‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 12 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

COLLÈGES DE ROUEN, D'EC, DE DIEPPE, D'AUMALE, DU HAVRE, D'aNDELT, DE 60URNAT, DEGIS0R8,DE P0NT0I8E, D'OFPRANYILLE ; séminaire joyeuse et petits-séminaires ANTERIEUREMENT A LA SUPPRESSION DESJfeUITES.

Au moyen-âge , la Grammaire et les humanités Turent enseignées dans des écoles générales à Dieppe, à Fécamp, à Gournay, à Harfleur, à Monlivilliers, à Pontoise et principalement à Rouen. Mais ces écoles , au lieu de se développer , ainsi qu'on aurait pu Tespérer, à Tépoque de la Renaissance , furent négligées , sinon même complètement abandonnées. Celle de Rouen elle-même, qui avait été longtemps florissante , comme toutes les écoles des cathédrales , était , dès le XY' siècle , en pleine décadence , et au XVP il n'en était plus question (1). Dès lors, pour acquérir un degré tant soit peu élevé d'instruction en quelque branche de connaissances que ce fût, il

(1) V. première partie de ce inémoire.

devint nécessaire de s'expatrier : de se rendre soit à Caen , soit à Paris. Ce qui paraîtra plus regrettable , le clergé ne connaissait point encore ces utiles établissements oii il se Torme aux vertus et aux connaissances propres à la carrière ecclésiastique. Pour qu'on y songeât » il Tallut que le concile de Trente et les États de Blois en proclamassent la nécessité (1). Le concile provincial de Rouen et le cardinal de Bourbon entrèrent dans les vues de ces assemblées (2). Ce ne Tut, cependant, qu'en 1658 que Mg' de Harlay de Chanvalon en établit un à Rouen pour son diocèse (8), et encore était-ce moins , à proprement

(1) Cuneilium Trùfcniinumt seisio XXIII, c iviii (année 1563). — Ordonnance de Blois, 1579, article XXIV. « Et d*aulant que Pinstitulioii des séminaires e( collèges, qui ont esté establis en aucuns efcschei de cesitiy notre royaume* pour Tinstruction de la jeunesse tant aux bonnes et saintes lettres qu*au service divin , a apporté beaucoup de bien à TÉglise, et mesme en plusieurs provinces de oestuy uotre royaume, fort désolées pour Tinjure des temps, et dcspourveûes de ministres ecctésiastiqups : iidmonestons, et néantmoins enjoignons aux archevesqups et évesques d*en dresser et instituer en leurs diocèses, et adv iser de la forme qui semblera estre la plus propre selon la nécessité et condition dis lieux, et pourveoir à la fondation et dotation d*ioeux par union de bénéfices , assignation de pensions ou autrement, ainsi qu'ils ferront estre à faire. »

(3) Bessin, Concilia Rotom. prov., pars I*, p. 385.

(8) Le Parlement , par son arrêt du 38 mars 1650, «fait recommandé aux évéqups de la province Texécution du 3A* article des États de Blois. Par lettres du 80 mars 1658, Mg' de Harlay, agréant la

Mij^ ' A^kJWMatfaMMMiiiakaca

parler , uue maison d'instruction supérieare cléricale qu'un lieu de retraite et de préparation pour les ordinands (1). A première vue, il

supplication des prêtres de la Congrégation des séminaires établis aui diocèses de Bayeux , Coutances et Lisieux , leur permit « d*ériger à Rouen une maison et communauté d^ecclésiastiqaes unie et agrégée à celles de leur congrégation, et de s'employer , par leurs exemples et par les exercices que Ton avait acooustumé pratiquer dans les séminaires, à former et instruire les ecclésiastiques qui seroient envoyés ou se retireroient pour un temps on pour toujours dans ledit séminaire, spécialement tous ceux qui auroient à se disposer à la réception des ordres sacrés, en ce qui concerne la fie, les moeurs et tontes les obligations et fonctions cléricales. • (Arch. de la Seine-InC F. de PArcbefécbé.)

(1) Il est probable que Tobstacle à rétablissement du séminaire vint du clergé lui-même quMI «^agissait d*impo8or ù cet effet : « De seminarionim ereclioue in uiiaquaque ci?itate calhedrali aut in alla , si qua in diœoesi visa fuerit commodius, coiiventum fuit , in bac synodo provinciali, ut fiai per coniributionem ex fructibus inlegris mensc episcopalis et capituli et quorumcumque beneGciorum. h (Coodle de Rouen, 1583. D. Beuin, Concilia Rotom. prov,, pars 1% p. 385.) Délibération du Chapitre de Rouen, 3 mai 1584 : • Sur ce qu*il a esté proposé que au concile provincial on iraile de ériger ung séminaire et qu*en cela Ton pourroit charger le chapitre, en quoy il estoit besoing d*obvier et donner ordre ù ce que MM. les deputet n*aocordenl chose qui préjudicie le chapitre., etc. » (Arch. de la Seiiie-Inf. F. du Chapitre).— Une ordonnance de Tarchevêque , du 80 aoAt 1671, imposait aux curés reçus dans le diocèse Tobligation , afant de pouvoir exercer aucune fonction curiale, de demeurer trois mois au séminaire, à peine de suspense actuelle ; et aux clercs , avant d'être reçus au sous-diaconat , Tobligation de demeurer le même temps au séminaire pour y examiner et reconnaître leur vocation.— Le terme de trois mois fût réduit à deux mois par ordonnance de Mg' de Méda?y (30 janvier 1673).

paraîtra singulier qu'on ait commeDcé par les collèges plutôt que par les séminaires , Vœuvre de la restauration de renseignement , la principale part en revenant au clergé. On ne peut guère se l'expliquer que par le caractère profondément religieux qu'on s'appliqua , en tous lieux , à donner aux collèges , et par le soin qu'on prit d'y instituer des cours de théologie.

1*" Collège de Rouen. On se souvient que l'opposition des chapelains du Roi , soutenue par le grand-aumônier de France, empêcha de mettre à exécution les lettres-patentes du mois de février 1566, qui avaient donné l'Hôpital du Roi à la ville de Rouen , à la charge d'en Taire un collège. Le procès qui eut lieu à cette occasion n'était point encore vidé et, déjà, il était aisé de voir que les obstacles à cet établissement ne venaient point uniquement des chapelains. A défaut de l'emplacement accordé , il eût été aisé d'en trouver un autre. Le plus diflQcile , c'était d'aviser au choix de professeurs capables, et de leur assurer une dotation suffisante. Mis provisoirement en possession de l'Hôpital du Roi, les échevins ne virent rien de mieux à faire que de proposer aux Cordeliers la direction du collée à fonder et de leur voler une aumône de 50 liv. , à con-

mÊÊÊmAm

dition de recevoir toutes personnes à leurs leçons. Si ce Tut là tout le secours que Tadministration municipale crut devoir fournir en faveur d*un établissement dont Tutilité était si bien démontrée, il n'y a pas sujet de regretter quMl lui ait échappé pour passer en des mains plus libérales et plus habiles. Dans cette circonstance , ainsi que cela avait eu lieu à la fin du XV* siècle, lorsque Texistence de la grande école publique du diocèse avait été mise en question, la ville et le chapitre de la cathédrale firent preuve de la même inertie. On peut, à bon droit, leur reprocher de courtes vues et un manque absolu de générosité. Ces deux corps , recommandables pourtant à tant de titres, oublièrent également qu'on ne conserve son influence qu'au prix de certains sacrifices, et que c'est trop présumer de ses forces et de sa considération que de vouloir se réserver ou s'attribuer d'honorables prérogatives, tout en déclinant les charges qui doivent nécessairement les accompagner. Le cardinal de Bourbon comprit mieux rimportance de l'enseignement public. Profitant de l'inaction des échevins et des chanoines , il résolut de fonder , pour son diocèse et pour la province , un collège de Jésuites, destiné, dans sa pensée, à combattre les progrès du Protestantisme, et à prouver au Saint-Père , pour employer ses

propres eipressîoos, • qo il ■*afoil pas Boms de € lete poor iosCmire ses brebis que les Hnpieiiols < D*eB moDtroieBt à les conompre \). > Cest le lieo de direqoelqoes mots de cet ordre nouveau, qaî réossit a s'établir aa milieu de oootradictions de toute nature , et auquel il était résenré de jouer , pendant près de deux siècles, un rôle prépondérant dans rinstruction publique de notre pays.

Le concile de TÉglise Gallicane, tenu à Poissy le 15 septembre 1561 , délibérant sur le renvoi qui lui avait été fait par le Parlement de Paris, avait approuvé Tlnstitut des Jésuites, non cependant sans modifications ni sans restrictions, il n'avait voulu y voir qu'une société ; il leur avait enjoint de prendre un autre titre que celui de Jésuites, et les avait soumis à la complète juridiction de Tordinaire et aux dispositions du droit commun. La même année , eu vertu du testament de révéque Guillaume du Prat, les Jésuites obtenaient à Paris la direction d'un collège, qui devint le fameux collège de Clermont, connu plus tard sous le nom de collège Louis-le-Grand.

Quelque temps après, le 8 juillet 1565, le

(1) Hiâioire de In ville de Houen, édiL in-A* de 1731 • I. Il , partie 111 , p. 99.

cardinal de Bourbon, alors à St-Jean-de-Liiz , adressait au Parlement et aux écbevins de Rouen des lettres où il leur Taisait part de son intention « de remectre sus Tun des collèges fondez par ses • prédécesseurs en ceste ville et d'y establir une « compaignye de Jésuistes tant pour servir à Tinf struction du peuple que des jeunes enfants. > — 11 proposait d*aflecter à cette fondation la première prébende vacante, et en attendant 500 1. de pension annuelle.

Ces lettres furent présentées à leurs destinataires par M. Bignes de Saint-Désir, grand-vicaire et grand-archidiacre de la cathédrale , et par le chancelier , eu sa qualité de délégué du chapitre.

Pour Texécution de son projet, le cardinal comptait sur le concours du père Possevîn (1) , homme d'une haute capacité , renommé pour rétendue de ses connaissances et pour sa prodigieuse facilité à apprendre les langues. Les conférences que ce Père avait eues avec le protestant Viret , diverses affaires dont on l'avait chargé et dout il s'était tiré avec un plein succès , le désignaient aux missions les plus délicates et les

(1) Posserin, né à Mantoue en 153&, secrétaire du duc de Gonlague, entré en la Compagnie des Jésuites, en 1559, recteur du collège d'Avignon, mort à Ferrare en 1611, auteur de plusieurs outrages encore estimée

plus importantes. Le cardinal, étant légat à Avignon , avait eu l'occasion de faire connaissance avec Possevin , qui était alors recteur du collège de cette ville. Il avait pu aussi apprécier son mérite comme négociateur à Bayonne, où Tun et Tautre étaient venus trouver le Roi. Il lui proposa donc de l'envoyer à Rouen pour y défendre la foi catholique, y ranimer le courage du clergé et préparer les esprits à l'établissement d'un collège de Jésuites, c Possevin, dit le P. Jean < Dorigny, son biographe (1), répondit parfaitef ment à l'attente de ce charitable pasteur. Il « commença par y prêcher régulièrement quatre « fois la semaine et à faire le catéchisme aux « enfans les jours qui n'estoient point occupez « par la prédication ; il inspira par son exemple le mesme zèle aux curez ; il descendoit aux écoles publiques, et rien ne paroissoit trop bas à sa charité ; il instruisoit les maîtres de la manière dont ils se debvoient comporter pour tirer tout l'avantage d'un exercice si important à la République chrétienne. Enfin, laissant tout le peuple édifié de ses premiers

(i) La Vie du P. Antoine Poisevin, de la Compagnie de Jésus , o* Von voit l'histoire He» importantes négociations ausqueUes U a été employé en qualité de nonce de Sa Sainteté, en Suéde, en Pologne et en Bioscovie, A Paris, chei Jean Muiier, 1713.

c travaux , il augmenta le désir de le revoir et c de fonder au plus tôt, dans Rouen, un collège c suivant Tintentiou du cardinal, ce qui ne Tut « difTéré aussi bien qu'à AIbi , à Pamiers et à « Marseille, que faute d*un assez grand nombre • d'ouvriers évangéliques qui pussent alors remc plir ces collèges qu'on présentoit à la Gompai- « gnie. » Ce premier séjour du P« Possevin à Rouen et la proposition du cardinal de Bourbon sont antérieurs de quelques mois aux lettres de Charles IX, qui donnaient à la ville THôpital du Roi , à la charge d'en faire un collège. Fut-ce uniquement pour le motif indiqué par le P. Dorigny que se trouva ajourné l'établissement des Jésuites à Rouen? Nous ne pouvons le contester avec une entière assurance. Cependant , il nous parait vraisemblable , à en juger par ce qui se passa plus tard , qu'il y eut des difficultés de plus d'un genre et que l'accord ne put se faire de prime-abord entre le cardinal, le Parlement, i'Hôtei-de- Ville et le chapitre.

La fondation d'un collège municipal, confié à la direction des Gordeliers , n'ayant point réussi, le cardinal en revint à son projet. Les succès obtenus par les Jésuites à Paris étaient , du reste , de nature à l'affermir dans sa résolution et à désarmer les opposants.

a Les disciples d'Ignace de Loyola, dil M. Quicherat dans sa savante Histoire du collège S*'- Barbe (1), réussirent comme instituteurs par la même raison qui les fit réussir comme religieux. Leur règle était conçue de manière à rendre impossible parmi eux Fbérésie qu'on avait vue se glisser dans tous les rangs de 1* Église, dans tous les ordres monastiques , dans toutes les maisons d'éducation. On les accueillit comme les restaurateurs de Tortbodoxie , lorsque , par Tborreur de la guerre civile , le siècle en fut venu à se repentir de ce qu'il n'avait pas veillé avec assez de diligence au maintien de Tortbodoxie. Alors la préférence du public fut acquise aux prêtres qu'on pouvait en toute sécurité investir de la direction de sa conscience , et aux maîtres sous lesquels on était sûr que les principes religieux de la jeunesse ne dévieraient pas. Le reste du clergé eut mauvaise grâce à se plaindre , ayant lui-même travaillé les esprits de manière à produire ce résultat. » Afin de disposer plus sûrement Topinion publique en faveur de son projet^ le cardinal eut de nouveau recours à Possevin. Ce Père précba rAvent et le Carême à la cathédrale de Rouen, et

riU

resta près de cinq mois dans cette ville. Son activité était infatigable. Il procura aux pauvres, aux malades, aux prisonniers d'abondantes aumônes ; aux enfants trop négligés , des instructions à la fois simples et solides; aux protestants, renseignement de la doctrine chrétienne sous une forme attrayante. Il rétablit la concorde dans la société espagnole, qui occupait alors à Rouen un rang élevé , et qui a fourni à notre province plus d*un nom distingué (1) ; il forma, à lexemple de ce que, trois ans auparavant, le P. Edmond Âuger avait fait à Lyon , une assemblée de dames qui, non contentes de recueillir des seeours pour les malades de T hôpital, les servaient elles-mêmes tour à tour, avec un dévouement qui fit Tadmiration de toute la ville. Entre TAvent de 1569 et le Carême de 1570, il avait été conduit à Dieppe par le vicaire-général du cardinal et s'y était acquis une si vive sympathie que le gouverneur^ M. de Sigognes, Ty avait retenu pour ainsi dire de force, afin qu'il y achevât le bien qu'il y avait commencé (2).

(1) Nous dterons , enlre autres , les noms des de Cifille et des Quinlanadoine de Bretigny. Voir, dans VHUtoire de Royen, édil. in-A* de 1731, t. H, VI« partie, p. 63, 6&, l*iiidication de plusieurs tombes de Portugais existaot dans l'église des Gordeliers.

(2) Le P. Dorigny , oufrage précité, p. I4S et soiv.

— SS- II faut convenir que les circoDStances se prêtaient uierveilleusement aux desseins de Possevin et du cardinal. Irrités de l'affront qu'ils avaient reçu du parti protestant, gardant le souvenir des ravages qu'il avait commis dans la ville , de la dévastation sacrilège des églises et des monastères , de la profanation des sépultures , les Rouennais se seraient jetés volontiers dans Teicès contraire. L'ardeur avec laquelle , quelques années après , ils embrassèrent le parti de la Ligue ; la fermeté qu'ils montrèrent en bravant les menaces de l'armée de Henri IV , qui les tenait assiégés, furent une démonstration éclatante de leur aversion pour les nouvelles doctrines et pour leurs partisans.

Le cardinal, mieux avisé que ne l'avait été r Hôtel-de- Ville , comprit ce à quoi l'obligeait le rùle de fondateur. Par acte daté du camp des Landes devant St-Jean-d'Angely ( 6 novembre 1569 ) , il lit don aux Jésuites de 2,000 liv. de rente à prendre sur la seigneurie de Graville (1). On était loin de cette allocation , si faible qu'elle

(1; Cette douatioD Tut acceptée par Possefin, pendant son séjour à Rouen, 20 murs 1570; il y a?ait été autorisé par Olifier Manarre , provincial de la Société , par acte passé devant les tabellions d* Arques, 18 mars 1570. Cet acte est rappelé dans Tarrét du Parlement du 22 avril 1570. Arch. du Palais-de-Justioe. Rapports cifils.

i.a.Mii«aa

eo était presque dérisoire, proposée par le conseil des Vingt-Quatre à la communauté des Cordeliers.

La ville accueillit d'abord favorablement ce projet, dont Texécution lui promettait un enseignement plus élevé et plus complet qu'elle n'eût osé l'espérer, et cela sans qu'elle eût rien à débourser. On arrêta cependant, le 16 novembre 1569 , avant de prendre un parti définitif, de se renseigner sur ce qui avait été fait à Paris pour l'institution du collège des Jésuites. Mais ce à quoi on n'eût pas dû s'attendre, la résistance vint du chapitre de la cathédrale; et, ce qui paraîtra plus extraordinaire encore, des ordres mendiants, lesquels pourtant, il aurait dû leur en souvenir, avaient eu , lors de leur établissement , à subir les mêmes épreuves qu'ils préparaient à leur tour à un ordre nouveau (1). Le 15 avril 1570, les chanoines prirent la délibération suivante :

< Veu les lettres de la donation faite par Mg' c le révérendissime et illustrissime cardinal de c Bourbon. . . aux frères eulx disans de la Société ff du nom de Jésus..., la requeste présentée à la • court de Parlement de Rouen par lesdits Jéc suistes affin que ladicte donation soit insinuée. • . ;

(1) Arch. municipales de Rouen. Reg. des délibérations.

veu rordoDoaDoe d'icelle court » respoose do procureur de la Yîlle eu dapte du YlIP de ce mois par laquelle il déclare ne contredire ni empescber ladicte insiouacion, et celle du procureur du Roy, qui déclare par semblable u'empescber icelle iusiuuacion , aultre requeste présentée par les quatre ordres des religieux mendiens de ceste ville affin d'estre ouvs avant que admettre lesdits Jésuistes, TordoDuaDce dMcelle court eu dapte du XIII* de ce mois par laquelle, entre aultres choses , est dict que ladicte requeste et pièces produites par lesdicts Jésuistes seront communiquez au chapitre, mesme à MM. de la ville pour en conférer avec MM. les gents du Roy , arrest donné au concilie et assemblée du clergé de France tenue à Poissy le XYl* de septembre 156I, et aultre donné au Parlement de Paris en dapte du XIIP de febvrier audit an 1561, le chapitre déclare qu'il ne peult consentir Tinsinuacion desdictes lettres, sans que le clergé en général de ce diocèse soit assemblé (1). > Cette délibération ne tafda pas à être suivie d'un arrêt du Parlement rendu, les chambres as-

(i) Arcli. de la Seine-IoC V, da Chapitre. Rcg. capituL, à la date indiquée.

— assemblées , qui ordonnait aux prêtres et religieux de la Société du nom de Jésus de prendre un autre titre conformément à ce qui avait été statué par le concile de TÉglise gallicane , décidait qu'avant de procéder à Tenregistrement des lettres de donation du cardinal et à Tapprobation du collège, ils auraient à mettre au greffe, dans un délai déterminé, les bulles, privilèges « statuts et règlements de leur Société, les lettres-patentes du Roi , les arrêts de la Cour du Parlement de Paris donnés entre eux et le recteur de TUniversité, les docteurs de Sorbonne et les quatre ordres mendiants, pendant lequel délai les doyen, chanoines et chapitre et les ordres mendiants de Rouen pourroient Taire telles remonstrances au cardinal qu'ils aviseroient être bon , pour le tout communiqué au procureur général du Roi , et vu par la Cour , et les parties ouïes , être ordonné ce que de raison , 22 avril 1570 (1). »

La remontrance des chanoines ne se fit pas attendre. Trois jours après, ils prenaient cette délibération :

« Il a esté ordonné de prier Monsieur le chanc celier d'escrire au nom du chapitre à Mg' le

(1) Arch. du Parlement au Palais-de-Justice. Rapporti civils (Note oommuoiquée par M. Gosselin).

cardîDal lettre pour le gratifier du bon vouloir, zèle et aflTection qu'il a de fonder en ceste ville ung collège pour Tinstitution et instruction de la jeunesse ; mais d'aubtant que, à jour passé, le P. Possevyn ayant presché le caresme en ceste église , estant sur son partement , a présenté quelque requeste à la cour de Parlement affln d'avoir homologation d'un don de 2,000 liv. de rente que Mg' a donnée à ceulx de sa congrégation, à prendre sur sa terre de Graville, laquelle requeste, par ordonnance de ladicte cour , a esté communiquée à chapitre pour y dire, et que icelle requeste s'est trouvée de merveilleuse conséquence et importance , pour raison de quoy a esté advisé par meure délibération de chapitre de ne rien sur ce dire que préalablement le chapitre n'en aict communiqué tant à mon dict seigneur que au clei^é qui le touche en corps; sera supplié mon dict seigneur, combien que ledit Père Possevyn se présente le premier devant luy , de sursoir à l'expédition qu'il luy requerra jusques à ce que mon dict seigneur ait entendu les remonstrances que le chapitre prétend faire (i). >

1) Arch. de la Seine-InC F. du Chapiire. Reg. capilolaire, à la date indiquée. — Autre délibération du 27 a?ril : • Veo Tarreat donné par

E&ifMHUiîfiifii

Le cardinal ne se laissa point ébranler. Il sut discerner le motir réel de cette opposition , qui n'était rien moins que l'intérêt public. Il fît remettre aux chanoines , par le capitaine Prévost , de nouvelles lettres par lesquelles il les exhortait à recevoir, sans plus de délai, le collège de Jésuites. En voici le texte. Nous le reproduisons d'après la lettre originale conservée dans les Archives du chapitre :

« Messieurs , le porteur de la présente lequel j'envoye expressément pour parachever le collège des Jésuistes, qui est la chose que je désire le plus du monde , vous dira plus amplement Fimportance de ce faict , en quoy je vous prie croire que ne me sçauriez (aire plus grand service que de favoriser ceste œuvre de Dieu et de laquelle j'espoire que vous serez les premiers à sentir les Truicts d'icellc; et me remettant à la suffisance du porteur, j'adjousteray seullement ce mot que je désire que Ton regarde en cecy tant à mon honneur et de ma maison que à ne me donner occasion d'y employer le crédit que j'ai envers le Roy pour en venir à bout, tout ainsy que j'en suis totallement résolu. Et je prieray Dieu le créateur

la court de Parlement contre les Jésuisles, il a esté ordonné que, Mous, le cardinal approchant de ce pays, il sera député quelques uogs de MM. aflia d'aller vers \uy Taire les remniistraoces requises. > Ibid«

vous donner, Messieurs, en parfaicte santé, bonne et longue vie.

« De Gaillon , le XP de juillet 1570.

c Votre bon amy et conrrère ,

« C. cardinal de Bourbon (1). »

Il Taut croire que le cardinal avait fini par gagner les gens de rHôtel-de-Ville à sa cause, puisque, le 3 mai i572, ils désignèrent des députés à reflet de se transporter à son palais et de déterminer, de concert avec lui, un lieu propre à rétablissement du collège. Le 19 mars 1573, ils approuvent le choix qui avait été fait de Tbôtel dit le Maulévrier. Mais bientôt leurs dispositions deviennent moins favorables. L'opposition persistante des ordres mendiants et de toutes les communautés religieuses de la ville les trouble et les alarme. Ils décident, le 1*' avril 1573, qu'on écrira au cardinal , sans manifester précisément

(i) Ces lettres Turent lues au chapitre le 17 juillet 1570 : « Veu les lettres envojez de la part de Monseigneur Rerer** cardinal de Bourbon à la fin de la réception du collège des Jésuites et attendu que celuy qui les a apportez a charge de la part dudîl seigneur , ainsi qu*il apert par ses dictes lettres de dire quelque chose, il a esté ordonné quMl viendra demain pour, luy 07, ordonner qu'il appartieiidra. ■ 48 juillet ; le capitaine se présente et déclare qu*il n*a rien à dire. Arcb. de la Seine-Inf. F. du Chapitre. Délibéntion capitolalre.

tSm. s^ u.'%%--i«aM«riia^

leur désir ou leur opiniou à cet égard. Deux années s'écoulent , et rien encore n'a été conclu. En juin 1575, le cardinal leur adresse une lettre pressante, et, dans la séance du 5 du même mois, ils délibèrent que « des remerctments lui seront transmis pour la bonne affection et voulloir qu'il avoit pour l'institution d'un collège, laquelle ils feront entendre à plusieurs des notables bourgeois aflBn qu'ils s'efforcent d'y contribuer de leurs biens. Toutefois, ajoutent-ils, en revolvant les anciens papiers et registres delà ville , on a trouvé plusieurs sentences par lesquelles MM. du chapitre sont subjects d'entretenir les grandes escolles de la dicte ville et maisons destinez pour cest effecl (1). •

Si nous ne nous trompons, il Tant conclure de ces textes que la ville ne fut contraire au projet du cardinal que du moment qu'elle put appréhender que la donation de ce prélat ne la dispenserait pas de contribuer aux frais d'établissement et d'entretien du collège. Faire des quêtes à domicile , solliciter des secours des communautés religieuses, ce fut tout ce qu'elle proposa et ce à quoi elle borna son rôle (2). Ses démar-

(i) Archives municipales de Rouen. Registre des délibérations, aux dates indiquées.

(3) « Et quant pour le Tait de Tinslitulion d*un collège en cesie

cbes n'aboutirent à rien de sérieux , Mit que les échevins y aient mis de la négligencet soit qoe le public , généralement adonné au commerce , fttt encore peu sensible aux avantages d'une instruction élevée. On se reposa sur le cardinal , et on lui laissa tout faire. La crainte de la dépense fit qu*on lui abandonna , sans contestation , un honneur auquel on aurait pu prétendre.

Le 3i juillet 1582 , dans un contrat où il exprimait la singulière dévotion qu'il avait de maintenir et augmenter la piété et la religion catholique dans son diocèse, le cardinal donna à la Compagnie du nom de Jésus , représentée par le

▼ille sont d*ad?ii que Pon députe aulcans pour sçafoir parUculièrement par lea maisons des habîtans... oooibien ils Toadroot bailler chacun pour ledicl effect, mesme supplier Mons' le cardinal de Bourbon, Messieurs du chapitre et aultres collèges et communaatti d*j Toalloir entendre el aser de liberallité en cest endroicL * Délibér. du S6 octobre 1580. Arch. de rH^el-de-Ville de Ronen. — Le cardnial, et en son absence son ficaire-général, Tévéque de Rosse, afin d*habitaer les habitants de Rouen à la Compagnie de Jésus, s'adressèrent à elle asseï fréquemment pour en obtenir des prédicateurs pour PA?ent et le Carême : • Mons' le Seelleur , paies à François Fessel pour a?oir esté eiprès à Paris au collège des Jhesuistes porter lettres, afin de açaYoir sy le P. Edmond Auger, jhesuiste, îlendroit prescher TAdTent et Caresme prochain , suivant sa promesse. .., 6 no?. 1580. • — « Les despenses bictes par MM. les Jhesuistes l'espace de 20 jours estant à Rouen, par le commandement de Mons' le cardinal de Bonriwn, poor prescher durant les Testes de Pantecostes, Jubillé et les octares de la Feste-Dieu, du 28 mai au 17 juin (1588) , 55 l« 10 a. • ; quittance signée : M. Patrice Addit • — Arch. de la Seine-InC F. de rArebevèché.

Père Claude Mathieu , le manoir du Grand-Maulévrier (1), f pour y dresser un collège, y bâtir et meubler pour trente personnes de la Compagnie , du nombre desquelles il y en auroit six qui, selon leur institut , vacqueroient à Tinstltution de la jeunesse en six diverses classes et enseigneroient tant ceulx du séminaire qui seroit estably en la ville que tous aultres escolliers qui afflueroient en icellui collège. > Pour dotation , il leur donna , tant en son nom qu'en celui de ses successeurs abbés de St-Ouen , A, 000 liv. de rente annuelle à percevoir à perpétuité sur les revenus de la Forêt-Yerte, jusqu'à ce qu'on leur eût assuré une rente d'une égale importance, soit par union de prieurés ou de bénéfices, soit au moyen d'une constitution sur l'Hôtel-de-Ville de Rouen. Le cardinal voulait que leur collège portât le nom de Bourbon , « que Dieu y fût perpétuellement servi et la jeunesse instruicte et enseignée aux bonnes mœurs et lettres, selon les constitutions de la Compaignie, soubz la discipline d'icelle, en la mesme forme et manière qu'on observoit aux autres collèges d'icelle compaignie érigez dans le royaume. > Ce contrat fut ratifié par les religieux de l'abbaye de St-Ouen, en 1583.

(i) Cet hôtel tirait son nom de Louis de Breië, sieur deMaulé- ▼rier , à qui il a?ait appartenu. Le cardinal Tafait aclieté de Jein de Qaiéfremoot, écayer, sieur do Boso-TiUant.

Oo remarquera , d'après les termes qae nous venons de rapporter , que le cardinal attendait des Jésuites d'autres services que celui d'instruire la jeunesse, puisque, sur trente religieux, «ix seulement devaient s*en occuper ; que son désir était de les charger du séminaire dont rétablissement venait d'être décidé , sur sa demande , par le concile provincial de Rouen, conformément aux prescriptions du concile de Trente.

On aura peine à croire que le collège, approuvé et doté en 1 582 , n'ait été ouvert qu'environ dix ans après (i). Les motifs de ce long retard se trouvent indiqués de la manière la plus positive dans les lettres écrites par le général de l'Ordre, de 1583 à 1593.

Le 19 novembre 1583, le général écrit au P. Claude Mathieu à Paris :

« Quant à la fondation de Rouen, j'y ai réfléchi meurement, et après en avoir conféré avec nos Pères, je l'ai acceptée, par considération pour l'illustrissime cardinal sous certaines conditions

(4) Anlérieurement à cette date, les Jésuites paraissent pourtant avoir été mis en possession du manoir du Grand-Maulévrier. Le ih avril 1586, le sieur de Carrouges , capitaine de Rouen , prend à louage c pour le temps qu*il plaira au cardinal et aux PP. de TAssodalion du nom de Jésus une écurie et le grenier de dessus d*unc maison rue Maulévrier, qui Tut au sieur de Bosc-Tillant. B—Arch. de la Seine-Inf., D. 28.

^M^BfaB*MàaA«^Ml

([uMl faudra lui proposer. D'abord , une rente affectée sur l'abbaye de St-Oueu , payable par des abbés commendataires ou par leurs fermiers , est fort incertaine. Il peut arriver, en effet, dans le cas où le cardinal vieudroit à mourir avant d'avoir fait unir au collège un bénéfice d'une valeur équivalente, que nous éprouvions les plus grands em-^ l>arras pour le paiement de cette rente. Il suffirait pour cela que ceux qui auront à nous payer ne fussent pas favorables à la Compagnie. Y. R. trouvera , je le suppose , qu'un pareil genre de fondation est inusité parmi nous et ne peut être admis sans inconvénient. C'est pourquoi il nous parott roi t opportun si, comme on l'assure, S. M. trèschrétienne et les moines de St-Oueu sont disposés à consentir au paiement d'une rente annuelle de A, 000 I. à notre profit, que des fonds d'une valeur équivalente fussent distraits du temporel de St- Ouen et affectés à notre collège , au moins jusqu'à ce qu'on l'eût pourveu, par une autre voie, d'un égal revenu. Alors, l'abbaye rentreroil en possession des biens qu'elle auroit cédés. Ce moyen seroit moins à charge à nos Pères , et même , si nous ne nous trompons, aux moines de St-Ouen. ■

Lettre du général au P. Odo Pigenat , provincial, 25 février 1584 :

t Quant à ce qui est de commencer le collège

de Rouen , comme les bulles ne sont pas encore expédiées , que l'union n'est point effectuée , ce qu'il est indispensable d'obtenir, ainsi que je vous l'ai marqué , par les bons soins de l'illustrissime cardinal ; comme d'ailleurs il n'y a pas encore eu de prise de possession par notre Compagnie, il ne faut rien précipiter. Cependant, Y. R. pourra préparer les ouvriers afin qu'ils soient à notre disposition , dès que le moment sera venu. > Lettre du même au même , 1" mai 158& : « Nous-avons marqué à Y. R. que le revenu de l'abbaye de St-Ouen nous paroissait Taible , et de telle nature qu'il pouvait nous être contesté et nous être enlevé en entier après la mort des deux cardinaux de Bourbon. Nous vous avons donc proposé qu'on séparât du domaine de St- Ouen des biens représentant, comme revenu annuel , la somme qu'on nous destine , en attendant qu'on nous pourvoie d'une rente équivalente , par le moyen d'union de prieurés ou de bénéfices. Mais, réflexion faite , nous avons craint que l'illustrissime cardinal ne pût être amené que diflScilement à se ranger à notre manière de voir. Un autre expédient s'est présenté à notre esprit, et nous en avons fait part à l'agent de leurs illustrissimes seigneuries ( les cardinaux de Bourbon ) qui réside à Rome. Bien que celui^^i doive leur

aâ^^t^m

écrire à ce sujet , il est bon cependant que Y. R. , soit par elle-même, soit par le P. Claude Mathieu, traite cette affaire directement avec elles. Le parti auquel nous nous sommes arrêtés serait que Talné des deux cardinaux écrivit au souverain-pontife pour le prier d'unir , dès à présent , quelques-uns des prieurés dépendant de Tabbaye de St-Ouen. y. R. nous désignera ces prieurés en nous faisant connaître leur situation, leur nature, leur valeur; si ce sont des cures ou des établissements conventuels. S'ils sont possédés par des prieurs, on choisira entre ces deux expédients : ou ils résigneront leurs prieurés, et on leur assignera sur Tabbaye des pensions qui les indemniseront suffisamment ; ou , ce qui est plus facile , on leur réservera, leur vie durant, les fruits de leurs prieurés ; et , en attendant , le collège recevra de Tabbaye la jpension de &,000 1. S'ils refusent de se prêter à Tun ou à l'autre de ces arrangements» on demandera au Souverain-Pontife d'unir les prieurés per cessum vel decessum des titulaires. Quel que soit le parti qu'on adopte , il faudrait , si l'abbaye n'en devait pas souffrir, obtenir des prieurés d'un revenu de 6,000 fr., parce que le collège de Rouen, devant être un établissement principal, serait exposé à manquer toujours d'ouvriers , s'il n'avait pas de séminaire ou de noviciat

qui lui rourntt le moyen de remplacer ceux que la maladie ou d'autres causes mettront hors de service. Or, pour cela, 2,000 fr. sont incontestablement indispensables. •

Autre lettre en italien, du même au P. Claude Mathieu , & juin 158& :

Il rassure du désir qu'il a de plaire en tout au cardinal de Bourbon , en commençant rétablissement du collège de Rouen, et s'excuse de nv, l'avoir point fait plus tôt , à cause de la grande; pénurie de sujets qui se remarque dans la province. Ce serait d'ailleurs une imprudence de rien entreprendre tant que le collège n'aura pas été reconnu , et d'y envoyer des Pères avant d'avoir obtenu la confirmation du pape. Il persiste à considérer la fondation du cardinal comme peu solide , et il prévoit qu'elle donnera lieu à de fâcheux procès après la mort des deux cardinaux de Bourbon.

Autre lettre du même au P. Clément Dupuy, provincial, âl mars 1587 : « Pour répondre à votre question sur la manière de se conduire avec l'illustrissime cardinal de Bourbon , en ce qui concerne le collège de Rouen, nous vous dirons que, suivant notre avis , à moins d'une grande insistance de sa part et que vous ne voyiez à de nouveaux délais de sérieux inconvénients , il faut essayer encore de

F^HtoM>rta

gagner du temps, à cause du manque de sujets dans notre Compagbie (prapter haminum penuriam gua premimur ). Si le cardinal vous presse, tenezvous-en aux raisons que nous avons exposées dans le temps au P. Odo (Pîgenat). Afin que Y. R. s*en pénètre , nous vous adressons une copie de la lettre que nous lui écrivîmes à cette occasion. Si Ton s'écarte de nos propositions, c'est un devoir pour nous de le déclarer le collège de Rouen sera exposé à une chute presque certaine. »

Le 2li août de la même année , le général écrivait encore au P. Magius: c Quant aux collèges de Rouen et d'Auxerre , nous désirons qu'on ne nous en parle pas pour le moment. »

Le cardinal de Bourbon , malgré les embarras que cette correspondance révèle , ne renonçait pas à sou projet. On conserve aux Archives de la Seine-Inférieure Tacte informe d'un emprunt de 2,666 écus contracté par lui pour subvenir à la dotation du collège où il comptait que les classes poun^aient être ouvertes le 1" janvier 1589, I l'injure des temps et l'extrême cherté n'ayant permis jusque-là de satisfaire au paiement des &,000, bien que cette institution lui fust chère et recommandée plus que toute antre chose. ■ Il espérait, est-il dit encore dans cet acte, i en la grâce de Dieu que pendant les deux prochaines

aDoées ses paou?res fermiers seroient moins oprimez, pillez et ravagez quMlz n^avoient esté cydeTant, et que, avec meilleure commodité « il tireroit d'euli les deniers desquels ils lui estoienl redevables. >

Enfin , aui instantes sollicitations des écbevins et du Parlement , Tœuvre s'achève en 1592 ; le 13 mai , le général écrit au P. Dupuy :

t Par les lettres de Y. R. du premier jour de celle année, j*ai appris les commencements de notre collège , et ce n'est pas sans bonheur que je vois qu'il a été possible de donner satisfaction à la longue impatience des habitants de Rouen. Veillez cependant à n'entreprendre rien qui soit au-dessus des forces de la Compagnie, et hfttez-vous lentement comme il convient de faire au début d^une entreprise. Faites en sorte que ce prieuré, qui vient de nous être cédé par Dom du Tillet, ne fournisse pas un prétexte de réduire plus tard la fondation dont nous sommes convenu avec le seigneur cardinal. Nous avons reçu l'acte de la résignation avec les lettres du duc de Mayenne. Le Souverain-Pontife a donné tout aussitôt son approbation , et nous avons lieu d'espérer quMl n'y aura pas de retard dans l'expédition des bulles (1). ■

(i) ArehiTes de U Scine-InC a 198.

Jacques du Tillet, dont il est question dans cette lettre, était prêtre du diocèse de Paris, conseiller au Parlement de cette ville , et depuis plusieurs années prieur commendataire de Notre- Dame- du -Parc ou de Grandmont- lès- Rouen, prieuré tombé dans une grande décadence, et dont les guerres civiles et le siège de Rouen par Henri IV devaient achever la ruine (1). Il avait eu quelques démêlés avec les religieux , observateurs assez peu scrupuleux des règles de leur ordre , et au milieu desquels il ne résidait guère. Les calamités et les désordres de toute sorte dont il fut le témoin ûrent une impression profonde sur son esprit. Dégoûté du monde, il résigna son prieuré en faveur des Jésuites (2) et alla s'ensevelir dans la Chartreuse de Grenoble. La rési-

(1) Information faite par Nicolas Baron, docteur es droits, banquier à Rouen, notaire apostolique immatriculé en Tarchive de Rome : ù Grundmont, six religieux d'ordinaire, à savoir quatre prêtres, deux novices et un moine lai , auxquels pur arrêt du Parlement avaient été adjugées 1,700 livres par an pour leur vivre et vestiaire et 100 livres pour le moine lai ; prieuré démoli en grande partie à cause du siège ; moines retirés à Pintérieur de la ville et faisant le service en la chapelle de rUôpitel-du-Roi.

(2) Le collège était déjà fondé; la résignation fut feite, en effet, en faveur « rectoris et collegialium collegii Sodetatis in civitale Rothomagensi erecti et instituti. > Depuis quelque temps déjà, les Pères étaient à Rouen, travaillant à Tiiistallation du collège. Ils étaient soumis à lu dirc.*clion d'Innocent Picquet, qui prenait le litre de vice-recteur.

goatioD Tut approuvée par le pape , qui déclara la meose priorale uoie au collège de Rouen (Ides de mars 1592), et quelques mois après par le duc de Mayeooe, lieuteuaut-général de TÉtat et couroDoe de France ( dernier octobre 1502) (i). Le P. Innocent Picquet^ vice-recteur, prit possession, en marchant sur ses décombres, du prieuré de Grandmont , nonobstant les protestations des religieux Grandmontais. Ce ne fut pourtant qu'après une ordonnance du duc de Mayenne (3) pour la

(1) La bulle débute par an gmid éloge de la Compagnie de Jésas : c Dom ad aberes qoôs dUecU filil presbyteri SbdeiaUs ^esa in agro éomiiiico fuotidie teoimrt fhKtas attcMe ia|Mnns et attente oonslderationis iodagine pencratamur eoram Indetaan operam et studiaB fnictaosum quo in joYentote ad pietatem et retigionem informanda iNmnnl , dignam , quki potins debîtam repataittas ot illis ea libenter eonoedamas qua eomm commoditatibus oOMyicunua oppertma. « — Le duc de Mayenne approufa la résignation du prieuré de Grandmont et de son annexe d*Âubefoie, alias le Petit-Grandmont, pour c estre affecté et converty à Tércction d*un collège des Jbésnisles en la TîUe de Rouen, au grand aYanœment de TÉgUse et pour le bien de la profinoe de Normandie. »

(2) Copie de la lettre enfoyée à M. le Procnrenr-génértl du Puie» ment de Rouen :

€ lions' de La Porte, ceste lettre que je foos ftdda n*esl à antrein que pour tous donner adfis que j*ay cy-devant eterfpt et Mpplyé tièt bumblement Sa Saincteté d'afoir agréable la résigaatioQ ftdde par M. Jacques du Tillet, conseiller en la Court de Paricmeiit, d« prieuré de N.-D. de Grammont-lei-Ronen et de aon anaeie d*AnbefOfc^ éoat il estoit pounreu, en hfeur des Pères Ihésulilea et pour cilre les fhdcta et rerenus dudit prieiiré employés à réraetioo ctCDtretmement dHm collège de leur société en ladkte fille de Rouen ; à qooy j*ay tant pins

vérification des lettres d'union, que la Cour, après s'y être refusée , consentit à en ordonner Tenregistrement , en astreignant les Jésuites à faire célébrer le service divin à Grandmont par les religieux , à les nourrir et à les entretenir. Au mois de décembre de la même année , elle permit au recteur de percevoir durant un an une imposition d'un sou sur chaque minot de sel distribué aux greniers à sel de la Généralité de Rouen. Les conseillers se cotisèrent pour fournir aux Jésuites les moyens de subvenir aux premiers frais d'établissement. Ces ressources ne suflBsant pas, on dressa la liste des enfants qui suivaient leurs leçons, et on envoya quelqnes*uns d'entre eux quêter de

?oientien donné consenleiient que j*ay considéré que rintentioD dodit sieur du Tillet estoit bonne et pieuse, et que son effèct en cest endroict apporteroit un grand bien à la province de Normandie pour rinstraction et éducation de la jeunesse , ce que Je tiens aussy que la Court de Parlement ne foudra aucunement impugner. Partant je tous supplje de requérir la vérification des bulles que lesdits Pères ont obtenues de Sa Saincteté sur ce subject et n*j point apporter de diflficolté eocores qu'à ce que j^entens, n*y soit laict aucune mention de la recominandalion que j'en ay (kict à Sa dicte Saincteté, à quoy je ne désire que 1*01 t'arresCe parce que c*est une omissioo qui ne tire pas a«tremeit à conséquence pour Tautorité de ceste charge. Voylà ce que j*arois à FINIS dire et Tcndrolct où je supplye Notrt^SeigDear qu*il tous douM^ Monsieur, henrense et longue fie«-*De Paris, ce XXVI* Jour de nofembre 1598. Votre 1res affectionné et parfWct amy: Cbarles de Lorraine. Contresigné : de Boyssiea. » — Arck. de la Stine-Inf* D.

maison en maison. De son côté , la ville accorda au collège une subvention annuelle de 2,000 liv. sur les gabelles et de 25 aunes de drap noir. Les classes avaient été ouvertes au milieu des orages de la guerre civile , dans les derniers jours du mois de février 1593 (1).

Bien qu'il ne Tût encore qu'à son début, le collège obtenait un plein succès sous Thabile direction du P. Macbault, lorsque survint Tattentat de Gbatel , qui eut pour conséquence Texpulsion des Jésuites du royaume et la confiscation de leurs biens (2).

On se flatta de Tespoir que cet établissement, si laborieusement fondé, ne serait pas supprimé, mais passerait en d'autres mains. Des lettrespatentes, obtenues à la requête des écbevins, témoignaient des dispositions favorables du gouvernement à son égard. Elles étaient ainsi conçues : « Nos cbers et bien amez les escbevins de

(1) Quelques mois après , le P. Provincial vint prêcher le Carême à Rouen sur la demande des chanoines : c Au P. Jacques Foumier, porcureur du collège des Pères Jésuisles , a esté payé , pour le salaire du P. Provincial de leur maison qui avoit pretché durant le Carôme 4598, la somme de 32 escus. » — Arch. Seine*Inf. F. de Tarchevèché.

(3) Le P. Machault se retira pendant quelques années en Belgique, auprès de Tarchiduc Albert et de la princesse Isabelle, et y acquit la réputation d^orateur et d*érudit. Il revint, comme recteur, à Rouen après le rélablissement des Jésuites.

nostrc ville de Rouen nous ont très humblement faict dire et remonstrer que le deffunct roy leur

auroit permis faire dresser ung collège mais

que , depuis estans survenus les troubles de ce royaulme et les facultez des babitans de ladicte ville fort diminuez, ilzn'auroienteumoien, comme ilz n'ont encores de présent, de le faire bastir, ny entretenir régentz et lecteurs en icelluy , de sorte que infinie jeunesse demeure en charge aux pères qui^ n'ayantz moien de les envoyer aux Universitez plus eloignéez, sont coutrainctz les tenir en leurs maisons sans pouvoir trouver lieu en la dicte ville où ilz les puissent faire instruire et contenir sans sortir hors , suy vaut la discipline establye eu aultres collèges de nos aultres villes, à quoy dèsirans singulièrement pourveoir et donner moien aux peuples que Dieu a submis à notre obéissance de se rendre de plus en plus capables de servir sa majesté saincte et le public par la cougnoissance des bonnes lectres et , à l'exemple louable de noz progéniteurs, dresser telle pépinière d'hommes doctes en noz royaulmes que non seullement ilz puissent servir au bien iceulx, mais remplir et peupler , comme auUrefoys ilz ont faict^ le reste des royaulmes de la terre , avons dict et ordonné , voulions , ordonnons et nous plaist que doresnavant tous officiers de judicature de nostre

Court de Parlement, Chambre de noz Comptes, Court des Aides et Trésauriers généraulx de Frauce, estaos en notre pays de Normendie, seront tenus , lors de leur serment on réception en leurs offices , aulmosner pour le dict collège ung escu sol cbascun, et tous aultres officiers de judicatures subalternes qui exercent en icelle ville ou vien^ dront prester serment es dictes Cours et juridictions souveraines pour exercer en ou hors la dicte ville demy-escu, les advocaz y prestans serment d*advocats pareil demy-escu, tous recepveurs, controuUeurs ung escu sol , pour estre ce qui proviendra des dictes aulmosnes mis es mains des escbevins de la dicte ville et converty au bastiment et construction dudit collée ou collèges, entretenement de régents en iceulx ou au collège des Bons-Ënfans audit lieu, sy bon leur semble, par les ordonnances des dits escbevins» Paris, 10 décembre i59/i (1). * Au mois de février suivant , le roi fit don aux écbevins de la maison des Jésuites , à charge d'y faire un collège « suyvant qu'ilz adviseroient estre mieux pour le bien et utillité publicque (2). i La ville se trouva

(1) Lettres-patentes enregistrées au Parlement le 19 mai 1595, à la Chambre des Comptes le 8 juin suivant.

(9) Le roi donne pour motif de oette donation • le désir qa*it avoit que la jeunesse de Rouen Aist instruite es lettres el bonnes moMirs

i ^ VMI

de la sorte assurée d'uD revenu, et mise en possession d'un local qui ne lui avait rien coûté. Mais le difficile était d'y organiser un système d'enseignement public. Ou s'en occupa dans plusieurs assemblées convoquées par ordre du Parlement (1) , mais on ne put convenir de rien. Malgré le désir du roi et les efforts de la magistrature, il y eut à Rouen, pendant dix années, inteiTuption complète des cours du collège. Quand les Jésuites revinrent en Taveur et obtinrent la restitution des collèges qu'ils avaient fondés, ils trouvèrent la place vacante, comme elle Tétait quand ils furent appelés à Rouen pour la première fois. L'édit qui rétablit en France leur Société fut publié pendant le séjour du roi à Rouen , le 2 jan-

comme elle estoil antiennement, et aussi d'eDtreteoIr le tœu qa*il afoit fait de n^employer les maisons et biens qu^occupoient les presbtres et escoHers de la congrégation des Jésuistes ailleurs qu^ès œufres pies, ainsi quMIz estoient affectez. • Ces lettres de don sont rappelées dans des lettres-patentes du 45 juin 1596, qui déchargèrent la ville de Pobligation de payer annuellement un droit de cens, par la raison que le collège était bien domanial. Arrêt de vérification de la Chambre des Comptes du dernier jour de juin 1597. — Ârch. de la Seine-Inf. , Fonds de la Chambre des comptes. Mémorial de Tannée 1597, f* 2SS« (1) Arrêt du Pariement du 29 mai 1595 ; délibérations de THôtel-de- Ville du 11 juillet de la même année, du ià avril 1603. — A cette dernière date, le chapitre de la cathédrale députa deux chanoines à THôtel- * de- Ville pour assister à une assemblée, où tous les corps et communautés devaient être représentés, pour aviser à l'établissement d'un collège.— Arch. de la Seine-lnf. Registres capitulaires.

vîer 1604 (1). Dès le 2 juin de cette année, il y eut, par ordre du Parlement, assemblée à T Hôtelde-Ville , pour aviser au rétablissement du collège. Une seconde assemblée Tut tenue le 16 du même mois, sous la présidence d'un des présidents de la Cour. II fut arrêté que les maire et échevins t poursuivroient et feroîent expédier et vérifler où besoin seroit lettres du roy pour la levée d'un sol pour livre sur le pied des décimes qui se lèveroient en la province pour estre le produit employé à Tentretien des séminaire et collège. > On solliciterait du roi la concession d'une imposition de 12 d. sur chaque minot de sel qui serait distribué en Normandie , ou de & d. sur chaque minot qui passerait devant les quais de Rouen. Le P. Ignace Armand s'obligea , au nom de sa Compagnie, à fournir neuf régents doctes et capables qui tiendroient neuf classes, six de grammaire, deux de philosophie et une de théologie. Le 7 janvier 1605 , le roi leur assigna 6,000 liv. de rente annuelle à prendre sur les amendes préférablement à tous autres dons, par provision jusqu'à ce qu'autrement eût été par lui ordonné. Le 12 mars suivant , pour les aider à bâtir leur église et leur librairie (bibliothèque), il leur accorda 7,000 liv.

(t) Arch. de la Seine-Ioi: D. SSS.

"*. ««i«*-.a'.^Ma>iaMUAha

provenant de la condamnation de Pierre Le Moullinet, receveur des tailles d'Alençon. Plusieurs communautés se cotisèrent volontairement en faveur des Jésuites. Les présidents du Parlement souscrivirent pour 20 écus chacun ; les conseillers , gens du roi et greffiers , chacun pour 10 écus. Le chapitre de la cathédrale , prévenu aussi avantageusement en leur faveur qu'il Tavait été peu dans le principe, contribua aux frais de leur installation pour une somme de 600 liv. Les États de Normandie , dans leur assemblée du mois de novembre 160/i , témoignèrent hautement de l'intérêt qu'ils prenaient au rétablissement du collège de Rouen , en suppliant le roi de s*en rendre le fondateur , et d'y affecter quelques bénéfices simples jusqu'à revenu compétent. L'article de leur cahier où ce vœu se trouvait formulé fut transmis au roi, qui y fit cette réponse: « L'occasion s'oflrant. Sa Majesté aura fort agréable de faire ( quelque chose) (?) pour l'avancement et establissement dudit collège; a escrit bien expressément aux habitans de la ville de Rouen afin qu'ils se mettent en devoir de subvenir et contribuer, comme ils ont fait par le passé, aux nécessitez dudit collège et au rétablissement et entreteuement d'iceluy. »

Il se manifesta dès lors une certaine antipa-

tbie entre les Jésuites et radministratioD municipale qui regrettait « vraisemblablement , les bâtiments du collège , et voyait de mauvais cail qu'on la pressât de contribuer pour sa part aux frais de rinstruction publique dont ces religieux étaient de nouveau chargés. Ceux-ci Taccusèrent bientôt de ne pas remplir exactement ses promesses ; de les mettre dans la nécessité « pour acquitter les engiigements qu'on leur avait fait contracter, de renoncer momentanément au principe de la gratuité absolue de renseignement , et de demander à chacun des élèves deux écus par an. Henri IV accueillit leurs plaintes et fit sentir à la ville son mécontentement dans la lettre suivante qu'il écrivit au bailli , M. de Sainte-Marie , et que les écbevins se virent obligés de consigner dans leur registre de délibérations :

• Monsieur de Saincte-Marye, j'ay naguières mandé aux babitans de ma ville de Rouen le mescontentement que je recevois d'eulx et du peu de compte qu'ilz ont tenu jusques à présent d'ayder et assister les Pères Jésuistes en leur restablissement en ma dicte ville et de leur distribuer les six muys de bled desquelz les dicts Pères Jésuistes a voient cy-devant esté par eux assignez sur les moulins de ma dicte ville qui appartiennent à la communauté d'icelle, à quoy j'ay sçeu quUlz n'ont

■El? ■ *iJiiwij>WI

rik«ab*n^hMn

voulu eutendre et ont tenu fort peu d'estat de rinstance que je leur en ay faicte, combien qu'à cella rutillité publique de Tinstruction de leurs enfants et raméliorissement de la dicte ville les deussent assez exciter et mesme Taccroissement des esmolumens des dicta moulins par les despences qui se font à la nourriture des escoliers qui y affluent, qui se montent autant et plus que lesdicts six muys de blé, sans considérer d'ail* leurs la grâce qu'ilz ont receue de moy« les préférant pour Testablissement dudit colleige à beaucoup d'autres villes et de la province qui le rc-. cbercboient avec toute l'instance possible et qui se feussent mieulx acquittez de la réception et entretenement desdits Pères Jésuistes que ne feront , comme je prévoy , ceulx de ma dicte ville de Rouen , ce qui m'a donné occasion • avec le mespris que je congnoys qu'ilz font de ce que je leur en ay escript , de vous faire la présente et non à eulx , pour vous mander de leur dire de ma part le juste subject que j'ay de m'oflencer du mauvais traictement que reçoyvent d'eulx lesdits Pères Jésuistes et la résolution où je suys de leur pourvoir, manquant lesdits babitans à ce qu'ilz doivent pour l'institution dudit collège, affln aussy que vous mectiez peyne de les disposer à contribuer, à l'exemple de tant d'autres villes moings

accomodées, à ung bien si général que la fondation et construction dudit colleige, et à me donner sur ce le contentement que je me suys promis d'eulx pour lesdits Pères Jésuistes, ausquelz, à leur deffault, j*ay esté contrainct affecter les amendes qui me sont adjugées de delà, et leur pourvoîrray enfin de telz autres moyens pour subvenir à leur dit entretenement que mon autborité le permectra et la raison le requerra. M^asseurant du soing que vous aurez de ceste affaire, je prieray Dieu qu'il vous ayt, Monsieur de Saincte Marye, en sa saincte garde. Escript à Paris , le XXVIP jour de rebvrier 1605. Signé : Henry ; et , plus bas : Potier (1). »

La ville céda, mais d*assez mauvaise grâce. Elle marchanda toujours ses secours aux Jésuites. Les subventions qu'elle leur accordait se réduisaient généralement ù quelques mines de blé , et encore ne les donuait-elle pas sans avoir soin de spécifier que c'était à titre d'aumône et sans tirer à conséquence pour l'avenir (2). Elle ne contribua en rien à la construction des bâtiments de leur collège qui, pendant longtemps, restèrent in-

(i) Cette lettre porte pour sascriptioo : c A Monsieur de Saîncte Ifarye du Mont, baîllj de Rouen. »— Arch. dcrhdtel-de-fille de Rouen. A. 22, r» 65 V.

(2) Reg. des délibérations, 26 mars 1615, etc.

dlMwMMMdlMBMlteM

réricurs à ceux qui s'élevèrent dans les autres villes de la province de France.

La dotation du collège de Rouen fut due à peu près exclusivement à Tautorité ecclésiastique. Elle se Torma lentement et] péniblement par Tunion à cet établissement des prieurés de Grandmont, Bacqucville , les Deux-Amants , Gasny et St-Ouen de Gisors.

i"" Grandmont • Nous avons vu que Jacques du Tillet avait résigné sa mense priorale en faveur des Jésuites, et que Tunion de cette mense au collège avait été approuvée par le Saint-Père, par le duc de Mayenne et par le Parlement. Mais, tandis que Tautorité , qui représentait le parti de la Ligue, disposait ainsi de ce bénéfice, Henri lY ordonnait à son bailli de Rouen de mettre sous sa main le prieuré vacant ; et , peu de temps après, par un brevet daté de Dieppe (1593), il en faisait don à Jacques de Rernage, son aumônier ordinaire , pour le récompenser des services assidus et continuels qu'il en avait reçus depuis le commencement des troubles. Plus tard (12 juillet 1605), à l'époque où les Jésuites furent rappelés en France , le roi , sans revenir sur cette donation , leur accorda la réserve du prieuré de Grandmont , « en considération du profit que leur collège apportait à l'État et au bien du public >•

— te —

Ce brevet Tut signifié à Berttage , avec défense de se démettre de ce prieuré en faveur de qui que ce fût. En attendant , pour compenser cette perte et donner aux Jésuites le moyen de rentrer en possession de ce qui leur avait été enlevé, Louis de Lorraine, archevêque de Reims, premier pair de France et légat du Saint-Siège, leur fit don d'un bénéfice de la valeur de 3,000 liv.» dès quMl viendrait à vaquer (15 juin 161&). Il arriva pourtant que Jacques de Bernage , sans tenir compte du brevet de Henri lY , résigna son prieuré en faveur de son neveu Louis de Bernage, et fit approuver cette résignation par lettres-patentes de Louis XIII et par bulle du pape. A sa mort (1626), il s'éleva, entre les Jésuites et le nouveau titulaire, un procès dans lequel Tordre de Grandmont intervint, et qui, après avoir été successivement porté au Parlement et au Conseil Privé , se termina par des concordats qui Furent passés , à Lyon , entre Jean Ganaye , procureur du pro* vincial de la province de France , et de Jean Bertric , recteur du collège de Rouen , et flrère Bigal de Lavaur, chef général de Tordre de Grandmont. Aux termes de ces concordats, les Jésuites devaient jouir du prieuré ; un tiers des revenus consistant en 2,500 liv. de rente annuelle, Téglise et la cbapdle de Ste-Catherine étaient laissés aux religieux Grandmonuiis , et un wsa-

MIMrikAMMi

rait à Louis de Beroage , qualifié ainsi que son oncle d'aumônier du roi» une rente viagère de 3,000 liv. (12 octobre 1630). Quelques anné^ ^près , un nouveau procès eut lieu , au Parlement et au Conseil, entre les Jésuites et les Grandmontais , au sujet de la part qu'il convenait d'attribuer aux uns et aux autres dans les biens et les revenus du prieuré. Ce procès se termina^ comme le premier, par un concordat qui fiit conclu devant le prévôt de Paris, entre François de Tantal, abbé, chef général de Tordre de Grande mont, d'une part, et Charles Lallemant, lecteur du collège , et Louis Armand , procureur de la Compagnie de Jésus de la province de France, d'autre part. Les Grandmontais abandonnèrent aux Jésuites le Petit-Grandmont , autrement dit Aubevoie , près de Gaillon , et se réservèrent « le pourpris et Tenceinte du prieuré, avec les bâtiments, la clausoye et le pâturage qui y étaient compris, les redevances de blé à prendre wr les moulins de l'Hôtel^de-Ville de Rouen, le droit de chauiïage et usage dans la Torèt du Bouvray » ; l'abbé dut faire deux lots du reste , et laisser an recteur du collège la liberté de choisir celui qu'il voudrait (1633) (1).

(i) Atfdk de la Seine-lnr. D. BS9 et suif.

Saint-Biaise de Bacquevitte.—Ce prieuré avait étédooDé, en 1130, à l'abbaye de Tiron, par Guillaume Martel, seigneur de Bacqueville. Au XYI® siècle , ce n'était plus qu'un simple bénéfice. « Un cadet de la maison de Basqueville, nommé M. de Rames, s'en empara en 1575, quoiqu'il fût homme marié et oflScier dans les armées du roi ; et il le posséda près de trente ans soubs des noms supposés de quelques confidentiaires. Il se servoit de leur nom pour aliéner les domaines de ce prieuré... et les acbetoit... pour le prix qu'il vouloit , car il estoit le vendeur et l'acheteur en même temps : en sorte que, lorsqu'il fut contraint de le quitter, il n'en quitta que le tiltre et les dixmes, car il n'en restoit pas un seul poulce de terre hors l'enclos prioral. Encore y en avoit-il une grande partie de fieiTée. Michel Jouen, qui en avoit été pourvu, ne s'en put mettre en possession , et enfin , après en avoir gardé inutilement le tiltre pendant deux ans , il le résigna à Pierre de Réveilles , abbé d' Aurillac , à la charge de 200 escus de pension... Le sieur de Rames, voyant que M. de Réveilles avoit assez de crédit pour l'obliger à quitter ce bénéfice... fabriqua une prétendue résignation soubs le nom imaginaire de laquelle il le retint en faveur d'un nommé Chaperon , précepteur de ses enfants , et

en même temps deux autres personnes s'en firent aussi pourveoir ; et comme Michel Jouen avoit révoqué sa résignation , ils se trouvèrent cinq prétendans au même prieuré. » Ajoutons que la famille Martel avait été une des premières à embrasser le protestantisme , dans la Haute-Normandie , que , pendant longtemps , elle mit beaucoup d'ardeur à en soutenir les principes et à en protéger les ministres , et nous aurons une idée de la décadence où le prieuré de Bacqueville était tombé par le fait même des descendants de ceux qui en avaient été les fondateurs. Un arrêt du Conseil maintint M. de Réveilles dans ses droits. Mais les difficultés de sa position , non moins peut-être que des motifs de piété, le déterminèrent à s'en démettre en faveur des Jésuites de Rouen , moyennant une pension annuelle et viagère de 900 liv. (1607). L'accord fut passé, à Paris, entre Alexandre Georges , supérieur de la maison professe de St-Louis , se portant fort pour les Pères de la Compagnie de Jésus de la ville de Rouen , et noble honmse Pierre de Réveilles , sous-diacre de Montpellier, qualifié tantôt d'abbé d'Âurillac, tantôt d'abbé jde Notre-Dame de la Victoire de Senlis. On obtint un acte de désistement de Michel Jouen, le consentement de Henri de Bourbon , abbé de Tiron , une bulle

(1* union de Paul V , et enfin un arrêt de confirmation du Grand-Conseil (1698). Il résuite des dépositions des témoins qui furent entendus, lors de Tenquète de commode et incommode faite préa* lablement à F union , que les revenus du prieuré étaient de 1,700 à 1,800 iiv., qu'on n'avait point souvenir d'avoir vu de moines à Baequevilie ; que MM. Martel , abusant de leur qualité de fondateurs , avaient établi un prêche dans la chapelle priorale ; que les Jésuites , depuis qu'ils avaient obtenu le prieuré, y avaient mis un chapelain qui y célébrait la messe trois fois la semaine et instruisait la jeunesse , et qu'eux-mêmes venaient fréquemment dans le pays prêcher et faire des catéchismes (1).

Prieuré de ta Madeleine des Deux^Amants. — Ce prieuré , dans le temps où les Jésuites vinrent à Rouen, n'était pas plus édifiant que le précédent. Un capitaine , nommé Beauregard , et deux autres dont on avait oublié les noms, tenant tous trois le parti de la Ligue , s'en étaient emparés et y avaient tenu assez longtemps garnison avec leurs compagnies. Ils en avaient été chassés par les troupes royalistes qui occupaient Louviers, YemoD

(i) Arch. de la Seine-Inf. D. i98 et sui?.

et Andely ; mais ce n'avait pas été sans peine. Dans le siège qu'il fallut faire de ce prieuré , qui se dressait sur une côte abrupte comme une forteresse , la plus grande partie des bâtiments claustraux avait été réduite en cendres ; les titres avaient été pillés ou brûlés. Il fallut, quand Tordre fut rétabli , une bulle d'excommunication pour obliger à restitution les usurpateurs des biens. Au point de vue des mœurs , c'était pire encore. De la fin du XYP siècle jusqu'à l'époque de l'introduction de la réforme de Sainte Geneviève , on ne remarquait dans le prieuré que désordres et violences ; ceux qu'on voulut , à diverses reprises, y placer, pour ramener les autres par le bon exemple, n'éprouvèrent de leur part que de mauvais traitements, et furent obligés de se retirer en leur laissant le champ libre. On pouvait malheureusement appliquer à plus d'un de ces chanoines soi-disant réguliers ce que le prieur disait du frère Jacques de Lyons : c Ne luy fault demander aultre œuvre que de boire , manger , dormir , quereller , menacer et estre vagabond. » Ce fut en cet état que messire Jacques de La Ferté , conseiller , aumônier ordinaire du roi , abbé de Ste-Madeleine-de-Chftteaudun , chanoine de la Ste-Chapelle de Paris, trouva le monastère des Deux-Amants, lorsqu'il en fut nommé prieur

coinmeodataire vers le commeDcement du XYIl* siècle. Au bout de plusieurs aouées de luttes pénibles avec les religieux, il proposa aux Jésuites de résigner son prieuré en leur faveur moyennant 5,600 iiv. de rente viagère (1617). Cependant, Tunion ne put être conclue qu'après de longues tei^versations , et plus d'une fois les Jésuites eurent lieu de se plaindre de Tesprit irrésolu du prieur, et se trouvèrent dans rembarras pour lui payer une pension qui dépassait le bénéfice qu'ils retiraient de sa donation. Â sa mort , en 1651 , ils eurent un procès avec son exécuteur testamentaire et avec les Génovefains , dont ils eurent le tort de vouloir empêcher l'œuvre de réforme (1).

Prieuré de Gasny. — Par le contrat de fondation du collège , le cardinal de Bourbon avait donné , tant en son nom qu'en celui de ses successeurs abbés de St-Ouen , /i,000 Iiv. de rente sur le revenu de la Forêt Verte , en attendant l'union de bénéfices d'une égale valeur. On put vérifier combien les prévisions du Général de la Compagnie, exprimées dans les lettres que nous avons rapportées ci-dessus, étaientjusteset fondées. Le paiement de cette rente donna lieu , en efiet ,

(4) Arch, de la Seiiie-lnC D. lii et suiv.

à de grandes difficultés de la part de MM. Diipont- Courlay de Richelieu , Emmanuel de Yuignerod et Emmanuel-Théodore de La Tour-d*Auverçne , duc d'Albret , qui furent successivement abbés de St-Ouen. Dans le but de prévenir de nouveaux débats, une transaction fut conclue entre ce dernier et le P. Pierre Boyer , procureur du collège de Rouen. Uabbé donna aux Jésuites, pour leur tenir lieu des /t,000 liv. de rente sur la Forêt Verte, un moulin à blé situé sous une des arches du Pont-de-r Arche , la ferme des Prés de Tourville , celle de la Métairie et du Bosc à Sotlevillesous-le-Val , les dîmes d' Ymare , de St-Aubin-la- Gampagne et de Bouquelon , jusqu'à ce qu'il pût procurer Tunion au collège d'un prieuré de 1,500 liv. de revenu, il voulait qu'on lui reconnût le titre de fondateur , que le collège ajoutât le nom d'Auvergne à celui de Bourbon , et, « qu'à cette fin il en fût fait mention et donné des marques dans les endroits les plus convenables, ainsi qu'il était accoutumé d'en user pour les fondateurs ». Sur la principale porte, à droite des armes du cardinal de Bourbon , on devait mettre celles de S. A. S. , et à gauche, celles de l'abbaye de St- Ouen. C'était exiger bien de la reconnaissance pour un acte qui consacrait une injustice , et qui n'allait à rien moins qu'à priver le collège de plus

de la moitié de ce qui lui avait été bien et aathentiquement donné. Aussi ne sommes-nous que médiocrement surpris de voir que , le jour même où cet accord fut conclu, les Pères Adrien Jonrdan et Claude Petit, Tun recteur, l'autre procureur du collège de Rouen , aient cm devoir protester dans un acte sous seing privé contre le consentement qu'ils donnaient à cette spoliation , en déclarant qu'ils n'avaient agi que contraints et forcés et < pour s'exempter des suites d'un grand procès et du dommage qui auroit pu arriver par l'événement d'icelui à cause du grand crédit et autorité que le dit sieur abbé avoit alors , ainsi qu'il étoit notoire à un chacun * (27 octobre 1668). Le 16 février 1 688 , le prieuré de St-Nicaise de Gasny , dépendant de l'abbaye de St-Ouen , s'étant trouvé vacant par la démission de Dom Jean Bertet , Tut uni au collège , en échange de biens qui lui avaient été cédés par le contrat de 1668. Une ordonnance de Mg' Golbert , archevêque de Rouen et des lettres-patentes de Louis XIY autorisèrent et confirmèrent cette union que tous désiraient et qui fut profitable à tous. Le prieuré de Gasny était depuis longtemps à l'abandon ; les gens du pays se plaignaient de ce que , depuis dix ans et plus , on n'avait fait aucune fonction dans la chapelle ; ils déploraient comme un véritable

scandale qu'on ne Voiivrtt même pas le jour de la fête de Saint Nicaise , qui attirait autrefois un nombre considérable de pèlerins (1).

Enfin, le prieuré de Si-Ouen de Gisors, devenu depuis longtemps , ainsi que ceux de Bacqueville et de Gasny , un simple bénéfice , Tut uni au collège , du consentement de Tabbaye de Marmoutiers, de laquelle il dépendait , en vertu d*un décret de l'archevêque du 81 octobre 1711 et de lettres-patentes qui furent enregistrées au Parlement le 25 février 1713. Le procès-verbal des visites pastorales de Mg* d'Aubigné de Tannée 1716 évalue à 3,000 liv. les revenus de ce prieuré. Les Jésuites ne tardèrent pas à en jouir par le décès de M. de Yassé, le dernier prieur, auquel ils avaient été réservés pour tout le temps de sa vie (2).

Si Ton réfléchit au triste état dans lequel ces prieurés, autrefois florissants, se trouvaient au moment où leurs biens furent donnés au collège, on ne pourra s'empêcher de convenir que la société ne fit que gagner à ce changement. Fondés dans un but de charité qui depuis longtemps n'était plus atteint, ils échappèrent au système

(1) Arclu de la Seine-Inf. D. 210 et suiv.

(3) Arch. de la Seine-Inf. D. MO , 3Si. — G. 7à0.

de la commcnde et servirent , par le double vœu du Gouvernement et de T Église, à la dotation d*un établissement public auquel on s'accordait de plus en plus à reconnaître un caractère de première uUlité (1).

En ajoutant à ces biens les droits payés par les oflBciers de judicature , au moment de leur prestation de serment ou de leur réception , et désignés sous le nom dVrti (P office ^ de franc^alé, quelques maisons à Rouen, la ferme du Mont-Fortin (2), achetée en i621, appelée pendant un temps le Mont-St-Ignace et qui servait de lieu de plaisance et de but de promenade aux écoliers, on aura le tableau complet du temporel du collège de

(1) Quelques rentes avaient été données aux Jésuites , mais à titre onéreux, par Pierre Beuzelin, confrère de la Congrégation de lX>ralolre de Paris, en exécution des volontés de son frère, Georges Beuzelin ; — par Marie Puchol , veuve de Gilles Beuzelin , à chaige de faire des missions dans certains villages désignés par les héritiers des donateurs; — par François de La Place, sieur de Brennelot , général on la Cour des Aides, pour Tœuvre des Missions étrangères confiée aux Pères de la province de France ;~par Claude de La Place, sieur de Grainville, conseiller au Parlement, pour rétablissement d*une maison de retraite pour les femmes.

(2) Le Mont-Fortin, connu d*alwrd sous le nom de Mont-Robert, vendu en ilÀS aux Lépreux du Mont-aux-Malades par Guillaume Baril ; pris à fiefle en 1560 par M. Fortin, conseiller au Parlement, qui lui donna son nom ; vendu en 16)1 aux Jésuites par M. J.-B. Le Brun, conseiller au Parlement — V. Arch. de la Seine-^nfér. D. 21.

iiTi rii"— h r,dÊB^mamm£immÊÊàamikA

Rouen. Tous ces biens réunis formaient-ils une dotation si considérable qu'on dftt s'en alarmer? On est autorisé à croire que non , puisque après la suppression des Jésuites , ils suflBrent à peine à soutenir rétablissement que ceux-ci avaient si laborieusement formé.

Quel que soit le jugement qu'on porte sur la Compagnie de Jésus, on ne saurait contester que son collège de Rouen n'ait procuré à la Haute- Normandie un enseignement élevé dont jusquelà elle avait été privée. Dès 1607, comme on le voit par un arrêt du Parlement qui ne peut être suspect, on y comptait de 15 à 1 ,600 écoliers (1). Vers le milieu du XVII* siècle, à l'époque où Gomboust composait son beau plan de Rouen, le nombre des écoliers était plus considérable encore. Il dépassait le chiffre de 1,800 (2). Aussi

(1) Arch. du Palais-de-JusUce, 11 G. R., ^ 868, !•' août 1607 : • Le Procureur-général remontre que, vu les grandes chaleurs et le grand nombre d'écoliers des Jésuites qui sont de quinze à seize cents, reçus dans la maison et n'y ayant aucuns cloaques bâtis dans ledit collège, ces élèves vont sur les remparts, ce qui peut causer inconvénient de peste, v

(2) Rouen au XVI J* siècle, par Jacques Gombouit, ingénieur du roi en 1655, publié par M. Edouard Frère, 1861 , p. dO. • Le collège, qui est la pépinière de la République, et le séminaire particulièrement de rÉglise, a esté fondé par le cardinal de Bourbon, Tan 1588, qui le donna aui Pères de la Compagnie de Jésus, lesquels y enseignent avec le succez et Tapprobation qu*ils ont par tout Tunivers. Il y a

— 7fc —

le P. Antoine Maillard, dans rinyentaire quMl rédigea vers 1700, a-t-il pu avancer, sans crainte d'être taxé d'exagération , t que la jeunesse qai se trouvait au collège de Rouen était la plus nombreuse qui Tût guères en aucun collège de France (1). »

On distinguait, parmi les élèves, des prêtres et même des chanoines. Ainsi, le i5 octobre 1605, le Chapitre de la cathédrale dispense de l'assistance aux oflBces per modum recreati, M. de Ver , chanoine , pour tout le temps qu'il continuera son cours de philosophie au collège (2). On y distinguait aussi des gentilshommes déjà engagés au service et qui portaient l'épèe en même temps que les cahiers de la classe (3). Nos col-

d^ordinaire plus de dii-huit ceoU écoliers. • Golnilz, dans son Ulysse* Belca-gaUicWf LugdunUBatacorum, 1655, p. 190, consacre cette note au collège de Rouen: « Jesuitarum in bac urbe ... est domidlium; Bibliotheca in foma est; discipuli in numeroso numéro ; templum iis de novo struebalur. >

(1) Arch. de la Seine-Infër. Infentaire manuscrit — Au fameux collège de la Flèche, il n'y avait en 1610 que douie cents écoliers, en 1625 que treize cent cinquante, dont plus de mille étaient externes. — V. M. Jules Clère, HUloire de l'École de la Flèche, i853, p. 128, 129.

(2) Arch. de la Seine-Infér. Délibérations capitulaires. — En 1607, dans le Rapport annuel qu'ils envoyaient au général, les Jésuites signalent parmi leurs élèves de la Flèche des hommes d^ promus à des abbayes et à Pépiscopat.

(3) De ce nombre était Georges de Latréaumont, qui fut le corn-

■■■MJ..IT • iMitri .-m^mt^mmémmuâmati^

léges ne nous présentent guère que des jeunes gens au-dessous de 18 ou de 20 ans. Dans ceux du XYII* siècle, on voyait des hommes arrivés presque à la maturité de Fâge. On pouvait dire du collège de Rouen ce que Descartes disait de celui de La Flèche oii il avait fait ses études : t II y a quantité de jeunes gens de tous les quartiers de la France. Ils y font un certain mélange d*humeurs par la conversation les uns des autres, qui leur apprend presque la même chose que sMls voyageaient ; enfin l'égalité que les Jésuites mettent entre eux , en ne traitant guère d'autre manière ceux qui sont les plus distingués que ceux qui le sont le moins, est une invention extrêmement bonne (1). » On pourrait aussi lui appliquer cette remarque faite par M. Jules Clère, au sujet de ce même collège de La Flèche : « La présence de plus de 1,000 étudiants dans la ville, beaucoup moins considérable il y a deux siècles qu'elle n'est aujourd'hui, devait lui prêter une physionomie

plice du prince de Rohan dans sa folle conjuration contre le gou?ernement de Louis XIV. Il était élève en i6A3; il avait alors vingt ans et était soldat dans la compagnie de Roncherolles. Il prit part à des scènes de désordres et à des actes de Tiolence qui obligèrent le Parlement à envoyer au collège deux huissiers et quelques soldats,afin de mettre à la raison les mutins. M. Pierre Clément , Troie Drameê hUtoriques , p. 282.

(1) Jules Clère , ouvrage précité.

singulièrement animée et lui donner beaucoup de ressemblance avec ce qu'étaient naguère les villes à Universités en Allemagne , d'autant que cette jeunesse nombreuse, mêlée de Français et d'étrangers, venus de toutes les parties du monde,

n'observait pas toujours le calme que désiraient les Pères. »

A La Flèche, une bonne partie des écoliers était internée ; mais à Rouen , les Jésuites n'avaient d'autres pensionnaires que ceux du séminaire Joyeuse , qui formaient une très-faible minorité ; un certain nombre de jeunes gens étaient placés chez des maîtres de pension ; mais la plupart logeaient dans des maisons particulières ou dans des auberges. Surveillés avec soin pendant la classe, mais libres et abandonnés à eux-mêmes dès qu'ils en étaient sortis, il leur arriva plus d*une fois d'abuser de leur liberté, au point de compromettre la tranquillité publique. Rien de plus ordinaire, dans les registres de la Cour et du Bailliage, que la mention d'écoliers poursuivis « pour s'être battus avec les bourgeois , les avoir insultés le soir, les avoir excédés à coups de bâtons et d'épées. n Le & février 1611, une sentence du Bailliage défendit à tous , sans distinction , de porter des armes , rendit les hôteliers responsables de leurs méfaits , et leur enjoignit de ne pas

laisser sortir leurs jeunes hôtes passé neuf heures du soir. Il y en eut, parmi ces derniers, qui furent arrêtés en vertu de sentences judiciaires et condamnés à recevoir le fouet dans la classe en présence de leurs camarades. Ou reconnaît l'esprit crédule de la jeunesse dans les poursuites qui eurent lieu à la requête des Jésuites, le 30 avril 161 &, contre des charlatans qui débauchaient les écoliers et prétendaient leur enseigner les sciences de magie, sortilèges et divinations (1). Plus tard , à Tépoque de la révocation de TÉdit de Nantes, les écoliers se portèrent en foule au temple de Queviliy , et prévenant les ordres rigoureux de Louis XIY, s'acharnèrent à la destruction de cet édifice, dont on vantait pourtant le mérite architectural (2). On pourrait citer de pareils actes de violence dans T histoire de la plupart des anciens collèges. Il n'y a pas lieu d'en être surpris , quand on songe au nombre des écoliers et à la liberté dont ils jouissaient en dehors des classes. Ce n'est qu'assez tard et par degrés que le pensionnat, l'internat, le casernement ont

(1) Ârch. da Palais-de-Justice. Registres da bailliage criminel (Notes commuDiquées par M» Edouard Goâselio).

(2) Pli. Le Geodre, Histoire de la per$écution faite à CÉglise de Rouen sur la fin du dernier siècle, RoUerdam , i704« — BC Floquet, Histoire du Parlement de Normandie , t. VI, p. 118,

pris place dans les habitudes de la nation ; et il n'est pas douteux que ce changement, qui n'a pas, je crois, été assez observé, n'ait contribué au bon ordre, à la discipline, et n*ait été particulièrement avantageux au clergé.

Chaque collège pourrait avoir son histoire littéraire, qui comprendrait Ténumération et Fappréciatlon des pièces de thé&tre et autres compositions représentées ou récitées dans les solennités scolaires ; et en second lieu , la biographie des recteurs , des professeurs et des élèves qui se sont Tait un nom dans la carrière des lettres. A ce point de vue, Tbistoire du collège de Rouen présenterait un intérêt tout particulier. Peut-être aurait-on lieu de constater que les exercices littéraires , usités alors dans toutes les maisons consacrées à l'instruction publique et dont les sujets étaient empruntés à l'antiquité grecque et latine , n'ont pas été sans quelque influence pour le perfectionnement de la scène française (1).

(i) Nous empruntoot aux notes qu*a bien touIu nous oommuniquer II, Edouard Frère, auteur du Manuel du bibliographe normand ^ la liste suirante des pièces représentées au collège de Rouen : La piété polonaiu ou Vanda, reine de Pologne, qui se consacra à let dieux, tragédie, S août 1689. -—Lee Lombarde^ tragédie, août i64S. — L'^ falaU ou le Fléau d'Attila^ tragédie, i" août iôAA. — Arlavardê^ tragédie, 10^5. -- L'Anumr déguieé, intemèdt de la tragi-comédie des Coupable* innocente , 1060 , in-8*. — DiaeUtiâmM» fmrmu , Ckrieto

Nous devons abaDdonoer à d'autres plus versés que Dous dans l'histoire des lettres cette qoestîoD,

triumfihanu, IrigiBilia , dibilur io Thnlram coIlt^U irchieiâieopallt Bolb. Sodeiaiis leta ad solcinnein Pnemiorum diitribatioDem n manificenlia illiislriuimi Domini D. Joannia Ludo>ici de Ftncon de Mli milJtit, marchionis de CbarlcHl et in lupremi NeualriB curii Prlmi Prjt^idls. ... itothoma);! , apud Joaunem de Maonerille , prope collegium. U. DC. un. — La DoubU victoire ou Eialaeà* tictorieua de* Dacet tt martyr, tragédie, 31 ao&l ISSl. — Polhymnit ou la lAuïfit*, baller , 13 aoQt 17St. — Anime , grand duc d'^jpte , mtrljr , Iragédie laline , II aoCt 1737. — L'Impotiurt, ballet, Id. — Li Dàiipaieur, piSce comique , id. — L'Enfani giii, pièce comique, id.

— Contianiin, tragédie latine, 8 août 178B. — U Littrtin maigri lui, coro. Franc,, id. — Lt Couronnement de Danid ou Daiiid lacré par Samuel, pniroraie, id. — L'Bitioin de ta dame, ballet, Id. — Ayapii, martjr, irag. IsL, 13 aoai 17S9. — Sttnophitt ou le Jeune /ii/mnu patiionné pour lt) speciacUt , com. friaç. dam laquelle est iolercalée la pièce Les Troii-Ateugle* , id. — Alidar ou le Hiehe malheureux, com. franc, aiec intermède, Id. — David, tragédie latioe, ID aoQI nkO. — Héophite ou U ^outelliite , com. fraof. , id. — Sttori d'Abtalon, irag. lat. , S février 17M. — L'Heureuie malkatr, com. franc., id. (motique de chœun Traoçaii, par Fontaioe). — Zelo«eui ou le Prétendu ftel-Eipril , drame latin , 1! ttvrier 17il. — haac, Irag, (tanç. en mutique. — Aman, trag. lat. , 13 aoAt 17i5,

— Jonathai el David, trag. franc. — Le tiouvellitte , com. franc, >— L'Empire de la Folie, ballet. — Ptriandre, com. lit. , 10 boOi 1780.

— Thimiiiacle , com. franc, — Le Poète ridicule , com. franc. — Lt Ptaiiir sage el réglé, ballet. — Ut Petit t-UaUirei , com. UU, 18 fét. 17S7. — Maxime , trag. franc, avec intermèdei. — La Lartint da ta Fortune en la personne du grand Naïade (programme de celle Iragédie par S. L. B.J , tiré de Cbalcond^le. Rouen, in-i* de 15 pagei) non compris le litre gravé, avec 6 gravum par A. Soudan. Catalogua de Soleinoe, p. III , p. 381 , 381, — • llluBlrùumo ac reUglottidnio Domino Domino Francinco de Harlsj, Rothomagenii irchtepUcopo,

qui nous paraît avoir été trop négligée. Noas dous boraeroDS à citer, parmi les recteurs et les régents du collège de Roueu , les PP. Etienne Binet, Philippe Bunou (1), de Brébeuf, Jean Brisacier, Claude Buffier, Nicolas Caussin , Louis Gellot , Jean Commire, Dinet (2) , Jean-Antoine

Neustric primali , abbati GemmeUcensi, Régi a secretis et sanclioribufi consiliis , etc. Drama paoegyricom. Dabitar a rheloribus in Theatrum collegii arcbiepiscopalis Societatis Jeta, die aprilis, bora post meridiem altéra , anno i65S. Rothomagi apud Joannem Le Boullenger propc collegium Societatis Jesu. MDCLII. • — Je dois à M. Lormier la commuoication du Diocletianu» furent , et d*un autre opuscule contenaot le programme à'Agerocogène ou le Jeune homme entêté de sa noblesse , comédie latiue ; àî'Isaac, tragédie française en 5 actes ; des /ncomimMiif/x de la Grandeur, drame héroïque ; du Pouvoir de r harmonie, ballet en quatre parties , chacune de trois entrées , précédé d*une ourerture et suivi d*un ballet général, pour la distribution des prix lundi 7 et mercredi 9 août 1758, à ii heures et demie précises. « L'harmonie dont il s'agit ici n'est autre chose que l'accord des sons. Pour en faire le sujet d'un ballet, nous n'en prenons que les traits historiques. Le pouvoir de l'harmonie sur les éléments, sur les passions , sur les mœurs, sur les arts fournira les quatre parties de ce ballet. • Vingt-cinq écoliers dansèrent au ballet. Les danses et une partie de la musique étaient de la composition de M. Bacquoy-<xuedon, maître à danser du collège.

(i) Né à Rouen, a enseigné la rhétorique dans cette ville; mort recteur du collège de Rennes le ii octobre I7S9; a Ait imprimer à Rouen, en i7i0, un petit Traité des Baromètres; en i7i6, un Abrégé de géographie^ suivi d'un Dictionnaire géographique /afmfrançois. Quelque-unes de ses poésies ont été imprimées avec celles du P. Commire.

(S) Dinet, confesseur de Louis XIII « en remplacement du P. Sirmood. Hercule Gri^el en parie en ces termes dans let Fasti Rotkomtf

du Cerceau , Georges Fautrel , Âdrieu Jordan , Juiieu HayueuFve, Charles Lallemant, Jean de Macbauit, Louis Maimbourg, Honorât Niquet, Jean Pbeiippeaux , Jean-Baptiste Ragon (1) , Saint-Hilaire , plus tard vicaire-général de Rouen ; Gresset , l'élégant auteur de Vert-Veri et du Lutrin vivant (2) ; parmi les élèves , Fontenelle (3) , et en premier lieu , Pierre Corneille.

genses , dont la Société des Bibliophiles normands a confié la publication au savant professeur M. Boaquet :

Jtanque triluêtrù tram , mihi prmctptort Dineio

Qui sibt faatndû vix habet ort parem, Quem itta muntriltuê dteorant Uiiarim tUris s

Ausonia* adiit («r, rediiUftu fria$.

Hoc patrt wnftui purgarunt pectora Rtgti ,

Et moriens gtnitor, nahu et ipu modo,

( Septembre. Veri ill^16. )

(1) f Bibliotheca scriptorum Societatis Jesa a R. P. Petro Ribadeneira , continuatum a R, P. 'Philippo Alegambe , recognitum et productum ad annum Jubilœi MDCLXXV a Nathaele Sotaello, >

(2) « Gresset , entré dans la Société des Jésuites en 1725 , enseigna les humanités et la rhétorique à Moulins, à Tours, à Rouen. Le Vert» Vert parut dans cette dernière fille en i75â. Cette production avait été dérobée à Tauteur. On assure que celui qui commit cette infidélité etoit Tabbé Bellamy, chapelain de Notre-Dame de Rouen, plus tard curé de Bonneboscq. > — Notice manuscrite sur Gresset , par D. Gourdin ; elle m'a été communiquée par M. Picard*

(8) Ârch. de PÂcadémie de Rouen. Éloge de Fontenelle par Lecat : t Dès Tâge de 43 ans, faisant sa rhétorique, il fut en état de concourir au prix de poésie latine des palinods, et sa pièce fut couronnée (?). Le

Cinquante ans après sa sortie da collée de Rouen, ce grand écrivain aimait à se rappeler les leçons du Père de Lidelle. Le R. P. publiant , en 1668, son traité de la Théologie des Saints, se recommandait auprès du public du nom et de Tamitié de son illustre élève, en inscrivant en tête de son ouvrage une ode que celui-ci avait composée à son intention , oii Ton remarque ces vers que nous citons après M. Edouard Fournier :

Savant et pieux écrivain

Qui jadis, de ta propre main ,

M'as élevé sur le Parnasse ;

C'était trop peu pour ta bonté

Que ma jeunesse eût profité ,

Des leçons que tu m'as données;

Tu portes plus loin ton amour Et tu veux qu'aujourd'hui mes dernières années De tes instructions profitent à leur tour (1).

p. Commire professoit la logique, lorsque Bf. de Footenelle o*étoit encore qu*en rhétorique. Cependant , celui-ci a loujoan regardé ce Père comme un de ses maîtres , par la liaison étroite quMIs ont formée et par les conseils que le jeune homme en reoerolt. Le cas qa*ils en foisofent est proufé par cette note qu*on trouTC dan» leurs registres à odié de son nom : Bernard Le Bovier^ adoteêcenê ommimê partièmt absotutuê et inter conditeijmtos prineepê, » Voyei Bf. A» Charma, Bith graphie de Fontenelle, S* édit., p. 5 et la note S.

(i) Ffoteê sur la vie de ComeUie, diaprés des documents nouveaux en tète de Otmeille à la htfie St-Rœk^ pb ▼• Le P» Claude de Lidelle ou de Lidel mourut à Rouen le 19 mart 1671. -* Oo doit

lÉflii

Eo 1632, on représenta au collège de Rouen la tragédie de Jésabet , en prose latine, dédiée à Tanneguy de Launoy , président au Parlement. Le catalogue de Soleinne attribue, je ne sais sur quel fondement , cette pièce à Thomas Corneille, qui joua le rôle de Tbémis dans les intermèdes (1).

Les représentations théâtrales, des ballets précédaient la distribution solennelle des prix qui avait Heu chaque année au mois de septembre , avant Touverture des vacances. Dans les jours qui suivaient , il y avait des examens publics , afin de constater si les écoliers étaient en état de passer de leur classe à la classe supérieure.

compter parmi les hommes qui honorèrent le collège de Rouen le P. Jean Chrysostôme, religieux pénitent, dont la vie a été écrite par Boudon , archidiacre d*É?reox. Il j eut poor maitre le P, Caussin , un moment confesseur du roi, auteur de la Cour sainte et de différents ouvrages classiques, et dont on a publié , en 1861, une lettre très-intéressante à M"* de La Fayette, dans un livre înlitulé: Une Vocation et une disgrâce à la Cour de Louis XllL II est probable que le navigateur Cavelier de La Salle, le diplomate Mrsnager et Bernardin de Saint-Pierre étudièrent au collège de Rouen.

(1) Illustrissimo viro D. D. Taneguioni de Launoy, cquiti, D. de CriqueyiUe, de PEssay, d*Hérouville S. Honorine de Ranville, christianissimo Régi ab utriusque consiliis atque in suprema Neustria curia Pnesidi integerrimo, Âganotheta; suo mnnificentissimo, Jexabel, divinae ulliouis atrocissimum eiemplum , dabitur in theatro collegii Rotbom. Societatis Jesu , auctore Pierre de Valognes. Rothomagi , ex typograpbia Joaimis Le Boullenger, 163S. In-4°^ deux parties.

Aa mois de juillet, on avait institué deux antres exercices publics , les thèses et les énigmes. Tous ces usages sont minutieusement décrits par Hercule Grisel, dans ses Fasii RoiAamagenses (1).

(t) JéLoiB de Juillet.

Area Gymnarii dacripti programiiala oioiiatrat ;

ClaMibos in rlifi pobUca puf u f eoiL Alrii portkîlNis subitis qnadriti renidenl,

Ornatos pario malti tegcnda feriL Pan sua rtetoribot, pan ot qooqne eola pœiis,

Tertia Krammalkif « lertla cla«b ea est. Bncitanl dartas, crrataqoe sinfoia pangnnl ;

Qbb iMdia ot claisb sustinet nna dnaa.

Nec nÛDiis alternb logid dant pnelia lingub ;

Omnibas eipositat sostinnere Itaei» Hae ommIo aelalb iododit imago figaris

Manma , sic aefo cresoere cancta soient Très talmls ingeoles pendeot , coigmata dkaot ;

Obacora est etUm multa labdla rninor.

Qui reteges seosoin , non iadonatas aliibit;

Qai pariter giyphos, aocipe pranioliini.

Ven «55-168.

Sf ois cLe Septembre.

Gymnasiani , posilo ferres hac lace tbeatro ;

Pnmiia Palladlas munqaîd alamnas habet ? Charta focal , tragîcosqae datur post prandia Insos :

Area fix populam ooocipil, ampla lioel.

Qninqne sooanl actos, eelebratar seena choneto,

Falgent persooB ? esdbos , ore placeoL Qaot juTeœs matrani radiant « nt ridera, cwa I

iEqna pâtes ?emis eorpora paiera roib« Ordine classb habet soa prsnia , monera, Ubrot «

Gonspicni meritis dit itiisqne firi.

Indépendamment de la distribution solennelle des prix, dont habituellement le Pariement faisait les frais , il y avait des distributions de prix

Dantur inaurata latiis grecisque papjri

Et pros» et pror» ; fert , pato, quaqae dnas* Id médium meritus pracoDU ?ooe dtatar ,

Prsbet iter populus, constrepoere tab«« nie quidem primus donalur et aller ab iUo »

Deiode propiuquantes assonuere duo.

Cum gemino venu librom puer aureas oflèrt,

Palmifer , accepto munere , dives abit Nescio quis, possuot, dixit» feyisse magistri;

Pnemia dant charis, cum foluere, suis.

Parce quidem, reddo ; dare non dependet ab illis.

Âccipe quo solili siot statuisse modo.

Inclusi Juvenes scribunt, absente magistro»

Et dictante alio, sic dolus omnis abesL In charta yetitum est proprium subscribere nomen.

Dictum supponunt, altéra nomen habet Impresso qu» nomen habet , mnnila sigillo est

Crede mihi , caste res solet ista geri Discutiuntque datas , ignolo nomioe, cbartas

Très simul, arbitrio praemia dantque suo. Nomina yictorum chartis patuere solutis.

Die, rogo, qua possent premia fraude capi ?

Yen 75^04.

Post hapc discipulis, hoc mense , examina ponant,

Ânno quo faciaot his abeunte gradnm.

Unius indiculum scripsit cujusque roagister ,

Multiplici, quis sit, disposuitque nota.

Sunt ea simplidbus numeromm expressa Bguris ;

Est quaque hoc melior, quo falet ipsa minas* Hic patria , hic etas, tum quaqae in parte ?alentes

Quam fuerint, non est, ut velit ille, fafor.

mensuelles, qui eurent pour fondateur messire Marc de Ghalon Haigremont « prêtre , chanoine en Féglise cathédrale de Rouen. Par contrat da 26 janvier 169A, il donna au collège représenté par le P. Jean de Grieu, recteur, une rente de 50 liv. pour faire distribuer de petits prix deux fois Tannée dans toutes les classes, de telle sorte qu'il n*y eût presque point de mois où Ton ne composât dans quelqu'une desdites classes. En même temps, il fit don au collège d'nne rente de 20 liv. dans un but qui nous paraît mériter d*être rappelé : f Comme il se trouve^ est-il dit dans le contrat, en philosophie de pauvres garçons , lesquels, faute d'argent , ne sauroient faire paroitre ce qu'ils savent, le sieur de Maigremont. . . . veut

Pnefecto eiamen eommittitar, omoilHis ille

Materiam dictai clasaibus; iode aedet Âdciscitque duos ; pueri «tant ordine septem;

Sspe decem ; pallet torba pasilla metu. Vident hune cla»b primas teouisse sedeodo ?

Cerlior ille grados nnlla rogatus aliiL Libéra suut tribus bis suffragia , prs duo polient

Post precibus nullis débet adesse locas. Rbetoras in medio mot est septembre vacare,

Extremo reliquos et statuisse gradum.

Qui feoere gradum prefecti ?oee citantur ;

Haec ille in nsedia nomina classe citât. Hos fideas laetos ; at, qui mansere , madentes

Sunt lacrjmis ; dubiis laœror fai ore sedeL Fit fbga, quisqne petU patriam vdodler onai» Etc.

Vm lSl-i45.

assurer.... 10 liv. pour deux logiciens « et pareille somme pour un physicien pour soutenir un acte de philosophie à la fin de Tannée , à condition que les deux logiciens susdits seront obligez à soutenir aux aflSches tous les ans, ledit sieur de Maigremont priant les Régens de prendre soigneusement garde que lesdits écoliers soient réellement bien pauvres et quMIs ayent besoin de ladite charité et surtout quMls soient égallement savans, espérant que les professeurs du collège contribueront à Texécution de ses intentions qui n*ont pour fin et en veue que la gloire de Dieu. » (1). Ceux qui remportaient les prix étaient invités à dire un De Profundis pour le repos de Tâme des fondateurs. Toutes les classes du collège sont nommées dans ce contrat ; on n'en indique pas au-dessous de la sixième, d'où il faut conclure que les écoliers admis au collège avaient déjà quelque teinture du latin (2).

(i) Les affiches et les costumes de la tragédie étaient aux frais des écoliers. — Arcb. de la Seine-Inf. D. 299. Avances ftiites aux pensionnaires de Joyeuse, 1751 : — Janfier, à Poulet, pour son personnage, 9 I. ; à Camus, pour son personnage, 21 I. — Juin, à La Itllais, pour SCS thèses, 6 1. ~ Août, à Féron, pour son personnage, 15 1. ; à Camus, 15 1.; à Dangerral, A 1. ; à Caroas, pour placards de la tragédie , 8 L — 1752. Juin , à Houric, pour affiches, 1 1. A s. ( à Préval, 12 1. ; à Devise, 12 s. —Juillet, à Bréard, pour la tragédie, 15 L ; à Belbeuf , 15 1. ; à Camus, 15 I.

(2) Arcb. de la Seine-Inf. Fonds du Chapitre de la cathédrale.

Les Jésuites, à cause de leur enseignement et des livres quMIs publièrent eurent d^asseï fréquentes diflBcultés avec l*arcbevéque et le Parlement

En 1630, le P. Bertric, alors recteur, publia cbez Tanquerel , sans nom d'auteur , un ouvrage intitulé: Les TableUes chronologiques. Ce livre fut condamné comme contenant une apologie de la Ligue. Peu de temps après, parut Touvrage du P. Cellot, sur la biérarchie ecclésiastique , qui déplut vivement à Mg* de Harlay. La lettre que Hutio Yitellescbi, général de la Compagnie, adressa à ce prélat pour le flécbir ne réussit à le satisfaire qu'à moitié. On ne pouvait y voir, à vrai dire, que des assurances de déférence et de respect , mais non pas une rétractation formelle des principes incriminés. L'année suivante, en 16^0 , le débat recommença à propos d'un sermon prêché à St-Ouen de Rouen par le P. Beaumer et qui parut offensant pour l'autorité de Fordinaire. Le P. Cellot, recteur, fut obligé de présenter à l'arcbevëque des excuses publiques, au cbâteau de Gaillon. Il est bon de remarquer que ce ne fut là qu'un des incidents d'une lutte plus générale, dans laquelle se trouvèrent impliqués la plupart des ordres religieux relevant directement de la Cour de Rome (1).

(!) Arcfa. de la Sdoe-Iof. Fomb de rsrcbevèchè. — IL Glièniel, De

Ce fut à la suite de ces débats envenimés par les romans anti-monastiques de Hg* Camus, évéque de Belley, vicaire-général du diocèse de Rouen (1), que Tarcbevèque , Mg* de Harlay, conçut le projet d'établir dans son palais un collège en concurrence avec celui des Jésuites , et qu'il en distingua par le titre d'archiépiscopal (2). L'ouverture s'en fit

l'Instruction publique à Rouen , dans le PréeU analytique dee travaux de l'Académie de Rouen pendant Tannée 18^9 , p. 16h i S65. — M. Floquet, HiHoiredu Parlement ^ t. IV, p. h^k% 425. — DomBessin, Conc. Rot. prov., pars II', p. 617 et suiv.

(1) Jean-Pierre Camus, fils de Jean, seigneur de Saint-Bonnet» gouverneur d'Étampes et de Marie de Contes, né à Paris en 1582, sacré érèque de Belley , 31 août 1609, par saint François de Sales; démissionnaire en 1629 ; abbé d'Aulnay ; mort à Paris le 26 ayril 1652, au moment où il venait d*être nommé évêque d*Ârras.

(2) Le P. Pommeraie , Histoire de l'Église de Rouen , p. 163. — M. Chéruel, De l'Instruction publique à Rouen^ dans le Précis anaiff^ tique des travaux de l'Académie de Rouen, pendant Tannée 1849, p. 287 et suiy. — Quelques cours se Taisaient à Toflkialité. C*e8t ce que nous apprend le passage suivant d*une lettre adressée à Mg' de Harlay , par M. Barale, sénéchal de la haute-justice de Déville : c II se présente un inconvénient à tenir la jurisdiction de Desville dans le prétoire de vostre offîcialité , encor que mes prédécesseurs Talent tenue en ce lieu depuis la St-Michcl jusques à Pasques, et le reste du temps à Desville. Ledit inconvénient est que le sieur officiai tient son audience jusques à une heure après midj, et lorsque je pense monter dans sa chaire pour rendre la justice à vos vassaux de Desville, vostre rhétoricien veut prendre la place pour enseigner les escoljers, desquels le murmure aporte un tel désordre en la justice que je suis forcé de ^abandonner au préjudice du public, t -— Octobre 1644* Arcb« de la Setne-Inf. G. 1053.

le 2/i octobre i6&l. Giuq professeurs furenl choisis poar y faire des leçons publiques de théologie , de philosophie, de rhétorique et de grammaire. G'étaicut , pour la théologie , Nicolas Paris que nous voyons plus tard revêtu de la dignité de vicaire-général du diocèse et que nous supposons avoir été parent de M. Paris, le colique d' Etienne Pascal , dans Tintendance de là Généralité de Rouen ; pour la rhétorique et la géographie universelle, Toratorien Guillaume Marcel (1); pour la grammaire (par ce mot> il faut entendre Tinterprétation des meilleurs auteurs de l'antiquité grecque et latine), Nicolas Laignel, docteur en Tun et Tautre Droit, ancien recteur de l'Université de Gaen ; pour la philosophie, Jacques PieriuSy qui traita des questions de physique sur lesquelles les récentes expériences de Toricelli et de Biaise Pascal avaient appelé l'attention publique (2). Ge dernier, qui habitait Rouen avec

(1> On connaît de Marcel la pièce saivante : t Pax promissa sive pro Perpiniano capto oralio pane gyrica in Bothomagensi arrhiepiscopali schola, pro lectionum auspicatione, dicta a Guil. Marcello, Congregationis Oratorii Domini Jesu sacerdole et ejosdem scole archiepi»copalis Rbetore. • Rothomagi, Ex t>pi8 archiepiscop. apad Lanrent* Maurry Typ. 1643. — Bibliollièque de Rouen. D. 1386 , S.

(S) Jacques Pierins, nommé par Tarchefèque à la cnre de Déville, nous ne «tavons en quelle année ; en fonction» en 16â0. — 1644. Arch. de la Seine-Inf. Fonds de l'arcliev. et de la fabrique de Dérille.

son père, était alors dans le premier feu de sa passion pour la science et de son zèle religieux ; et il n'est pas douteux qu'il n'ait pris intérêt aux cours qui se Taisaient à rarchevêché. En i6&8, Mg' de Harlay se réconcilia avec les Jésuites ; il révoqua les professeurs qu'il avait nommés, ferma son collège, à condition que celui des religieux prît la qualification d'aixhiépiscopal, moins sans doute en souvenir de Tarcbevèque qui en avait été le fondateur, que comme témoignage public de soumission à Tautorité diocésaine. Quelques mécontents s'adressèrent aux écbevins et les sol* licitèrent d'établir à leur tour des classes en concurrence avec celles des Pères. Mais ils écbouèrent dans leur tentative. La ville refusa nettement de se prêter à leurs vues et marqua, dans cette circonstance, une grande défiance à l'égard de l'enseignement privé (!)•

(1) Délibérations de PHôtel-de-Ville de Rouen, mardi ià jan?. i6&8 : ■ Pour délibérer suivant Parrest de la Cour du IX* jour du présent mois , sur la requeste présentée à ladicte Cour par plusieurs escolliers estudians en philosophie soubz M* Jacques Pierius, professeur, à ce qu*il luy soit ordonné de continuer le cours de philosophie aosd. supptians en lel lieu qui sera trouvé commode en ceste ville de Rouen pour éviter la perte du temps et autres dommages que souffHroient lesdits escolliers de la cessation desdictes leçons, ainsi qu'il est plus au long contenu dans lad. requeste.

Les Conseillers échevlns disent , soube le bon plaisir de la Cour , que ledict sieur Pierius ayant esté révoqué par Mous. Tarcsbefesque

Le privil^e de l'enseignement de la théologie que les Jésuites réclamèrent fut revendiqué par Mg* Rouxel de Médavy , et plus énergiquement encore par Mg* Golbert , sans pourtant qu'il y ait eu au collège de Rouen interruption des cours consacrés à cette science. Cet enseignement fut pour eux , ainsi que c'était à prévoir , la source de sérieux embarras. Le P. BuflSer, le célèbre auteur du Traité des premières vérités, fut éloigné de Rouen pour s'être permis de contredire , dans un écrit public, les doctrines gallicanes de Mg' Colbert (1). En 1756, le P. Jacques Haxuell, l'un

de Rouen a?ec les autres professeurs de grammaire et de rhétorique , qu'il afoit CMleYant establis en Tarchefesclié, ils ne peufeot consentir le restablîsscment que ledit sieur Pierius fait demander en quelque autre lieu de ladicle Tille, Tinstitution des bonnes mœurs qui se doit particulièrement enseigner dans les leçons de la philosophie estant trop Importante pour estre commise à la conduite d'une personne privée, laquelle pouvant dans les divertissements de ses affaires propres se relascher de la discipline qui est requise à ceste instruction , donneroit occasion aux débauches et libertinages de la jeunesse qui sont avec grande peine reprimez et retenus par Tordre et police des collèges réglez, estant loisible aux escolliers dudit sieur Pierius, pour la perte du temps dont ils font le principal prétexte de leur requeste, d'aller prendre, si bon leur semble , les leçons de la philosophie au collège des Jésuistes de ceste dicte ville, où ils seront admis et receus suivant Tobligation que lesd. Jésuistes en ont passée à mondit seigneur l'arche vesque lors de la révocation desdictes escolles de l'archeveschéM* etc. • Délibération déjà publiée par M. Chérnel.

(i) D. Bessin , Concitia Hol, prov, , pars 11*, p. 027.

des proresseurs de théologie du collège , ayant avancé dans ses cahiers des propositions contraires au respect et à la soumission dus à la Déclaration du Clergé de 1682 , et spécialement opposées au lY' article , se vit mander devant les vicaires-généraux de Mg* de Saulx-Tavannes et condamner par eux à faire dans sa classe une rétractation formelle , précise et publique , qui dut être insérée dans la dictée qu*il fit lui-même à ses élèves. On lui enjoignit de s*abstenir de professer la théologie au collège, jusqu'à ce quMl en eût été autrement ordonné. Une sentence aussi sévère ne parut pas encore suffisante pour rassurer les partisans de la Déclaration du Clergé. On exigea la retraite de Claude de Montaigu , recteur du collège , et celle de Jacques Maxuell. Le premier fut réprimandé par le Parlement , les chambres assemblées. Le second , après avoir été contraint à une rétractation publique à l'audience de la Grand'Chambre , fut condamné par arrêt à un bannissement de neuf années (1).

Dans cette circonstance , les rigueurs dont les Jésuites furent l'objet avaient un prétexte plus ou moins plausible. Mais que dire de la conduite

(i) Arch. de la Seine-Iof. G. 4368 , et archiyes du PalaMe- Justice. — V. aussi MM. Chérnel et Floquet, oufrages précités.

du Parlement à Fégard du frère Maroachi , en 1759? Le fait, peu important en lui-même, vaut la peine d*ètre rapporté « comme un symptôme de Tétat des esprits à cette époque et comme exemple de la puissance de la passion pour grossir outre mesure ce qui mérite à peine d*étre remarqué. Ce frère, étant préfet du collège, avait dicté aux élèves de troisième une matière de vers contenant ces mots : « Heroas faciunt quandoque crimina fortunata ; fœlix crimen desinit esse crimen ; quem Gallia probroso crimiue appellat praedonem , appellabit Alexandrum , modo fortuna sit fœlix. Ad arbitrium fortuna sontes facit et absolvit ; prospéra dat pretium crimini , adversa adimit t Décrété d'ajournement personnel sur le réquisitoire du procureur général, vainement passa-t-il la déclaration suivante : t Je suis sensiblement affligé d'avoir dicté la matière de six vers qui a occasionné Tanimadversion de la Cour ; il me suffit qu'elle ait paru susceptible d'un mauvais sens pour que je trouve de l'imprudence à l'avoir dictée ; je déclare que je n'ai entendu ni expliqué ladite matière que dans le sens critique qu'elle présente , ainsi que grand nombre d'au* teurs ont fait avant moi. Je condamne formellemeut et je déteste de tout mon cœur tout autre sens, toute autre interprétation qu'on a pu lui

donner et qui sont autant opposés à ma façon de penser qu'ils sont contraires aux principes de la saine morale et de la religion , au moyen de quoi je supplie la Cour d*user d'indulgence à mon ^rd. > Le Parlement , par un arrêt rendu toutes les chambres assemblées , déclara la matière de vers pernicieuse , séditieuse , détestable , capable dMnduire aux plus grands attentats et, comme telle, la condamma à être lacérée et brûlée par le bourreau au pied du grand escalier du palais. Le frère Mamachi, licencié, non sans peine, du décret qui avait été prononcé contre lui , fut dé* claré incapable d'exercer la préfecture , ai aucunes fonctions ayant rapport à Téducation de la jeunesse dans aucun collège ou séminaire du royaume, 2 avril 1759 (1).

De bonne heure, on avait établi au collège deux congrégations : Tune dite la grande Congrégation de la glorieuse Vierge Marie , qui , outre certains exercices de piété , fournissait des secours en argent et en nature aux familles pauvres. Cette congrégation , composée de personnes de la haute société, compta longtemps parmi ses

'I) Arrêt imprimé par Richard Lallemant, imprimeur ordinaire da Roy, prêt La Rougemare, 1759» in-Â*. Je dois Id coonaissance de oeoe pièce à l*obligeance de M. Tabbé De La LoDde, professeur d'hii* l()ire à la Faculté de théologie de Rouen.

membres des conseillers au Pariement. Des lettrespatentes, du 9 mai 1632, portaient que les conseillers congréganistes ne pourraient, sous ce prétexte, être récusés comme juges et rapporteurs dans les procès où les Jésuites seraient intéressés» Dans les listes de cette congrégation , nous avons relevé les noms de Robert Corneille , admis le 12 février 1696, venant de la congrégation des écoliers ; de Tévéque de Limerick ; de Nicolas Camus de Pontcarré, premier président au Parlement de Normandie ; de l'avocat Langlois de Louvres. Les statuts avaient été approuvés par ie général Micbel-Ange Tamburini. Les assemblées étaient présidées par des Pères Jésuites (1). La seconde congrégation ne se composait que d'artisans (2).

(1; Antoine de Lamare-ChesoeTarin , dans lei Éloges de la vilU de Rouen , imprimé en 1667 , s*hooorail de hire partie de cette Congrégation.

{1} Arch. de la Seine-Inf. D. SA et sair. Noos croyons inléreaant de donner id en note la liste des recteurs du collège de Rouen : Innocent Picqoet, premier supérieur, en qualité de ?îoe-recteur , 1593-1 59A ; — Jean de Ifachault , iSOMSSS ; de nouTeau recteur à Tépoqne du rétablissement des Jésuites en France, i60&-l605 ; — Charles de La Tour, 1606-1607 ; —Jean Bartbelmy on Bertlielemy, ?ioe-recteur 1607, recteur 1608-1610 ; —Louis de La Tour, 1611 ; — Etienne Binet, 161&-16S1 ; — Jacques Bertric, 16Sâ;— Jean Pbeljpeaux, 16S4 ;— Honorât Nicquet, 16S5-16S9; mort à Rouen le SS mai 1667; —Jacques Bertric^ 1630; — Charles Lallemanl , 1631 ; — André Ckwné; — Jacques Grandamy , 163S-163A ; — Louis Cdlol, «685 ; —

Collège d'Eu. — Ce collège fut fondé la même année que celui de Rouen ; mais les classes y furent ouvertes plus tôt. Dès le 10 janvier 1581, sur la demande qui lui en fut adressée de Blois par Henri de Lorraine , duc de Guise , dit le Balafré, la ville avait cédé pour cet établissement remplacement de l'ancien Hôpital-Normand et une partie de THôtel-Commun , f parce qu'on trouvait qu'aux anciennes écoles, situées au bas du mur,

Jean- Baptiste de Machault, 4635-1636 ;— Louis Cellot, i637-lG&0; — Élieiine Noel> 1641 ; — Jt'aii-Baptisie Ragon, 16^3-16^6; — François de Pingeoilel, iOhO; — Jacques Grandaroy , 16^9-1651; — Julien Hayneufve, 1653-1655; —Jean de Brisacier , 1056-1658; — Jean PineUe, 1659-1660; — Claude Fraguler, 166&;— Julien Hayneufve . 1661 ; — Pierre de Vertbamon, 16G6-1668 ; — Adrien Jourdan, 1668- 1670 ; — P. Le Forl, 1671 ; — Jean de La Faluèrc, 1671-167A ; — Pierre Boucher, 1675 ;— Jean Dudoy, 1676-1678 ;— Louis Voysin, 1679-1682 : — Julien Baudran , 1682-1685;— César Palu , 1686- 1690;— Pierre Dozenne, 1692-1693 ;— Jean de Grieu , 169Â1697;-> François Nepvcu, 1699 ;— Jacques de La Bautne^ 1703 ;— Jean Lucas, 1706-1703 ;— André Le Canins, 1717-1718; — Boberl-Louis Gréard, 1720-1723 ;-- Joseph-Benjamin Brassin, 1726-1728 ;— Louis RafTard, 1736-1738;— Louis-Alexis Le Houx, 1738-17&0;— Abraham-Nicolas de Honppe?ille, 1741-1745;— Jean-François Paullou , 1745-1747;— Jean Lavaud, 1748-1749; — Pliilippe-Onnrre Dcsmaretz , 1749-1751 , — Claude Hervé de Montaigu, 1753-1756; — René Frouleau , 1756- 1759; — Robert Canlers, régent au col.'ége dès 1756; vice-recteur en 1760; la même année recteur ; encore en charge en 1764 ; — Nous avons établi cette liste à Paide des titres de propriété, où le nom du recteur figure concurremment avec celui du procureur ; les dates qui suivent chaque nom sont celles àeé actes les plus anciens et les plus récenls où nous Pavons trouvé employé avec la qualification de recteur.

l'air était gros et malsain pour gens d'étude. » Le duc et Catherine de Clè?es, son épouse, assignèrent à Claude Mathieu , provincial de la Compagnie de Jésus, 2,000 liv. de rente sur les ventes des forêts de leur comté d'Eu, pour l*entretien d*uD collège de vingt-cinq personnes, tant prêtres qu^écoliers, avec église , habitation et quatre diverses classes, savoir : Tune de rhétorique et les trois autres de grammaire grecque et latine. On devait faire dans la première , vers la fin de Tannée , un abrégé de dialectique. Ils promirent , en outre , d'employer leurs eflbrts à obtenir l'union au collège d'un prieuré voisin , le prieuré de St-Martin-au-Bosc, qui, depuis longtemps, était déchu de sa régularité primitive et ne présentait plus qu'une utilité très-conlcstable. Vers le même temps, Anne de Roiichcrolles , conformément aux dernières volontés de son mari , André de Bourbon, seigneur de Rubempré, donna 50 liv. de rente au collège. L'union du prieuré de St-Martin-au-Bosc eut lieu en vertu de bulles du \" juillet 158/i, qu'on n'eut pas de peine a obtenir, parce que l'abbaye du Bec-Hcllouin , dont ce petit monastère dépendait, avait alors pour abbé le frère du duc de Guise, le fameux cardinal de Lorraine. Enfin, et s«*ins parler de plusieurs autres libéralités, le duc et la duchesse donnèrent une somme de 10,000 liv.

pour la coustructioD des bâtiments du collège , qui furent commencés . dès 1582 , par leur maître-maçon, Claude Le Roy, natif de Beauvais. Les fondements de la cliapclle furent jetés en 1612 ; elle ne fut achevée qu'en 1G2A. En 1631 , elle fut dédiée sous le nom de Saint Ignace par Mg' Henri Boivin, évêque de Tarse, coadjuteur de Tévêque d' A vranches, vicaire-général du diocèse de Rouen. Les deux illustres fondateurs y furent enterrés dans un caveau , à Texception du cœur de Catherine de Clèves, qui fut placé dans Téglise de Tabbaye , aujourd'hui seule église paroissiale de la ville d'Eu.

Lors(iue , sous Henri lY , les Jésuites furent chassés du royaume , un particulier tenta de faire revivre en sa faveur le titre du prieuré de St- Martin-au-Bosc. Mais dès qu'ils eurent été rétablis à Eu, à la sollicitation des habitants, par lettrespatentes du 3 mai 1607 , ils rentrèrent sans difficulté en possession de ce bénéfice (arrêt du Conseil du 22 septembi^e 1608). La veuve douairière du duc de Guise compléta la fondation en faisant unir par le pape, au collège, la chapelle de St-Eustache-du-Tot, située dans les l>ois de St-Martin-le-Gaillard , la cure de Moochy (1) et

(i) Ârcb. de la Seine-Ior. luvcntaire des litres du oomlé d*Ru. 6 mars 1615 , copie ooHationnée d*une Uvnsaciion enlre If *« la do-

— iOO —

la chapelle royale de Notre-Dame-des-Grès à Yilleroy-en-Pontbieu. Elle ordonna, de plus, qu'il serait délivré aux Jésuites soixante cordes de bois chaque année (1).

Il se rattache peu de souvenirs à ce collège. Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, surnommée la grande Mademoiselle, étant venue à Eu , après en avoir acheté le château et le comté des princes de Lorraine-Joyeuse , visita la maison des Pères et assista à une belle tragédie qui Tut jouée par les élèves. Bourdaloue, à qui elle avait donné sa conGance, qu'elle prit pour directeur de sa conscience et dont elle réclama les secours à ses derniers moments, y résida et y prêcha au début de sa carrière oratoire. On croit aussi que le P. Jouvency y Tut envoyé en qualité de régent.

La philosophie avait été , à l'origine de ce collège , comprise dans le plan des études qui devait y être suivi. Cependant il est à noter qu'il

chesse de Guise, d*une part , et François Tardieu , écojer , sieur de Monchy, d'autre part , par laquelle ladite dame et le sieur de M oncby ont consenti Tunion de la cure de Monchy au coll^ ; d*après les termes de celte transaction, ils devaient nommer altemativemeot au vicariat perpétuel de celte paroisse.

(IJ Elle donna, pendant toute sa vie, au collègue des marques de st bieuTeillance. En 1628, elle fit remettre aux Jésuites une tenture de tapisserie représentant l*liistoire de David. — Ibid.

y eut contestation à ce sujet de la part de TUni versité de Paris , et que dans le même temps un nommé Christophe De La Fosse essaya d'établir à Eu un cours de philosophie en concurrence avec celui des Pères. I/opposition de l'Université , portée au Parlement de Paris, resta sans effet, et l'administration municipale ne tarda pas à interdire le cours de De La Fosse.

En septembre 1676 , M"' de Montpensier donna 50 1. par an pour les prix. Après elle , le comté d'Eu passa au duc du Maine , fils de Louis XIV et de M*"' de Montespan. Ce prince fit don aux Jésuites d'une partie de ses livres ; il Tonda chez eux une chaire et une classe de théologie, et leur attribua quelques revenus, en les obligeant • à continuer comme ci-devant à faire représenter de trois ans en trois ans au mois d'août une tragédie, et à donner les autres années un exercice public , comme explicatif d'énigmes ou autres pièces publiques avec distribution de prix aux armes de S. A. S. de la valeur de 50 1. t Il résulte de la déclaration que fournirent les Pères au Bureau du Clergé du diocèse de Rouen , en 1720 , qu'à cette époque le revenu de leur maison était de 5,l\Sli 1., en y comprenant les 2,000 1. de pension données pour l'établissement du collège par l'acte du 9 janvier 1582 , 600 1.

de rermage de la seigoeorie de la Coar-du-l ao hameau d» Millebosc et le produit de la dtme de Moncby. D*autre part , les chaq^ s^éleTaieot à 3,0321. Il restait 2,391 I. • poor le payement des décimes et de la subTention et pour la nonrrilure et entretieu de 10 jésuites et de 3 domestiques qui composaient alors la communauté, t Celait un personnel notablement inrérieur pour le nombre à celui qu'indique le contrat de fondation. Mais , depuis longtemps , la faiblesse des revenus a?ait obligé les représentants des fondateurs à en consentir la réduction au chiffre rigoureusement nécessaire (1).

Le collège du duc de Guise est à présent un simple collège communal. Ses anciens recteurs le retrouveraient à peu près tel quMIs Pont laissé (2).

(I) Arch. de la Setne-InC Fonds de la Chambre do Clfiféu (S) Lisle des recteurs da collège d*£o , dressée à Taide dei titres de propriété consenrés aox archifes da dépaitement : Jacques de Manarre, 1586-1588 ;- Gabriel Rof^, 1588-1 59i;—Exupi^re Roger, 4811-1615; — Jean-Bapli!»te Riliii oo Raullio , f6SS-16Sâ ; — Jean Esiienne, 1628-1681 ; ~ Éiii*nne Noël , 1633 ( Jean de Brebeiif élait dans le même l<*mps procureur du colîége d*Eu) ; — François de Sainctrcmy , 1636-1638 ; — Éiienne Noël, 16A1 ; — Claude Havet , Î6hh' 1645; — Niriilas Nau, 16&7-I6A9; — Jean Coniuly , 1651-1654 ;* Michel CarriH, 1657 ; — Adrien Le PreroM, 1659 ;— Mathieu de Fletselies , 1666 ; — Pierre-Claude des Bois, 1669; — Pierre de Saiul- Germain , 1681 ;— Michel Baron , 1691 ; ~ J. Eudcl, 1698; -Jacques de Cavillon, 1709-1711 :~ Antoine^oteph DuBMMt, 17SS-17S0: —

La chapelle D*a guère perdu que les ornements de ses autels; elle a conservé, malgré les orages de la Révolution , les mausolées de ses deux Tondateurs, mausolées qui passent avec raison pour des chefs-d'œuvre de Part français, et qu'on s'accorde assez généralement à atlribuer aux flrères Anguier. Les bûliments destinés aux classes et au logement des régents ont gardé leur cachet primilir. Il n'a fallu que les augmenter pour y loger des internes, ce qui n'avait point lieu du temps des Pères. La porte d'entrée de rétablissement est encore surmontée du mot CoUegiam, orné dans le goût de l'écusson de la Compagnie. EnQn la bibliothèque , malheureusement à l'abandon , semblerait, par sa composition, avoir été dose vers la Gn du XYIP siècle.

Collège de Dieppe. — Le collège de l'Oratoire de Dieppe, qui fut le premier collège de cette

Jean- Antoine de Lestocq, 1733; —Jean-Joseph de Kersainctstlly , 1739; - Charles Regnniill, 1750; —Pierre MilJit, 1753 ;— Charles Cbativrenx , 175à-1756 ;— Jean Poucet , 1758 ; — Jean-Mathieu-Simon Fîteau, 1760. — Consulter, pour Phistolre du collège d*Ëu, une Notice de Tabbé Tinnenbrock , ancien principal, publiée à Eu en !8&0, et qui nous a été obligeamment communiquée par M. Feriiagu , actuellement principal de ce même collège. — D. Toussaiot-Duplessis , Deuripilon de la Haute- Normandie. Arch. de la Seine-Int D. 15 et soif.

coDçrégalioD , soiTant Tordre cfarooologiqiie des foDdatioos, n*est postériear que de qaekpies années aox deox précédeots. Ce fal Tcnivre, en grande partie da moins , dn cardinal de Joyeuse , arcbevèque de Rooen. Ce prélat considéra < que la Tille de Dieppe, dont il était seigneur, était une des plus populeuses de son diocèse , une des moins secourues et qui pourtant méritait le plus de Tétre pour le grand abord des étrangers et la contagion de rhérésie dont elle était inrectée. > Le P. Posse^in (l), et plus récemment le P. Gontery (3),

Cl. Le p. Dorigaj. Fir ée Pi

(S Euol rrtm k Rimkb far Tappcl d^i■ Bcahre iaÉTiH de b Coor da ParifOMt . il bu prié pw >« Ckapitic de h alhédrale de prCcbfr à U iMole-chaîre !e 17 ftirirr 16Mb D prfcba à Dieppe, M ■Mis d'octobre de cette mése aooéc ; à Rooea , ao bois d*aTril 1609, et pendanl TAient de 1610. Ircb. de la Seine-far. DélifaL capiiubirc» des 16 février 10OS, 1*' octobre 160S. 3 août 1609, 25 dot. 1610. — On cooserte de lui , dans le fonds da CkapUre , aui mènes arcbifes, a ne lettre ainsi conçoe : t ^ lle«ears, Diea nous ajanc envoyé en en quartiers on des plos signalei pKlats de France en mérite et fort agré3b:e an Rov (révéqoe de Grenoble. Mg' de La Croii de Cbetricrts de S. Val lier) f aj pensé fere dHMe ali!e an public de le supplier de prendre la peine de visiter ce lien ( Dieppe ) pfain d*infiddilé, espérant que cesie digniié apostolique feroil aui raurs de ces errants ce que Tarcbe d*Ailidiice fit jadb aux mnraii:e5 de et aui fjolses deités des Pâilistins. Nous autres ne sommes que troropetes et tambours; ces autorités sacrées pulent le fouldiv et lev 9nnts. Monsieur le grand vicaire de Moiveigocar le cudânal nous a cnvojé une pennissioo pour la Sainte coofirmalioii. Ko» nwaaiipplioM trht humblement de noof presler une mitre et mie crone avec

y avaient été envoyés pour contrebalancer Tinfluence des ministres protestants et ramener le peuple à la pratique de la religion catholique. Mais leurs prédications, si efficaces qu'elles eussent été« n'avaient pu suffire à atteindre ce but. Il parut indispensable de fonder un établissement permanent qui Tournit tout à la fois aux campagnes des environs Tinstruction religieuse par le moyen de missions , et au clergé Texemple de mœurs réglées et austères, et de Tapplication au travail, à Tétude de la théologie, qui était malheureusement négligée de ceux qui avaient le plus d'intérêt à la connaître. Ce Tut cet objet que les Oratoriens eurent tout d'abord en vue quand ils vinrent à Dieppe, et ce ne Tut pas sans peine que le cardinal de Joyeuse, qui dès le début de sa fondation avait donné à l'Oratoire de France des marques d'une bienveillance toute particulière, triompha

ocbet. Car il n*a porté rien de tout cela estant Teneu aux eaax de Forges. Ce personnAgc est qualifié seigneur et curé de ArchanTille en ce pals et diocèse. Vous nous obligeres toult de prier Dieu pour vous et moy singulièrement, qui suis, Messieurs, votre très humble ser^ ▼iteur en Jesus-Clirist— Jehan Gontery. De Diepe, ce 28 septembre 1608. Pour suscription : A Messieurs Messieurs du Chapitre archiépiscopal à Rouen. Détib. — capilulaire du i*' octobre 1608. • — Il conferlil, à Dieppe, le comte de Saint-Sairc et plusieurs autres calvinisles, à la suite dNine conrerence qu'il eut avec les ministres Gartaut , Natf nael Deiaune et Antoine GueronL Desmarquest en parle dans lei Mêm^rm fhronologiquêê pour urvir à Ckiêtoirê de DUppê^ t. I, p. 8S7 et loiT.

des hésitations do cardinal de Béralle et le déter- Kina à donner pins d*exten«on an plan de son Inslltat, en y comprenant renseignement des collèges (1). Il loi donna 30,600 1. ponr Facqnisillon de la maison du commandeur de Cbastes, qui afait autrefois appartenu à Ango, et pour la constitution d*une rente de 1,500 1. qui devait servir à rentreticn de huit personnes de la communauté de rOratoire , qui viendraient résider à Dieppe. Un des premiers prêtres de cette maison, Etienne Brice, fut aussi un de ses principaux fondateurs (3). Quelques passages de son contrat de donation, du 2/k novembre 161 /k, méritent d'être rapportés (3).

(1) Jomrmmt éomeaii^m éê U Camp^égmthm , «anéf i6il : «M. h cardinal de Jojeose noos fcnoH Toir et astfaloit i nos eoafcnaUooacl iiM» propositions. • V. L'Ormioirt de Framct csx XVi^ et X/X* dieUs, par le P. Adolphe Perrand , Paris, iSM.

(S) Desuarquest , àiemurirts ckramologi^ma pour §ermr à Ckutoirt âê Dieppe.

(3) Élirmie Brice éiail fils d*ÉlicnM Brke, eo mm vitaiit conseiller da roi et aadilrar de ses conples et de demoiseile Marie Lixer o« L%ier. Le 18 septembre. 1612, qaaod il D*élail pts encore oraloneoi il afail donné aux Minimes de Faiblaiiic>4ft-Mooccant une rrnle en blé pour 52 services ou obils à rioleniion de son aieni, Jacques Liger, sieur deGraviile, ancien trésorier de b reine et dn cardinal de Bourbon, décédé en 1580, et de son aïeule Marie Bichot, à charge aum aui rrligieox de fiiire chaque dimanche, de Piques à la SlpRemy, le catéchisme dans les villages de Taoara a d*Ussy , on qoelque antre du diocèie de Mcoux. Le 26 ani 1615 , Brice,

€ Recognoissant les ^ndes grâces et faveurs particulières quMl avoit reçeues de Dieu, entre autres le zèle du salut des âmes, il avoit pour correspondre à icelle fondé depuis un an ou environ, quatre missions d'un presbtre prédicateur, de rOratoire de Jésus, par les bourgs et villages es quatre bonnes Tètes de Tannée pour en iceui prescher, conTesser et catéchiser les enrans... Ayant assisté à ces missions , il avoit pu se convaincre que ce moyen n*estoit pas suffisant pour former et rendre les enfans l)ons chrétiens et quMl estoit nécessaire de fonder de petites escolcs pour les pouvoir instruire entièrement, comme aussi de fonder une classe de théologie morale pour Tinstruction de ceux qui aspiroieut à Tordre de presbtrisc, afin qu'estans puis après respandus par les villages, ils pussent mieux s'acquitter de leurs charges. Sur cette

après avoir habile Dieppe qtielqoes années* était retoonié à Paris t il était domirilié, en qualité d^oratorien, à la maison du ruabouiy St-Jacqurs, paroisse de St-Hippoljrte. Il Tivait encore en 1699. Sa mère, Marie Liger, étant derranc vetife, avait reçu du privé conseil de Navarre, en acquit d'une créance que les ressources de r£tat ne pennrtlaienl pas de rembourser, la seigneurie de Voyenne, près de Marie. Les autres filles de Jacques Liger, sieur de Graville, avaient épousé CbarU*s Bicart, conseiller au Parement de Paris, Pierre Catiiscal et Malburin de Lapueniires sieur de Linières. Je ne sais sar quoi se fonde Desmarquest pour faire d*Êlienne Brice on arrière* petit-Ols d'Ango , du côté maternel. Arcb. de la Selne-Inftr. D. 7.

délibération estant venu à Dieppe , il y avoit trouvé un grand nombre d'enrans lesquelz pour leur pauvreté ne pouvoyent estre envoyez es escoles pour estre instruicts et rendus capables des principaux fondcmens de la Toy combien que telle instruction leur Tust grandement nécessaire à cause du traffic de la mer auquel ils estoient employez, sur laquelle demeurant plus souvent les deux ou trois ans entiers sans exercice de religion chrétienne, et venant à périr sur la mer , pouvoyent estre en danger de leur salut. >

Ces considérations le déterminèrent à proposer au P. Paul Metezeau (1), supérieur de la maison de Dieppe, la somme de 12,500 liv. « à condition que les presbtres de TOratoire de Jésus seroient obligez faire Taire au collège , au cas qu'ilz en eussent la conduite, une leçon de philosophie et une de théologie morale brièvement et succinctement à toutes personnes et signamment pour rendre les ecclésiastiques capables d'estre bons presbtres et utiles en leur sainct et sacré ministère , en laquelle théologie morale seroit, entre autres choses, traicté amplemeut de rinstitution des presbtres, de la bonne vie

(1) PauI Mpteie4U , un des premiers compagnons du P. de Bérulle, mort à Calais, en 1632. V. le P. Adolplie Perraud, L'Oratoire de France nux XVU* «f XIX* êlêetes.

exemplaire quMls doivent mener et des vertus qtt'ilz doivent avoir; ensemble de toutes les cérémonies qui se Tont et s'observent en F Église ; davantage fourniroient d'un homme d'entre eux ou d'ailleura dans le collège pour apprendre aux pauvres enfans masles, mendians, orphelins et autres , spécialement les enHans orphelins des maroniers qui vont sur mer tant de Dieppe que du Pollet, à lire, escrire, compter et jecter, sans que pour toutes les dictes instructions , les personnes quMIz fourniroient pussent prendre ni recevoir aucun salaire. •

Le 5 mars 1616, François de Monceaux , viceamiral de France en Normandie , gouverneur de Dieppe, donna aux Oratoriens 150 liv. de rente à charge de faire dire chaque jour aux écoliers, dans leur chapelle, une basse messe pour le repos de l'âme de Hcnri-ie-Grand, pour la prospérité de Louis XIII , d'Anne d'Autriche et de Marie de Médicis. On rappelle dans le contrat de donation que François de Monceaux , ■ par un zèle très-sincère envers le bien public , avoit poursuivi de longtemps et enGn procuré heureusement l'érection d'un collège à Dieppe, pour l'instruction de la jeunesse en toutes sortes de sciences soubz la conduite des PP. de l'Oratoire. •

Cette donatioD est postérieure, eo effet, de deux mois à la concession Taite par la ville da collège à Tonder à la Congrégation de TOratoire. Voici le texte des conventions qui Turent arrêtées le 8 janvier 1616 , entre le P. François Bourgoing , supérieur de la maison de Dieppe et Jean Sores, Guillaume Terrien et Charles Masse, conseillers écbevins modernes, assistés de Nicolas PincDon , Daniel de Gueuteville , Paul Du Bue , conseillers écbevins anciens, et de Nicolas Dablon, lieutenant général au bailliage de Dieppe :

« Considerantz combien Tinstruction de la jeunesse en la piété et bonnes lettres est nécessaire aux villes bien policées, non seulement pour Tentretien de la société civille, mais aussy pour la conservation de T Estât et de la religion catholique et pour un guide très asseuré de notre salut éternel, d*anltaut que les esprits imbus en leur jeunesse de la vertu retiennent ordinairement la teinture de leur première instruction ; et désirant mutuellement , pour Taccroissement de la gloire de Dieu et advancement du bien et utilité publique , pourveoir à la grande et populeuze jeunesse de ceste ville par Testablissement d*un collège en toutes sortes de sciences tant de la théologie et philosophie comme de lettres humaines et arts libéraux, de lire, escrire^

compter et jecter, ayaou pour cest effect lesdicto conseillers » escbevios , obtenu lettres patentes de S. M., en date du moys de décembre 161& (1), veriiDées en la Cour de Parlement , Chambre des comptes et Geuerallité de Rouen, le 10' avril, Ik et 15 may 1615 « ont promis d'entretenir réciproquement les conditions du présent coutract, à scavoir lesdits conseillers escbevins , tant pour eux que pour leurs successeurs et pour tous les aultrcs babitantz de ceste dicte ville présents et advenir, selon le pouvoir à eux donné par TAssemblée faicte en THôtel-Commun d'icelle pour cest effect ledict jour et an , de donner et laisser , donnent et laissent par ces présentes à perpétuité et irrévocablement à ladicte maison des prestres de FOratoire de Notre Seigneur Jésus« Gbrist à Dieppe , ce acceptant et stipuUant pour icelle ledict Père François Bourgoing, rentière

(4) Cet lettres aotortMlent la ville de Dieppe à prendre , sur ses ootiolSy nue sofiiM de 600 liv. par an pour srrrir à reiitrelien de Irob règenU, « lesquels iiislruiroieul graluiieineDl es lettres humuiiies les jeunes enrans de l*une et de Taiilre religion, rpgnicoles et étrangers •, en trois classes : « la premk^rv pour lire, éerire, compter et jecler, la aecoode pour la pliilosopbie, la troisitïuie pour la tliéukifie. » Ces lettres coiisialent que les DiP|)pois avalent depuis longtemps le désir d'établir un collège dans leur ville, que ce Tut à leur supplication et instance que les Oratoriens consentirent à sVn charger. — ArdL de la Seine-lAt ~ àÊémoriaiuQ de la Ckambrê du Comptée»

charge, conduicte, administration et disposition du collège et de tout ce qui despendra d'icelluy , nouvellement érigé , estably et fondé en ceste dicte ville , en partye par le P. Estienne Brice , prestre de ladicte Congrégation , demeurant audict Dieppe, en la maison d'icelle et aussy en partie par l'Hostel-de-Ville dudict Dieppe , et paieront les sommes de 600 liv. de rente annuelle pour la nourriture, entretien et gaiges de trois régens et maistres de trois classes de lettres humaines, à sçavoir de la première, troisième et cinquième et de &0 liv. de rente annuelle de mesme condition pour Tournir, si besoing est, à Tentretien et gaiges du portier dudict collège... , s'obligent de Taire bastir et construire, aux vuides places proches et adjacentes de la maison desdits Pères à eux données à cest efTect par Teu Mg' le cardinal de Joyeuse , ledict collège consistant en six classes ou plus, quand besoing sera, chambres et estudes pour Thabitation des régens scullement..., Tournir pour les trois classes d'humanités par eux fondées de la chandelle en essence autant qu'il en sera nécessaire eu hiver et Tentrctien à perpétuité de deux cierges durant les messes qui seront célébrées par chacun jour en la chapelle dudict collège pour les escoliers et laquelle ilz s'obligent de fournir d'ornements pour une fois

— lis —

seulement De son côté , le P. Bourgoing

s'oblige à Taire Taire lesdictes trois classes par telles personnes qnMl ciioisira et non mariées..., commettra an portier aussi non marié sur lesquels il aura tout esgard et autorité , sans que les conseillers ou leurs successeurs puissent prendre aucun droict ny autorité tant sur lesdicts régens qu'en tout ce qui concernera et despendra dttdict cdlége , et aura tout pouvoir d'examiner les escoliers, lesquelz seront par luy reçeus indifféramment audit collège et enseignez gratuitement, sans qu'il leur puisse estre rien demandé ny exigé tant pour le sallaire des régens et eotrelien des chandelles et classes comme pour choses quelconques..., et promect en outre ledict Père d'eslever et Taire instruire la jeunesse en la piété et aux lettres avec tout le soing, vigilance , discipline et bons règlements qu'il advisera estre propres et nécessaires pour la plus grande gloire de N. S. Jésus-Christ, pour l'advancement de notre saincte religion catholique , apostolique et romaine , pour le salut des âmes et progrez de ladicte jeunesse en la vertu et bonnes mœurs , à l'accroissement du bien et utilité publique ; en outre promect ledict Père Bourgoing , audict nom , d'accomplir la Tondation du Père Brice suivant les clauses et

conditioDS cooleoues au contrat dMcelle. » Vendredi, 8 janvier 1616 (1).

L*ouverture des classes se fit le 10 janvier 1616» par une messe du Saint-Esprit et par des harangues. Asseliue (2) nous apprend qu*un certain nombre de protestants y envoyèrent leurs enrants. Ils en Turent blâmés par les ministres et les anciens , qui , pour prévenir les effets de renseignement de TOratoire , essayèrent , mais sans succès, d'établir une école publique, à Tusage de ceux de leur parti.

Six classes avaient été fondées au collège : une d'écriture et de lecture pour les enfants du peuple , deux de philosophie et de théologie morale par le Père Brice , trois de lettres humaines par THôtel-de-Ville. Jean Yeron, sieur d'Offranville, eu Touda deux autres pour les humanités et les mathématiques : a Aiaut, est-il dit dans le contrat de donation qu'il passa le 27 mai 1616, longtemps désiré par une saincte affection et zèle

(!) D*aprè8 Guibert, M. de Bérulle serait venu à Dieppe au mob d'octobre 1615, pour prendre possession de la maison; il y aurait laissé pour premier supérieur le sieur Jérôme de Bauquemare, arrièrepetit-fils d*Ango» lequel, le 3i du même mois, aurait célébré la preqdère messe dans nne grande salle » du côté du Quai , transformée en chapelle, et qui conserva celte destination jusqu'en 1676. Ms. déposé à la Bibliothèque de Dieppe.

(S) Voir le ms. de cet auteur à la Bibliothèque de Dieppe.

qu'il portoit à radvanoement de la gloire de Dieu, et au bien du public et de sa patrie, veoir uug collège à la ville de Dieppe ou es environs pour riostruction de la jeunesse à la foy, pieté et religion et en toutes sortes de sciences, pré* voiant le grand fruict et utilité que Tinstitution dudict collège apporteroit au public et duquel mesme il avoit jecté les premiers fondemens en la paroisse d'Offran ville..., maintenant qu'il en voyoit les commencements soubz la direction des Pères de TOratoire de Jbèsus-Gbrist, et déjà le fruict seconder ses espérances et ses désirs, pour contribuer de son pouvoir à Tadvancement et perfection d*ung œuvre sy sainct et sy recomman* dable..., il donna à T Hôtel-Commun... 300 liv. de rente payable chacun an à un régent , le plus suffisant que les échevins pourroient trouver, de profession de religion catholique, pour continuellement enseigner la jeunesse et faire la première classe d'humanités oultre les trois premières jà fondées. » Il donna de plus 100 liv. pour une autre classe d'humanités , de mathématiques ou de toute autre science. Enfin , une rente de 200 liv. fut destinée par lui à entretenir de pauvres enfants aux écoles élémentaires , et mise dans ce but à la disposition d'une commission particulière désignée sous le nom é%

Vjéumâne de Monsieur Jean Veran. En 1631 , cette commission , sur la proposition d'un de ses membres, Antoine Fournier, curé de St-Jacques, affecta cette rente à ta fondation d'une seconde classe d'humanités au collège, afin que les élèves ne fussent plus obligés de quitter la ville pour Tacbèvement de leurs études. Cette aflTectation , votée d'abord pour trois ans, fut renouvelée en vertu d'ordonnances successives, pour le moins jusqu'en Tannée 1663.

La classe pour la lecture et l'écriture, à l'usage des enfants du peuple, était tombée antérieurement à i69/i. Celle de théologie, à laquelle Brice avait attaché tant d'importance, n'avait pas subsisté longtemps non plus , et ce fut en vain qu'en 1693, M. Retou, oratorien, curé d'Yèbleron, tenta de la rétablir.

Si l'on en croyait les historiens de la ville de Dieppe , le nombre des élèves aurait été , au XVII* siècle, véritablement prodigieux. < Dès les premières années , dit Cuibert , on y en compta jusqu'à /i,000 , sans y comprendre la classe des enfans qui apprenoient à lire et à écrire. » /i,000 élèves dans une ville de 30,000 âmes, c'est moitié plus que n'en fournissent de nos jours toutes les maisons d'instruction publique du département de la Seine-Inférieure. Cette simple observation

suffit pour faire sentir combien doit être suspecte l^assertioo de Guibert

Ceux qui ont écrit après lui , MM. Yitet et l*abbé Cocher, n'ont fait que rapporter son témoignage, et , par cela même , ne sauraient être cités comme des autorités nouvelles en faveur d*uo chiffre aussi invraisemblable. Nous avons sous les yeux un document positif qui nous renseigne sur la population du collège. Ce point ayant son intérêt pour la comparaison à faire entre Tancien état de choses et l'état actuel , on nous pardonnera d'entrer dans quelques détails.

En 16&2, il s'éleva une contestation entre les échevins et les Oratoriens. Par le contrat de 1616« les premiers s'étaient engagés à faire construire à leurs frais un bâtiment de six classes , six chambres et six études, et comme ils prétendaient se soustraire à rexéculion de leur promesse, l'Oratoire les y avait fait condamner par un arrêt du Conseil d'État de 1639. Trois ans s'écoulèrent sans que la ville voulût rien faire pour le collège. On disputait de part et d'autre, bien que le résultat du débat ne pût être douteux.

Les échevins disaient, dans un mémoire rédigé à cette occasion : « Tl est fort aisé aux personnes de bastir quand les bastiments et le coust d'iceux dépend de leurs bouches et non pas de leurs bourses.

• Chacun sçait et Ton ne peut douter des incommodités où est à présent réduite la communauté de la ville pour les sommes immenses qu'elle a esté et est encore de présent contrainte à payer à S. M. pour Tassister dans la nécessité de ses affaires , ce qui Tempesche de songer à la demande des Pères de TOratoire, chaque bourgeois en son particulier ayant esté obligé d'assister et fournir deniers à ladite communauté , outre plus de 200,000 liv. qu'elle a prins sur la ville en rente tant sur son patrimoine que sur ses deniers d'octroy, pour le payement desquelles sommes les habitants sont journellement arrestés prisonniers, en sorte qu'ils n'ont point mesme de sûreté dans leurs propres maisons.

t Si tant est que le désordre et la nécessité du temps nous réduisent à telles extrémités , quelle apparence aux Pères de l'Oratoire de dcmauder à cette communauté nécessiteuse des bastimens de 10,000 escus, laquelle aymeroit mieus se priver des biens imaginaires que luy apporte le collège qui est plus avantageux pour les horsains que non pas pour les enfans de la ville, estant trèsvéritable que pour un enfant de la ville qui va au collège , il y en a trente de la campagne, qui est un témoignage que ledit collège est plus onéreus que proffitable à ladicte communauté ? >

Les Pères de TOratoire répliquaient ainsi :

• Disent lesdits prêtres que les sieurs écbevins et syndieq n*ont raison de dire quMls àyent traictié en aveugles... veu qu^ils exposent dans le contrat par eux fait en 1616, après avoir reconnu les grands fruits et assistances qu'ils recevaient desdits prestres, les avoir recherchés et priés vouloir prendre la direction du collège qu'ils avoient dessein de fonder pour Finstruction de leurs enfans en la piété et bonnes lettres.

< Sur ce que les sieurs conseillers écbevins et syndieq disent que le collège n'est pas beaucoup utile à la communauté de la ville, il n'y a (à le dire) que ceux qui, pour n'avoir pas étudié, ne sçavent pas estimer combien il est important pour une ville que les enfans soient instruits et que l'ignorance en soit bannie. Il y a 5 à 600 escoUiers, la pluspart enfans de la ville, en espérance d'en avoir davantage quand l'hérésie et les temps calamiteux cesseront. Ils feront réflexion que leurs églises paroissiales, les cures de la campagne, les communautés religieuses , leurs juridictions, les meilleures chaires de France sont remplies de personnes sorties de leur collège.

t EnGn, MM. les conseillers échevins et syndieq se sentiront obligés à faire cette dépense bien volontiers, quand ils voudront faire réflexion que

les prestres de TOratoire ont plas coDtribué à fonder les classes que le corps de ville, mesme, ce qui ne s*est jamais veu ailleurs, que le peu quMIz ont contribué de revenu a esté sans rien débourser ny diminuer de leurs rentes ordinaires. Puis donc qu^ilz ont eu un collée qui ne leur a cousté rien à fonder, au moins doivent-ils bien volontiers faire la despence des bastiments. ■

Desmarquest , dans ses Mémoires chronoltH gigues, porte le nombre des écoliers à il ou 1,200 en 1660. Nous serions assez porté à admettre ce chiffre ; si élevé quMl paraisse à première vue , il cesse d'être invraisemblable quand on le compare à celui que donne Gomboust pour le collège de Rouen, et quand on se rappelle que la seconde moitié du XYir siècle fut une époque de prospérité pour les établissemenls d'instruction , aussi bien que d'éclat pour les arts et pour la littérature. Malheureusement , à Dieppe ainsi qu*à Rouen , cette jeunesse si nombreuse jouissait d'une excessive liberté : elle était turbulente et indisciplinée. Nous avons vu l'envahissement du temple de Quevilly , par les élèves des Jésuites, en 168&. Quelque vingt ans plus tôt, les élèves des Oratoriens s'étaient rendus coupables d'excès plus odieux encore. En haine des ministres qui avaient eu l'imprudence de choisir

Dieppe pour la tenue de leur synode, ils avaient osé déterrer et pendre à une potence le cadavre d'un protestant inhumé depuis deux jours , saccager le temple des religionnaires , Taire un bûcher des meubles qu'ils en avaient enlevés, au risque de mettre le feu à la ville, insulter et poursuivre les ministres dans leur fuite , et , pendant plusieurs jours , résister ouvertement aux exhortations de leurs maîtres et aux ordres du gouverneur.

Je reviens à la contestation de la ville avec rOratoire, pour en faire connaître Fissue. Un arrêt du Conseil d'État condamna les échevins à payer 19,000 liv. en dix ans pour la construction du collège. Un autre arrêt ordonna que, sans avoir égard à des modifications insérées dans un arrêt d'enregistrement , obtenu en leur faveur à la Chambre des Comptes de Normandie , une subvention serait payée purement et simplement au collège sur les deniers d'octroi.

Le cardinal de Joyeuse avait donné aux Oratoriens les vieilles prisons, qui avaient été démembrées du domaine de l'archevêché, en vertu d'un induit apostolique. Elles furent retenues par son successeur, Mg' François de Harlay, d'accord sur ce point avec le chapitre de la cathédrale. Il s'engagea^ à cette occasion, un procès aussi

long que coAteox. En 1630, ao accord fat conclu entre rarcbevèqne et Charies de Condren , supérieur de la Coi^régation de TOratoire. Le prélat céda aux Oratoriens les vieilles prisons , jardins et masures et la vieille salle ruinée, au bout de la Halle aux draps. Les chanoines, mécontents de cette transaction, firent assigner Mg' de Harlay et les Oratoriens; ils reprochèrent au premier de les avoir lésés, en louant par un nombre infini de baux son domaine de Dieppe ; d'avoir dissipé irr^lièrement des biens qui faisaient partie de son temporel, sans leur participation , encore bien qu'ils y eussent un intérêt évident, à cause du droit qu'ils avaient à la dixième partie du revenu intégral. L'archevêque se rangea à leur avis et consentit à faire cause commune avec eux. Le procès, après avoir été porté aux Requêtes du Palais , fut évoqué au Grand-Conseil. Il se termioa par un arrêt qui donna gain de cause aux Pères de l'Oratoire.

Ceux-ci, on l'a vu, s'étaient présentés tout d'abord à Dieppe, moios comme destinés par leur profession à l'enseignement des belles-lettres, que comme des ecclésiastiques dévoués avant tout aux obligations naturelles du ministère clérical. En acceptant la direction du collège, ils ne perdaient pas de vue ce qui était leur objet principal. Ainsi,

en 1616, ils acceptèrent d'Étieone Brice la moitié d*uDe maison, sise à Paris, rue des Prêcheurs, à charge de commettre un prêtre de la communauté avec un frère servant pour l'assister, < lequel presbtre se tiendroit toujours prest pour aller servir les mallades , de telle sorte de maladie qu'ils fussent retenus, réservé de maladie contagieuse^ à telle heure qu'il seroit appelé, excepté seuUement es heures de vespres , prières et offices publics des festes et dimanches, et auroit soing et charge de recommander à Dieu en ses saints sacrifices, prières et dévotions les pauvres malades. > Une rente de 75 liv., à prendre sur les deniers des ventes de bois de la vicomte d'Arqués , avait été affectée dans les premières années du XVIP siècle aux gages d'un chapelain chargé de dire la messe, de faire les exhortations et le catéchisme aux prisonniers de la Tour-Couronnée de Dieppe. Une chapelle y avait été construite, et pendant plusieurs années, Etienne Brice en avait été chargé. Ce furent, sans doute, les services que ce Père eut l'occasion de rendre qui donnèrent la pensée de confier cette chapelle aux soins des Oratoriens. Mais, pendant qu'elle leur était donnée par le Bureau des Finances de Rouen , elle était mise par la Chambre des Comptes de Normandie à la disposition des conseillers de la ville. Un arrêt

du Conseil trancha le conflit ; la décision du Bureau des Finances fut confirmée, à la requête des prisonniers eux-mêmes qui réclamaient, pour chapelain, un prêtre qui serait nommé par André Tod , curé de St-Jacques de Dieppe , et par ses successeurs , supérieurs de T Oratoire.

En 1694 , le collège fut réduit en cendres par les bombes des Anglais et des Hollandais. Le P. François Toyssonier fut le seul oratorien qui resta dans la ville pendant le bombardement. Après le désastre , il s'occupa activement de la reconstruction du collège et acquit dans ce but de l'archevêque, Mg' Colbert, la maison de la Vicomte qui était contiguë à la chapelle.

Les Oratoriens avaient fait de leur ferme d'Appeville une sorte de maison de plaisance et de récréation. On les voit retenir , dans un bail , « que le fermier fournira toutes les fois que la communauté viendra à la campagne un plat de crème , un cheval pour venir prendre le dîner et le souper et rapporter les vaisselles et ustensiles, et qu'il aura de plus à payer les frais de la rivière. »

Vers le milieu du XYllI® siècle, il y avait au collège douze régents, un frère et un domestique. Les revenus annuels de cet établissement s'élevaient à 4,118 liv., en y comprenant 640 liv.

d^honoraires fournis par la ville , 2/i9 tiv. 15 s. ponr entrée des écoliers (ce qui fait supposer, de la part de chaque écolier, une rétribution très-modique ) et /iOO liv. de gratifications accordées par le Roi. Les charges atteignaient le chiffre de /i,9&9 liv.

Quant à la discipline intérieure , en ce qui concernait les classes, les Oratoriens étaient soumis, du moins dans une certaine mesure, à Tautorité de THôtel-de-Ville. Un jour, le supérieur s'étant cru permis de donner un congé sur la demande des juges consuls, les échevins virent dans ce Tait une entreprise sur leurs droits , et rendirent, sur le réquisitoire du procureur du Roi , une sentence qui déclarait cette permission illégale et défendait qu'il en fût à Ta venir accordé dépareilles (1).

(i) Au collège de Dieppe , comme à ceux de Rouen et d*Eu , les distributions de prix étaient accompagnées de pièces de théâtre et d'exercices académiques. — V. « Exercice académique sur la rétorique et la poésie Trançoise, par MM. les Rétoriciens du collège royal de Dieppe, dédié à M. de La Rochefoucauld , archevêque de Rouen , le 4 2 mars 4760. Dans la salle des Actes des PP. de TOratoire. — Dieppe, Dubuc, 1760. > BibL de Rouen, U. 1286 , t* IV. — Liste des supérieurs de rOratoire de Dieppe: François Bourgoing, 1614-1616 (François Bourgoing fut supérieur de la Congrégation après les PP. de Bérulle et de Condren ; mort le 28 octobre 1662 ) ; — Jean-Baptiste Le Loué , 1618-1619 ; — Jean Martin , 1621 ; — Jean Baptiste Le Loué, 1628 1624 (il était, en 1636, supérieur de la maison de Boulogne) ; ->

Page 1