CHAPITRE III
COMMUNAUTES INSTITUEES POUR L INSTRUCTION GRATUITB DES FILLES , URSL1.INE8 , CONGRÉGATION DE NOTRE- DAME , SGEURS GRISES , SCBURS DE LA PROVIDENCE , SCBURS D'ERNEMONT.
Ce qu'écrivait Fénelon en 1687 est de nature à faire croire qu'à cette grande époque de culture littéraire, rignorance était encore le partage de la plupart des femmes, même de celles qui appartenaient à la haute classe de la société : • Rien , t disait-il , n'est plus négligé que l'éducation des c filles. La coutume et le caprice y décident sout vent de tout. On suppose qu'on doit donner f à ce sexe peu d'instruction. L'éducation des « garçons passe pour une des principales affaires, « par rapport au bien public, et quoique on n'y t fasse guères moins de fautes que dans celle des c filles, du moins on est persuadé qu'il faut beau- • coup plus de lumière pour y réussir. Pour les
c filles, dit-on, il ne faut pas qu'elles soient saf vantes. La curiosité les rend vaines et préf cieuses ; il suiDt qu'elles sachent gouverner un c jour leurs ménages et obéir à leurs maris sans c raisonner. » Nous respectons trop Tautorilé de Fénelon pour ne pas ajouter une foi entière à son témoignage. Il importe toutefois de n'en pas exagérer la portée (1), et il nous parait juste,
(1) Ce serait une erreur de penser, avec M. Vollet de Virirille, Uittoire de rinstruction publique , p. 213 , qu'à Tépoque où parui le Traité de C Education des filles , t la doctrine universelle de nos aïeux, sur l'important problème de l'éducation des femmes, se bornait au programme d'Arnolphe dans V École des Femmes. » — L'opinion d'Arnolphe n'était plus celle de la société qu'il faisait rire ; Molière , qui a créé ce {lersonnnge , en a donné la contre-partie dans sa cométlie des Précieuses ridicules ^ où il raille le penchant qu^on remarquait alors cbei un certain nombre de femmes à s'éprendre d'une admiration outrée pour la science et le bel esprit« En province et dans une sphère inférieure à celle à laquelle appartient ce dernier tvpc, on peut fbcilemcnt constater, pour peu qu'on ait Poccasion de parcourir la collection des pièces conservées dans nos dépôts publics, qu^aii XVIl* siècle un très-grand nombre de femmes avaient reçu tout au moins une ébauche d'instruction et que la science de la lecture et de récriture était parmi elles assez répandue. Une pièce imprimée à Rouen, en 1006, el Intitulée: Discours tragiequect lamentable de la cruauté inhumaine d'une femme veuve, nous représente la Glle d*un paysan aisé de la Basse-Normandie h qui ses parents avaient procuré, en l'envoyant à l'école, une instruction au-dessus de son rang» • ooatraitement à l'avis du sieur de Marcou ville, qui blftmc en son livre ki trop grande science des femmes. > (Pièce reproduite dans le Bibliophile français de M"* Bachclin-Deflorenne, déc 18620 Qoant à Tortlio- «graphe, pour laquelle uous sommes devenus fort exigeants, et qnt
tout eD admettant les dérauts que l'illustre prélat signale dans son Traité de l'Éducation des filles, de reconnaître que , sur ce point , comme sur beaucoup d'autres, il s'était accompli un progrès très-marqué pendant le cours du XVII® siècle. Ce progrès commença par l'Italie. Ce Tut là que Tut créé le premier institut qui ait fait de l'instrucfion chrétienne et gratuite des filles le principal objet de ses soins. Ce fait est à noter. Il n'a pas son équivalent au moyen-âge. A très* peu d'exceptions près, on ne trouvera pas, en cfTct, qu'il y ait eu, antérieurement au XVII' siècle, d'écoles de filles dans les monastères. Quelques auteurs protestants ont , il est vrai , prétendu le contraire pour avoir sujet de reprendre dans les institutions monastiques une déviation de leur but primitif et véritable. Malgré ce qu'ils ont écrit, il reste prouvé que les monastères n'avaient point, à l'origine, pour destination de
la grammaires et les dicUonnaires , répandus aujourd*hui à profusion, permellent à lous d'étudier et de connaître dans sa perfection, elle était onbersellement négligée, même par d'excellents auteurs. On ne saurait croire de combien d'incorrections les ont débarrassés leurs éditeurs. Il est d^ttilleurs juste de dire que les règles eu étaient encore incer laines. M. Legoufé « dans son Histoire morale des femmes , p. 883 , écrit ! « Nos alealcs ne savaient pas lire. L'ignorance était une distinctioo de plas chei les femmes nobles. • Je crois qu'il siTait très co pciM pour kt proiifer.
scnrir d'écoles oq de pensionnats à la jeunesse, mais d'offrir un asile pour la prière et la mortification aux personnes qui voulaient se consacrer à Dieu d'une manière particulière. Au XYI* siècle, il s'opéra un changement considérable à cet égard (1). Sainte Thérèse, dont la mission fut de rétablir dans sa pureté la vie contemplative, n'avait pas laissé cepeudant de se montrer trèspréoccupée de l'utilité des écoles do filles (2).
Avant elle et dès i5â7, la bienheureuse Angèle , quoique sortie des rangs du peuple , orpheline et sans appui, avait jeté à Brescia, sous le patronage de sainte Ursule , les Tondements d'un ordre dont le but était de vaquer gratuitement à l'instruction des jeuues filles , de leur enseigner les vérités de la religion et de les Tonner à la pratique des vertus chrétiennes (3). Le pape
(i) C'est on poiot que Schatenus s*est appliqué à prouver, V. Ifs Bollanditiet^ Aeta ianetorum , octobre, t Mil , p. 205 : c Id affirmât auctor monialium cœnobiis nullas unquam scholas née doceodi munus adjuncla fuisse* >
(2} 10., p. iik, 2^8.
(3) M. Legouvé , que nous nous sommes permis de contredire dans une note insérée à la page précédente, a tu juste, en appréciant ainsi rétablissement des Ursulines : t Une jeune fille en Italie et une jeune veufe en France formèrent presque en même temps (c'esl-ft-dire ft plus d*un demi-siècled*inter?alle), le projet d'élercr des jeunes filles et des institutrices déjeunes filles, (aironiqut da VnuUnes , U I, ch. l) Ce n'était rien moins qu'une réfoluUoo, et, cbose aaseï rare.
Paol III approuva cette institution. Saint Charles Borromée l'honora de son estime et en tira un singulier profit, non-seulement pour l'éducation des jeunes personnes de son diocèse , mais aussi pour le soulagement des pauvres et des malades, surtout pendant la Tameuse peste de Milan. Le peuple ne lui refusa pas non plus sa faveur. On appelait communément la congrégation des filles et des veuves de sainte Ursule, ta divine et sainte Compagnie. Pendant longtemps , elles vécurent sans clôture. C'est ainsi qu'elles furent connues d'abord en France, lorsque M"* Françoise de Bermont les introduisit en Provence après avoir obtenu des bulles pour ce sujet du pape Clément VIII. A son exemple , des personnes zélées se concertèrent en vue de l'instruction charitable de la jeunesse et adoptèrent même, en certains lieux , le nom d'Ursulines. On trouve la trace de ces pieuses associations qui furent comme le germe ou le prélude de communautés régulières dans plusieurs villes du diocèse de Rouen, notamment
celles qui la firent la comprenaient: • Il Tant, disaient-elles, renouveler par la petite jeunesse ce monde corrompu ; les jeunes réformeront leurs familles; leurs familles réformeront leurs provinces; leurs provinces réformeront le monde. > — Nouvelle par son but, cette institution le fut par ses règles. Pas de rigueurs excessives, pas de jours consacrés tout entiers à la prière et aui oisives extases. Une de leurs patronnes fut Marie la Travailleuse. » {HUtoire moralt des femmes , p. S8d).
à Pootoiae, i Goaroa;, i Gisors. P«ot>ètre aussi poomit-oD dter Rouen où mm» foyoos le 1001 de me des MmUres9e$ sabrthvé aa Bom de me Tamsée fers h fio do XTI* siècle.
Les Ursolioes étaieol certaioemeot à Paris dès 1608w Mais elles manquaient de celte discipUoe sans laquelle il peut y avoir de nobles efforts individuels, mais point d^oravres durables. Elles la reçurent d'une femme qui fut la digne émule de M** Acarie, dont elle était la cousine etTamie, de Madeleine L'Huillicr, veuTe de M. Le Roui de Sainte*Beuve , normand d'origine et conseiller au Parlement de Paris. Elle eut pour inspirateurs, après M** Acarie , le recteur du noviciat des Jésuites de Paris, un autre jésuite, le P. Gontery, et trois ecclésiastiques de la maison de Soribonne, également réputés pour leur savoir, Tint^rité de leurs mœurs et leur expérience de la vie spirituelle (1) : Guillaume Geslin, du diocèse d'Angers, Jacques Gallemant, de celui de Rouen, et Thomas Gallol, de celui de Cou tances. C'est à elle que revient rbonneur d'avoir fait de la compagnie de S**-Ursnle, en France, un véritable ordre re-
(i) « Verbi Dei concionu tores, erudiiioni que bude, viiae iulcgrita!e et obierfanlis regularis pcri i.i praestantes. • Ce sont les terme) de la bulle de Paul V. — Arch« de la S^'ioe-lnf. Fonds des Ur>ullaes de nooen*
ligieui astreint à la clôture et placé sons la règle rëronnée de saint Angustin. Le pape Paul Y approuva cet établissement par une bulle datée de Tusculum, ides de juin 1612, qui autorisa les Ursulines à s'engager par un vœu spécial à la profession de renseignement, en outre des trois vœu:^ ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. La même permission Tut étendue par Urbain Vlll à tous les couvents d'UrsuIines de France (1).
Cet ordre pénétra dans le diocèse de Rouen , au commencement du XVII^ siècle , peu d'année3 après rétablissement du couvent de Paris , et ce n*est pas un des moindres mérites de Tépiscopat de François P' de Harlay de l'avoir Tavorisé. Il répondait , du reste , à un besoin si sérieux que d'autres communautés fondées à l'origine dans un but différent , s'étaient vues dans la nécessité de se consacrer à l'enseignement, les échevins Taisant de l'acceptation de cette tâche une condition rigoureuse de leur admission ou de la protection qu'elles réclamaient (2).
(1) Le 23 féfricr 1625 « un contrat d*ailiance, union et conformité, fut conclu entre le couvent de Nevcrs et celui de Paris ; cet eiemple ne tarda pas à être suivi pr les autres couvents qui s*étaient fondés Sur le modt'le de ceux d*Italie. ( Ibid. )
(2) Une délibération de THôtel-de-Ville de Rouen, pour nous en
Les Ursulines s^établirent d*abord à Pontoîse, bientôt après à Rouen , à Eu, à Dieppe, à Gisors, à Gournay, à Magny , et en dernier lien à Elbeuf.
L'établissement de Pontoisc commença en 1600. Jacques Gallcmant, curé d'Aumalc, étant vena en celte ville prêcher l'Avent en 1599 et le Carême en 1600, fut scandalisé de la mauvaise tenue des petites écoles , où les garçons et les filles étaient admises confusément et recevaient une éducation peu chrétienne ; il sépara les uns des
tenir à un exemple, nous prouve que les Béguines avaient fini par se prêter à satisralrc à cet égard au vœu général. Aussi le conseil de la ville les soutint-il contre une sceur nommée Gobelin , religieuse professe de Tordre de St-Denott en Pabbaye de St-Aroand , et comme il s'était mis par là en opposition avec M. de La Vrillière, secrétaire d*État , il s*eicusa du mieux qu'il put , en déclarant c qu*il n'avait eu d'autre intention que de supplier le roi de maintenir les Béguines rn possession de leur maison, pour y vivre selon les anciens statuts à instruire la jeunesse, ainsi qu'elles avaient fait par le passé. •
17 nov. 1633. Arcli. municipales, A. 25, î* 53 % — Les religieuses de la Visitation de S'«-Marie , fondées à Annecy par saint Françoisdc-Salcs, furent accueillies à Rouen en 4630, comme se destinant à renseignement, but secondaire pour elles, mais capital pour le public c Elles y furent reçues avec tel contentement des habitants, que les meilleures familles y mirent leurs filles et qu'il s'en présenta bientôt plus qu'elles n'en pouvoienl admettre d'après les règles de leur fnMiiut, ce qui engagea le roi à autoriser l'érection d'une seconde maison par lettres du 26 décembre 1661. > ~ Arcb. de la ville de Rouen, A. 25, f** 670. — Le premier couvent était au haut de la rue Beauvoisine, le second près des Capucins. — Comme ces sœurs n'avaient que des internats, nous ne les avons pas comprit dans notre étude.
autres ; il confia les garçons à des maîtres c dignes de cet employ si important et si divin > , et forma pour Tinstruction des filles une association composée , à Torigine , de quatre maîtresses vertueuses , Nicolle Pelletier , Agnès des Lyons , Jeanne Béai et Mai^erite Marié. Le cardinal de Bourbon , deuxième du nom , archevêque de Bouen, approuva celle association le 2 août 1603. Le cardinal de Joyeuse , son successeur , pour la rendre plus solide, permit, en 161 i> aux filles qui en Taisaient partie de garder la clôture et de faire célébrer la messe chez elles. Il leur assigna, trois ans après, un fonds de 2/1,000 livres pour Tentretien perpétuel de douze maltresses. En 16i6, Mg' François de Harlay les obligea à prendre Thabit et à faire les vœux des Ursulines. Elles s'adressèrent alors au premier monastère de Paris qui leur envoya aussitôt , sous la conduite de H. Gallemant, quelques sujets pour les former à Tesprit de leur institut. La réussite fut telle qu'à leur tour les Ursulines de Pontoise fournirent des religieuses pour la fondation de sept couvents : Gisors , Falaise , Bayeux , Évreux , Mantes , Clermont -en-Beau vaisis et Poissy (1).
ri) Arcb. Seine-Inf. — Fonds de Tarcbev. D. Toussaints Duplessis, Description de la Haute-Normandie , t I. — La Vie du vénérable priêtie de J,'C M. Jacques Gallemant, par Placide Gallemanl,
A Ea, les Ursolines ptraissent à pea près dans le même temps. Dès avant 1615 , six jûeoses filles de cette ville (1) s*élaleDt associées pour fonder, sous Tautorité da pape et de Tarchevéque et avec le bon plaisir de Catherine de Clèves, une maison de religieuses sous le nom de S**-Harie et de S^'-Ursole. Elles donnèrent à la future communauté, représentée et stipulant par les plus notables bourgeois de la ville, Tune une maison, d'antres quelques pièces de terre, d'autres quelques rentes. La comtesse d'Eu , non contente d'approuver cet établissement, voulut en devenir la fondatrice. « Meue du désir d'advancer l'honc neur de Dieu et pour la bonne affection qu'elle c portoit à ses vassaux et habitants du comté c et de la ville d'Eu, qui n'a voit aucun mona- « stère de filles pour servir à la dévotion de celles c qui voudroient être religieuses, après avoir
prédicateur récoliecl, p. àh. « Tous les monastères des Ursulines de France qui regardent celuy de Paris, comme la rodie dont ils ont pris leurs pierres fondamentales, regardent aussi M. Gallemant comme le principal architecte de leur bon heur. Et en particulier celuy de Pontoise , le respecte comme son appuy devant Dieu : et se souviendra long temps qu*il a été le premier aullicur de son établissement , et qu*il voulut luy-mesme y accompagner les religieuses de Paris dont Dieu se servit pour y |)orter ce saint institut. >
(i) FJIes se nommaient Isabeau Le Berruycr, Nicollc Dumasiz, Margoerite Mittard, Andrée Delattrr, Jeanne de Beaufils, Barbe Duhamel.
sceu , recoDgneu les grands fruits que feisoient à Paris les religieuses de S**-Ursule, approuvées nouvellement du Saint-Siège sous la règle de saint Augustin , et Tinstruction des filles grandement nécessaire pour le bien des âmes et la bonne conduite des maisons et familles qu'elles debvoient un jour gouverner, elle résolut, moyennant la grâce de Dieu, que, comme elle a voit fondé avec M. de Guise, son trèshonoré mary, le collège des Jésuites pour instruire les escoliers de ladicte ville d'Eu, d'y fonder aussi un monastère de religieuses de S*' Ursulle pour rinstruction des jeunes filles. » En conséquence , elle leur donna, par contrat du 23 juin 1616, 300 livres de rente annuelle pour l'entretien de trois religieuses. Les Ursulines du faubourg St-Jacques de Paris acceptèrçqt cette donation et se firent représenter, dans cette circonstance, par leur supérieur général, M. Gallemant, qui pourrait bien avoir été rinstigatcur de cette bonne œuvre. La Duchesse, par deux autres donations, du 8 août 1618 et du \k juin 162/i, porta le revenu des Ursulines d'Eu à 800 livres ; le 3 août 1619 , elle approuva la résignation faite en leur faveur, par M* François Mithon, de la chapelle St-Thomas au Bourgdault , dont elle avait le patronage. Enfin, Henri de
LorraiDe, duc de Guise, prince de Joinville, leur donna 5,000 bûches à prendre chaque année en la forêt d'Eu (1).
Lés commencements du couvent des Ursulines de Rouen Turent plus pénibles. Vers 1615, le cardinal de Joyeuse les avait appelées et leur avait fait don du collège des Bons-EnTants. Mais les échevins refusèrent de les admettre, se prétendant surchargés de communautés. &00 maisons, disaiton (on ne regardait pas à Texactitude du chiffre), avaient été absorbées depuis peu d'années pour rétablissement de couvents, et il était à craindre, si on n'y veillait, que la ville, resserrée dans une étroite enceinte de murailles, ne finit par devenir déserte. Les gens de main-morte auraient remplacé les marchands et les contribuables.
(!) Arch. de laSeine-Infl D. 32&et suit.— Dom ToossainlsDuplessis, Description de la Haute^Normandie ^ U I, p. 74 : « Leur chapelle porte le nom de la S**-Vier^ et elles ont en grande Ténération la mémoire d'une de leurs religieuses , nommte Marie Canlel , morte en 1623 , pendant son noviciat. Elles mirent le corps de cette fille dans un cercueil de plomb, parce qu'elles n'a?oient point encore de cimetière. Le 2li janvier 16il0, on ouvrit ce cercueil où le corps se trouva entier « flexible et maniable. •
Visite extraordinaire de la maison de S**-Ursule d'Eu , par^M. An. toine Gaulde , docteur de Sorbonne, grand-vicaire de Monseigneur, 40 septembre i%h% : « Avons ordonné que la maîtresse supérieure choisira des maîtresses d'escboles capables de bien enseigner et de donner les instrucUons spirituelles aax petites filles , afin qu'elles
Cette crainte ne parait guère sérieuse. Si Topposition des magistrats municipaux se concevait à regard de communautés dont le but était exclusivement religieux, rien ne la justifiait à T^ard d'une congrégation vouée à un but aussi pratique que Test Tinstruction gratuite des enfants, à moins de songer à y pourvoir d*une autre manière (1 ). Or, c'est de quoi la ville ne se préoccupait pas, s'étant toujours montrée très-négligente, même pour l'éducation des garçons. Presque tout ce qui s'est fait en faveur de l'instruction publique avant 1789, a eu lieu sans sa participation et parfois en dépit d'elle, et à ce point de vue , nos administrations municipales n'ont certainement pas à recevoir de leçons du passé. Les difficultés
ne soient pas eslerées dans Tesprit de vanité , et deffenses sont faites de passer des lettres au di*hors par les petites filles sous peine d^excommunication. » — Ordonnance de Mg' Colbert, dans le cours de sa visite, SO octobre 1663 : a Ayant remarqué des articles Tort peu considérables et en petit nombre pour les aumônes, nous avons représenté aux religieuses (Ursulînes d*Eu) que si elles veulent attirer Ja miséricorde de Dieu sur leur monastère, il faut qu*elles fassent miséricorde aux pauvres et qu'elles soient persuadées que les monastères qui ont esté les plus illustres par leur piété et Tobservance régulière ont esté aussy les plus recommandables par leurs cbaritex envers les pauvreft« • 80 octobre 1682. Afch. de la Seinc-lnf. F. deTarchev.
(2) Arcb. dcrUôtel-de-VîiledeRouen. A. 23. DélibéraUon du 7 juillet 1617. — Les filles de sainte Ursule demandent à la ville de consentir à Pentérinement des lettres du roi pour leur établissement & Rouen ; refus formeU
qu'on sascita aux Ursulincs retardèrent leur établissement et les empêchèrent de profiter da doD qui leur avait été Tait du collège des Bons-Enraats. Toutefois , les échevins , ainsi que nous ravons vu, ne recueillirent pas la succession que les écoliers de Bebourt laissaient vacante. Louis XIII , d'accord avec Tarcbevèque, l'adjugea aux Feuillants. Les Ursulines, tolérées, bien que rebutées pendant plusieurs années, ne se découragèrent pas. Elles obtinrent une bulle du pape Paul Y, du 17 juin 1617, des lettres-patentes du roi du même mois , et firent , vers le même temps , approuver les statuts de leur ordre par le gràndvicaire de Tarcbevèque. S'étant de la sorte mises en r^le, elles attendirent patiemment, en Taisant le bien qui dépendait d'elles, que le Conseil de la ville revint à des dispositions plus favorables à leur égard. Mg^ François de Harlay n'hésita pas à les appuyer de son crédit et leur donna 2&,000 liv. , à condition qu'elles tiendraient gratuitement un collège pour les petites filles et leur apprendraient à servir Dieu. Mais quelque part que ce prélat ait prise à leur établissement, ce n'était pas à lui qu'elles en rapportaient le principal mérite.
Elles reconnaissaient, pour leur fondatrice, une dame Catherine BouUays, veuve de Jacques
(l'AcIaiu ville, eu son vivant, éobevin de la ville de Rouea, Ce fat cette dame qai , dans un but de piété , fit les démarches nécessaires poar leur établissement auquel présidèrent trois véiU gieuses du faubourg St-Jacques de Paris , qu*clle appela à cet effet. Comme on ne pouvait espérer de subventions de la ville, elle promit, par contrat du 12 juin 1619, de donner 8,000 liv. qui se-^ raient employées à Facbat d'une maison conven* tuelle et 200 liv. de rente à perpétuité pour Tentretien et la nourriture d^uue religieuse à sa nomination et à celle de ses héritiers. Le 6 décembre de la même année, elle mil sa promesse à exécution en achetant, en son nom et en celui de son fils , Jacques d*Aclainville , deux corps de logis situés derrière les murs de St-Ouen, entre la rue de la Seille et la rue Pincedos^ auprès d'un jeu de paume assez achalandé, à renseigne du CkàteaU'-Rouge. On se hâta de les approprier du mieux qu'on put à leur destination de monastère ; on y construisit une chapelle, et peu à peu on compléta rétablissement par l'achat de quelques maisons du voisinage. Vers lâ/iO, les religieuses se trouvant à l'étroit, achetèrent un terrain dans les rues des Champs et de Coqueromont sur la paroisse St- Vivien. Le Parlement, par arrêt du 18 février 16/18, leur permit d'y
bftlir , à charge de ne point contlnaer à occuper leur couvent primitif près des murs de.St-Ouen. La gène les accompagna dans leur nouveau monastère. Les dettes contractées par le fils de leur fondatrice les exposèrent aux poursuites de ses créanciers et ne leur permirent pas de tirer le moindre avantage des legs et donations que sa mère leur avait faits ; il se trouva même, au bout de 50 ans de procès, que les libéralités de M"** d'Aclainville leur avaient été plus onéreuses que profitables. Le don que le roi leur fit de 3,000 liv. et d*un trésor de 8,500 liv., qu'un ouvrier avait découvert en creusant leur fontaine, une quête générale par la ville, Taisent qui leur revint de la vente de leurs maisons , toutes ces ressources réunies les mirent en état d'acquitter leurs dettes et de couvrir les frais de construction de leurs nouveaux bâtiments qui s'élevaient à plus de 85,000 liv. La fortune est une cause si active de décadence dans les communautés religieuses, elle se concilie si difficilement avec Tesprit de dévouement qui doit les animer, qu'on ne saurait considérer comme un malheur pour ces sœurs les revers qui leur arrivèrent alors, et qui ne leur furent point épargnés dans la suite. A la fin du XVII* siècle (en 1690), un incendie consuma leurs maisons contiguês aux
mars dé St-Ooen. Dix-sept ans après , elles éproaTèreot une fafllite par suite de riofidélité de leur bomme d*afiaires. Elles durent alors, dans leur détresse, implorer Tassistance et la pitié des maisons de leur ordre : • Nous sommes pressées de toutes parts, leur écrivaient-elles, et le peu de bien que nous avions est saisi. Quelle situation pour une communauté de 80 filles I Et que seroit*ce, si après avoir quitté le monde, nous étions obligées d'aller chercher un azile dans le monde même I Non , notre communauté en ayant servi à plusieurs religieuses de Tordre, dans les occasion^ du feu , de la peste , du bombardement et de la pauvreté, nous espérons que cela n'arrivera point. » Leur espérance ne fut point trompée. La charité publique leur vint en aide, et elles purent, après quelques années d'épreuve, sortir de cette position critique qui eut été fatale à une communauté d'une utilité moins évidente (i).
Les échevins étaient revenus depuis longtemps
(1) Aith. de la Seine-Inf. D. 407. — Arch. de l'HAtel-de-Ville de Rouen. Délibération du 16 août 1707 : c On prêtera aui Unalinet de Rouen pour un an & niuids de blé pour leur soutenir la Tie pendant quelque temps et les mettre en estât de continuer les escoles publiques qu'elles ont toujours entretenues et entretiennent encore tout les jours gratuitement pour rinstruction de la jeunesse. >>
de Icare préjugés ; ils s'applaudissaient de posséder une communauté, qui, seule entra tontes, faisait proression dMnstruire les jeunes filles (16&8) (1). Dans un acte public du 18 août 1668, ils attestèrent que • les Urselines s*acquittoient, « autant bien qu*on pouvoit le désirer, de Tin- « struction des jeunes filles , en leur enseignant t les maximes du véritable chrétien, à lire, écrire c et faire toutes sortes d'ouvrages de manière • que toute la ville avoit juste subject de satisfac- ^j^^on des peines, vigilances et soings qu'elles c pf^epoient pour leur instruction » (2) • -
Uaiitof>|jté archiépiscopale ne leur était pas moins favor^^le. En 1638, Mg* de Harlay leur avait permis, par exteuf û^n de leur institut, t d'instruire aux jours de fêtes et lUmanches les servantes et autres femmes et filles de la viUe, qui ïAen souvent, soit par nécessité ou autrement, étoient contraintes de demeurer dans l'ignorance des choses néces* saires au salut , » et il avait exhorté les pères
(i) 11 faut obsenrer cependant que la maison des Religieuses de saiut Joseph se proposait poar but • de servir à rinstniction et éducation des petites filles pauvres et orphelines pour apprendre des mestiers à gagner leurs vies et y eslre instruites à la crainte de Dieu, i Areb. de l'H6lel-de-Ville de Rouen. Délib. du Si août i672.
(2) Celte délibération porte les signatures de MIH. Duhamel, Langlois. Uulteau, J. Guenet, Fermanel et Crevcl.— Arcb. de la Seine-IuC D. A05.
— tilde fomilles à contribuer à \m aussi louable dessein. En i639, il avait fait de leur couvent c un asile pour les jeunes filles du diocèse pendant tout le temps que la nécessité des affaires pu* bliques forceroit de tenir en garnison à Rouen la gendarmerie dont il redoutoit pour elles Tinsolence. • Dans une autre occasion , en nommant une religieuse gratuite , suivant une prérogative attribuée à sa dignité, il se félicitait c d*avoir favorisé des soins de sa vigilance pastorale un institut ai recommandable et d'avoir considéré par dessus tous autres un employ qui faisoit jeter les semences de la vertu dans Tàme de la jeunesse pour les foire fructifier avec Taage dans les familles. » c Nous souhaitons, ajoutait-il, que le nombre de vos ouvriers et le lieu de leur résidence s'agrandisse à Tégal de la moisson qui s'accrott et multiplie. » En 1659 , son successeur rendit, dans une lettre imprimée , un témoignage public à leur innocence et à leur orthodoxie injustement et calomnieusement attaquées (1).
A Gisors , les Ursulines durent leur établissement à Marie Rupert , veuve d'un bourgeois nommé Jean Aubert (2). Elle s'occupa activement
(f ) Arch. de la Selne-Inf. D. 409.
(S) Nous serions asiei porté à aUribaer encore à Jacqaei Gallemant le premier essai qui fui lUl à Gison d*uDe école pabUque gratalle
— niée cette fondation dès 1610 , et obtint en sa faveur des lettres-patentes de Louis XIII , datées de Paris , 7 juin 1616. Le préambule de ces lettres mérite d*ètre cité comme une marque de cette renaissance de la ferveur religieuse qui commença pour la France au r^ne de Henri lY, et n'arriva à son plein développement que dans la première moitié du règne de Louis XIY : c Le c règne de feu de très-noble et heureuse mé- « moire le roy Henry-Ie-Grand, nostre trèsc honoré seigneur et père, ayant, entre autres c grâces , qui Tout rendu remarquable esté « signalé par le restablissement de Tanciennê f dévotion en plusieurs ordres religieux et par « plusieurs institutions très-utiles et de grande c édlGcation , le progrès de ces bonnes dispoc sitions fait quMl se présente journellement « des occasions qui nous portent à Timitation de « son zèle pour nous rendre aultant héritier de « sa piété que successeur de sa couronne. »
et chrétienne pour les filles. Placide Gallemant nous apprend que son oncle \int de Pontoise à Gisors prêcher TÂTent et le Carême, et quMl j fit infiniment de bien. La fondation d'écoles parait avoir été une de set principales préoccupations. A Auroale, il fonda le collège; à Paris, il contribua & rétablissement des Ursulines; à Pontoise, dès 1599 ou 1600, il réforma les écoles; à Harfleur et à Monti?illiers, il employa tous ses soins & procurer à la jeunesse ane instruction convenable*
Le Roi déclare ensuite < qu'il a esté bien et deuement informé par plusieurs personnes de vertu et probité du grand profit et utilité que apportent à ses sujets les congrégations assemblées depuis quelques temps sous le nom de la bienheureuse sainte Ursule pour vacquer à rinstruction des petites filles, à la piété, aux bonnes mœurs et aux exercices et occupations convenables à leur sexe et que lui-même reconnoit le grand fruict qui doibt réussir de la dicte instruction par le moyen de laquelle les semences de piété et vertu jetées de bonne heure dans les jeunes âmes, fortifiées et habituées en icelles par la bonne nourriture et éducation, espandront, vives après, des Truicts de bonne odeur en tous endroicts selon les diverses conditions auxquelles il plaira à la divine providence les appeler et réussiront à un très-grand bien. • En conséquence, il autorisa rétablissement à Gisors d'une communauté de filles et Temmes veuves et leur permit de se construire une maison, d'acquérir des biens et de recevoir des legs (1). Cependant, la communauté ne Tut instituée définitivement qu'en 1621. Trois Ursulines de Pontoise vinrent alors
(I) Arch« de la SeiDe-lnf. F. de la Chambre des Complet. Mémorial de Tannée 1080.
à Gisors pour former les filles, que Marie Ropert a?ait rassemblées, à l'esprit de TiD^tot. Elles prirent possession de la maison qui aidait été donnée par un conseiller clerc du bailliage , Denis Noël. Ce fut chez lui qu*elles furent d'abord reçues. L'archevêque François de Harlay les conduisit lui-même processionnellement à leor nonveau monastère, et il fut accompagné, dans cette cérémonie, par la princesse de Longoeville, corntesse de Gisors, par la dnchesse de la Rocbeguyon, par les marquises de Matignon et de Rotbelin et par plusieurs autres dames de baote distinction. Peu de jours après, la fondatrice prit rbabit religieux. Elle ne vécut guère que le temps nécessaire pour achever son oravre. Elle mourut en 16S5. Le monastère comptait au nombre de ses bienfaiteurs la princesse de Longueville, Gilbert Robillart , prieur de St-Onen de Gisors, et Catherine Desjardins qui donna une rente à charge de fournir une fois Tan un dtner aux prisonniers de la ville ( 28 août 1667 ) (1). , Les Ursulines s'introduisirent à Dieppe vers le. même temps. Le 27 septembre 1619, elles y ^tsient installées, bien qu'à un titre encore pré-
(1) D. Toussaints Duplesfis, Description de la Baute-Normamâie ^