLÉ- SIASTIQUE.

On est assez géDéralement porté à supposer que , peadant toute la durée du moyen-Age, le peuple des campagoes resta comme enseveli dans une ignorance grossière , ne recevant d'autre enseignement que celui qui avait la religion pour objet et qui se donnait à tous les fidèles, sous forme de prédication, dans Tenceinte des ^Uses. Les textes que nous avons cités , les faits que nous avons rapportés dans la première partie de ces Recherches, siitGsent pour faire comprendre ce qu'il y a d'exagéré dans une semblable ma-

nière de voir. A la fin du XYI® siècle , loin qu*0D s'imaginât innover en se préoccupant de répandre le bienrait de Tinstruction parmi le peuple, on aimait , dans la poursuite de ce noble but , à chercher ses inspirations et ses exemples dans le passé ; et ce à quoi Ton songea en premier lieu , ce Tut à remettre sur pied les anciens établissements dont les revenus, malgré le caractère si éminemment favorable de leur destination» étaient devenus la proie de la cupidité. Nous n'oserions aflirmer , à vrai dire, que dans la part qu'on se plaisait à faire au passé il n'entrât pas un peu d'illusion. De cette époque à la nôtre « le point de vue a singulièrement changé. Maintenant et depuis plus de deux siècles, nous avons pris l'habitude de placer la perfection , soit dans le présent, soit dans l'avenir. Autrefois, il en était différemment. Peu éclairés sur ce qui s'était accompli avant eux, la plupart, moralistes, prédicateui*s, historiens, tout en sentant aussi vivement que nous pouvons le faire nous-mêmes, les vices et les travers en règne de leur temps, étaient portés à supposera leurs pères une sagesse dont on s'était insensiblement écarté; et parfois, ils appelaient rétablissement ou réforme ce qui était, eu réalité, création véritable. Cependant, il est aisé de vérifier qu'ils ne se trompaient pas en pensant qu'au-delà d'une

époque marquée par des désordres de toute sorte et par des guerres sanglantes , renseignement public avait eu ses jours de prospérité , et qu'il leur avait été réservé d'être les témoins plutôt de sa décadence que de ses progrès (I). A Tépoque où le Protestantisme parut, renseignement était négligé soit qu'il faille s'en prendre aux discordes intestines , soit qu'il faille accuser l'incurie du clergé. Le peuple manquait même généralement d'instruction en matière religieuse, et réclamait encore plus que des pédagogues , de pieux pasteurs et de zélés missionnaires. Cette situation, aggravée par le développement de la religion nouvelle, préoccupa vivement les conciles, les synodes diocésains et tant d'illustres personnages chez lesquels on ne sait ce qu'il faut le plus admirer ou de la claiœ

(1) l\ faut ooiiTenir que la France, à la fin du XVI* siècle, le cédait de beaucoup sous le rapport de rinstruclion à d^autres pays , notamment à la Poio^e, où son influence fût pendant quelque temps prépondérante. Une lettre louchant la légation de Pologne , de Tannée 4573, prouve jusqu*à quel point la masse du peuple polonab était instruite dès cette époque. Voici, en effet, ce qu*on y lit : • C'est chose estrange comme le latin , allemund , italien est commun de par deçà; car de cent gentilshommes il ne s>n pourroit trouver qui n'entendait le latin , et la plupart ces trois langues, lesquelles ils apprennent à Tescolle par mesme moyen. La raison pourquoi le latin y est si commun entre toutes sortes de gens jusques aui bosteliers, est qu'il n'y a si petit village où il n'y ait escolle. ■ Archivée curieusei de CUit" toire de France ^ tome IX* de la première série , p. 14Î.

perception quMls eurent des besoins de leur temps, ou de l'énergie avec laquelle ils s'appliquèrent à la régénération de la société chrétienne. *

On voit alors l'Église s'occuper avec un soin extrême de pourvoir à l'instruction publique. C'est d'abord le concile de Trente qui , dans sa session du mois de juillet 15/i6, renouvelant et développant « pour employer son langage , les pieuses constitutions des souverains pontires et des conciles , ordonne d'établir ou de rétablir un cours de théologie dans les églises cathédrales et dans les monastères, et plus tard, au mois de juillet 1563t trace les formalités à observer pour la création de séminaires en chaque diocèse (1).

Ce sont ensuite , et sous l'inspiration de ce concile , les actes de l'autorité épiscopale et les synodes qui poursuivent comme un but essentiel le rétablissement des anciennes écoles catholiques.

Parles Statuts du diocèse d'Évreux de l'an 1576, sous l'épiscopal de Claude de Sainctes, il est mandé à tous à qui il appartient d'établir des précepteurs dans les villes, les bourgs et les villages, de faire choix de personnes capables, de leur assurer des appointements convenables, en s'entendanl à cet effet avec les habitants, dans le cas où H

^4) ConcHium TriOcntinum, scssio V", sessioXXIll", c. XYiii.

n'y aurait pas de fondation suffisante : t II nous Tant admirer, y esl-il dit, le zèle de nos pères pour rinstruciion dans notre diocèse. Il eût été difficile autrefois de trouver une paroisse un peu populeuse qui n'eût sa maison ou sa fondation pour les écoles. Mais, en même temps, il nous faut maudire la négligence ou, pour mieux dire, la conduite sacrilège de notre siècle , où Ton a vu des gentilshommes, des ecclésiastiques, les paroissiens usurper ou aliéné!* les maisons d'école et les biens qui y avaient été affectés; en sorte qu'à peine trouve-t-on maintenant une école ou un maftre, nous ne dirons pas dans les campagnes, mais dans les villes, et même dans les cités les

plus considérables Quelle honte pour nous

de voir les hérétiques faire la guerre pour obtenir des écoles et s'imposer tous les sacrifices , afin qu'il leur soit permis de faire élever leurs enfants dans Timpiété, tandis que nous, catholiques, non contents de n*accorder aux écoles de la piété ni subvention publique, ni subvention privée, nous prenons à tâche de les ruiner et de les abolir (1) ! »

a Que les évêques , dit à sou tour le concile provincial de Rouen de 1581, rétablissent les

IJ) D. Bessin, Concilia Rotom, prov, ^ parsl*, p. 395 896.

écoles daDs lears diocèses et procèdent par censares ecclésiastiqaes contre ceux qui détiennent les biens qni y étaient consacrés , tant dans les monastères ou les prieurés que dans les ^lises collégiales ou paroissiales ; et là oii ces écoles font déraut, qu'ils mettent tous leurs soins à en établir, afin que la jeunesse soit instruite dans les voies du Seigneur et dans les bonnes mœurs (1). t

François Péricard, évèque d'Avranches, ne Taisait que suivre Texemple qui lui était donné de toute part , en écrivant dans ses Statuts et ordonnances du 13 avril 1600 : t Les écoles seront remises aux si^es où elles avoient accoustumé d'estre, et les pères de Tamille des paroisses affectées ausdits sièges y envoyeront leurs enfants pour estre instruits , en payant les taxes accoustumées ; et sera Taite recherche de toutes les fondations des dictes escoles (S), t

On retrouve la même préoccupation dans Tordonnanco d'Orléans , sous Charles IX (1560) , dans celle de Blois , sous Henri 111 (1579) , rendues Tune et l'autre sur les plaintes et doléances des députés des trois États du royaume (3).

(1) Dom Besiifi, Concilia Rotom, prov. , part 1% p. SS5.

(2) 76. , pars II* , p. 306.

(8) Ordonn. dX)rléans, articles VIII .IX, X. — Ordoon. de Blob, arlicIcsXXXllI^XXAlV.

Rappelons que ce Tut sur la demande des États de Normandie, de 1565, que Charles IX accorda pour rétablissement d'un collège T Hôpital du Roi de la ville de Rouen et tous les revenus qui en dépendaient. Dans plusieurs de leurs assemblées, les députés de notre province émirent des vœux en Taveur de Tinstruction publique. Nous nous contenterons de citer quelques passages de leurs cahiers.

Ils demandent, en 1567 > « que les revenus des léproseries et des hôpitaux, où il n'y a aucuns malades , soient employés à Tentretenement des maistres d'école et pauvres catholiques des paroisses où les établissements sont assis » ; — en 1570, « que les escolles par cy-devant installées tant aux villes , bourgs que villaiges soyent restablies aux lieux accoustumez et que à ce faire les subjects et habitans des lieux y soient contraincts (i) » ; — en 1595 , art. XC, « que les

(i) « Réponse : Les édicls sur ce Tails seront gardez et obser?ex selon leur Torme et teneur. » ~ Arch. du Parlement de Normanilie au Palais de Justice. Audiences civili>s, 18 jaiifier 1572 : « Les cliaiioines et chapitre de St-Pierre de Lisieux sont condamnés à délivrer au précepteur élu en rassemblée commune des habitants pour Tinstruction de la jeunesse les distributions quotidiennes de Téglise appartenant à la prébende du Pré, pour ce conférée audit précepteur par ré\èque de Lisieui, et ce depuis le jour quMI a commencé à tenir les écoles. » (Note cominuniquéu |><ir M. Edouard Gosscliu.)

deniers des léprosaries de chacune vicomte où il n'y a aucun lépreux soyent employez en la nourriture et entretien d'un ou plusieurs précepteurs pour rinstruction de la jeunesse et les comptes rendus devant les échevins et maires des villes (1). »

En 161 A et 1616, les États reviennent sur l'opportunité quMl y avait , suivant eux, à affecter aux établissements d'instruction publique les biens des léproseries désertes (2). -— Septembre 161&, art. XXXYI : « La lèpre a cessé : Que les revenus des léproseries , après les fondations et services accomplis, soient convertis à l'entretien d'un précepteur pour l'instruction de la jeunesse et aulmones aux pauvres veuves et orphelins.!— Septembre 1616 , art. XVIII : « Pour appliquer le revenu des léproseries à l'entretien d'un précepteur : Et d'aultant qu'il n'y a rien si nécessaire à la République que l'instruction de la jeunesse,

(1) • Réponse : Les ordonnances seront gardées. >

(2) Parmi les arlicles délibérés en rHôtel-Commun de Rouen, pour être présentés par MM. les députés de la ville aux Êtats-Généraui réunis à Paris le 10 octobre 1616* on remarque le suivant : « Qu*il soit enjoint aux archevesques et évcsques de faire estabiir escoles par toutes les villes et bourgs de leurs diocèses en pourvoyant de prébendes les précepteurs et régents qui seront célèbres en doctrine et du tout affectionnés à Pinstruction de la jeunesse. » Délibération du 9 octobre 161^9 aux Archives municipales.

ne qui rende les hommes plus obéissants aux loix et au prince que la bonne Institution, V. M. est suppliée d'ordonner qu'en toutes les églises collégiales il y aura une prébende , la première vacante, affectée à un homme capable, de mœurs et littérature suffisante, pour instruire la jeunesse des paroisses voisines desdictes églises, mesmes que les abbez seront tenus de nourrir et entretenir un personnage de semblable qualité pour exercer la mesme fonction tant pour leurs novices que pour les enfans des paroisses voisines des abbayes , n'ayant le pauvre peuple moyen d'envoyer leurs enfans aux escolles publiques qui partant demeurent sans discipline et instruction (1). •

Ce mouvement libéral, secondé par l'Église, par l'autorité royale, par les assemblées provinciales , le fut aussi généralement, quoique à un moindre degré, par les corps de ville. A la fin du XVI* siècle, des collèges se fondent, avec leur participation, à Rouen, à Eu, à Aumale,au Havre, à Caudebec, à Pontoise, et en dehors des limites

(1) • Au Roy ; sont les commissaires d'avis. — Réponse : Le Roy veult, pour ce qui est des églises cathédrales ou collégiales, que les ordonnances soient suivies et observées aui conditions portées par le 33* article de celles de Blois et le i3« de PRdict (aict à Meleun 1580. Pour les abbayes, il en sera traictié avec les députés du clergé en la prochaine assemblée. »

du diocèse de Rouen , à Bernay , à Yernon , à Yerneuil, à Lisieux, à Âvrancbes, etc... Les habitants de Caudebec , ville alors réduite à &00 Teux, avaient sollicité, dès Tannée 1576, la concession d*un octroi, dont une partie devait être affectée « à Tentretien d*un collège et au paiement des précepteurs. ■ Leur requête, renvoyée à rAssemblée des États de la province, fut approuvée et soumise au Roi avec un avis favorable (1). Vers le même temps , en 1 579 , la ville du Havre, qui ne faisait pour ainsi dire que de naitre, obtenait du roi Henri II, des lettres-patentes qui Tautorisaient à prendre sur ses revenus une somme de 1,200 liv., pour la location d'une maison à usage de collège et pour le paiement des maîtres (2). En 1601, un octroi fut continué aux échevins de Rernay « par égard à ce qu'ils employoient la plus grande partie des deniers qui en provenoient à faire instruire la jeunesse, les faisant délivrer à un précepteur , qui estoit la chose la plus utile et nécessaire après Tentretien de leurs ponts-et -chaussées (3). » Il y

(1) Archives municipales de Caadebec. AA. 8.

(î) Arch de la Seiue-Inf. —Partie moderne.— >Anide de M. Charles Vesque, dans le numéro du Journal de Varrondiisement Hh Havre du 15 octobre 1865.

(8) Arch. de la Seine-Inf. F. de la Chambre des Gonples, C. 1216.

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avait à peine quelques années que les habitants de Lisieux avaient bâti un collège et quMIs y avaient préposé un principal « et déjà les écoliers y affluaient ; il Tallut former quatre classes et adjoindre au principal trois régents (1).

 l'autre bout de la province^ les notables de la ville d*Avranches , vers la même époque , demandaient à leur évêque d'unir Tancienne léproserie de St-Nicolas à leur collège où, dès lors, on ne comptait pas moins de 500 écoliers (2). Dans ce concours d'influences diverses, une large place Tut laissée à Tinitiative individuelle , et nous aurons l'occasion de voir que , pour la fondation de tant d'établissements d'instruction qui ont fleuri dans les deux derniers siècles, il n'y eut

(1) Arcb. du Parlement de Normandie. Audiences civiles, Smart 1586. --Ce collège coûtait aux habitants 200 écus par an , en ce compris le revenu d*une des prébendes de Lisieux qui avait été baillée par Tévéque à ferme pour hOO liv. La ville n*ayant pas de revenu pour compléter les gages du principal, elle Taulorisa à prendre 2 sous de chaque enfant allant aux leçons, pourvu que les parents eussent moyen, et qu*on ne demandât rien aux indigents. Mais les écoliers refusèrent de se soumettre à cetie sorte d'imposition. La ville en avertit le Parlement qui renvoya Taffaire au bailli, ou son lieutenant au siégi! d'Orbec (Note communiquée par M. Edouard Gosselio.)

(2) V. Requête de Tannée 4627, dans ma Notice sur l'Hospice d'Avranches, publiée dans les Mémoires de la Société d'archéologie de cette ville, année 4858. — Mg' Jacques Péricard, par ordonnance datée du château de Condé (31 mars 1599), approuva les statuts du collège «le Vemeuil. Archives du Palais-de-Justice de Houen.

guère qu'à laisser agir le zèle des prélats et la charité privée (1). Partout, ou voulut la gratuité et l'orthodoxie de renseignement , et ce fut afin de lui assurer ce double caractère qu'on le confia généralement à des communautés religieuses ; les Jésuites et les Oratoriens eurent les collèges ; plus tard » entraînés par le mouvement de leur époque , plus sympathique à la vie active qu'à la vie contemplative , en plusieurs endroits, les Bénédictins ouvrirent leurs monastères aux écoliers. 11 y eut enfin des congrégations de femmes spécialement établies pour faire l'école aux filles dans les villes et dans les campagnes.

Cette restauration de l'instruction publique, à laquelle aucun diocèse ne demeura étranger , fut inaugurée, dans celui de Rouen, par le rétablissement de l'autorité du chancelier de la cathédrale ; rétablissement, ce n'est pas assez dire : car on donna à sa charge une importance qu'elle n'avait point eue jusqu'alors. L'exemple vint de Paris. Un arrêt du Parlement de cette ville , du 7 février 15/iA, avait enjoint au chantre du

(1) M. de La Rochefoucauld, archevêque de Roueo, le proclamait avec raison, dans un décret du 10 janvier 1780 : « C*e8t aux disposi- « lions répétées des conciles et des ordonnances civiles qu*on doit les « écoles publiques établies dans un grand nombre de paroisses de ce « diocèse, où la charité de ceux qui les ont fondées fait instruire grac tuitement les enfants des fidèles dan» les vérités saintes du salut. »

chapitre métropolitain de veiller à ce que , « hors les petites écoles qui étoient et seroient destioées par lui, ne se tinssent autres écoles buissonnières, et ce pour obvier aux inconvénients qui en pourroient advenir par la mauvaise et pernicieuse doctrine que Ton pourroit donner aux petits en- Tan ts (1). »

 Rouen, bien que Técole de grammaire Tût abandonnée , on gardait le souvenir des prérogatives que le chancelier y avait exercées , et il parut naturel de Taire pour lui ce qu'on avait Tait pour le chantre à Paris. Le 12 août 1565, le cardinal de Bourbon ayant témoigné Tintention d'établir un collège de Jésuites , les chanoines qu'il avait invités à se joindre à son vicaire-gé-

(1) Claude Joly, Des écoles épiscopales et ecclésiastiques, elc, in>12, 1678, p. 297.— Presque dans tous les diocèses, vers la même époque, on adopta de semblables mesures. Concile de Cologne de 1536 : t In primis autem opère pretium nobis videlur ut clancularii illl magistelli, qui in conveniiculis vicatim doceut, prohibeantur, utque g>mnasia ac scbola minores in quibus pueri primis rudimenlis imbuunlur, diligenter repurgenlur, prxreclis illis didascalis seu pra^ceploribus, non tam eruditis quam bons doctrinx integra^fue ac inculpât» vile viris. > Ibid,^ p. 368. 1 — Décret du concile de Narbonne, 1511 : • Voluit Concllium nequis scbolarum administration! prefidatur bac in provincia publiée vel privutim, nisi prius domino episcopo seu ejus vicario aut alii viro ecclesiastico, ad quem jure vel consuetudine institntio pertinet, oblatas fuerit a consulibus vel lis quorum est offerre : qui eum interroget de vila, moribus fide et doctrina. • Mémoires du elei'géy 1768, t. 1, p. 971.

Déral , pour faire dans ce but des démarches auprès du Parlemeul et des échevins « songèrent immédiatement au chancelier et le déléguèrent en leur lieu et place, lui reconnaissant tin miérél particulier à l'institution des écoles à raison de sa dignité (1). Le 8 janvier 1573, Tarchevèque, dans Tacte d'union du bénéfice de Manneville à la chancellerie , signalait déjà comme une des fonctions de cette charge i la superintendance sur les escolles de la ville ^ à ce qu'on n'y enseignât que bonne doctrine (2). » Le chancelier était alors Marian de Martimbos, homme docte, fort honoré de ses confrères, et qui devait jouer un rôle considérable à Rouen pendant les troubles de la Ligue (â). Il eut assez de crédit pour faire

(1 j Arch. de la Seine-Inf. Déiibéralions capitulaires, à la dateiDdiquèe.

(2) Jbid. Délibération du 26 janvier 1578.

(8) JbitL F. du Chapitre de la cathédrale de Rouen. — t Marian de Martimbos , chanoine, abbé dé Jumiéges et de St-Micbel-en- Lerme, conseiller au Parlement, obtint la dignité de chancelier par la résignation que lui en fit (Claude) Cbappuys, et il en prit possession le 27 mars 1572. Il mourut le 28 avril 161 A, et fut enterré en la chapelle Notre-Dame, derrière le chœur. Il avoit été prince du Puj de S**-€écile en 1610. Il y eut un Nicolas de Martimbos, docteur du collège de Navarre, qui étoit de Goumay, qui parut fort environ ce temps-là, lequel apparemment étoit parent de celuj-cy. Le sieur de Launoy parie de luy en VHistoire du collège de Navarre comme d*un célèbre docteur • (D. Pommerajre, Histoire de Cégliu cathédrale de Rouen , p. âl8). — Ce Ait un de ceui qui eurent le plus de part à la réformation de la Coutume de Normandie, en 4587.

rendre, le â mars 1575, par le Parlement de Normandie , un arrêt analogue à celui du Parlement de Paris, de 15/iA. La juridiction du chancelier , non plus seulement sur les écoles de la ville, mais sur celles de tout le diocèse. Ait reconnue de la manière la plus positive. Elle Tut confirmée par un autre arrêt rendu le 10 février 1618, à la requête d'Alphonse de Bretteville, à la fois officiai et chancelier. Celui-ci s'était plaint de ce que i plusieurs personnes, hommes et femmes , indifféremment , tenoient eschoJe en la ville et dioceze, enseignant la jeunesse , comme il leur plaisoit , sans estre réglez d'instructions sortables à Taage de leurs escholiers , auxquelz souvent ils pouvoient faire recevoir des impressions contraires à l'ancienne créance de l'Église, mœurs et discipline du royaume, i Conformément à sa requête, de nouvelles défenses furent faites à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles fussent , de s'ingérer à l'exercice « des escholes et instruction de la jeunesse , sans la permission de l'archevesque de Rouen et l'approbation du chancelier ; le tout pourtant sans contrevenir aux édits sur la pacification des troubles du royaume » édits qui reconnaissaient , sous certaines réserves, aux protestants le droit d'avoir

des écoles (1). Les dérenses de rarrét de 1618 forent en dernier lieu remises en vigueur par un autre arrêt de la même cour, du 2A mars 1752 ,

(i) Dans uoe autre oecaaàon, eo décembre 1640, à la suite d*uD •candale causé par le mélaiige des garçons et des filles dans le même local, le Roi ayant écrit à rarcheféqne de Roaeo, coaime anx autres éféques du royaume (V, Mimoirt* dm Cierge. L 1, p. 977), d*afiser à la réforme des écoles de sa fille, ce fut encore Tautorilé du chancelier, M. Hendebert, qu*on fit interrenir. Ce dernier ayant accompagné à Amsterdam le duc de Longoetille, dont il était le secrétaire, se fit obligé de charger le curé de St-Oodard « de facquer à donner ordre aui petites écoles en attendant son retour. » ( Arcb. de la Seine-lofér. Fonds du Chapitre. Délib» capituL, Sidéc 16Â0; 8, 15, 31 jaof. 16&1. ) En 1674, le sacœaear de M. Ueudebert, M. Hue, se dispensant de la résidenoe, le promoteur Tassigna devant le chapitre « en remontrant que la dignité « de chancelier afoit des emplois très-considérables, tant dans Téglise « qu'en la fille et dans tout le diocèse , principalement en ce qui « concemoit la direction de toutes les escoles publiques et particu- « lières où Ton eoseigooit la jeunesse, sur lesquelles il deroit afoir c Pœil , soit en les f isitant ou en eiaminant la capacité des maîtres

• et maîtresses, afin qoMI ne s*y enseignM aucune doctrine qui ne lût

• orthodoxe et qu*il ne s*y fit aucune lecture de lifres prohibés. > Un autre chancelier, François Mascranny, qui était en même temps grand-ficaire de Tarcheféque, ne poufant s'acquitter par luinnême die rinspection des écoles, commit pour le remplacer François Guillette, un des six anciens maîtres écrif ains de Rouen , « affin d*af oir « soin de faire eiécuter les anciens réglemens, arrêts et sentences c dont il étoit porteur, pour foire obserrer une bonne discipline dans c toutes les escoles en général, suifant lesdits réglemens, tant dans la

• fille de Rouen que dans tout le diocèse; le tout pour la gloire de « Dieu, perfection de la jeunesse et utilité pobliqae. » GaUlette défait rendre compte, tous les mois, de sa direction à If. Mascranny. 8 afril 1680.

rendu sur la requête de Richard Dumoucel de Gouy, chancelier du chapitre et syndic général du clergé. Il fut fait dérense à toutes « per- « sonnes de tenir école sans Tapprobalion du chan- « celier, sous l'autorité de l'archevêque , à peine « pour les contrevenants de la confiscation des « livres et autres ustensiles propres aux écoles « et d'une amende de 100 liv. au proflt des hô- « pitaux de Rouen (1). i

Si formels que fussent ces arrêts, ils ne réussirent pas à assurer au chancelier une autorité

(1) Quanlilé de personnes s'ingéraienl alors de tenir école sans la permission de Tarchevêque et sans approbation : « Il était plus important que jamais, disait le chancelier M, de Gouj , de ne confier le précieux dépost de Pinstruclion des enfants qu'à des personnes capables de leur enseigner les premiers principes de la religion et de leur inspirer de bonne heure les sentiments du christianisme, qui doivent animer toute leur vie. C'est le moyen le plus efficace pour procurer à TÉglise de solides chrétiens et à l'État des sujets fidelles, puisque souvent toute la vie se ressent des premières impressions reçues dans un âge tendre et non encore corrompu par le commerce du monde. » Du reste , ces arrêts ne créaient pas au clergé, dans le diocèse de Rouen, une situation eiceptioonelle. De toute ancienneté et dans tous les diocèses de la chrétienté, on avait attribué un droit d'inspection sur l'enseignement aui chapitres des églises cathédrales dans la personne d'un de leurs membres : au chantre, comme à Autun et à Paris, à Técolftlre, scbolastique ou maître des écoles comme à Amiens, Avranches, Orléans, au capischol en Gascogne, au chancelier à Rouen et dans la plupart des villes où il y a\.iit une L'niver^iité. (V. Joly, ouvnige précité, p. 167.)

bien efficace. Constitués avant lui, par le fait même delleur titre et par les ordonnances royales, inspecteurs de renseignement, les archevêques du dernier siècle, plus jaloux de leurs droits, plus occupés d'administrer leur diocèse que leurs prédécesseurs, s'y prirent de manière à rendre cette autorité de plus en plus inutile. Dans les villages, on voit les magisters et les clercs reçus le plus souvent par les curés , en vertu de lettres d'approbation de Tarcbevëque (1), qui ne manquait pas de s'enquérir de l'état des écoles, soit aux calendes des doyennés, soit dans ses visites pastorales. Quand on croyait avoir sujet de se plaindre d'un maitre d'école, c'était à lui qu'on s'adressait directement : il faisait informer par le doyen des faits incriminés et prononçait Tinterdiction de la classe, quand cette mesure lui paraissait nécessaire. A Rouen même , on contesta

(1) Au XVII* siècle, les leltres d^approbadon ètakot délivrées par le chancelier. Slaluls et régietnents fkits par messire François de Harlaj* archetéque de Rouen. 39 maj 1618: t Ds (les eorés) ne pei^ meliront qu*aucun sHogère de tenir écoles en leurs paroisses, qii*il ne soit approuvé du chancelier de noire église cathédrale et nétropolitalne, de la dignité duquel, sons notre aatorité, dépend Mile approbation, OU que ceux qui prétendent en avoir titre et privUéfes particuliers ne Iny en ayent fhit apparoir. • (D. Bessfn, Ccmcilië Rqîowu ftro»., pars II', p. 115. )

au chancelier la faculté de nommer des instituteurs pour la ville, et en plus d'une occasion le Parlement donna gain de cause aux maîtres écrivains auxquels était i^econnu un droit exclusif k renseignement salarié de l'écriture et de rarithmétique. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'au XVUie siècle il y eut procès devant le lieutenant-général de police et, par appel, devant le Parlement , entre eux et un nommé Michel Lecœur, qui se prétendait autorisé à montrer à écrire par Louis-Claude Rose , grand-vicaire de l'archevêque et chancelier de la cathédrale. Il fut décidé que l'autorisation accordée par ce dignitaire ne pouvait être considérée comme un titre valable pour l'enseignement de l'écriture, ni tenir lieu de jtirande (27 juillet 1762). Une autre fois, une dame Bénard fut poursuivie pour avoir montré à lire et à écrire dans sa maison de la rue St-Marc , après en avoir obtenu la permission de M. l'abbé de Gouy. Ce dernier n'hésita pas à reconnaître, sur les observations qui lui furent présentées, qu'il avait outre-passé ses pouvoirs. 11 pria les gardes de la communauté de faire grâce à l'institutrice, et promit d'écrire aux curés pour leur recommander d'exhorter, à leurs prônes, les personnes auxquelles il avait donné de pareilles permissions à lui rapporter leurs brevets

pour qu'il y bififtl le mol écriture (i). D'après cela , OD doit conclure que les maîtres et maîtresses de Rouen, nommés par le chancelier, devaient borner leur enseignement à la lecture , science qui n'était pas, par TefiTet, comprise dans le privilège des écrivains jurés. Plus loin, nous reviendrons sur cette communauté qui, pendant plus de deux siècles, occupa à Rouen une place assez importante dans le système de rinstruction publique.

(1) Je crob que c*est par errear que le Tableau de tUmem de 1779, p. 158, indique le grand-duintre oomine détitrant ces sortes de bre- %els : « Maîtresses d'école pour les enfants de Tan et de Tautre seie... Ces maîtresses d*éooles apprennent à lire aux enfiints et sont répandues dans différents quartiers de la ?iUe. Elles dépendent du grand-cfaantre de a cathédrale, dont elles doivent a?oir un breret pour enseigner. M. Da%oull, supérieur. • — Celle année-là, elles étaient au noml>re de treise.

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