‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 13 sur 20 · IM · texte numérisé non relu

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Sur Qi second plan fîMKit les coltéges d'Aumale , de Goomay , d*Aodely , da Hatre et de Gisors.

Collège d'ÀutÊuUe. ^ Le même esprit de prosélytisme religieux auquel fut due la cjréatioo des collèges de Roueo , d*Eu et de Dieppe , présida à la foDdatioD du collège d^Aumale. Ce fut Tœuvre d'un illustre prince. Chartes de Lorraine, et d'un saint ecclésiastique, Jacques Gallemant.

▲•dfé Tod, airè et SI-vJm^ms^ Uicppe* ooemi par plasiears écrits, t«25; — MaUûea et Cfiea, I634-1636 :fib aine de llathiea de Clieu, capiianie pour le roi en la oMnoe); — Jaoqucs Hérier, 1638- 46^0 : F. Sallet , I6U-I6A3; - GaUlavae Boaime, I6&9 ; — Aleilt Deshajcs , 1651 ; — Nicolas Haseaa, i65M655 ; — Fournier, 4658 ; ^Pierre Paulinier, 1660 ; ~ Jean-BapUsIe Simoo, 166M664; — Pierre Roossd de La Coquerie, 1667 ; — François Le Chartier, 1675 , ^Pierre Boillot, 1686-1681 ; — Raosey, 168S ;— Jacques Fresneau, 1689>1692; —François Tojsonnier, I69M698 ; — Micbel Gouin , 1699 ; ~ François ToTsooier , 1763 ; — Thibaut, f 707 ; — Pierre Richer de Siint-Pierre , 1706-1711 ; — Etienne Renou , 1721 172il ; — Nicolas de Fumichon, 1727-1731; — Jean-Baptiste Lecordier, 1738; —Pierre Ronsaelet, 17A0; — Jean-Baptiste-Ferdinand Lamyrault , 1741 ; — Christoplie Delaone, 1745 ; — Jacques Coma, 1747-1752; — Clande-Charles-Joaepli Nan, 1752-1761; — Aleiandre-Henri Le Gros, 1761-1767 ; — Lonis^oillaume Olirier, 1768^1770; — Joseph Arnaud, 1771 ; — Simon Le Bacq, 1777; — Philippe-Etienne Delorme, 1780-1788; - Qaude-XaTîer Willaume, 1784-1785 ; — Jacquca-Sîmon Le Bacq, 1786-1787 ; — Fnnçois^oseph Monier, 1787-1789 ; — François Jndenne, 1792. Consnltcr pour l'hisL du colley de Dieppe les Arcfa. de la Seine-Inf., D, 1 et suiT., et Dcsmarquest , Hànoires ehronohgiqmm pour tenir i Ckigtoire de Diêfp9, !• II, p. 106 et suif.

Jacques Gallemant, dont on a écrit deux Tois la Vie^ est surtout connu par la part qu*il prit à rétablissement des Carmélites et des Ursulines en France. Successivement vicaire-général des cardinaux de Bourbon et de Joyeuse , lié avec le cardinal de BéruUe, avec saint François de Sales, estimé comme théologien, recherché comme orateur , très-pénétré de Timportance de renseignement à tous ses degrés , il fut un de ceux qui contribuèrent le plus efficacement à la réforme des mœurs non-seulement dans le diocèse de Rouen , mais en France , après Tapaisement des discordes civiles, sous le règne réparateur de Henri lY. Il mourut à Besançon en 1630 , âgé de 72 ans. Sa modestie lui avait fait refuser Tévéché de Seulis. Dès 16ii , il avait abandonné sa cure d'Aumale , qui avait été donnée à Louis Gallon, son ami (t).

Par contrat en date du 27 mai 1595, Pierre Hinselin, sieur de Lincourt , intendant des maison et finances de Charles de Lorraine, duc d'Aumale^ comme procureur dudit seigneur , donna en pur et irrévocable don à maître Jacques Gallemant, docteur en théologie et curé de la

(i) La VU du PénérabU prettre de J,'C, , M, Jacquet GtUlemantf par Placide Gallemant.

Tille accepCasl , ea i|valilé ëe priacipal , et à ses UÊCcemtmrSj 100 L L ëe reste, 100 rames de blé SOT b Pmletu H raeswe d*AiuBale, et le refeea îDlégral de b raabdrerie de Si-Lazare, à charge de nourrir les léprem, s*Q s^en préseotail , el d^enlretenr la chapelle (1).

Le bot do collège était rinsImctioD des ecclériastiques et de la jeunesse do doché et autres lieox drcooToisins. Le principal devait être homme d'église, gradué en la Faculté de théologie de Paris , pour le moins bachelier. — « 11 devait entretenir trois maîtres ès-arts qui enseigneraient la grammaire et la rhétorique sans rien recevoir, comme prix de leurs leçons , que ce qui leur serait offert de bonne volonté ; — lui-même ne pourrait exiger des écoliers logés au-dessus de 5 s* par mois, si ce n*est de quelques-uns qui seraient installés dans les chambres du principal et des régens pour être plus particulièrement enseignés* On suivrait , du reste , pour Texercice les règlements des collèges de Paris Le principal fournirait au portier , pour ses gages , un boisseau de blé et 10 s. d'argent tous les quinze jours; il ferait dire deux messes par semaine et chanter tous les jours le Salve Regina pour le

j) vu de GaiUmant , par TabW Trtwi.

fondatear, son épouse et ses enraots. Les écoliers seraient tenus d'y assister. Le choix du principal, après la mort de Gallemant, appartiendrait à ta ville , mais la nomination ne serait valable qn*à la condition d*ètre ratifiée par le duc d*Aumale (1). >

Placide Gallemant , dans la Vie qu*il a écrite de son oncle Jacques Gallemant , signale comme une des raisons qui déterminèrent la création de ce collège , le désir de combler, autant quMl était possible, le vide causé dans renseignement par Texpulsion des Jésuites à la suite de Tattentat de Cbatel. Il le représente, sous le principalat de Gallemant, comme un établissement florissant, où les élèves abondèrent pendant plusieurs années , de Rouen , de Paris et de plusieurs autres grandes villes. Ce succès dut cesser lorsque les Jésuites , étant rentrés en grâce , eurent repris possession de leurs collèges. On nous saura gré, nous Tespérons, de reproduire ici , dans son texte coloré, le passage de la Fie de Jacques Gallemant^ qui est relatif au collège d'Aumale :

• Tant que les collèges de la Coippagnie de Jésus , Turent ouverts à Rouen et aux autres villes voisines , Jacques Gallemant y Taisoit envoyer la

(i) Arch. de la Seine-Inr. D. 825.

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jeunesse après une légère teinture des principes de la grammaire , pour ce qu'il les regardoit comme de belles fontaines où se puisoyent les eaux de la vraie sagesse. Mais ayant esté Termez sur la fin de Tannée 159& , en une malheureuse conjoncture , il en fonda un tout semblable dans sa ville; plusieurs des siens concurrants à ce bon œuvre, signamment M. Louis Gallon qui donna sa maison pour cet effet. Quatre régents choisis dans des lumières divines, sçavans et gens de bien, vivoient avec une discipline admirable sous la sainte conduite de notre vénérable docteur qui estoit heureusement pour eux leur principal, leur père et leur directeur.

« On sçeut à Paris et à Rouen , et en d'autres villes quMl y avoit à Aumale une sainte cscole où Ton enseignoit avec une merveilleuse réussie les lettres humaines et la science des saints , et comme si elle cusl eu des chaisnes et des charmes sacrez, elle attiroit de ces grandes villes sur les bancs des enrants de leurs premières ramilles pour les rendre sçavans et vertueux. M. de Brétigny , qui 9 eu bonne part à l'établissement des Carmélites en France, s'y rangea qu'il n'avoit guère moins de quarante ans ; et s'estant Tait escolier de ce bon maistre , il entra dans une sainte communion de sa science et de ses pra-

tiques relevées de sainteté. Enfin , de ce collège, comme d*un séminaire apostolique, sont sortis quantité de jeunes hommes fondez aux lettres et en la vertu qui, remplissant puis après les cures du pais , y ont semé les premières ferveurs du christianisme , sous les influences de leur saint maistre. >

Jacques Gallemant n*était pas étranger à renseignement quand il se vit chargé de la direction du collège d'Aumale : avant de devenir curé de cette ville en 159& , il avait enseigné la rhétorique à Beauvais.

Après lui, le collège Tut maintenu et il a duré jusqu'à la Révolution. Mais il n'eut d'autre période brillante que celle de ses débuts.

La donation d'une rente sur la Palette ayant été révoquée, les magistrats et officiers de la justice d'Aumale, maire, échevins et procureursyndic, consentirent à continuer aux régents 100 liv. par an comme gratification, et au principal, 2 arpens de bois aux ventes de Boissel. On voit, par les visites pastorales de Mg' d'Aubigné, qu'en 1716, les biens du collège étaient administrés par un bourgeois d'Aumale ; qu'il n'y avait plus que deux régents recevant, l'un 250 liv. , l'autre 150 liv. (1). Vers la fin du XVIIP siècle

(1) Arcb. de li Seine-Inf. G. 7A0.

un Bureau d*admiDistratioD fut créé ; il se composait d*un ecclésiastique nommé par Tarcbevèque ; de deux notables et d*un secrétaire nommé par les officiers de la ville ; ils s'occupaient des affaires du collège et tenaient registre des délibérations qu'ils prenaient à ce sujet (i).

Collège de Gournay. — De temps immémorial, il existait à Gournay des écoles confiées à la direction des chanoines de la collégiale. Elles étaient en décadence , sinon complètement abolies, lorsque en 1600, Marian deMartinboz, se conformant au VŒU exprimé par les États de la province , qu'il y eût dans chaque église collégiale et cathédrale un précepteur prébende , se démit en Taveur de ces écoles de la prébende qu'il possédait comme chanoine de St-Hildevert de Gournay. Il était originaire de cette ville , chancelier de la cîithédrale de Rouen, et en cette qualité chargé d'une sorte d'autorité sur toutes les écoles du diocèse. Il n'y avait donc rien de plus naturel que l'intérêt qu'il prit à la restauration de l'enseignement à Gournay. D'ailleurs, son double titre de conseiller au Parlement et de vicaire-général du cardinal

(i) Cf., poor rhisloire du collège d'Âumale, les Arch. de la Seine- InC D. S25; les Arch. municipales d'Aumale; VHUtoire d*âumale, de M. Semidioo.

de Bourbon lai procura le moyen de Taire confirmer, sans diflScnlté, l*aflectaUon qu'il fit des revenus de sa prébende à un établissement d*instruction publique. La princesse Marie de Bourbon nomma le premier principal, par acte du 25 mars i 600. Marcien Marcadé, officier de TÉlection , donna une maison où le collège fut établi et qu'il avait achetée à cette intention ; un de ses collègues, Nicolas Malheue ajouta 150 liv. de rente au revenu de la prébende préceptoriale, à condition que le principal serait gradué ou pour le moins maître es arts dans une Taculté du royaume. En 1660 , la Tameuse duchesse de Longueville destina la première prébende vacante de la collégiale à Taugmentation du traitement du régent, et nomma à cette place Charles Malheue , curé de Dampierre , à charge par lui et ses successeurs d'instruire la jeunesse à la piété, à la grammaire et aux humanités, et de chanter avec ses écoliers tous les samedis , sur les li ou 5 heures du soir , un salut dans la ncr de Féglise collégiale. Pendant quelque temps , ce collège se soutint assez bien. Mais il n'en fut pas de même lorsque les Bénédictins de St-Germer, monastère situé à une lieue de Gournay , se Turent consacrés à l'instruction de la jeunesse. Leur collège réussit si bien que celui de Gournay Tut à peu

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près complètement abandonné. Il se releva cependant quelques années ayant la Révolution (1).

Collège (CÀndely. — Ce collège date de la fin du XVII* siècle. Il fut fondé en 168& , au Grand- Andely, dans une maison vulgairement appelée la Grande Maison de Rouen ^ appartenant à la fabrique de Notre-Dame et située près de celte église. Sa dotation consistait dans le flef du Veneur assis à Forêt , lequel avait été acheté avec les fonds fournis par Gabriel Le Prévost , docteur en médecine, lieutenant de FÉlection, et par M. Roland Duval, sieur de Viennois, avocat au Parlement de Rouen. Aux termes du contrat de fondation, on devait enseigner gratuitement les principes de la foi catholique, les langues grecque et latine tant en prose qu'en vers , et la manière de bien lire et écrire. Les vacances étaient

(i) • Le collège de St-Germer, écrifuit, le 7 sepL 1771, M. Paterelle, subdélégué de Gournay, à M. de Crosne, intendant, est le seul collège du canton. Les élèves y sont très-bien instruits en tout genre, et on y a autant de soin du corps que de l'esprit. J'en parle sans intérêt , n'étant plus dans le cas d'y faire élever mes enfants, dont le dernier va faire sa troisième innée de théologie à Paria. »— V. Arch. de la Seinc-Inf. , C. 910. » Cf., pour Thistoire de ce collège, les Aicb. municipales de Gournay ; la Description de la HoHte'Normandie, de D. Toussaint Doplessis ; V Histoire de Gournay ^ de M. Potin de La Mairie.

fixées à un mois, du 7 septembre au 10 octobre de chaque année. Les maîtres ou régents , au nombre de trois , tous ecclésiastiques , étaient à la nomination de Tarcbevéque; mais la présentation en était attribuée à Gabriel Le Prévost pendant sa vie, ensuite à Roland Duval, après celui-ci au doyen d*AndeIy , au plus ancien en réception des vicaires perpétuels de la coll^iale et au curé de Guiscniers. Ce dernier , après son décès, devait être remplacé par le plus proche parent de Gabriel Le Prévost , par le plus proche parent de Roland Duval , à condition qu'ils résidassent ù Andely , et par le premier trésorier en charge de la collégiale. Quand il y avait un régent à remplacer^ les nominatcurs devaient être avertis, par une publication faite au prône de la messe paroissiale à jour de dimanche, de se trouver au collège à la quinzaine suivante pour procéder à la nomination ; ils devaient s'assembler une fois par an , et députer un ecclésiastique pour faire la visite des classes. On avait pris modèle, pour le règlement de cet établissement, sur le collège de Rouen. Les élèves étaient dans Tobligation de se confesser une ou deux fois le mois et d'assister à une messe fondée par M. Duval. Ce ne fut pas sans peine qu*on arriva à oi^aniser ce collège, par suite, sans doute, des distinctions à observer

entre les présentateurs. Il ne fat jamais très-rréquenté et ne parait pas avoir en une bien longue durée. Il avait compté dès le début une centaine d'élèves. Quelques années après, la première classe était tombée de soixante à quatre (1). Dans sa Description de ta Haute-Normandie , D. Toussaints Duplessis en parlait en ces termes, en 17&0 : c II y a dans ce coll^ trois régents, deux pour les langues latine et grecque et le troisième pour apprendre à lire et à écrire et les premiers éléments de la langue latine. Le sieur Le Prévost, mort le 23 juillet 169&, est inhumé dans la chapelle de St-Glair, au bas de Téglise collégiale (2). >

Collège de Caudebec. — Il y eut assez anciennement des écoles à Caudebec (3) , et ce Tut là sans doute que Thomas Basin reçut les premiers éléments de Tinstruction. Elles firent place à un établissement d'un ordre plus élevé à la fin du XYI^ siècle. Les habitants avaient obtenu du roi Henri III des lettres-patentes qui limi-

(1) Arch. de la Seine-Inr. — Fonds de rarchevéché. A. 5, C. 0.

(2) T. II» p* 220. En illk , Élienne-FrançoU Dufal, pendant quelque temps curé de Sl-VIvien de Rouen , était régent au collège d'Aodely. La chapelle du Veneur avait été unie à ce collège en 1701.*— Arth. de la Seine-Inf. Fonds de rarchevéché.

(8) ArchiTes de la Tille de Caudebec AA.

taicnt leur taille à 250 liv. à lever par rorme d'impôt , à raison de 6 d. pour chaque boisseau de sel qui serait vendu au grenier de la ville. Le restant de la taille, évalué à 13/( liv., leur était laissé à charge de remployer à Tentretien d*un collège et au paiement de précepteurs. Les guerres civiles dont la Normandie Tut agitée et dont Caudebec, en particulier, eut cruellement à souffrir, empêchèrent les écbevins de donner suite à leur projet. En 1586, ils firent de nouvelles démarches auprès de Henri 111 et le supplièrent de leur confirmer la Taveur qui leur avait été précédemment accordée « en considération des grands Trais et dépenses quMls avoient supportez, n*ayant épargné leurs vies ne leurs biens , mesmement lorsque ceulx qui s'estoient élevez contre le roy tenoient contre son autorité les villes de Rouen et du Havre de Grâce, où ils empeschoient plusieurs fois le secours des vivres, munitions et gens de guerre que les rebelles envoioient à Rouen, qui ne servit pas peu à la prise et réduction de la ville en son obéissance. » Le roi leur accorda ce quMls demandaient ; les lettres-patentes furent enregistrées à la Chambre des Comptes de Normandie, le i9 mai 1588 (1).

(i) Les leilres-patentei portent la date de St-Maur-des-Fossés » juio 1580.— Arch. de la Sein»>lDC Fonds de II Chambre des Comptes, Mémoriittx, registre 0, i^ cix ?*•

Il est probable qoe le collège fut ouvert très-peu de temps après Tobtention de ces lettres. Ce qui est certain , c'est quMl y avait à Caudebec un établissement d'instruction publique dès les premières années du XYIP siècle. Au mois d'août 1615 , Louis XIII , avant de se rendre en Guyenne , ayant ordonné de mettre en défense toutes les places de la province de Normandie , les habitants de cette ville s'empressèrent de réparer leurs fortiGcations et de murer « la porte allant du collège dans les fossés (1). > La même année , la requête suivante était adressée au bailli de Caux et aux officiers du roi au siège de Caudebec :

• Supplie humblement Guillaume Gourneau, presbtre , licencié en droit canon et docteur es arts de l'Université de Paris, disant que par cydevant il auroit été élu précepteur au collège de ce lieu, en suite de quoy il auroit rendu 'quelques debvoirsen l'instruction de la jeunesse de la ville et lieux circonvoisins , dont il seroyt party pour aller en la ville de Paris Taire d'autres études soubs la promesse à luy faite , toutesfois , par vous... que, la place et le lieu dudit collège venant

(1) Arch. de la ville de Caudebec Délib. Note communiquée par M. rabbé Sauvage.

à vaquer, il serait préféré à tous autres, ce qu*estant arrivé , à raison du dcccds de M* Nicolas Duclatot , il vous plaise suivant ladite promesse admettre et recepvoir ledit suppliant , et vous Tobligerez à prier Dieu pour votre prospérité* Signé: Cb. Gourneau. t

Le samedi 12 décembre suivant , Gourneau fut reçu f précepteur pour l'instruction de la jeunesse suivant qu'il étoit porté par les lettres du roy, pour jouir par icellui... de la maison du collège aux gaiges attribuez à lui... à charge. .. d'exercer ladite chaîne personnellement. »

Vers 1G50 , on mentionne dans les registres de délibérations de cette ville l'obligation pour le régent du collège d'apprendre aux élèves la langue latine et la langue grecque (1).

Collège de Pantoise. — Le point de départ du collège de Pontoise est cette ordonnance d'Orléans de 1560, dont nous avons eu l'occasion de rappeler les dispositions relatives à l'enseignement. Quelques années après, Jean-Ântoine Le Gros, abbé de Saint-Martin, légua, par testament du 2 janvier 1556, une rente de 60 liv. pour le précepteur qui serait établi à Pontoise. Les échevins deman-

(i) Arcfa. de la fille de Caudebec Délib. Note communiquée par lf.rabbéSanfage.

dèrcDt que, conrormémcnt i Tordonnance, le revenu d'une prébende de la collégiale de St- Mellon fût affecté à ses gages. Les chanoines s'en défendirent en alliant un arrêt du Conseil Privé du 1*' août 1566, lequel interprétant Fordonnance d'Orléans avait décidé que cette mesure ne serait applicable que dans les églises cathé* drales ou collégiales où il y aurait douze prébendes de 600 liv. de revenu pour le moins , et dans le cas où il n'y aurait pas d'autre fondation en faveur d'un précepteur. Or, il y avait à Pontoise la fondation de l'abbé Antoine Le Gros, fondation bien insuflBsante, il est vrai , et d'ailleurs la collégiale ne comptait que huit prébendes.

Il s'engagea à ce sujet un long procès ; la ville fut soutenue par les oflQciers du bailliage de Senlis, et les chanoines par le Conseil Privé. Ceux-ci conservèrent leur prébende, mais ils furent contraints de continuer au précepteur une rente de 60 liv., qu'ils avaient d'abord proposée afin d'éviter le procès, et ils virent attribuer aux officiers municipaux le droit qu'ils avaient d'abord revendiqué de nommer aux places de principal et de régent.

Le collège fut établi par le duc de Mayenne dans une maison qui avait été confisquée sur un protestant pendant les guerres de la Ligue. Le

cardinal de Bourbon , le fondateur du collège de Rouen , unit à cet établissement , par lettres du 29 avril 1572, la chapelle d'Ivry-le-Temple dont se démit Hercule Castilliart , nommé principal du collège ; et, en 1601, Henri lY en compléta la dotation en lui donnant la maladrerie du faubourg de TAumône. Les régents , au nombre de cinq, y compris le principal , formaient alors une sorte d'association avec la Confrérie aux Clercs qui, depuis longtemps, avait fondé une école gratuite et charitable sous le nom de séminaire ; ils étaient payés par les bourgeois de Pontoise. A ceux-ci était réservée Tadministration des biens, à charge d'en rendre compte chaque année au Vicaire.

Au mois de février 160&, les Jésuites obtinrent des lettres-patentes qui leur permettaient de s'établir à Pontoise et de s'y adonner à Tinstruction de la jeunesse. Ils se flattaient de l'espoir que le collège leur serait confié ; mais ils furent trompés dans leur attente , par suite de l'opposition de l'Université de Paris. Tout ce que put faire pour eux leur puissant protecteur , le cardinal de Joyeuse, en même temps qu'archevêque de Rouen, engagiste du domaine de Pontoise , ce fut de les faire autoriser à établir dans cette ville une maison de résidence.

Ce collée , après avoir été assez florissant

pendant pins d*nn demi-aède, Taillit tomber, lorsqn'en 1672 le roi Tent privé de la maladrerie de r Anmône et de la chapelle d*lTry-le-Temp1e, qni furent nnies à TOrdre de St-Lazare. Les Jésuites crurent le moment favorable pour tenter de nouvelles démarches a6n d*obtenir la direction de cet établissement chancelant ; ils demandèrent, en même temps, qu'on leur abandonnât les fonds de la Confrérie aux Clercs , dont une partie serait réservée pour la coll^iale de St -Mellon, à condition qu'elle prit rengagement d'acquitter les messes de fondation dont cette confrérie était chargée (1675).

Ce fut quelques années après que fut adressé à Tarchevéque de Rouen un mémoire manuscrit, conservé aux archives de la Seine-Inférieure, où Ton combat le plan proposé par les Jésuites. Nous croyons intéressant d'en transcrire ici quelques passages :

c Le collège de Pontoise est fort ancien. Il a commencé par la libéralité des habitants qui , de temps en temps , y ont donné quelque chose et faict de petites fondations; et enGn la maladrerie de l'Aumône et la chapelle d'Ivry-le-Temple y ont esté joints. Dans la dernière réunion des maladreries à l'ordre des chevaliers de Montcarmel, elles y ont été réunies, de sorte qu'il ne

reste que 5 ou 600 liv« de revenu audit collège avec son bâtiment.

t Les escheifins de la ville en sont les gouverneurs et administrateurs , ils disposent de Testablissement et destitution des régents à leur volonté, après toutefois en avoir délibéré avec le corps de ville.

f Pendant que le collège jouissoit de tout son bien , il y avoit un principal , quatre régents , un maître d*écriture et un portier. Mais , depuis cette distraction de la maladrerie, il a presque esté sans exercice.

f Mais les habitans connoissant le préjudice que cela Taisoit à leurs familles ont pris soin de reslablir Texercice, de sorte qu*U y a à présent trois régents. • Uauteur du mémoire parle ensuite des efforts faits par les Jésuites pour s'approprier le collège et pour y faire réunir , à leur proGt , le revenu de la Confrérie aux Clercs qu'il évalue à 1,000 écus environ. 11 pense que ces religieux ne pourront réussir, ■ parce que rUniversité, qui prétend qu'ils ne doivent régenter qu'à plus de 20 lieues de Paris, s'y est toujours opposée, même Messieurs de Sorbonne. > 11 conclut en demandant que les revenus de la confrérie soient réunis au séminaire, en recommandant à l'archevêque , pour assurer la réussite

de Taflaire , de ménager les esprits , surtout ceux des principaux officiers et des ecclésiastiques chefs de la confrérie.

Ce projet ne réussit pas mieux que l'autre ; on laissa à la Confrérie aux Clercs ses revenus, et au collège son organisation primitive. En 1688, Nicolas Poullet, maître des comptes à Paris, donna à la confrérie une somme de 10,000 liv. à employer en rente, à condition quMl y aurait quatre régents au lieu de trois , que tous seraient choisis parmi les confrères, que leur enseignement fût gratuit et qu'on leur attribuât des gages suffisants. Dans les dernières années du XYII* siècle^ on rendit au collège les trois quarts de la maladrerie de TAumône et la chapelle d'Ivry , et dès lors son existence fut assurée (1). Dans sa Description de la Hauie^Normandie, Dom Toussaints Dnplessis écrivait, en 17&0 , au sujet de ce collège : • Rien ne lui manque à présent qu'un peu plus d'aisance pour en former une des meilleures écoles de la province. Il a toutes les basses classes jusqu'à la rhétorique inclusivement, et des régents pour chacune, excepté la 5* et la A*, qui sont réunies en une seule. La chapelle de

(i) Ardu de la Seine-lot Fonds de PircheTèchè. — En 1710, Mg' d*Aubigné, dans le cours de ses Tisites pastorales, visita le collège de Pontoise. Le principal était alors Jacques Calbrie.

ce collège est sous le nom de St-Nicolas (1). »

Collège de Gùors. — Ce collège fut dû à la GoDfrèrie de Notre-Dame , érigée très-anciennement en Tèglise paroissiale de Gisors , et qui était administrée par le curé et douze des plus notables habitants.

Il fut réorganisé, sinon fondé, au commencement du XYIIP siècle , sur le modèle du collège de Yernon. La ville , composée alors de 600 feux tout au plus, se trouvant à court d'argent, s'avisa pour faire les fonds nécessaires à renseignement public, d*un expédient qui pourra paraître assez singulier. Elle fit supprimer la charge de bourreau près le bailliage et attribuer les gages qui y étaient attachés au principal, à charge à celui-ci de faire venir à ses frais des villes voisines un exécuteur des hautes-œuvres, lorsque les circonstances Texigeraient (2).

Voici ce qu'on trouve sur ce collège dans un mémoire adressé à la Chambre du Clergé du diocèse de Rouen, en 1762.

« La confrérie a toujours employé son revenu à Tentretien d'un petit collège et à l'acquit de

(2) M. Charpilion, Gisort et ion canton, 4867, p. 79.

quelques fondations à sa charge. Mais ce collège , faute de bastiments et de maistres suffisans, étoit mal tenu... Depuis environ 18 ans , il a pris une assez bonne forme pour une petite ville. > L.es revenus étaient de 2,361 liv., à savoir 800 liv. de fermage, 735 liv. en rentes sur le roi et sur des particuliers, 360 liv. de la contribution du Bureau des Renfermés, liOO liv. payés par les écoliers aisés, à raison de kO s. par mois ; on ne demandait rien aux écoliers pauvres. Les charges étaient de 2,35/i liv. ainsi réparties : au curé , 8 liv. 10 s. ; au principal , qui avait droit de tenir pension, pour ses messes et sa principauté, 266 liv. ; au premier régent, pour ses messes, sa sous-priucipalité et sa classe, 525 liv. ; au second régent laïque, 300 liv. ; au troisième régent laïque , 300 liv. ; au préfet des études, laïque, 300 liv. ; au portier, ÛO liv.; pour prix à la fin de Tannée et fournitures de livres aux pauvres écoliers, kO liv.; pour rente hypothécaire aux Ânnonciades , 120 liv. ; pour les réparations de la chapelle, 80 liv. ; pour Tentretien de la chambre des études et des classes, 200 liv. ; pour Tentreticn des meubles des chambres des trois régents et du préfet , 25 liv. ; pour les réparations ordinaires de tous les bâtiments du collège, 120 liv. On convenait que les AO s. par

mois des écoliers excédaient quelquefois les /iOO liv. indiquées dans Tétat des revenus ; et Ton exprimait Tespoir de pouvoir augmenter les gages des régents laïques et du préret, c qui avoieut peine à vivre dans une ville oii tout étoit cher à cause de la proximité de Paris (1). •

On peut conjecturer, diaprés le produit de la rétribution scolaire, que le nombre des écoliers du collège de Gisors devait être de 25 à 30, vers le milieu du XYIII^ siècle.

Nous avons trouvé dans un titre de propriété le nom de Jean-Baptiste Couppé, prêtre, principal du collège de Gisors en 1725. En 17&&, il fut question d'abandonner cet établissement à un laïque , père de Tamille , qui Tadministrerait à ses risques et périls. Le curé s'était montré assez porté pour ce projet , où il ne voyait qu'avantage pour la ville. Mais il n'en fut pas de même de M. d'Hostcl , procureur du roi à Gisors. A ses yeux , l'innovation qu'on proposait était pleine de dangers et était de nature à exciter la défiance de l'autorité ecclésiastique, c Nos délibérations, écrivait" il à ce sujet, ont toujours eu pour but une subordination entière dans le collège, in capiie et in tnembris, envers Mg' Tarcbevesque ou

(i) Arcb. de la Seine-Inr. Fonds de la Chambre du Clergé.

Mil. ses grands-Tictires et archidiacres. Od ne doit souffrir l*étal>lisseincot d*aacoD corps qui ne recoDDoistroit aocons sopérieors oi visiteurs ; et un maistre de pension, acquéreur de ces t)aslimens, se regarderoit comme un indépendant et ne répondroit à personne de la conduite intérieure de sa pension qui seroit réputée pour lors une tnaison privée. » Cet avis remporta ; on ne donna pas suite au projet.

L^ collège de Gisors , reconstruit peu de temps avant illik, était situé près de relise, sur les bords de TEpte et passait alors pour assez beau et assez régulier (1).

Collège du Havre. — Nous avons peu de reuseigoemcDts sur le collège du Havre. Des lettrespatentes du & octobre 1579 , entérinées à la Chambre des Comptes de Paris , le 23 du même mois, avaient autorisé la ville à prélever sur ses deniers d'octroi une somme de 200 liv., destinée à la location d'une classe et au traitement d'un professeur. Jusqu'alors, les enfants étaient obligés d'aller chercher le bienfait de Tinstruction dans deux villes voisines, bien déchues aujourd'hui , Montivilliers et Harfleur. Cet établissement , en

ri) Arcb. de U Seioe-InC Fonds de rarchcTtehé.

supposant qu'il ait été réalisé, ne put avoir qu'une existence précaire jusqu'à la fin du XYI® siècle , par suite de la pénurie des finances municipales, et des troubles occasionnés dans la Haute-Normandie par les guerres de religion.

Le véritable fondateur du collège Tut un ecclésiastique , Michel Petit , curé d'Heuqueville et doyen de St-Romain.

Le 11 décembre 1599, il donna par testament t une maison rue Beauverger , à cellui ou ceux qui seroient commis pour instruire la jeunesse en la ville de Grâce , pour servir de collège ou école, à charge par le principal ou régent de s'acheminer, chaque jour, de 11 heures à midi , en Téglise Notre-Dame accompagné de ses condisciples et élèves pour y dire avec eux , devant l'image du Christ, à l'intention du fondateur, Domine^ secundum avec le verset Peccavimus , oraisons , etc. Itenij devant la Vierge , De pro-

fundis » Celte donation fut acceptée, le 7 avril

1601 , dans une assemblée générale des échevins, notables et bourgeois, présidée par M. Jacques Martel , curé de Notre-Dame. Il fut décidé que la nomination du principal ou régent appartiendrait à Martin Petit , frère du donateur , et après son décès , au Conseil général de la ville et que chaque année , le 11 décembre , anniversaire de la fon-

dation, il serait célébré en Téglise Notre-Dame, en présence de tous les élèves , un service pour le repos de Tâme de Michel Petit, curé d*Heuqueville (1). Nonobstant les termes de Tacte d'acceptation, la direction du collège vers la fin du XVII* siècle fut réclamée par l'archevêque de Rouen. Elle lui Tut reconnue publiquement par M. de Marillac , intendant de la Généralité. A cette époque, le collège était confié à trois régents ecclésiastiques, nommés par Tarchevèque, auxquels là ville fournissait 360 liv. de gages par an (2).

Ce collège n'eut qu'une importance très-médiocre, même pendant tout le XYIIP siècle. Dom Toussaints Duplessis , dans sa Description de ta Haute-Normandie , le ïnentionne à peine (3). L'abbé Pleuvry , dans son Histoire du Havre (1760) , en parle en des termes qui marquent assez le peu d'estime qu'il en faisait : t La ville fournit le logement et les gages à deux maîtres , pour enseigner les humanités et la rhétorique.

(1) Ârch. de la ville du Havre.

(3) Arch. de la Seine-IiiT. Fonds de Turcliev.

(3) T. I, p. 204 : c Nous avons parlé des écoles que le roi a établies an Havre pour les roalbémaiiques, la marine et Partillerie. Ce sont, en effet, celles qui paraissent convenir le plus pour un port de nier. Cependant la ville n*a pas négligé Téducation ordinaire des enfants : die loge et paie deux professeur! chargei de leur enseigner les bumaniiés. a

Cet établissement n'a pas de patentes et ne peut en rigueur s'appeler collège. Je ne sais pourquoi la ville du Havre n'a pas impétré ces sortes de lettres, qui rendroient cet établissement plus stable et plus noble et dont les fonctions exigeroient des maîtres es arts qni seroient véritablement professeurs. On soubaiteroit même qu'on y fondât une cbaire de philosophie qui allumeroit l'émulation et l'empècheroit de s'éteindre. » Sept ans plus tard, Courtenvanx venant s'embarquer au Havre, pour aller explorer les côtes de France et de Hollande, écrivait dans ses Mémoires : c II n'y a en cette ville qu'un méchant collège où deux maîtres enseignent ce qu'ils peuvent, moyennant des honoraires extrêmement médiocres. Tous les yeux sont tournés vers la mer ; la passion de naviguer entraîne les jeunes gens et leur ôte même les capacités de réfléchir sur un autre objet (1). •

On cite parmi les bienfaiteurs de ce collège un ecclésiastique, Vîzelle (ou Vezelle), qui donna le 20 avril 1660 une rente de 100 liv. pour aider à payer les gages d'un professeur de philosophie, condition qui ne put êlre réalisée; — Jacques Prévost , François Carré cl Anne Dé-

(1) Origine et fondation du collège du Havre^ art. de M. Charles Vesque. {Journal de rarrondistement du Havre, numéros du 15 et du 21 octobre 1865).

mare qui y foodèreat des bourses , 26 février i72&, 5 mars ménie année, 38 septembre 17&7 (1).

Eo 1717, la fille du Hane, afin d^exdter rémulation, déclara que chaque année on élèverait un théâtre dans la cour du logis du roi, sur lequel les élèves joueraient des pièces latines, et que des prix, marqués aux armes du gouverneur et de la ville> seraient distribués solennellement aux plus méritants.

M. Vesque, dans une intéressante étude sur ce collège , Tait remarquer qu*au XYIII* siècle le budget de T instruction publique de cette ville, destinée à un si brillant avenir , ne s'élevait pas au-dessus de 1,035 liv., à savoir: &00 liv. pour deux écoles élémentaires, &20 liv. pour un maître d'écriture et d'hydrographie, 1S5 liv. pour le collège (2). 11 cite au nombre des anciens élèves Messire Carrion de TÉperonnière , curé du Havredel75/iàl762.

La requête de la ville du Havre, afin d'obtenir rautorlsation de fonder des écoles, prouve manifestement qu'il y en avait à HarOeur et à Montivilliers.

(1) Arcb. de la Seine-Inf.— ÉUl adressé par le sous-prèfipt du Ha?re à If. Beognot, préfet da département.

(2) M. Cbarica Veaqae, mémoire précité.

A MoDtivilliers , en 159& , nous avons vu les écoles générales confiées à Pierre Le Gros et à Adrien Boutevilain. On y instraisait la jeunesse de la ville et des lieux circon voisins aux lettres humaines et aux bonnes mœurs , selon la foime de tout temps usitée en TÉglise. Cet enseignement comprenait la lecture, récriture, le jet, le calcul et les belles-lettres. Pendant trente années, Adrien Boutevilain exerça cette fonction. Son fils en fut chargé à son tour en 1622. Les gages des maitres consistaient en 25 liv. de rente sur les deniers de la foire St-Gilles , 15 liv. sur le trésor de Téglise St-Sauveur , 60 s. sur le trésor de Téglise St-Germain , 60 s. sur le trésor de Téglise Ste-Croix. Il y avait, indépendamment de cet enseignement public , des maîtres particuliers pour les arts mathématiques , pour récriture française et italique , pour la musique, etc. Les écoles étaient à la nomination de Tabbesse de Montivilllers. Les maîtres particuliers ne pouvaient eux-mêmes enseigner sans avoir obtenu.son autorisation (1).

Il en était de même à Harfleur, ville soumise comme Montivilllers à la juridiction de Tabbesse.

(1) Arcb. de la Seine-Inf. Foods de Tabbaje de MontÎTilliers. V. la première partie de mon mémoire.

Il y avait des maîtres particuliers autorisés par elle , des écoles élémentaires et des écoles générales on collège. Pierre Tberonlt , sous-diacre, tenant en 1660 les écoles et collée pour la langue latine , « promet et jure an vicaire-général de Tabbaye de faire le catécbisme à ses écoliers (1 ) . ^ Nous avons aussi remarqué à Fécamp des écoles élémentaires et d'autres écoles générales pour le latin, soumises les unes et les autres à la surveillance de Tabbaye. Mais là , comme à Harfleur et à Montivilliers, ces établissements, loin de se développer dans la seconde moitié du XYIP siècle et an XYIII*, avaient fini par être à peu près complètement abandonnés. Cependant , quelques années avant la Révolution , Tabbé commendataire de Fécamp entretenait encore à ses frais un ecclésiastique qui enseignait gratuitement le latin; il avait pour honoraires un logement dans la maison dite la Grande-École et une somme de 150 liv. par an (2).

Collège d'Offranville.'-En 1602, Jean Véron , sieur d'OfTranvîlle , curé de la même paroisse , conseiller du roi au Parlement de Normandie «

(1) Ibid. Même fonds.

'2) Ibid. Fonds de Fécamp et arch. du départ. , série L.

t meu de dévotion , désirant Taire quelque chose pour le bien et salut de sou âme, reconnoissant n'y avoir chose si nécessaire et reconimandable, entre les œuvres de charité , sy plaisante et agréable à Dieu , salutaire et profitable à Tavancement de son Église et utile au public que rinstruction de la jeunesse en Tamour et crainte de Dieu. . . , donna au trésor de Téglise d'OiTranvilie, stipulé par Jean Lorgeol, prestre, trésorier, une masure avec maisons, estudes, et granges accommodées en trois classes et une grande école.. . pour estre la demeure des maistres d'école , le lieu et collège pour y estre instruite la jeunesse et chambre pour les prédicateurs et Trères prescheurs qui viendroient annoncer la parole de Dieu. » Il aiTecta 100 liv. de rente aux gages d'un principal, « homme de bien, catholique, qui seroit tenu d'avoir un ou deux maîtres avec lui pour apprendre aux enTants, dès qu'ils connoitroient leurs lettres, à lire dans le catéchisme Trançois et pour apprendre à ceux qui étoient plus avancés le latin dans un catéchisme latin ( probablement le catéchisme de Bellarmin ) , qu'il interpréteroit et leur feroit gloser et dans autres livres de toute bonne science. » Le principal devait encore Taire une leçon de catéchisme en Torme d'exhortation en l'église de la

paroisse, an des joors de la semaine. Le fondateur se résenrail poar toot le temps de sa vie la nomination du principal , et en cbai^eait , après lui , les Minimes de Dieppe auquel la présentation du candidat devait être faite par le plus proche parent de Véron , portant son nom , et par les curé , vicaire , chapelain , trésoriers et paroissiens d'Offranville. — Plus tard, nous voyons les paroissiens assigner des logements à M. Marcotte , principal , à un second et à un troisième maîtres d*écolc. Mais après que le collège de rOratoire de Dieppe eut été fondé, et fut devenu florissant , grâce en partie aux libéralités de Jean Véron , celui d'Oflranville ne tarda pas à décliner et tomba bientôt au rang de simple école de village (1).

Séminaire Joyeuse. — Le séminaire Joyeuse doit son origine au cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen. Ce prélat était né le 2^ juiu 1561 du mariage de Guillaume de Joyeuse, maréchal de France , avec Marie de Batarnay. A vingt ans, nommé à rarchevêclié de Narbonne, à vingt-quatre ans promu au cardinalat , admis presque en même temps dans le conseil de Henri

(i; Arch. de la Sdae-lnf. D. 326.

III, il eut assez de mérite pour ne point paraître, malgré son extrême jeunesse , an-dessous des importantes fonctions qui lui étaient confiées.

11 fut envoyé à la Cour de Rome pour défendre, auprès de Sixte-Quint, les intérêts de la France contre les prétentions de TEspagne. Il y retourna , après sa nomination à Farcbevêché de Narbonne , pour l'élection de Clément VIII , en 1591 ; pour la réconciliation de Henri IV avec le Saint-Siège, en 1593. En 1600, il reçut à Marseille, au nom du roi, Marie de Médicis, qui venait en France pour épouser Henri IV ; et Tannée suivante, il tint sur les fonts baptismaux , au nom du pape , qui Tavait fait son légat, le Dauphin, qui fut depuis le roi Louis XIII.

Il succéda à Charles III de Bourbon comme archevêque de Rouen , et continua à jouir d'une égale faveur auprès du pape et du roi. Il s'employa avec succès pour ménager un raccommodement entre Paul V et les Vénitiens ; il couronna Marie de Médicisà St-Dcnis en 1610, sacra Louis XIII à Reims en 1613, et présida les États-Géné* raux du royaume en 161 /i. Il mourut doyen des cardinaux, le 23 août 1615, en la ville d'Avignon, âgé de cinquante- trois ans, laissant la réputation d'un négociateur habile , d'un prélat ami des lettres, pieux et zélé pour la défense de la religion.

Les chanoines de la cathédrale de Rouen méconnurent son autorité et ei^agèrent avec lui une lutte assez ?i?e, qui ne tourna point à leur avantage. Ces débats, qui n*avaient rien d*édifiant, ne purent que raffermir dans sa résolution de travailler à la réforme de la discipline ecclésiastique dans son diocèse. Il y contribua pour sa part, en favorisant les missions et en fondant à Dieppe le collège de TOratoire et à Rouen le séminaire qui fut désigné sous son nom.

Par sou testament , daté d* Avignon , 22 aoiit 1615 , il voulut que son cœur fût déposé en Téglise des Jésuites de cette ville et que son corps fût transporté dans celle des Jésuites de Pontoise, dont il était le fondateur , témoignant de la sorte de Testime toute particulière qu'il professait pour ces religieux. Entre autres dispositions pieuses qui y sont insérées, nous signalerons un legs de 500 écus aux prêtres de TOratoire de Dieppe , un autre de AOO écus aux filles de Técole de Pontoise , à condition qu'elles persévérassent dans leur institut ; un troisième de 1,600 écus pour instituer et fonder incontinent après son décès , en la ville de Rouen, un séminaire auquel seraient « entretenus et eslevés trente jeunes escoliers estudiants au collège de la Compagnie de Jbésus les bumanitez, philosophie, cas de conscience ou

théologie scolastique, ainsy que le R. P. recteur dudit collège jugeroit plus à propos , pour estre lesdiz escolliers employez au service et pour le maintien et soubstien de la foy et saincte églize catholique , apostolique et romaine , ainsin que lesdits escolliers seroient tenus de jurer et promettre solennellement à leur entrée et réception audit séminaire; et une fois toutes les années, pendant le temps qu'ils demeureroient en icelluy séminaire , jureroient et promettroient le mesme entre les mains du R. P. recteur dudit collège, i 11 attribua la nomination de ces écoliers à sa nièce et héritière Henriette Catherine de Joyeuse, veuve de Henri de Bourbon, dernier duc de Montpensier , et autres par elle établis qui y procéderaient , avec Tavis du prieur des Chartreux, d'Ignace Armand , supérieur de la maison professe des Jésuites de Paris, et de M. de Montholon , surintendant des affaires de la maison de Montpensier, sur lesquels le testateur s'en remettait du soin de rédiger le règlement de cet établissement. Le séminaire fut fondé tout près du collège et en fut comme une dépendance. La direction en fut confiée aux Jésuites et la nomination aux places fut réservée aux héritiers du cardinal. Après Henriette de Joyeuse , ce droit fut successivement exercé par Henri de Lorraine,

— leo —

duc de Guise ; par Anne-Marie-Loaise d'Orléans , souveraine de Dombes et duchesse de Mont* pensier ; par son légataire univerad, Philippe d'Orléans , fils de France , frère unique du roi ; par le régent, par son fils et par son petit-fils. Madame de Guise donna au séminaire une rente de 3,000 liv. en 16&/i. Mademoiselle de Guise ajouta une rente de 600 liv. en 1679 et contribua pour une somme assez considérable à la construction des bâtiments.

Ce séminaire, fondé en vertu d'un acte de 1615, fut ouvert et habité dès le 1/i mai 1617. La première bâtisse fut élevée dans Tintervalle de temps compris entre ces deux années. L'aile sur la rue fut commencée en mai 1680 et coûta 20,&80 liv. L'aile du côté de l'est , sur le jardin , fut entreprise par ordre du P. Montigny en 1718, et coûta 12,200 liv. L'établissement, tel qu'on le voit aujourd'hui , fut complété sous le principalat du P. Vicaire en 1753. La porte d'entrée était surmontée des armes de la famille d'Orléans et de cette inscription, en lettres d'or : Séminaire Joyeuse. Une des salles était ornée des portraits du fondateur et de ses héritiers, y compris celui de Philippe d'Orléans, qui fut plus tard Philippe- Égalité.

Les séminaristes étaient divisés en deux classes

-loi —

distinctes. La première se composait des tbéolo* gienset des philosophes; la seconde des rhétoriciens et des élèves des classes inrérieures. Tous suivaient les cours du collège et étaient astreints à porter un uniforme qui se rapprochait beaucoup de l*habit ecclésiastique.

Us n'étaient admis qu*après avoir obtenu un brevet signé par le représentant du fondateur , et moyennant une caution bourgeoise (on en^ tendait par là une personne honorable et solvable, domiciliée à Rouen, qui garantissait au séminaire le paiement de la pension pour le cas où le séminariste viendrait à être renvoyé de la maison ou ne persévérerait pas dans son intention d'embrasser Tétat ecclésiastique). Les places de brevetaires ou de brevetés au séminaire Joyeuse étaient extrêmement recherchées. Le P. du Trevou , de la Compagnie de Jésus, confesseur du Régent, écrivait» vers 1710, au supérieur qui lui avait recommandé un écolier : « Le témoignage de Y. R. et la recommandation de plusieurs de nos Pères m'ont engagé à le servir efficacement. Je n*y eusse pas réussi dans la quantité prodigieuse des concurrents , s'il ne s'étoit trouvé parent d'un officier du prince. •

Ce n'était que par une exception bien rare qu'on était dispensé de fournir la caution bour-

geoise. Nous n^en avons constaté que trois exemples. Marie de Lorraine pria le supérieur de Joyeuse d'admettre, sans Tastreindre à cette formalité , « Thomas Le Rougbt , pauvre enfant , natif d'Angleterre , dont les parents n'étaient pas catholiques. » — Vers 1681, le P. de Grieu écrit au P. de Bovent, principal, au sujet d'un breveté: « Madame de Guise envoya dire au Provincial et à moi qu'elle vous prioit de faire recevoir le neveu de son aumônier , nommé Le Sage, sans exiger de caution bourgeoise, adjoutant qu'elle seroit elle-même sa caution. V. R. juge bien que le R. P. Provincial ne peut répondre à cette demande que par une respectueuse déférence à tout ce qu'elle souhaitoit. » — Plus tard, M. Omelane, secrétaire du duc d'Orléans, écrivait au principal , au sujet d'un nommé Cléry : « M. le Duc veut estre sa caution , grâce qu'il n'accorde et n'accordera jamais à personne qu'à lui. >

Le uombrc des brevetés Gxé à 38 dans le testament du cardinal de Joyeuse, mais qui, en réalité, ne fut jamais au-dessus de 30 , tomba , dans le cours du XYIIP siècle, à un chiffi'e bien inférieur. Vers l'époque de la suppression des Jésuites , il y avait à Joyeuse : 10 brevetés et 85 pensionnaires payants , 2 précepteurs et 1 principal.

On conserve aux Archives de la Seine-Inrérieure an règlement du séminaire, Intitulé : Ordre pour tous les jours de F année. Nous nous bornerons à en donner ici quelques extraits :

• Le jour de T Ascension , on permet d'aller voir le prisonnier ( délivré en vertu du privilège de la Fierté S. Romain) ; défense d'aller au cours et à rassemblée de Bonne-Nouvelle. — Mercredi après FAscension , commencement de la retraite. — Jour de la Pentecôte, chapelet pour Monseigneur le Duc d'Orléans. — Lundi ou mardi de la Pentecôte , on va déjeûner au Montrortin ; on déjeûne chez le curé ; le lendemain, répétition de la tragédie. — 29 juin , promenade à Bon- Secours (1). — Dans les derniers jours du mois ,

(1) La promenade ou plutôt la procession des écoliers du collège à Bonsecours , a été célébrée dans une pièce de vers latins publiée par eilrails dans le Journal de Normandie de Tannée 1779, p. 29, 95, 163, 167. Le poète anonyme décrit en ces termes la marche de la troupe pieuse au sortir de l^église t

BcUica Mf na micant , iterum et paoduntnr ad auras ,

(N« noc«at } qoa non plorima apina rigel, Ccnileo hinc vexilla flaunt • roaeo iude colore «

Sed nÎTeo immiitoa lemper aterqae color. Milea adeal puer inaamerua ; certamen amoria

Quiaque iniit, duce aab Virgioe, aabque Deo. Pro galea Cronten podor obCegtt, annaque geaiaot

Cerea , apiaqoe aaam concomîtatar opua.

Vient ensuite la description de la chAsae de la Vierge, a précédée d'un

on va entendre rénigme ; le principal marque les places qae chaque séminariste doit occuper. — Aa mois d*août, répétition de la tragédie. >

On renaarque parmi les principaux: Gabriel Daniel « auteur de VHisioire de France et de Y Histoire de la milice framçaise ; Isaac Bemiyer, auteur de VlIisUrire du peaple de Dieu; — parmi les brevetés : Charies Tuiigis, de Rouen^ et Nicolas Dolibeau, de Paris, missionnaire au Canada, 162*2 ; François Virgile , de Paris , aumônier de la duchesse d* Aiguillon , 1627; François de La Salle , neveu du P. CoUon , jésuite dT heureuse mémoire » nomwU par la duchesse de Guise, en

jevae d MNÉbfCtti derfè Aont le rnwff violet d UaBC aBBooce asseï la oniMMi lorissaAteoù Ucst fonnè à h scMce omuk àla ?erta > :

Ahnra pncccdiuit daplàd coltffia «■cdkàft wli H Il aîveo M

On «OMM ««Ht lue vîiieat , p««p*

L*MMe«r, fM noMMBt la ytoreiili par le CMitat des Cvnifs, ■\wiMie pas le Paliaodl cl les sMoès f«> wf Hiwt tooieol les élèves des ièssiles :

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faveur de son bon oncle^ 1630 ; Jean Dandigné, vicaire-général du diocèse de Rouen ; Pierre Brumoy , célèbre par son Théâtre des Grecs ; François Roussel de Tilly , évéque d'Orange ; André Roussel de Tilly, abbé de St-Sauveur de Blaye ; Nicolas Thirel, fils de Jean Thirel, seigneur du Boscbénard-Commin , membre de FÂcadémie française, plus connu sous le nom de Tabbé de Boismont ; Louis Despoisses de La Plane , petitneveu du maréchal de La Pare (1).

(i) Consulter, pour Tiiisloire du séminaire Joyeuse , Arch. de la Seine Inf. , D. 291 et suît. — Liste des supérieurs ou principaui du séminaire Jojcuse : Matliieu Hardy, 1617-1618; —François Bargon , 1624 ; — Frédéric Flouel , 16&5 ; — Pierre Fédericq , 1647 ;- Pierre Lederc, 1649; — Claude Desbois, 1656-1657 ; — Pierre Morel, 1658; — Nicolas Nau, 1660 ; —Charles Castcllct, 1661 ;— Augustin Lemarcliand, 1663 ;— Jean Mercier, 1665; — Antoine de Bea^villiers, 1067-1672 ; — René Quermedyc, 1673-1674 ; — Antoine de La Brelonniére, 1675-1676 ;— Pierre Caullier, 1677-1678 ;— Antoine de Beau? illicrs , 16781680 ; — Voysin, 1680 ; — Louis de Bovent, 1681-1689; — Guillaume Duhamel, 1690-1691; — Gabriel Daniel, 1692; — Guillaume Duhamel , 1692-1705 ; — Jean Lucas, 1706 ; — Du Tronchet, 1706 ; — Franco» Voysin , 1707-1708 ;— Jean de Bye, 1709;— Jean de Montigny, 1714-1719 ;— Isaac Berruycr, 1720- 1724; — Jean-Mathieu Mahoudeau, 1725;— Jean-Baptiste de Montigny, 17264731 ;— Charles Routier, 1732-1734 ; — Nicolas-François Tanqucred, 1735-1740; —Dubois, 1743; — Pierre de Chemendy, 1743-1748 ; 'Jean-Charles Vicaire, 1749-1762.— Après la suppression des Jésuites : Henri-Nicolas Bourgeaux , curé de St-É!ienne la Grande Église de Rouen, 1762-1767 ; —Augustin Nicolas Le Picard.

Noviciat des Jésuites. — Dans les lettres-patentes de 1604, par lesquelles les Jésuites Turenl remis en possession du collège de Rouen, Henri IV les autorisa à établir dans cette ville une maison de probation ou noviciat et à accepter la fondation de la dame d'Aubigny (1).

Celte dame, dont le nom de Tamille était Isabeau du Moucel , était veuve , en premières noces, de Pierre de Croismare, premier président en la Cour des Aides de Normandie , et en secondes noces , de Guillaume de Novincc , sieur d'Aubigny, baron de Crespon , président au Bureau des Finances de la Généralité de Rouen. Elle légua à la Compagnie de Jésus de Rouen 10,000 écus, qui servirent à Tachât de la maison du noviciat, située rue du Gril, sur la paroisse de St-Yivien, et d*une rente annuelle de 600 liv. Son cœur fut déposé dans une urne de marbre blanc , à côté du maitre-autel de Téglise du noviciat , comme témoignage de TaiTection qu'elle portait à la Compagnie. D'autres donations furent faites à cette maison, dès le début de son établissement, par les PP. Frémicourt et Sitius.

Michel de Monchy, prieur commendataire de St-Gilles-jouxte-Boulleng, se démit entre les mains

(i) Arcb. de la Seine-InC, D. 223.

du pape Paul Y de ce titre en Taveur des Jésuites (1 )• Le prieuré Tut sécularisé et uni au noviciat par une bulle de 1608, que confirmèrent des lettrespatentes du 6 révrier 1610. Ce ne Tut pas, toutefois , sans une vive opposition des religieux de Tabbaye de St-Ouen, de laquelle ce prieuré dé* pendait. Dans lesron/r^i/t'/^quMIs rédigèrent contre les Jésuites , ils ne manquèrent pas de les représenter c comme étrangers de nation , vassaux du roi d'Espagne, et incapables de s'acquitter des charges imposées par les fondations : « Les religieux de St-Ouen , disaient-ils , sont obligez en certains jours de Tannée de se transporter à St-Gilles pour y dire et ccllébrer le service en la mémoire des fondateurs dcffunts. Les Pères Jésuites desquels la profession ne pcrmect de chanter veulent estre quictcs pour avoir souvenance d'eux en leur mémento, t Us constataient ensuite, non sans quelque inquiétude, la vogue de leurs rivaux et le nombre de jour en jour croissant « d'esprits tellement altérez de nouveauté qu'ils estimoient comme le plus grand honneur de porter une robe de Jésuite (1610). » I/infor-

(1) Michel de Monchy élail en même temps chanoine de Rouen, grand archidiacre d'Eu el conseiller du roi au Parlement de Normandie. — Dans la bulle du pape Panl V, le revenu du prieuré de St-Gilles était évalué à Ih ducats d*or par an.

mation faite dans la forme juridique au sujet de l'union , en l'année 1610 « prouve, en effet, la grande faveur dont jouissait alors la Ciompagnie de Jésus. Il y avait au noviciat, dès le début de la fondation , sept prêtres et trente cinq novices ; on avait été obligé de refuser quantité de sujets ; une année, il s'en était présenté jusqu'à cent quarante (1).

Après la suppression des Jésuites, le noviciat fut transformé en dépôt de mendicité et ensuite en prison centrale , désignée sous le nom de Bicêtre. 11 vient de disparaître en partie, par suite de la prolongation de la rue Napoléon III.

Petits séminaires de Rouen (2). — On doit l'établissement des petits séminaires de Rouen à Mg' Colbert. En 1680, quand il n'était encore que vicaire-général de Mg' Rouxel de Médavy, il établit, sur la paroisse de S**-CroijL-des-Pelletiers, une communauté déjeunes étudiants. Il en donna la conduite à M. Heuveline , prêtre du diocèse

(1) Arch. de la Seine-Inf. D. 277 el sui?.

(2) Nous empruDlons la plus grande partie des renseignements que nous allons donner sur les petits séminaires de Rouen à une notice (aite par M. Duval, ancien supérieur du séminaire de St-Nicaise, aujourd'hui déposée aux ArcliÎTcs du département de la Seine-Infé* rieure. Il est à regretter que cette notice ne s*étende pas au-delà de la première moitié du XVI* siècle.

du Mans , et en attribua TiuspecUon à M. Henri Cavelier, curé de la paroisse , homme de savoir et de vertu, assez connu par la part qu'il prit à la fondation des Nouvelles-Catholiques. Peu de temps après (au mois de Tévrier 4682), il Tonda une communauté du même genre à Dieppe et en confia le soin à M. Piers , prêtre irlandais. MM. Heuveline et Piers avaient Tait Tan et Tautre leurs études à Paris, dans la communauté de M. Sanciergue, ancien séminariste de St-Sulpice qui consacra toute sa vie au service des pauvres étudiants , sans prendre Tordre de prêtrise , dont son humilité Téloigua jusqu'à la fin. M. Sanciergue était sans fortune. 11 ne subvenait à Tentretien des jeunes gens qu'il rassemblait chez lui qu'au moyen des secours qu'il obtenait des personnes charitables, auprès desquelles ses manières, à la fois simples et distinguées, lui ménageaient un facile accès. Son but était de procurer à l'Église des ecclésiastiques savants et pieux, formés à une vie pauvre et frugale, en rapport avec le ministère qu'ils devaient exercer dans les paroisses de la campagne. Tel était aussi le but que se proposait Mg' Colbert pour le diocèse de Rouen tout particulièrement. Après s'être appliqué à soutenir le zèle du clergé , en tenant très-régulièrement les calendes, en organisant les conférences ecclé-

siasiiqQes, en ooTnnt one maisoii de retraite pour les carés avant leur installation dans leurs bénéices, il crut nécessaire de préparer de kH^e main de dignes ministres i F Église, en créant pour la jeunesse des campagnes des écoles bien réglées et des séminaires oti les étudiants étaient admis , à peu près gratuitement, et formés aux habitudes d*une vie austère.

On commença par recevoir indiflTéremment dans ces séminaires tous ceux qui se présentaient^ de quelque lieu qu'ils TussenL Mais bientôt on n'admit strictement que ceux qui étaient du diocèse de Rouen.

Le logement de S^'-Croix-des Pelletiers n'avait pas tardé à devenir insuflBsant. Dès 1685, on loua une maison plus spacieuse au faubourg Bouvreuil , et on réunit à la communauté de Rouen celle de Dieppe , alors composée de quatorze étudiants. Peu de temps avant ce changement, M. Piers était retourné à Paris. Il fut nommé , dans la suite , évèque de Waterford , oh il mourut en 1 735. Il avait été remplacé , comme supérieur de la communauté de Dieppe, par M. Tayne, qui mourut curé de Braquetuil et doyen du doyenné de Cailly.

Dans les premières années , les séminaires ne servirent que pour les étudiants de philosophie

et de théologie ; niais le succès ayant répondu aux espérances que Mg' Colbert avait conçues, ce prélat résolut d'établir une communauté distincte pour les humanistes et les écoliers des basses classes. On l'appela la peiiie ctmmunauié. Composée, dès le début, d*une quarantaine d*éco* tiers, elle Tut logée dans une maison du haut de la rue des Minimes, qui appartenait à la Tabrique de Sl-Nicaise. Les éludes étaient florissantes dans les deux communautés ; les premiers prix du collège étaient d'ordinaire remportés par les élèves qui en Taisaient partie. Afin de les maintenir dans Tamour du travail , il ne se passait guère de mois que Tun des vicaires-généraux ne vint les visiter et juger par lui-même de leur application et de leurs progrès. Mg' Colbert ne dédaignait pas de venir lui-même assez Tréquemment aux petits séminaires , afin de distribuer des récompenses aux meilleurs écoliers.

On n'a point oublié que, du temps de Mg' de Harlay, il s'éleva de graves difficultés entre Tautorite archiépiscopale et les ordres religieux exempts de la juridiction de Tordinaire. Les Jésuites, plus compromis que les autres 4ans cette lutte malheureuse. Turent punis du mécontentement qu'ils avaient donné à l'archevêque par Térection qu'il fit, en son palais, d'un collège, en concurrence,

sinon mèoie en opposition avec le leor. Ce Tat au milieu de ces discordes que s*éGoolèrent les quelques années que Pascal passa à Rouen , et il n'est pas impossible que le souvenir qu^il dut en garder toute sa ?ie n*ait contribué à la direction que prirent ses idées en matière religieuse. Après huit ans d^eiistence, ce collège fut supprimé , et les Jésuites firent leur paix avec Tarchevèque.

H arriva quelque chose d*à peu près semblable sous Tadministration de Hg' Colbert. S'élanl brouillé avec les Jésuites, notamment à cause de la publication du livre du P. Buflfier, intitulé : Difficultés proposées à M. l'archevesque de Rotien , il dérendit à tous les étudiants de son diocèse de prendre les cahiers de théologie qu*on donnait au collège et fit venir deux docteurs de Sorbonne, MM. Delau et Cuquemelle, pour professer la théologie au séminaire St- Vivien. Les Jésuites protestèrent et adressèrent leurs plaintes au roi, prélcndaot que la théol(^ie ne pouvait être enseignée que dans des collèges , avec Tapprobation de Sa Majesté. Leurs réclamations n^eureot point de succès. Pendant cinq ans que dura la disgrâce des Jésuites, renseignement de MM. Delau et Cuquemelle fut renseignement officiel. L*auteur de la notice que nous suivons, tout en parlant

de la manière la plus respectueuse de Mg' Colbert, reproche aux deux docteurs qu'il avait choisis d'avoir tellement infecté le diocèse de mauvaise doctrine qu'il s'en ressentait encore quarante ans après. Il Tait remarquer que le petit séminaire eut bonne part à cette contagion , que maîtres et disciples donnèrent presque tous dans les nouveaux sentiments et devinrent ennemis jurés des Jésuites.

En 1707, Mg' Colbert acheta , avec les fonds qui lui avaient été légués à cette intention par M. Tabbé de Seraucourt, une maison sise dans la rue Poisson, vis-à-vis du chœur de St-Nicaise, où il logea les théologiens au nombre d'environ 35. Les philosophes demeurèrent à la maison de Bouvreuil , et on mit avec eux les humanistes qui quittèrent alors la maison des Minimes. Cette seconde communauté comprenait environ 60 étudiants. L'archevêque avait toujours pourvu à la subsistance des séminaristes. Il voulut l'assurer, en partie du moins , pour l'avenir. Par son testament, en date du 5 décembre 1707, il légua une somme de 70,000 liv. pour fonder c le nouveau c séminaire pour des pauvres clercs en la ville c de Rouen tel qu'il l'avoit lui-même entretenu. • Afin qu'un établissement aussi utile au diocèse ne pût être supprimé , il exigea qu'on sollicitât

en sa Tavear des lettres-patentes de confirmation, et il attachait tant d'importance à cette formalité essentielle qa*il déclara , qo'aa cas oh elle ne pourrait être remplie, les 70,000 liv. seraient affectées à fonder des places gratnites ao grand séminaire de St-Yiyien. 11 donna de plus 8,000 liv. , ponr soutenir , pendant une année à partir du jour de son décès , les petits séminaires et les conrérences des clercs.

Un des premiers soins de Mg' d*Aubigné , aussitôt qu'il eut été nommé à Tarcbevèché de Rouen , après Mg* Colbert, fut de solliciter les lettres-patentes de confirmation. H se passa pourtant plusieurs années avant qu'elles passent être obtenues. Elles ne] le Turent , en effet , que dans le cours de Tannée 171&. Nous ne publierons ici que ce qu'elles ont de plus intéressant :

t Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre... Notre cher et bien amé cousin, Claude-Maur d'Aubigné... Nous a fait remonstrer que son diocèse étant un des plus étendus du roiaume, on y a besoin d'un nombre considérable d'ecclésiastiques pour y desservir la grande quantité de paroisses et d'églises succursales qui le composent , ce qui ne se peut trouver, sans des secours extraordinaires , d'autant que la plupart des sujets qui se disposent à l'état ecclé-

siastique ne sçauroient, à beaucoup près, tirer de leur ramille ce qui leur est nécessaire pour leur éducation et pour les mettre en état de parvenir au sacerdoce. Cette considération avoit autrefois engagé quelques-uns de ses prédécesseurs à fonder dans les diflTérents endroits de la campagne des écoles latines (1) , aCn que les jeunes gens pussent, en Taisant leurs études , être moins à charge à leurs parents; mais ce moien ne s'étant pas trouvé suffisant, le fou sieur Jacques- Nicolas Colbert, son prédécesseur immédiat, auroit commencé rétablissement de deux petits séminaires dans la ville de Rouen , Tun pour les clercs étudiant les humanités, et Tautre pour les théologiens, ayant acheté à cet effet une maison où il y a toujours eu et où il y a encore a présent 150 jeunes gens que Ton y élève pour une pension très-modique, en sorte que cela est d'un

(!) On coDsene aui Archifes de la Seine-Inférieure , fonds de l^archevècbé , le règlement d*un de ces séminaires de campagne établi à St-Nicolas-de-la-Taille : • Les répétiteurs préposés pour les humanités étoient chargés de deux classes comme de la sixiesme et cinquiesme. Pour les humanités, conférence trois fois par jour. A six heures et demie du matin jusqu'à l'heure de classe, Ton expiiquoit et âprenoit par ooBur et Ton récftoit les leçons.. • Après la classe immédiatement Ton se rendoità la conférence pour le devoir de la classe d*après dtné... Tous dimanches, après quatre heures , catéchisme dans chaque académie... Enseignement de hi philoaophie et de la théologie. M. Delau , théologal, présidoit à Pexercice. »

grand soulagement pour les ramilles; et comme* d'ailleurs, ces établissements sont très-nécessaires pour le diocèse de Rouen par le grand avanlage que rÉglise en retire, Texposant qui désire en procurer un parrait affermissement , non coulent de fournir chaque année des sommes considé* râbles pour les soutenir, nous a très-humblement fait suplicr de vouloir lui en accorder nos lettres-patentes de conGrmation. A ces causes et autres à ce nous mouvant, considérant avec une satisraction singulière que les intentions de notre dit cousin Tarchevesque de Rouen et la demande qu'il nous a Tait n'ont rien que de conforme à notre zèle pour le bien et l'accroissement de la religion et aux déclarations par nous rendues, concernant l'établissement des séminaires, notamment celle du 16 décembre 1698..., de notre grâce spéciale nous avons loué, approuvé , autorisé et confirmé, louons, approuvons, autorisons et confirmons l'érection des deux petits séminaires en question^ établis dans notre ville de Rouen, en Taveur des clercs et autres jeunes gens de la campagne de ce diocèse qui désirent être admis aux ordres sacrés. •• et estre instruits et formés aux fonctions ecclésiastiques, desquels séminaires l'un sera, à l'avenir comme par le passé , destiné pour ceux qui étudieront les humanités et la philosophie, et

Tautrc pour les étudiants en théologie, et seront Tun et Tautre soumis, tant pour le spirituel que pour le temporel, à l'autorité immédiate , visite et juridiction dudit arcbevôque de Rouen (1). » Ces lettres-patentes accordaient une pension annuelle de 6,000 liv. sur la Chambre ecclésiastique du diocèse , au proGt des deux communautés de séminaristes, en attendant qu'on leur eût attribué des bénéfices d'une égale valeur. Nous ne savons pour quelle raison Mg' d'Àubigné renonça à tirer parti des lettres-patentes. Ce qui est certain , c'est que les petits séminaires Turent entretenus exclusivement à ses Trais jusqu'à sa mort. Le marquis de Tigny, son Trère et son héritier, donna une somme pour les Taire subsister jusqu'à la nomination du nouvel archevêque.

Pendant tout le temps de son épiscopat , Mg' d'Aubigné avait travaillé à arrêter le cours des doctrines Jansénistes qui s'étaient répandues sous son prédécesseur. Pour cela , il avait rendu l'enseignement de la théologie aux Jésuites; il avait mis à la tête des petits séminaires des ecclésiastiques d'une orthodoxie à l'abri de tout soupçon ; il avait confié l'inspection de ces établissements à M. Jean-Baptiste Blain, chanoine de

(i; Arch. de la Seine-lof. Fonds de la Chambre des Compte;».

Rouen , qu*il avait amené avec kii de Noyon, at qui parait avoir porté un très-vif intérêt aux difrérents établissements d'instruction publique da diocèse : aux séminaires , en acceptant la charge que Mg^ d'Aubigné' lui confia ; aux écoles de filles, en dressant les constitutions des sceurs d'Ernemont ; aux écoles de garçons, en écrivant* sinon toujours avec une parfaite intelligence, du moins avec une constante et sincère admiration , la Fie du vénérable de La Salle. La maison du faubourg Bouvreuil ayant été vendue à un particulier qui en fit Taubei^e de V Image Si-Georges, il avait fallu trouver un autre logement Mg* d*Aubigné installa les théologiens dans une des ailes du bâtiment de la communauté des prêtres de saint Patrice , destiné déjà à servir de maison de retraite aux nouveaux curés (1), et fit passer dans rétablissement de la rue Poisson, abandonné par les théologiens, le séminaire de Bouvreuil composé d*une soixantaine de jeunes gens, de 15 à 16 ans (2).

Après Mg' d*Aubigné , la tolérance accordée

(i) La maison de retraite a?ait été d^atwrd établie par Mg' Colbcri , près de l'église St-Maclou.

(S) Mg' d'Aubign(^ fat aidé, dans cette cireonstanee, par M. Bfafn, auquel il avait fait accepter la ciirt* de Si-Patrice, et par M. de La Rifière-Lesdo, pri-mier préûdent ù la Cour des Comptes.

mit JfftiiiénlMd , sons Mg* de Bezons , la longue vicsmce du diége qui suivit la mort de ce prélat et le défaut de ressources suffisantes , mirent le dééfordre dans les petits séminaires et en auraient peut-être amené la ruine s*ils n*avaient été secourus et protégés par MM. Blain et Urbain Robinet. Il Tallut, Taute d'argent , réunir les deux communautés dans la maison de la rue Poisson , bien qu'on ne se dissimulât pas les inconvénients qui devaient eti résulter pour la régularité.

En 172/i, Mg^ de Lavergne de Tressan, installé archevêque de Rouen, fit exécuter les lettres-pa^tentes de illli; nne pension annuelle de 6,000 liv. Tut imposée sur la Chambre ecclésiastique: on obtint une somme de 5â,000 liv. à prendre suff le clergé pour subvenir à la construction des édifices nécessaires.

Cependant , la dotation des séminaires ne Tut guère établie d'une manière solide que sous Tépiscopat de Mg' de La Rocheroucauld. Il supprima, par décret des 19, 2*2 et 23 octobre 1772, les menses conventuelles de Beaulieu , St-Laurcnt-en-Lyons et Sausseuse , en unit les revenus au séminaire et fit confirmer cette union par lettres-patentes du mois de décembre de la même année. Par respect pour la mémoire des fondateurs, il décida que sur les revenus du prieuré

de Beaulica il serait pris la somme nécessaire pour deux bourses ou places gratuites en Taveur de deux étudiants qui seraient présentés par le maréchal prince de Soubise et par ses successeurs dans la seigneurie de Préaux, à condition que ceux-ci Gsscnt leur choix parmi les jeunes gens du diocèse, nés à la campagne , qui eussent Tait leurs humanités et Tussent en état d'entrer en philosophie (1). Quelques années après, le monastère des Céleslius de Rouen ayant été supprimé par un brcrduPape (2), le Roi, par brevet du 12 juin 1782, autorisa Tarchevêque à le réunir au séminaire à la charge d*y Taciliter réducation et Finstruction des jeunes ecclésiastiques, de pourvoir à Tentretien des prêtres qui desservaient Thôpital général et à celui des sœurs d'Ernemont et de la Providence qui tenaient des écoles gratuites à Tusage des pauvres filles des paroisses de Rouen et des Taubourgs , et enfin , à Taugmentation de la cure de Hautot-l'Auvray, qui était à portion congrue. Le décret de Tarchevêque, rendu en conséquence du brevet du Roi,

(1) Lci étudiants présentés par te maréclial de Soubise étaient admis a proufer leur capacité au moyen d*une[composition faite au séminaire, et dont le supérieur et un des ?icaires-fl^néraui avaleni à apprécier le mérite.

(î) Le t^refdtt pape est du 80 septembre 1778.

attribua une pension viagère de 1,500 liv. aux religieux Célestins, une rente de 1,800 liv. à l' Hôpital-Général, une autre de 800 liv. à quatre sœurs de la Providence, une troisième de &00 liv. à deux sœurs d*Ernemont — 19 juillet 1783 (1). La charité privée contribua, de son côté, pour une assez large part à assurer les ressources nécessaires aux petits séminaires. On doit citer, parmi les principaux bienraiteurs de ces établissements, Ives-Marie Druel, sieur d*Ângoville; Tabbé Germont, conseiller au Parlement; Pierre Bridelle, vicaire-général du diocèse; Saunier, principal du collège d'Âumale; Louis-Augustin Le Carpentier , chapelain de Téglise de Rouen ; Orange, curé de Biennales. Des bourses y Turent successivement fondées en Taveur des étudiants pauvres et Turent en général mises à la discrétion deTarchevèque (2). Enfln, la chambre

(1) Ce fut fers cette époque que les corps des ancêtres du président d^Acquigny furent transférés de Téglise des Célestins de Rouen en celle de S**-Cécile d'Acquigny, dans un cafeau, derrière le mattreautel, et que les tombeaux de Claude Groulard et de sa femme furent transférés à St-Aubin-Ie-CauC

(2) Voici rindication des bourses fondées: Don, en 1716, par M'i* Mesnager, sœur de M. Mesnager, plénipotentiaire de France au traité d^tJtrccht, de 6,775 liv. pour fonder deux places en faveur de deux pauvres étudiants en philosophie, à la nomination de Tarchevêque ; — en f 7ô6, par François-Thomas Davjr, lieutenant-général au siège d* Arques, de 20,000 liv. pour la fondation de neuf places, qtt*il

ecclésiastique du diocèse accorda aux petits ^mV uaires le produit de la vente des livres liturgiques. Les lettres-patentes de Louis XIY portaient permission d*é(ablir deux sémiuaires distincts : 1*ud pour les étudiants en philosophie et dans les classes inréricures , Tautre pour les étudiants en théologie. Il arriva cependant que, par suite du manque de Tonds, tous Turent rassemblés dans la mémç maison ; on dut se contenter d*aflecter à chaque communauté une salle d'études distincte. Ce ne Tut qu'en 1780 qu'on put remédier à celte con-

remit également à la nomination de rarcbevêquc — Fondation, en 1738, par Nicolas MirauU, de deux places en faveur de deux paurres enfants de Rouen; — en Mhà, par le même, d*une place en faveur d'un pauvre enfant de la même ville , — rente de ilà liv. affectée à cette place, ~ nomination attribuée à Tarchevéque après la mort de Mirault et d*Âgnès Maugis, sa femme ; — en ilàht par Pierre Chopin, curé du Herlelay, de drux places en faveur de pauvres étudiants de la campagne ; — en i7â9, par le même, d'une place pour un pauvre étudiant de Bolbcc ou des doyennés du Havre et de St-Romain jusqu'ù la fin de ses études, moyennant une somme de 2,500 liv. ; — en 1777 , par Jean-Dapliste Heulte, trésorier de France au Bureau des Gnances de Rouen, de deux places, moyennant 6,000 liv. ; — en 1780, par M. Bonnet, curé de St-Riquier, de deux places pour les étudiants les plus pauvres et les plus méritants au choix des supérieurs. — M. Tabbé Terrisse, nommé par Mg' de Saulx Tavanes supérieur et protecteur du séminaire Sl*i\icaise, y payait la pension de deux étudiants.— M. Louis-Augustin Le (larpenticr donna , en 176 \ une somme pour deux prix à distribuer chaque année aux étudiant? les plus capables de théologie; il fit, en 1762, une seconde donation afin de procurer le moyen d'acheter des livres aux jMuvres séminaristes.

fusion regardée, avec raison, comme peu favorable au but proposé (1).

Le nombre des étudiants fut fixé par lès lettres-patentes d'érection à 150, savoir : 100 pour les hautes classes et 50 pour les basses classes. Pendant longtemps, ce nombre ne fut pas atteint; il n'était, en 1725, que de 80 à 100; en nklj il y avait en tout 121 étudiants : Ik théologiens de &* année, 11 de 3* année, 12 de 2* année, 9 de 1** année, 11 physiciens, 17 logiciens, 8 rhétoriciens , 13 élèves de seconde, 11 de troisième et 16 de quatrième. À partir de 1750, la &" classe de théologie fut supprimée. En 1761 , le nombre était à peu près le même qu'en 17&7 : 12 théologiens de 3' année, 11 de 2* année, 13 de l** année, 14 physiciens, 21 logiciens, 8 rhétoriciens, 9 élèves de seconde, ^ de troisième, 12 de quatrième^ 1& théologiens anciens: en tout 123 étudiants. En 1769, 10 théologiens de 3* année, 11 de 2* année, 20 de l" année, 18 physiciens, 26 logiciens, 7 rhétoriciens, 11 élèves de seconde, 10 de troisième,

(i] Des consf raclions asseï considérables y aTaient été commencées dès 4770 { Annonces, a /pehei et avis dhen de ta Haute et Basse'Normandie, i770, p. 14). ■ Le 2S décembre dernier, Mg' rarclievéque fut visiter son séminaire de St-Nicaise et vit le nouvel établissement qui s*jr forme pour l'éducation des jeunes clercs de son diocèse. •

11 théologiens anciens: en tonl 12& étudiants.

Le régime suivi au séminaire Tut , surtout dans les commencements, d*une extrême rigueur. < On ne peut , dit Fauteur de la Notice , M. Duval , imaginer une vie plus pauvre et plus dure que celle que l*on y mena dans les premières années. Si on eu excepte Tassistance journalière au chœur, on pourroit la comparer à celle des religieux de la Trappe. On ne donnoit aux jeunes étudiants , avec rinstruction , que le logement, le Teu pour la cuisine et de la soupe maigre tous les jours ; ils se fournissoient le reste à peu de frais ; car le pain , avec quelques légumes, Taisoit tous leurs mets, et Teau du puits toute leur boisson.

« Quelques années après rétablissement , on apporta quelque modération. On donna un repas de viande deux jours par semaine. Mais la vie était toujours très- dure. Voici ce qu*on en a appris de feu M. Tircl, qui en sortit prêtre en 1693, et qui est mort curé de Tendes l'an 1730 : On se levoit à & heures. On étudioit en commun. On ne voyoit d'autre Tcu dans les plus grands froids que celui de la chandelle. On ne mangeoil de la viande qu'à un seul repas le dimanche, et le jeudi du lard aussi pour un repas seulement. On ne buvoit que l'eau du puits qu'on apportoit dans un seau au milieu du réfectoire, où chacun

alloit puiser, quand il avoit soir, sans en excepter même les supérieurs. »

La pension des étudiants avait été fixée, jus^ qu*en 1723, à &0 liv. par an, ou 8 liv. par mois. Â partir de 172&, elle Tut réduite, pour les théologiens , à 30 liv. par an. On la porta à 50 liv. en 1737 , et ce chiffre devint la règle pour tous en illiO. Eu i7&l , la cherté des vivres obligea à Taugmenter. On fit payer aux uns 100 liv., aux autres 120 liv., à quelques-uns enfin 150 liv. Mais dès 17/i2 , on ne demanda plus à chaque étudiant que 10 liv. par mois , et ce ne Tut pas sans peine qu'on put les obtenir. Nous ignorons le prix de la pension dans la seconde moitié du XVIII* siècle ; les Tableaux de Rouen de 1775 et 1779 se contentent de constater qu*il était Tort modique.

Les petits séminaires n'étaient destinés qu'à un nombre déterminé d'étudiants pauvres, et ceux de Rouen s'en trouvaient strictement exclus. Ainsi conçue , l'œuvre de Mg^ Colbert aurait été incomplète s'il n'avait établi , indépendamment des séminaires, des salles d'étude à l'usage des écoliers de la ville, et n'avait nommé des maîtres pour les instruire. Les conférences (ce Tut le nom qu'on donna à cette institution nouvelle, à cause de l'analogie qu'elle présentait avec les conrérences

eeclésiastiqiies étaUies dans chaque doyeniié ) se tinrent d*abonl au presbytère de St-Maclon , sons la conduite et rinapeclloD de H. dément, curé de cette paroisse, depuis é?èque de Périgueni, auquel s'associèrent MM. Marque et Le Fcbvre- Rose, qui devinrent, le premier curé de Thion- Tille, le second curé de Cliponville. Vers 1G96, 11. Duval (1) Tnl nommé supérieur des maftres de conférences ; il vivait avec eux en eommunauté dans une maison louée à cette intention. Il eut pour successeur M. Heuzé , curé de Nenvillele-Pollet Plusieurs de ces maftres conservèrent une généreuse ardeur pour la propagation de renseignement populaire: M. Heuzé fonda une école pour les garçons du PoUet , M. Le Febvre-Rose contribua à la fondation des écoles des sœurs d'Rrnemont à Cliponville et à Darnétal.

Du temps de M. Heuzé, ta maison de la communauté des maîtres de conférences était située dans la rue St-Godard. De là , les ecclésiastiques chargés de rinstruction se dispersaient chaque jour dans les salles d'étude qui avaient été louées dans les différents quartiers de la ville. Les étudiants s'y rendaient dès le matin et y passaient toute la journée à travailler jusqu'à sept heures

(I) M. Dafal , mort euré de Beia eo 17ÀS.

du soir, excepté le temps où se faisait la elasae au collège et une heure qu'on leur donnait pour allor dtnercliez qui. Sous Mg' d'Âubigné, les conrérences 09 se firent plus que pour les hautes classes , non plus dans des maisons particulières , mais dans une des salles des petits séminaires. Bientôt elles tombèrent tout-à-fait par suite de Tétat de gène auquel ces établissements Turent réduits. Mg' de Saulx Tavanes les rétablit en 1785 pour les humanistes et les théologiens.

Après la suppression des Jésuites « il s*opéra un important changement dans les petits séminaires. Jusque-là les étudiants avaient suivi les cours du collège. Quand ces religieux eurent été expulsés, le Parlement, profitant delà Taiblesse du Gouvernement, mit la main sur la direction du collège et supprima le cours de théologie. Son usurpation Tut , il est vrai, de peu de durée. L'influence du clergé remporta ; les cours de théologie furent rétablis, et Tautorité royale dressa elle-même le règlement des études scolaires. Dans Tintervalle, Mg' de La Rocheroucauld avait établi au séminaire de St-Nicaise une classe de théologie. Elle avait lieu dans une salle qui donnait sur la rue , en sorte que les théologiens externes pouvaient y être admis sans entrer dans le séminaire et sans avoir de rapports trop directs avec

les séminaristes. Cet eiise^;iieiDeDt , après atoir été interrompu quelque temps à b suite de la nouvelle organisation du collège , Tut rétabli ; on fit plus , on créa au séminaire des classes à partir de la quatrième. Dès-lors , cette maison De Tut antre chose qn*un collège pounru de professeurs particuliers, mais destiné toujours aux jeunes gens pauvres de la campagne qui aspiraient aux ordres sacrés. Il dut en résulter nécessairement une diminution assez notable dans le nombre des élèves du collège de Rouen , que d*autres causes, d*ailleurs, tendirent à restreindre.

Dans les dernières années, à part les bourses, à r^rd desquelles il Tallait se couronner aux contrats de Tondation, on n*était admis aux petits séminaires que par la voie du cx>ncours et à la condition d'être né dans le diocèse (1). Les moins favorisés de la fortune , à mérite ^1 , obtenaient la préférence sur les autres concurrents. Une fois

'V, Tableaux de Rouen, — ÀRUonees, a fiches etaviê divers de la Haute ei Basse- Sormandie, i76&, p. 72. « Il t a au sémioaire de St-Nicaise deui places gratuites pour la logique à donner au concours, de la fondation de Tcu M. Mirauil pour les sujets de la ville de Rouen. La compcsiiion se Tcra le 9 octobre prochain, à 7 heures du matin.» — 17C5, p. 278: • Le concours pour les plact-s qui sont à remplir au séminaire S(-Nicaise se fera le vendredi 11 octobre prochain... Il y a une place grainile pour les enfjnts de la fille de Rouen, fondée par feu M. Micbault, marchand de la ville, qui se donnera au concours comme le autres places. •

admis, ils pouvaient faire toutes leurs classes moycnnaut une pension peu onéreuse pour leurs ramilles, et qui allait en diminuant, à mesure qu'ils avançaient dans leurs éludes.

Vers 1780, le nombre des directeurs était de six ; il y avait, en outre, sii maîtres de quartier. Ce n'était pas sans difficulté qu'où parvenait à leur recrutement. Le supérieur en faisait luimême la remarque dans un mémoire adressé par lui à rarcbcvôquc : t Ceux qui avaient les talents nécessaires pour ces sortes de places n'en avaient pas toujours le goût. Plusieurs môme les avaient refusées en difTérentes circonstances. D'autres encore n'étaient pas toujours assez morts à eux-mêmes pour sacrifler leur jeunesse et souvent leur santé sans aucune espérance de retour. »

Le séminaire de St-Nicaise s'honorait d'avoir compté parmi ses élèves M. Jouas Otter, suédois, de Chrislianstad en Scanie. M. Guyon , qui fut chargé par intérim des affaires de France à la cour de Suède en 1728, le ramena avec quelques autres Suédois catholiques ou désireux de le de* venir. Otter était alors âgé de dix -huit ans; il avait fait avec distinction ses études à l'Université d'Upsal. Le cardinal de Fleury s'intéressa à lui et le flt mettre en pension au séminaire St-

Nicaise , oè il pasn pris de trob am , s'occopaot à s'iDstniire des Tentés reUgieases et à se per fectionner dans la coDDai^ance des langues ancieoDes et modernes. Il fit abjuration do lothéranisme , dans la chapelle do séminaire , le joar de r Assomption 1729. Après ayoir passé un an à St-Solplce où ra?ait mis le cardinal, pour Rassurer sMl aurait la vocation ecclésiastique, il fat placé à Paris au bureau des postes, retint à RouéQ étudier Tespagnol, et Tut envoyé, en f7S&, par AL de Maurepas, à Constantinople et de là à Ispaban où il apprit le persan. Il a donnée au public une relation de son voyage qui dura ptë& de deux ans. De retour en France, en 17&3, Il fut placé à la bibliothèque du roi , nommé professeur de langues orientales en remplacement de Fromond et membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres. Il mourut le 26 septembre 17/i8, à la maison de campagne de M. Bignon, proche Meulan. M. Buré, supérieur du séminaire de St-Nicaise, entra par lui en relation avec le cardinal de Fleury et Tut redevable à la protection de son ancien élève de précieuses faveurs pour la maison qu'il dirigeait (1).

(i) Cfl pour rbktoire du séminaire St*Nicaise, les archives de cet élablbiMMiU dépotées mii arcfarvet de la Seiiie-InC

Collège proUêtant à Quevitly. ^ Les Protestaots qni a?aieDt à Quevilly un temple célèbre par soo architecture , y avaient aussi de petites écoles et un collège dont Fimportance se trouve révélée par Tarticle suivant des Ëtats de la province de Normandie , de Tannée 1655 :

« Encore que par les édictz de pacification les gens de la R. P. R. ne puissent tenir que des petites écoles sur les lieux où Texercice de la dite religion leur est permis, ils ont depuis quelque temps entrepris de tenir un collège à diverses classes ou plus tost un séminaire où ils reçoivent pensionnaires de tous âges qu'ils instruisent en toutes sortes de sciences, dans leur créance et ce à Quevilly, à la veue de la capitale de votre province de Normandie, par émulation du collège archiépiscopal de votre ville de Rouen , au scandale de toute TÉglize et mépris des édits lesquels ne leur accordant que la Tacultè d'instruire à lire et à écrire en maisons privées sur les lieux de leurs prêches , F Église attend de la piété de V. M. qu'elle condamne cette entreprise et défende cette académie sous peine de perturbation du repos public : Sire, défendez l'exercice du collège de Quevilly. »

Nous ignorons s'il fut fait droit à cette récla-

matioD. Toutes les recherches qae noos avons Taites pour nous renseigner sur l'importance et la durée de cet établissement sont demeurées sans résultat (1).

(il Cahier des ÊUlt de 1655. ^ M. Floquet, HUîmre du Parlement de Normandie,

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