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nombre de vingt-deux religieuses , en présence de M. Rose , vicaire-général de Mg^ de Saulx Tavanes (1).
Les Ursulines furent appelées de Rouen au Havre en 1627. Denis Barbey , écbevin de la ville , contribua plus que tout autre à leur fondation. Il acbeta, le 15 octobre de cette année , de Léonor de L'Hôpital , abbesse de Montivilliers , le prieuré de Notre-Dame de Bon-Secours. L'acquisition s*en fit au nom des Ursulines de . Rouen , mais le prix en fut payé par les religieuses du futur couvent , auxquelles Barbey donna, pour les aider, une somme de 600 liv., à charge à elles de nourrir et d'entretenir tout le temps de sa vie sa fille Marguerite, si elle faisait profession. Le contrat fut ratifié par Adrien Behotte, vicaire-général de l'archevêque. Le 26 juin 1630, Barbey fit un nouveau don aux Ursulines. H leur donna, à la stipulation d'Anne de l'Incarnation, supérieure de l'Ordre, en présence de Rémond Lerrel , docteur en théologie , curé du Havre, vicaire-général du diocèse et supérieur de la communauté, une maison située rue de Beauverger , c pour faire et rendre sa fille première principale et plus ample fondatrice, à charge , en
(i; D. ToossainU Dapleuis , Dtêcriptian de la Hmite-Normandie , t I , p. S7.
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outre , dUnstruire dans leur peusionnat Anne Cavelet, sa petite-fille, et de faire dire chaque jour, pendant trois ans, le Salve Regina. Ces sœurs obtinrent, au mois de juillet 1633, des lettres-patentes qui furent vérifiées au Parlement le 21 janvier 16&0, et des lettres de confirmation au mois d'août 1688 (1).
Les lettres-patentes qui autorisent le couvent de Magny sont de 1659 et ne furent enregistrées qu'en 1668. Mais ,Tétablissement est antérieur ; il date de 1639 ; il fut fondé par Catherine de Saveuses, comtesse de Buhy, veuve de Pierre de Hornay (!2). Il eut pour principal bienfaiteur le frère de Catherine de Saveuses, Charles de Saveuses, conseiller au Parlement de Paris, curé de St-Clair-sur-Epte , qui abandonna aux reli-
(i) Arch. de la Seine-Inf. D. 89& et tuiv. B. 97. LeUres-pateotei d^éUblissement en la fille du Havre des filles de la Congrégation de sainte Ursule : • Les filles et femmes veuAres de la Congrégation de sainte Ursulle ayant esté appellées de nostre Tille de Bouen pour s*habltuer et résider en nostre Tille Françoise de Grâce en la maison et place désignée par les abbesse et religieuses de l^abbaye de Monti- Tilllers qui s*en seroient désistées et départies en leur faTcur, du consentement do gouTemeur et habitans dudit Havre de Graoe et du sieur coadjuteur d*ATranches, Ticaire-général de TarcbeTéque de Bouen, etc.t ChanUlly, juillaïaSS.
(S) Née en 1593, mariée ft Pierre de Mornay, seigneur de Buby, sous-lieutenant des gens d'armes du roi ; inhumée à St-Sulpice le 17 féTrier 1668. Mémoire» du P. Bapin, p. A&5.
gieases le refeoa de ce bénéfice et leur doooa , en ootre^ plus de S0,000 lif. (1). On troaTera dans les Mémoires da P. Rapin , nooTeUement édités d'après le maoDscril aatograpbe, par M« LéoD AabîDeaa, des renseignements cnrieox sor les tentatiyes faites par Singlin et les gens de Port-Royal pour gagner an jansénisme la commananté de Magny , qui se trouvait alors privée de toat secours et plongée dans une extrême misère. Elle eut pour supérieure , à cette époque critique , Marie Bouffart , professe de Bouen , connue sous le nom de Marie de la Nativité , dont Téloge se trouve dans le Journal des illustres religieuses de Tordre de sainte Ursule. Quant au couvent du Grand- Andely, il fut fondé en 16&1 par les Ursulines de Gisors.
Le dernier en date dans le diocèse de Rouen est celui d'Elbenf-sur-Seine. 11 est de Tannée 16/i8. 11 fut fondé par Marie d'Espinay « dite sœur des Anges, religieuse professe des Ursulines
(1) Charles de Safeuses, fiJs de Louis, seignearde Bouqanifille, Dé ft Amiens en 1595 ; exerça la charge de conseiller au Parlement de Paris pendant quarante-un aa« ; mort le i*' juillet 1670 ; enterré dans Péglise des religieuses de VAte-àlaria. Ibid.^ 1 1, pt AA5 et suit. — Sa fie a été publiée par le P. Jean-Marie de Vemoii. Pans, 1578. — V. aossi les Chroniques de TOrdre des Ursulines de la mère de Pomnereu. Paris, 1666. — D. Touasaints Duplessis, Oascr^iion éé U BauU^Normandie , t II.
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de Gisors. Elle acheta , moyennant un prix de 7,000 liv. , des Bénédictines dn Yal-de-Grftce qui venaient de se transférer à Ronen , leur maison de la rue d'Elbeuf. Elles se concilièrent promptement la faveur du clergé et de la bourgeoisie et obtinrent des lettres-patentes de confirma* tion en décembre 1686 (1).
Les Ursulines, n'ayant pas en général beau* coup de revenus et ne pouvant mendier, s'étaient vues , conformément aux arrêts du Parlement , qui autorisaient leurs établissements, obligées à n'admettre de religieuses que moyennant des dots plus ou moins considérables. Cette circonstance explique pourquoi on rencontre un assez grand nombre de noms nobiliaires parmi les religieuses de cet ordre. Le roi fit souvent choix de couvents d'Ursulines pour Tinstruction des jeunes filles la R. P. R. dont il payait la pension. On y envoya aussi , sous le r^ne de Louis XIY , des demoiselles de St-Cyr. Nous en rencontrons notanmient aux couvents d'Eu et d'Elbeuf. A ce propos, nous rappellerons que la première coadjutrice de M"" de Maintenon pour l'établissement de la maison de St-Cyr fut une Ursuline , d'ori* giue normande, M^^* de Briuon.
(i) Arch. de la Seme-Inr. D. 871 et saiT.
Quelques documents permettrout de juger des services que ces religieuses furent appelées à rendre. A Dieppe, vers la fin du XYIP siècle, sur 55 religieuses, 15 se consacraient exclusivement à Téducation des jeunes filles, dont le nombre variait entre &00 ou 500 (1). A Rouen, vers 1630, onze ans environ après leur établissement, les Ursulines avaient &00 élèves, auxquelles elles montraient c sans salaire à lire et à écrire, outre toutes sortes d* ouvrages bonnestes. » En 1665, elles étaient 61 religieuses, dont 25 ou 30 s'employaient à Tinstruction des petites filles, tant internes qu'externes. En 1690, leur nombre s'élevait à 75 , dont kO se consacraient à renseignement. Le nombre des élèves était à peu près le même qu'en 1630. Les religieuses fournissaient gratuitement les livres et les métiers nécessaires pour l'éducation et l'apprentissage des écolières (3). A Elbeuf, en 1686, elles étaient 30 professes et 15 pensionnaires c exerçant les fonctions de leur institut avec autant de régularité que de piété, enseignant tous les jours la jeunesse dans leurs écoles et instruisant les nouvelles converties avec une application particulière au contentement et satisfac-
(i) Arch. de ta Seine-Ini; D. 8&0.
(1) Ibi<L D. AOA.
tioD d'un chacun. • Uenquête qui Tut faite à FoccasioD des lettres-patentes qu'elles sollicitèrent et qu'elles obtinrent, donna Heu de constater publiquement et de la manière la plus flatteuse les services que la ville en recevait. Ecclésiastiques et notables furent unanimes pour déclarer que rétablissement des Ursulines présentait « une utilité incontestable parce que le bourg était rempli de protestants et que Mg' d*Évreux , défendant strictement au\ prêtres et aux laïques de tenir écoles pour les filles, leur maison était la seule où la noblesse des environs pût envoyer ses enfants pour leur donner l'instruction (1). >
Indépendamment des élèves externes , les Ursulines avaient des pensionnaires. Une ordonnance de Mg' Colbert, coadjuteurde Rouen, défendit aux Ursulines de la ville d'Eu d'en recevoir au-dessous de 15 ans et d'en garder au-dessus de 18 sans avoir obtenu sa permission (30 octobre 1682 ) (2) .
Nous ne terminerons pas ce court exposé des divers établissements des Ursulines dans la Haute- Normandie , sans rappeler deux faits qui font le plus grand honneur à ces religieuses. En 1639,
(i) Ardu debSeine-Inf.« D. S71.
(S) Ibid. F. de rArcherèdié.
— Mêla commanauté de Dieppe envoya trois sœurs à Québec pour y établir un couvenl; Tune d'elles était la sœur Cécile de S^'-Croix, à laquelle Tarcbevéque permit (!2& avril 1639) d'accompagner les religieuses de Tours qui se rendaient à la Nouvelle-France, sous la conduite de M'"'' de La Pelterie (1). D'autres sœurs de la maison de Rouen furent désignées pour cette lointaine et périlleuse expédition. Près d'un siècle après, en 1727, le monastère de Rouen fournit encore quelques sujets pour la fondation d'un couvent dans une autre partie de l'Amérique, explorée quelques années auparavant par le rouennais Cavelier de La Salle, et qui fut appelée la Louisiane (2).
Après les Ursulines viennent les filles de la Congrégation de Notre-Dame qui reconnaissent pour fondateur le bienheureux Pierre Fourier , curé de Mattaincourt en Lorraine. Leur but
(1) Les Jésuites, avant elles, y aTaient Tonde une résidence. En 1C53, une femme de la ville d*Eu donna à ces Pères une renie annuelle pour marier un sauvage Huron et pour pourvoir à Pomemenlation de la chapelle des sauvages Uurons. — Ibid, Registres des insinuations du bailliage d*Eu.
(2) Le récit de leur voyage a été réimprimé récemment par la Société des Bibliophiles normands, — On conserve aux Archives de la Seine-Inrérieure la permission accordée par Tarchevéque à sœur Cécile de La Croii, et la copie d*une lettre que cette sœur écrivit pour rendre compte de son voyage.
principal était rinstruction gratuite des Qlles. Lp partie de leurs statuts (1) qui coucerne cet objet mérite d'ôtre citée : « Ces religieuses et filles pensaut souvent à la nécessité de Finstruction de la jeunesse en ces siècles si pervers et si dangereux , à Timportance de bien dresser les petites filles de bonne heure pour quelque jour se gouverner sainctement et leurs ramilles, à la dignité de ceste Tonction et au grand sallaire que N. S. lui préparc, elles tascherout d'y emploier le principal de leurs estudes, et ce avccques plus de soing, diligeuce et fidélité que possible leur sera et soubz les meilleures observances et méthodes dont elles se pourront adviser.
« Elles s'obligent de recevoir en leurs escoles les petites filles externes de la ville qui se présenteront, sans en demander aucun sallaire
leur monstreront à lire et escrire et à travailler es ouvrages bonnestes, utilles et propres à des filles bien nées.
c Cette instruction se fera en une grande salle ou classes basties dans le pourpris et première
(i) Les statuts de la Congrégation de Notre-Dame Turent approuvé» par le pape Paul V le i*' Tévricr 1G16, à Pinstance d*Antoine de Lcnoncourt, primat de Nancy et fondateur du monastère de cette ville, le premier de la congrégation. — Fouricr avait reconnu et proclamait • que rinstruction élémentaire était la chose la plus nécessaire et propre au sUcleoù il écrivait. »
muraille du monastère, mais séparées de l'enclos régulier et fermées contre iceluy de bonnes murailles et portes dans lesquelles salle ou classes personne séculier n'entrera sinon les petites Glles escolières, et ne prendront jour ny sorties sur les rues, mais sur une cour, place ou jardin... c Tiendront pour pensionnaires des filles séculières en nombre et aage compétent , qui soient modestes, honnestes et reteneues, désireuses d'apprendre et qui ne sortent que très-rarement et mangent, estudient, reposent et demeurent continuellement en quelque quartier du monastère, à part et Terme de bonnes murailles et portes, contre les lieux réguliers èsquelz jamais les dictes pensionnaires n'entreront.
ff Et afin que ceste forme d'instruire les jeunes filles.. • ne vienne avec le temps à se perdre on négliger... les religieuses, en leur profession mesme, promettront solennellement à Dieu de maintenir et continuer toujours à sa gloire l'exercice de Tinstruction de la jeunesse et de ne jamais procurer, agréer, ou permettre qu'elle vienne à s'abolir ou négliger et n'en demander ou accepter dispense (1) ... t
C'était le même but que s'étaient proposé les Ursulines , et c'est ce qui explique pourquoi ,
(i) Arcb. de la Sciiic-liif. D. 4S7.
celles-ci ayant pris les devants et s'étant établies dans la plupart des villes du diocèse , les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame n*y Tondèrent que deux établissements. Tun à Caudebec où il n'y avait point d'Ursulines, Tantre à Rouen où Ton pouvait croire qu'une seule communauté serait hors d*état de suffire à tous les besoins, à cause de retendue et de la population de la ville (1).
L'établissement de Gaudebec date d'environ l'année 1636. Il fut dû à Catherine du Rose, qui avait pris, Tannée précédente, Thabit an monastère de Soissons. Elle était fille de Léonor du Bosc, sieur de Radepont et de Marie de Gonnelieu. Le 20 mai 1 635, les religieuses de Soissons adressèrent aux écbevins de Caudebec une requête tendant à ce qu'il leur Tût permis de fonder une maison de leur ordre dans cette ville. Les démarches Turent faites, en leur nom, par Nicolas de Fontaines, curé de Radepont. Il obtint que les
(I) En bornant de la sorte leur ambition, les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ne faisaient que se conformer aui recommandations de leur instituteur : • Faut bien prendre garde , leur disait-U, de conroiter des établissements en ces lieui où sont d*autres on?ri^^es qui ont desja prins pour leur tasche ce que nous poursuivons. Puisqu*elles ont jft les faucilles en main , premières que nous dans ce cbamp-li , laissons-les moissonner et engranger paisiblement leurs gerbes dans le ciel... • M. Cbapia • curé de Damas , HUtoirt du H. Pierre Fourier^ t. H, p. 18.
religieuses seraient reçues aux faubourgs, à condition qu'elles ne feraient aucune quête par la ville et placeraient daus leur chapelle un tronc pour les aumônes qu'on voudrait faire à Téglisc de Notre-Dame de Caudebcc (1" juin 1636). C'était une satisfaction qui avait été donnée aux réclamations assez intempestives du curé Louis Èeaugendre. Quelque temps après, les habitants assemblés eu état de commun , les autorisèrent â se fixer à l'intérieur de la ville dans un hôtel quelles achetèrent d'Olivier Mallet , sieur de Cdumont. L'archevêque approuva leur établissement, et le roi le confirma par lettres-patentes dû mois de novembre iC^liS. Cependant les ha-» bitants, nous ne savons sous quelle influence, ne fardèrent pas à se montrer hostiles aux religieuses. Jean Lozier, premier avocat au présidial, s'étant avisé de réclamer à droit de lignage la maison de la communauté , on les vit intervenir au procès et protester, nonobstant les lettres-patentes tout récemment obtenues, contre Tintroduction des sœurs dans la ville: « Caudebec, disaient-ils, est resserré dans une étroite enceinte ; elles en feront un vaste couvent. Elles n'ont été admises que pour les faubourgs, et encore sous de spécieux prétextes et aidées de la nouveauté ; maintenant on reconnait qu elles sont absolument
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inutiles. Elles sont déjà plus de 50; il est à craindre que leur nombre n'augmente encore, et comme elles n*out pas de revenus « ce sera une cbarge intolérable pour la ville, si même elles ne la ruinent entièrement, t Le Parlement n'eut point égard à ces plaintes oii Texagéralion se laissait trop aisément apercevoir. Lozier perdit sa cause et les lettres-patentes furent enregistrées sjaps modification (10 décembre 1643). Au bout de quelques années, les bourgeois reconnaissaient que, loin 4'9Toir à se plaindre de ces religieusef , ib en retiraient « un grand profit pour Tinstructien gratuite de la jeunesse du sexe. » Un procèsr verbal dressé, en 1667, par Pierre Cavelet, coq-? State les services qu'elles rendaient au pays et témoigne de la sympathie qu'elles avaient su so concilier. Il y avait alors 28 professes , k cQn-ï verses et une novice. 1,000 liv. de rente leur avaient été données, le 20 novembre 16/i3, par Madeleine de Bourbon, veuve de Jean de Gon?? ndieu (1). Au XYIIP siècle, elles avaient pour supérieur général Balthasar-Henri de Fourcy, docteur de Sorboune et abbé de St-Wandrille (2).
(i) Marie de Bourbon était uoe des bieDraitrices du monastère df SoÎHont. ^lle i'y était retirée en 1662 ; elle voulut y vivre et y mourir simple sœur converse. Cf. pour Thistoire du couvent de Caudebec, les Arcb. de la Seine-Inf. D. A30 et suiv,
(2) Consulté sur les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame
Le monastère de Roueo est postérieur de quelques années au précédent. Les religieuses de Soissons, que nous venons de voir établir un couvent à Gaudebec, avaient formé, vers le même temps, le projet de fonder à Boueu une maison de leur ordre. Mg' de Hacqueville, évêque de Soissons, les avait vivement recommandées à Tarcbevèque, Mg' de Harlay, qui flt rédiger immédiatement un projet d^approbation de leurs statuts. Mais cette première tentative, qui remonte à i6A0, n'eut pas de suite. Quelques années après, le projet fut repris et mené à bonne fin par une file de la paroisse de Jou veaux , près Bernay, Catherine Le Fèvre, qui y consacra sa fortune et tous ses soins. Des circonstances singulières rayaient dégoûtée du monde et Tavaicnt fait s'adonner à la piété. « Lorsqu'elle eut , dit D. Toussaints Duplessis, atteint Tàge nubile, elle fut enlevée pour sa beauté, mais on ne put lui enlever ni son honneur ni sa vertu. On Tobligea peu de temps après d'épouser son ravisseur; elle obéit;
par le comte de SaiDUFiorentin , Plntendant de la généralité de Ronen lai écrivait , le 26 août 1758: « Ces filles tiennent les écoles gratuites deux fois le jour... l\ n*y a point d*autre communauté de filles dans la Tille de, Caudebec ; celle-là y fait beaucoup de bien par la bonne instruction que ces religieuses donnent gratuitement à la jeunesse, et ce seroit une perte irréparable, m cette maison venoit à manquer, i Arcb. de la Seine-Int C 951.
— Marnais au sortir de Téglise elle prit la Tuile et se réfugia d'abord chez sa mère, puis chez les filles de la CoDgrégatiou de Beruay , où elle rm reçue, au mois de novembre 16A1, parmi les novices. Pendant son noviciat, on rengagea à fonder un monastère de ce même ordre dans la ville de Rouen. Elle donna pour ce sujet 7,000 iiv. en principal et 800 liv. de rente sa vie durant, et comme elle n'étoit point encore en âge de disposer de son bien , elle attendit jusqu'en 16&7 à prononcer ses vœux. Cependant , elle partit pour Rouen dès Tannée 16/i5, déguisée en villageoise de crainte de quelquernouvelle violence, et se logea d'abord avec les^religieuses de Bcrnay, qui devaient commencer la fondation dans la rue Herbière. » On conserve aux archives de la Seine- Inférieure un contrat du 29 juin 16/i/i, où « elle déclare continuer eu sa bonne volonté , être poulsée d'une bonne et saincte inspiration et du désir de faire quelque progrès dans les exercices de la vie religieuse, sachant que le monde est trompeur et Dieu parfaitement bon et véritable en ses promesses. » Par ce contrat passé au Pont-de-F Arche chez le sieur de Muysson, receveur des traites, elle donna 800 liv. de rente au couvent de Bernay pour fonder et doter un monastère à Rouen. Elle promit, de plus, de faire
construire ou d'acheter de ses deniers une maison qui servirait à loger les sœurs dès que Tarchevèque aurait accordé son conscntemeut. De leur côté, les sœurs lui promirent de la recevoir en qualité de religieuse et de la garder le reste de ses jours comme fondatrice. Presque aussitôt après elle arriva à Rouen, prit Tbabit de novice et fit approuver le nouvel établissement par Tautorité religieuse. La maison de la Congrégation fut d'abord placée à peu de distance d'un jeu de paume de la rue Herbière, qui servait assex ordinairement de théâtre et où nous croyons que Molière a joué quelques-unes de ses comédies* Cest peut-être à cette circonstance de voisinage qu'il Tant attribuer l'obligation imposée, pendant plusieurs années, aux comédiens, en vertu d'ar* rets du Parlement, de donner à ces religieuses une part du bénéfice de leurs représentations. Mais elles durent bientôt quitter la rue Herbièrc, les échevins mettant comme condition à leur ad^ mission dans la ville qu'elles se fixassent dans la rue Notre-Dame, sur la paroisse de St-Maclou, quartier misérable et dont les enfants, à cause de l'éloignement, ne pouvaient profiter des classes des Ursulines. Leur couvent y occupa l'emplacement d'une ancienne hôtellerie, à l'enseigne de la Truie qui file. Farin , dans son Histoire de
Rouen, parle de ces religieuses avec éloge : • Elles font, dit-il, un grand profit dans tous les lieux oii la divine bonté a permis qu^elles aient élu leur domicile. ^ Cependant, après un siècle environ d'existence, leur monastère fut uni avec tou$ ses biens au prieuré royal de St-Louis ( 7 août 1743). On voit par le décret de Mg' de Saulx-Tavanes , relatif à cette union , que le nombre des religieuses étant allé toujours en diminuant , elles en étaient venues au point de Dé pouvoir remplir le but de leur institution. La communauté qui hérita de leurs revenus Tut astreinte à payer, à perpétuité, entre les mains du curé de St-Maclou , 600 liv. par an pour Tèntretien de maîtresses d'écoles gratuites qui seraient choisies par lui et placées sous la surveillance immédiate de Tarchevéque (1).
Les couvents des Ursulines et des religieuses dé la Congrégation de Notre-Dame établis à Rouen, quelque bien quMIs fissent, ne pouvaient sufiife à rinstruction de toutes les jeunes filles pauvres de la ville. La clôture sévère à laquelle leâ Mfiur6 devaient se soumettre était un obstacle
(1) Cf. pour rbistoire du couvent de la Congréfration Notre-Dame k Rouen, D. Toussainis Doplessis, Description de la Haute-Normandie, t. II, p. 71; VHittoire de Rouen, édition de 1731 ; les Archives de Il âeinéinr. D. 427, d28, et fonds de rarche\èché.
à renseignement populaire qu^elles avaient en vue. De nouvelles communautés vont s^établir dans la seconde moitié du XVII' siècle sur un plan nouveau , entrevu mais non réalisé par Fourier , à cause de l'opposition qu'il rencontra à Rome, inauguré en France par les sœurs de la Charité ou de Si-Lazare , qu'institua saint Vincent de Paul. L'enseignement, dans les villes et dans les campagnes, va être confié pour la première Tois à des religieuses qu'un lien étroit rattachera à une maison-mère, mais qui pourront vivre isolées et dispersées dans tous les lieux où l'on jugera utile de les envoyer et dont les fondateurs auraient pu dire ce que saint Vincent de Paul disait de ses filles : « Leur pudeur leur servira de voile. ■ Ce fait, remarquons-le, n'intéresse pas seulement la religion ; il occupe une place considérable dans l'histoire de l'instruction publique. Nous rangerons dans cette seconde catégorie les Sœurs des Ecoles charitables ou sœurs grises, celles de la Providence ou du Saint-Enfant- Jésus, et celles à'Ernemont.
,Les premières eurent pour fondatrice M"' Marie De Houdemare , fille d'Olivier De Houdemare , marchand bourgeois de Rouen. Ayant conçu le projet d'établir des écoles publiques et gratuites pour les filles pauvres de cette ville, elle demanda
au Bureau d'en accepter la surveillance et de lui donner quelques sœurs de Thôpital qu'elle nourrirait et entretiendrait à ses frais dans sa maison de la rue de la Madeleine. Le Bureau les lui accorda ; elle les astreignit ù un règlement de vie qui fut rédigé par un Eudiste du séminaire archiépiscopal, M. de Montaigu. L'essai ayant réussi à la satisfaction de tous, elle céda, par donation irrévocable, à Tadministration de Thôpilal ses trois maisons de la rue de la Madeleine pour être affectées aux classes et au logement des maîtresses qui seraient employées à renseignement suivant ses intentions. Elle-même promit, sans vouloir pourtant en prendre rengagement formel, de consacrer tous ses soins à cette œuvre, et elle se chargea de subvenir à rentreticu et aux gages de deux maîtresses dont la nomination lui appartiendrait pendant sa vie et serait réservée après son décès au Bureau (contrat du d août 1671 J. L'exemple de M"* De Houdcmare porta ses fruits. Le 20 septembre 1670, M™' Catherine Huet, veuve de M. Louis Graindor, donna 4,000 liv. pour fonder à perpétuité une école de deux maltresses en la paroisse de St-Éloi pour les filles du quartier Cauchoise. — En 1671 , le Bureau envoya deux maîtresses sans rétribution pour tenir une nouvelle école au cimetière de St-Maclou. Quel-
ques années après, eu 1675, M. DuTour, abbé d*Aulnay, curé de cette paroisse, contribua à leur entretien par un legs de 1,000 liv.,eteu 1726, Marie Fremont leur donna à son lour 1,100 liv. — L'école de St-Godard ou du quartier Beauvoisine fut fondée au moyen d'un don de 7,000 liv., fait par M. de Moy, auditeur en la Chambre des comptes de Normandie. Dès 1672, une personne qui ne voulut pas se faire connailre, mais que depuis on sut n'être autre que M"* De Houdemare, avait donné 7,000 liv. pour l'établissement de deux maîtresses sur la paroisse de St- Sever (1).
Toutes ces donations furent faites au Bureau , et les écoles, au fur et à mesure de leur fondation , furent confiées à M"* De Houdemare , eu qui on avait une entière confiance. Les écolières y claient admises par l'avis des curés.
L'œuvre s'accroissant de jour en jour, on crut nécessaire d'assurer le sort des filles qui se con-
(i) En lô74f le Bureau des pauvres valides voulut faire coustruire une école pour les filles dans le cimetière St-Vi?ien, à Texemple de ce qui avait eu lieu à St-Muclou. Le devis avait élé opprouvé et les ouvriers avaient ouvert la terre pour Hiire les fondations, lorsque la fabrique y fit opposition. Elle obtint un arrêt du Parlement, «afin que le cimetière fût maintenu dans son entier pour rinhumation des défunts, la paroisse ayant plus de 10,000 communiants sans les enfants. • Délibérations du ih octobre 1674 et de mars 1675. — Arcb de la Seiuelnf. F. Ji* la fabrique St-Vivien.
;8atntieDt à TiastructioD gratuite, cd arrêtant qu'elles seraient reçues comme sœurs à Thôpital général et récompensées suivant la durée de leurs services , quand viendrait pour elles Tâge des maladies et des infirmités. On créa une commission spéciale qui Tut chargée de Taire observer les règlements et de surveiller la conduite des maîtresses. Elle se composait de trois directeurs : le premier était Tancien des conseillers du Parlement, commissaire fixe du Bureau ; les deux autres, à Torigine, nommés à vie par le conseil de riiospice, le furent, dans la suite, par le commissaire fixe et par le directeur survivant. « C'était d'eux que dépendait Tordre et l'économie de la maison , soit pour régler la dépense et s'en faire rendre compte, soit peur nommer le directeur spirituel , et après le décès de M"' De Houdemare, lui nommer une remplaçante (1). Ils devaient écouter les propositions de ceux qui voudraient donner pour rétablissement et Taugmentation des écoles. SMl se faisait quelques fondations pour la campagne ou ailleurs, que les
(1> Pea de temps avant ^on décès orrivé en 1688, Marte De Houdemare se démit de ses fonctions eu faveur de Marie Louvet, qui fut nommée supérieure par les directeurs, en Tcrlu du règlement du 7 juillet 1674. Cependant, à une époque postérieure, nous vpyoos la nomination de la supérieure réservée ù rurclievéque.
fondateurs vouliisscut soumettre à Fautorité des directeurs, ceux-ci avaient le pouvoir d*eo demander et d'en poursuivre en justice Texécution. ■ ( Règlement du 7 juillet i67&. )
Les premiers directeurs furent MM. François de La Haye-Auber, conseiller au Parlement , de Moy et Eschard. En les nommant, le Bureau les invita à choisir dans la ville une maison où les sœurs pussent vivre en communauté sous la dépendance d'une personne qu'ils désigneraient. On n'avait pas tardé à reconnaître la nécessité de les loger ailleurs qu'à l'hôpital général , attendu l'éloignement où elles s'y trouvaient des écoles et la fatigue et la perte de temps qui en résultaient pour elles. Ce ne fut pourtant qu'en 1681 que les directeurs acquirent, en vertu d'une délibération du Bureau, du 13 mars de la même année, de François de Baillcul, sieur de Rumare, la maisou de la rue Coupegorge sur la paroisse St-Laurent , qui fut le siège de la communauté jusqu'à l'époque de la Révolution.
Les sœurs des écoles charitables furent encore chargées des écoles de Sotleville , de St-Gervaîs et de St-Paul aux faubourgs de Rouen, fondées, la première, par François de La Fosse, théologal et pénitencier de la cathédrale , 1687 ; la seconde, par M. Canu, curé de la paroisse, 1698
(cette école étant tombée, faute d'un revenu suflSsant , fut rétablie parle Bureau , â Tévrier 1706) ; la troisième, par une personne inconnue qui donna &,000 liv., il octobre llliS. Le 30 janvier 1 739, la même personne avait donné A, 000 liv. pour fonder, à perpétuité, une maîtresse chaînée de faire Técole en la maison de la communauté, particulièrement aux grandes filles qui n'avaient pu apprendre dans leur jeunesse.
Ces sœurs, qualifiées maîtresses des Écoles chrétiennes et gratuites, unies et attachées à rhôpital général, ne se répandirent pas au-delà de Rouen et des faubourgs. Il n'y eut qu'une exception. En Tannée 168&, Tévèque de Limoges, passant par RoiAn, témoin du zèle et du bon exemple de ces maîtresses, demanda deux d'entre elles pour la paroisse de Bellac. Les directeurs les lui accordèrent et les mirent sous la conduite de l'abbé de Ceaux, neveu du prélat. Le document qui nous fournit ce renseignement ajoute : c Dieu a bény leurs travaux ; il s'est établi à Bellac une grande communauté. Les sœurs ont écrit à la maison des écoles de Rouen jusqu'à leur décès (1). »
Sœurs de la Providence. — LMnstitution des
(i) Arch. de la Sdne-Iat D. 446 et suiv.
sœurs de la ProvideDce, commencée à Roueo par M' ADtoioe de La Haye « curé de St-Amand , Tut achevée par Nicolas Barré, professeur en théologie du couvent des Minimes de cette ville.
La première maison fut établie, à titre d'essai, sur la paroisse de Sotteville, en 1662, et confiée aux soins des sœurs Franaise et Marguerite Lestocq. En 1666 , la première fut envoyée à Reims , vraisemblablement sur la demande de M. Roland, théologal de la cathédrale, que Ton sait avoir été intimement lié avec le curé de St- Amand. La même année, Marguerite Lestocq vint occuper à Rouen auprès des Minimes une maison qui appartenait à M"' de Grainville, et elle s'associa quelques filles qA'elle envoya dans les divers quartiers pour y enseigner la jeunesse pauvre.
La réputation dont jouissait le P. Barré, leur directeur, les fit bientôt demander non-seulement dans les bourgs et les villages des environs, mais en Picardie, en Champagne, en Poitou, et même en Provence et en Languedoc. M"" de Maintenon, juge si compétent en matière d'éducation, employa à St-Cyr quelques sœurs de cet institut. Enfin, elles s'établirent à Paris, d'abord sur la paroisse de St-Jean-en-Grève , plus tard à St-Nicolas-des-Champs , rue des BajoUois. L'abbé
de MoDtigoy-Servieot, ancieD secrétaire des commaodemeDts de la feue reioe-mère, donna aux sceurs de la Providence de Rouen 15,000 li?., sous la réserve d'une pension viagère de 500 liv. MM. de La Place-Fumecbon , sieur de Grainville, Pierre Fauvel, sieur de Touvent et de Haqueville, conseillers au Parlement « et Michel de Lépinay firent plusieurs donations dans le but « de Taire subsister la communauté, tant pour la ville que pour la campagne. » Ainsi que cela avait eu lieu pour les sœurs des Écoles charitables , ces donations Turent acceptées par le Bureau stipulant pour les sœurs de la Providence. Celles-ci , comme les premières, Turent unies et associées à rhôpital général et placées sous l'autorité des mêmes directeurs.
En 1691 , M. de Montigny-Servient présenta au roi un placet afin que, conTormément aux intentions du P. Barré , la maison de Paris devint Tunique séminaire des maîtresses qui devaient être envoyées par toute la France et que lui-même Tût reconnu pour seul administrateur de l'institut , avec déTense à M. de Grainville, au supérieur spirituel de Rouen et à tous autres de le troubler dans son administration. L'intendant de la généralité de Rouen ayant été consulté à ce sujet, le roi déclara (27 juillet 1691),
c qu'en coDsidératioD de ce que le sieur de GraiDville avoit beaucoup contribué à rétablissement de la maison de Rouen qui étoit la première, d'où celle de Paris avoit été formée, le sieur de Grainville demeureroit administrateur et conserveroit toute autorité non-seulement dans les écoles de Rouen et de Normandie , mais encore dans celles de Bretagne et pourroit y envoyer des Glles, que de son côté M. de Montigny- Servient auroit Tadministration de celles de la ville de Paris et de toutes celles qui en dépendroient. > L*un et Tautre pourtant, assez peu de temps après la lettre de cachet du Roi qui partageait ainsi le gouvernement des sœurs , convinrent entre eux de 26 articles tendant à la réunion de toutes les écoles du royaume, suivant le vœu du P. Barré, afin d'éviter toutes divisions qui pourraient être de nature à porter préjudice à la discipline et aux progrès de Tinstitut. Le 6 juillet 1692 , ils signèrent Facte de réunion , en renonçant expressément au bénéfice de la lettre du Roi. Mais nonobstant cet accord, et vraisemblablement par suite de l'opposition qu'y firent l'administration de l'hôpital et l'archevêque, la séparation fut maintenue et la communauté de Rouen demeura maison-mère pour la Normandie et les provinces environnantes.
Dès le mois de février 1678, les sœars de la Providence avaient quitté leur maison de la Noble rue près des Minimes pour se ISxer dans une maison de la rue de TÉpée, qui avait été achetée par M. de Touvent. Elles obtinrent la permission d'y avoir une chapelle qui fut bénite par Charles Mallet , vicaire-général , le 23 février 1679 , et remplacée par une autre plus spacieuse , en
Le 6 juin 1687, le Bureau permit aux sœurs d'établir deux écoles : Tune pour les paroisses de St-Nicaise et de St- Vivien , l'autre pour celle de St-Maclou. 11 nomma , à cette occasion , MM. de Touvent et de Grainville, administrateurs, conjointement avec M. Bucquet, conseiller au Parlement.
f^es sœurs eurent pendant plusieurs années pour directeur spirituel un Minime choisi par le général de l'ordre et autorisé par l'archevêque. Ce furent, pour ne citer que des noms connus, après le P. Barré. François de Giry, professeur en théologie, auteur d'une Fie des Saints qui eut un grand succès , et Antoine Boucat qui publia un corps de théologie universelle. Vers le milieu du XVIIP siècle , le directeur spirituel cessa d'être un Minime. Cet emploi fut rempli, de 17/|2 à 17/|8 , par un prêtre séculier , Pierre
Huart ; après lui par un Jésuite , le P. DaubentoD, et pendant plusieurs années, à partir du 18 avril 1767 , par M. Edet, vicaire de St-Nicaise qui Tut désigné par Tarchevèque.
Les administrateurs des écoles de la Providence étaient au nombre de trois , suivant le système que nous avons vu adopté pour les écoles charitables. Les assemblées avaient lieu dans la communauté , le premier et le troisième samedis de chaque mois; il n'y avait à y prendre part, parmi les sœurs, que la supérieure et, en son absence, une des assistantes. Les administrateurs étaient, en 1772, M. Hue de Miroménil, premier président au Parlement et MM. Despommares et Cheron d*Epreville. La dissolution du Parlement ayant forcé , cette année là , les deux premiers à sortir de Rouen , Tarchevèque nomma par provision, pour les remplacer, l'abbé Marescot et la supérieure, sauf le droit des fondateurs et celui du Bureau. Mais avant de prendre cette mesure, il avait écrit au premier président exilé pour lequel il continuait d'avoir les plus grands égards , et en avait reçu cette réponse f qui lui parut telle qu'on pouvoit l'attendre de ce magistrat zélé pour le bien public et les intérêts de la congrégation en particulier. »
^1 in ■ ym-
c Monsieur ,
c Des chagrins occasionnés , non par ma disgrâce snr laquelle je suis tout résigné à la volonté de Dieu et à la soumission que je dois au roi , mais par quelques noirceurs que j'ay seu que Ton m^avoit faites, ont altéré ma santé. J'ai eu , indépendemment de cela , des embarras assez grands, et c*est ce qui m'a fait différer de répondre à la lettre que vous m'avés fait Thonneur de m' écrire, le 23 décembre, au sujet des filles de la Providence. Je vous supplie d'excuser le retardement, et de ne jamais douter de mon respect pour vos vertus et de mon attachement pour votre personne non plus que de ma reconnoissance.
■ Lorsque j'étois à Rouen , Monsieur , j'avois deux titres pour me mesler des affaires de la congrégation dont il s'agit. Le premier étoit la place dont les Tonctions m'étoient confiées; le second, la qualité de représentant les fondateurs parents de ma première femme.
• Le premier titre est anéanti par la dispersion du Parlement. Le second m'inspirera tou-
« jours un vif intérêt pour cette cougrégation « aussi édifiante qu*utile.
c Mais mon zèle ne peut plus lui être d'aucun « avantage. II n'y a pas d'apparence que j'aie c jamais le bonheur de vous Taire ma cour à c Rouen ni d'y résider par conséquent, et mon absence pour toujours ne me permet pas d'être « administrateur. Ainsi, je dois vous supplier « d'accorder à ces bonnes sœurs toutte votre « protection, et m'en remets à votre sagesse t sur les mesures que vous jugerés à propos « de prendre.
t II peut n'en être pas de même de M. d'Epre- « ville et de M. Despommares. L'un a sa maison « à Rouen et y va de temps en temps. L'autre, « lorsque l'exil de MM. du Parlement sera finy , • pourra demeurer à Rouen. A leur égard , Mon- « sieur, je ne puis que m'en rapporter à votre « sagesse et à votre bonté pour les magistrats t privés de leurs Tonctions. Je ne doute pas c que vous n'aies eu la bonté d'écrire à ces t deux Messieurs comme vous avez eu la bonté « de m'écrire.
« Quand à moi, je remets tout entre vos mains, « et je vous jure que jusques au dernier soupir « je disputeray à tout l'Univers l'avantage de c vous être le plus tendrement attaché.
€ Je suis avec respect, Monsieur, votre trèst bumble et très-obéissant serviteur ,
c Miroménil.
« A Ëscre lie ville, le 2i janvier 1772 (i). »
Des écoles de la Providence furent fondées à Aumale par Jean Le Saunier, procureur Gscal de cette ville, 4680; à St-Saturnin, près d* Aumale, par le même, 1698 ; à Avremesnil, par M. d'Avremesnil , 1753 ; à Bennelot , par Alexis-François Morel de Bennetot , pour 70 personnes , femmes et filles de cette paroisse, d'ipreville, Hatlanville, Fauville, S**-Marguerite et Normanville, 1745; à Bolbec , par le comte et la comtesse de Charost et par les habitants, 1751 ; à Bouville , par M""' de Sormont , veuve du président Pierre Scott de Fumecbon , 1721 ; à Fécamp , par Marguerite Loisel, 1686, et par M. Berruyer , 1691 ; à Ganzeville, pour cette paroisse, le hameau de la Roquette à St-Léger, Tourville et Toussaint, par Anne-Françoise Hertel , 1784 ; à Harfleur , par Antoine Lavesne, receveur du marquis de Saint-Supplix , 1732; à Houppeville, par Tabbé de Brinon ( cette école eut peu de durée ) ; à
(I) Arcb. de la Seine-lnf. F. de Tarchev.
Letteguive, par Elisabeth Rocucbon, 1738; à Lyons-la-Forêt, par M. Fouquet de Belle-Isle et Tarcbevêque de Rouen, lequel réserva en faveur de cette école une rente de 200 liv. sur les biens du monastère de Lyons, quand par un décret, il les réunit au prieuré de St-Jean-d'Andely, 1742 ; à Offran ville , par Geneviève Rose , veuve de Jacques du Taquet, sieur de Breteuil, 1758 (1) ; à Préaux, par M. Turgis , marcband de Rouen , 1765; à Rannes, par Jacques Héron, ancien curé de la paroisse, 1699 ; à St-Vast de Guillemécourt, par M. Le Vasseur, curé, 1766 (2).
La communauté d'Ernemont , aujourd'hui en pleine possession de Tinstruction élémentaire des jeunes filles dans le département de la Seine- Inférieure, a eu des débuts fort modestes. Elle a commencé par un établissement fondé pour l'utilité d'une simple paroisse de campagne par M. Barthélémy de Saint-Ouen , maître ordinaire
(1) M"* Rose donna 9,900 liv. à rhôpital général de Rouen , à charge de lui faire âOO liv. de pension viagère et de payer 150 liv. de rente à la maltresse pour son entretien et sa nourriture, et pour les meubles de l'école, et 20 liv. pour Tachât de 9 livres à distribuer en récompenses aux écolières. — 40 juin 174 8. Une maîtresse de la Providence Tut installée à Offranvilie par les soins de Tadministralion hospitalière en 1732. — Arch. des hospices de Rouen.
(2) Cons. , pour l'histoire des sœurs de la Providence , les Arch. de la Seine-Inr. D. A36 et suiv.
en la chambre des comptes de Normandie. En 1690, lui et Dorothée de Vandime, son épouse, eurent Thenreuse inspiration d'établir à Ernemont une maison réunissant le double caractère d'école et d'hôpital. L'école devait être tenue par une fille vertueuse qui ouvrirait sa classe, le matin de 8 heures à 1 1 , le soir de 2 heures à 5 , apprendrait aux petites filles , avec les mystères de la religion , à lire , à écrire , à travailler , et pourvoirait en même temps aux besoins des malades qui manquaient des secours nécessaires à leur état. L'hôpital devait être confié à deux autres filles de piété et contenir deux lits pour les pauvres malades de la paroisse. Le fondateur et la fondatrice dotèrent largement cet hôpital-école; ils aflTectèrent à son entretien le revenu de 50 acres de terre dont ils firent donation à la Tabrique d'Ërnemont. Us se réservaient la nomination de la maitresse et des deux sœurs hospitalières leur vie durante ; ils consentaient qu'après leur mort la nomination fût réservée à l'archevêque , et soumettaient dès lors la maison à la visite et à la juridiction de ce prélat , de son grand-vicaire et de l'archidiacre. L'archevêque, Mg' Colbert, approuva cette fondation par un décret donné à Galleville , au cours de la visite des Calendes , le 20 avril 1698 , et obtint en sa faveur des
lettres-patentes datées de Versailles , janvier
Jusque-là rien n'indiquait Tavenir auquel cet établissement était destiné. Déjà cependant Tarcbevêque y voyait le germe d'une communauté dont il lui paraissait désirable de hâter le développement. Quatre pieuses filles étant venues supplier M. de Saint-Ouen de les associer aux sœurs de son hôpital, lui firent connaître que cette démarche leur avait été ordonnée par Mg' Colbert, et qu'elles avaient en vue de seconder son dessein d'établir des écoles dans les diverses paroisses du diocèse. Leur proposition fut acceptée, à condition toutefois qu'elles et celles qui viendraient dans la suite à Ernemont pour être formées à l'enseignement , seraient tenues de payer pension à la communauté tant qu'elles y demeureraient. Ou prenait d'ailleurs l'engagement de les recevoir saines et malades et de les traiter en sœurs de la maison.
Ici naturellement se place cette question : A quoi tient le vœu clairement manifesté par Mg' Colbert de fonder une congrégation nouvelle et de s'aider pour cela d'une obscure fondation de village, en laissant de côté la communauté des sœurs de la Providence dont les services étaient alors appréciés par tout le royaume 7 Un mémoire
adressé, en 1727 , à rarchevèché par les admi- Distratears d'EraemoDt nous révèle de la manière la plus nette la raison de ces efforts qui réussirent à faire d'une association qui, certainement, n'a pas eu pour elle le mérite d'un fondateur éminent comme le P. Barré , une communauté destinée à embrasser tout le diocèse : « Les filles de la Providence, y est-il dit , ayant pris naissance en cette ville par le zèle du P. Barré, Minime , elles se sont toujours maintenues dans une entière indépendance de l'ordinaire. Aussi y en a-t-il trèspeu dans ce diocèse. C'est ce qui fit désirer à Mg' de Colbert d'avoir des filles qui fussent toutes à lui et pour son diocèse. Ce qui a été exécuté par l'érection de la communauté des Filles chrétiennes à Ërnemont , avec le secours du feu seigneur du lieu , homme de piété. Après la mort de Mg* de Colbert, feu Mg'd'Aubigné a fait venir ces filles à Rouen, au faubourg de Cauchoise (1). »
(1) 11 n'est guère de diocèse en France où, à peu près à la même époque t on n*aU essayé d'établir des communautés de filles pour renseignement dans les campagnes. Mg' de Buzanval» évéque de Beauvais fit tous ses efforts pour procurer cet avantage à ses diocésains. V. « Idée de ta vie et de l'esprit de Messire Nicolas Choart de BuzanvaL Paris, 1717. >— Dans le dioc^se d*Avranches, Jean Fleurye établit les maîtresses d'école dites les Bonnes-Sœurs, en 1686 (V. la notice de M. Laisné dans les Mémoires de la Société d'archéologie d'Avrancbes, II* vol. , p. Âd7). — Dans le diocèse d'Évreux , on fonda les filles de Caêr, etc., etc.
En 1716, elles y achetèrent une maison située dans la rue du Renard. Elles y construisirent une chapelle et y demeurèrent plusieurs années. Leurs commencements furent pénibles. Mg' Colbert avait légué par testament une somme de 12,000 liv. pour fonder des écoles de Sœurs d'Ernemout dans les paroisses qui en auraient le plus besoin. Cette disposition ne fut exécutée qu'après un assez long délai , et encore au lieu de verser la somme spécifiée dans le testament, les héritiei*s se libérèrent-ils au moyen de la cession quMls firent de rentes sur rUôtel-de-Ville de Paris, rentes qui tombèrent bientôt au denier 50 et ne produisirent qu'un revenu de 100 liv. par an.
A la suite de la pauvreté vint la division. Il y avait à peine quelques années que ces sœurs étaient à Rouen , lorsque la supérieure refusa de se soumettre aux ordres de Mg' d'Aubigné , et quitta la maison entraînant avec elle six religieuses et quelques novices. Pour remplir toutes les fondations dont ou s'était chargé , il fallut envoyer dans les campagnes toutes les sœurs qui restaient dans la communauté et préparer à la hâte de nouveaux sujets. Dans le même temps, il fallut aviser à des dépenses indispensables , et malheureusement assez onéreuses. On ne put sortir d'affaire qu'en se faisant autoriser par l'arche-
vèqoe à appliquer à la maison de Rouen les revenus affectés à des établissements de Textérieur. Encore avait-on à lutter contre le mauvais vouloir du curé de la paroisse de St-André-hors- Ville, sur laquelle la maison avait été fondée. Le peu de sympathie que ces sœurs lui inspiraient est franchement attesté dans un état de la paroisse rédigé par lui et transmis à Tarchevêché à la date de 1720 : c II y a dans cette paroisse viron 12 filles demeurantes ensemble sans authorité du roy , se disant hospitalières et escolles gratuites, tenant escolles fort légèrement, ayant chapelle dans leur maison où est dite la messe tous les jours , même les fêtes principales comme Noël et Pasques,... ce qui est defiendu par les conciles , ne venant que très-rarement eu la paroisse... On les nomme différemment : quelquefois les filles de M. de la Houssaye , de r En faut- Jésus, de St-André et plus ordinairement les Capotes. »
Ces difficultés de différente nature , utile épreuve de toute œuvre sérieuse et qui vaut la peine d'être remarquée , n'empêchèrent pas les sœurs d'Ernemont de s'établir solidement dans le diocèse. Elles furent constamment protégées par l'autorité archiépiscopale, et c'était juste et naturel , puisqu'elles répondaient à un besoin vé-
niable, et qu'en les défeDdant les archevêques ne faisaient que défendre leur œuvre et une œuvre dont ils restaient absolument les maîtres. Grâce à ce puissant secours, elles obtinrent des lettrespatentes de Louis XY, en décembre 1729, peu de temps après avoir acquis de M. Lucas, au boulevard Beauvoisine , un terrain appelé du nom d'une enseigne , le Fort-Louis , où elles ne tardèrent guère à transférer leur domicile. Par ces lettres le roi « confirme et autorise rétablissement de la maison des sœurs des Écoles chrétiennes et gratuites pour y élever et former des filles capables d'enseigner à lire, à écrire et à calculer; qui pussent faire aussi le catéchisme aux personnes de leur sexe , panser les plaies et avoir soin des pauvres malades dans les lieux de la campagne où elles seroient envoyées, en observant les règlements que Tarchevêque jugeroit à propos de leur donner , laquelle communauté demeureroit établie à Rouen , sous Tautorité immédiate et entière de l'ordinaire. » Par là , la communauté d'Ernemont devenait une sorte de séminaire pour les maîtresses d'école du diocèse. La nécessité de combattre le protestantisme dès l'enfance est clairement indiquée dans ces lettres. Aussi le roi proclamait-il que ces sœurs étaient plus particulièrement utiles à Dieppe, aux pa-
roisses des environs de la mer et à quelques autres lieux où se trouvait encore un grand nombre de religionnaires.
Il y avait à Yvetot deux sœurs d'Rrnemont dès 1707. Le 16 juin 1783, le curé, Pierre Larpeuteur, donna 2,700 liv. pour la fondation d'une troisième sœur. Le 10 janvier 1780, un décret de Mg' de La Rochefoucauld unit une partie des biens des Bernardines à la communauté d'Ernemont , à condition d'acquitter les charges dont ils étaient grevés et de fournir trois maîtresses et même un plus grand nombre , si Tarchevêque le trouvait utile.
Desmarquest fixe à Tannée 1712 l'arrivée des premières sœurs d'Ernemont à Dieppe, et nous apprend que Tarchevèque « leur fit accorder la • petite pension que le roi payoit tous les ans « pour les nouveaux convertis de la ville. » Plus lard, Mg' de Saulx Tavanes supprima , par décret du 18 juin 17&0, le monastère des Bénédictines de Dieppe et unit leur maison et leurs biens à la communauté des filles des Écoles gratuites de Rouen , à charge à celles-ci de fournir au moins deux maîtresses pour instruire gratuitement les jeunes filles. Le décret fut confirmé par lettrespatentes de Louis XY. A son tour , Mg' de La Rochefoucauld leur accorda liOO liv. de pension
aiiDaelle sur les revenus de Farcbevèché. La Tille, à soD exemple, leur vota dans le même temps une pareille somme, à condition quMI y aurait cinq maltresses. Dans ses Mémoires chrth notogiques , Desmarquest porte au chiffre de 500 le nombre des petites filles qui suivaient leurs classes , et Tait le plus grand éloge de leur zèle et de leur désintéressement.
A Montivilliers, elles eurent pour introducteurs et pour fondateurs les administrateurs de Tbôpital. La communauté d'Ernemont s'engagea à fournir deux sœurs pour avoir soin des malades et des infirmes de la maison et pour instruire les pauvres filles de la ville. On promit 50 liv. par an à chaque sœur , 18 liv. pour leur voyage des vacances , le chauffage et Téclairage. On les laissait libres de passer alternativement un mois dans leur communauté, de la fin de juin au l** octobre.
Il en fut de même à Neufcbfttel. En 175G, les administrateurs de T Hôtel-Dieu traitèrent avec la communauté et en obtinrent trois sœui^ pour soigner les malades et instruire les pauvres filles moyennant 70 liv. à chaque sœur et ses frais de voyage.
A Rouen, outre leur établissement du Port- Louis qui était à la fois pensionnat , noviciat et maison-mère delà communauté, les sœurs d'Er-
nemoDt avaient la direction de quatre écoles à St-Godard, à Sl-Gervais, à St-Patrice et à St- Maclou. L'école de St-Godard avait été fondée dès 167& pour Finstruction des pauvres filles par Louis de Moy, auditeur en la Chambre des Comptes de Normandie, au moyen d'une rente de âOO tiv. et d'un capital de 6,000 liv. Les enfants étaient admis sur Tordre du curé. Il ne fut d*abord question» ainsi qu'on le voit par les termes du contrat, que de leur apprendre à lire, par respect sans doute pour le privil^e des maîtres écrivains. Quand les sœurs d'Ernemont furent établies définitivement sur la paroisse de St-Godard, elles ne tardèrent pas à être mises en possession de cette école, qui ne pouvait être confiée à de meilleures mains. Le nombre des maîtresses qui y étaient employées , fixé à deux , dans le principe, fut porté à trois en 1735, à la suite d'une donation de i,800 liv. faite par Marie Abroutil, maîtresse d'école à Conches. A St- Gervais , il y eut d'assez bonne heure une sœur d'Ernemont, aux. gages de 215 liv. payées par l'Hôpital général. Une seconde sœur fut fondée en 1751 par Catherine Bataille , veuve de Raoul de Manneville , sieur des Nols. L'école de St- Patrice fut fondée moyennant 200 liv. de rente lunées en 1715 par le curé Jean-François Le-
mesle , docteur de Sorbonne. Celle de St-Maclou était la pi as coDsidérable de toutes. En unissant le monastère de Notre-Dame situé sur cette paroisse au prieuré des religieuses de St-Louis , Mg* de Saulx-Tavanes leur imposa Tobligation de payer 600 liv. par an afin d'entretenir des maîtresses gratuites (7 août 1753). Ce revenu étant insuffisant, le curé Charles Esmangard, vicaire-général du diocèse, affecta une somme de 7,000 liv. provenant d*aumônes à Tentretien de deux sœurs , par augmentation aux quatre déjà fondées pour l'instruction des filles de la paroisse (5 février 1755).
A mesure qu'on avance dans le XYIIP siècle , le nombre des écoles de campagne fondées pour des sœurs d'Ernemont ne fait que s'accroître. Si Ton veut bien réfléchir aux conditions exprimées dans les divers contrats de fondation de ces écoles , on sera forcé de convenir qu'il était impossible de faire le bien à moins de frais. 100 liv. au XYII' siècle, 150 liv. pendant la plus grande partie du XV1I1«, 250 liv. vers la fin, c'est à ces chiffres modestes que se réduisait l'entretien d'une sœur dévouée qui non-seulement apprenait à lire , à écrire , à compter aux petites filles et suppléait le curé ou le vicaire pour l'enseignement du catéchisme , mais encore était la
garde-malade de tous les pauvres de la paroisse , et fut oaturellcmeot chargée par TÉtat de la distribution des remèdes du Roi dans les terribles épidémies qui aflSigèrent nos campagnes. Ces faibles sommes , par un véritable prodige d'économie , suffisaient et au-delà à la nourriture et à Tbabillement des maîtresses , à Tentretien de leur mobilier et aux frais de maladie qu'il fallait prévoir. Ou trouvait encore le moyen de prélever sur elles une contribution pour la maison-mère , destinée à la formation des novices et à Tassistance des sœurs que Tâge ou des infirmités mettaient hors d'état de travailler. Ce qui est tout aussi remarquable , c'est que presque partout , les rentes constituées en faveur des écoles, furent le résultat de fondations particulières , que les communes , pas plus que l'État, n'eurent à inscrire de nouvelles charges à leur budget, que les fabriques des paroisses n'en furent guère que pour la peine d'accepter ce qu'on leur offrait.
Les sœurs d'Ernemont s'appelèrent d'abord ■ Maîtresses des écoles gratuites et charitables • et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont » ; plus tard, et plus laconiquement, sœurs des Écoles chrétiennes d'Ernemont. A Rouen, ou les désignait sous le nom de sœurs Capotes. Leurs
écoles farent appelées assez fréquemment : Écoles à l'aposiolique.
Leur premier supérieur parait avoir été M. Couet Après lui, elles furent soumises à la direction de H. Pierre Feugueray, curé d*Ememont, de M. Blain, et de M. Pion. M. Jean-Baptiste Blain , originaire du diocèse de Rennes, avait été chanoine de Noyon. Il vint à Rouen , avec Hg* d^Aubigné, quand ce prélat fut nommé pour successeur à Hg** Colbert. Il raccompagna dans ses premières visites pastorales, prêcha à plusieurs calendes , fut chargé successivement des petits séminaires , de la cure de St-Patrice , et en dernier lieu de la communauté d*Ernemont. Il prit une part si importante à la rédaction des règlements et à l'organisation de cette communauté que quelques-uns ont pu , avec une certaine apparence de raison, le considérer comme en étant le fondateur. Il mourut à Rouen , dans sa maison canoniale de la rue Malpalu , le 20 février 1751 , en léguant aux sœurs d'Ernemont sa fortune estimée à la somme de 2,996 liv. C'est à M. Blain qu'on attribue la f^ie de Jean^Bapiisie de Im Salle , dont nous aurons plus loin Toccasion de parler (1).
;i) Arch. de la Seine-lnr. — F. de Tarchev. , du Pelil-Séminaire, du Cbapitre de la cathédrale.
M. Pion, qui lui succéda, était eu mêaie temps curé de S**-Marie-la-Petite et doyen de la Chrétienté. Il mourut, en 1787, âgé de plus de quatre-vingt six ans : t C'est en grande partie , dit le Journal de Normandie , dans un article nécrologique, au zèle de M. Pion, pour Tinstruction de la jeunesse et le soulagement des pauvres malades de la campagne , qu'on doit l'établissement des filles d' Ernemont dans le diocèse. En 1737, M. le cardinal de Tavannes le chargea du gouvernement de cette communauté alors presque naissante. S. Em. Mg' le cardinal de La Rochefoucauld , informé de l'accroissement qu'elle avait pris et du bien qu'elle faisait sous sa conduite, le continua dans son emploi. Il s'en est acquitté jusqu'à la fin avec un courage que le seul amour du bien peut inspirer. »
On doit compter , parmi les bienfaiteurs de cette communauté, M. Clément, curé de St- Maclou , grand-vicaire de Mg' Colbert , et plus tard évêque de Périgueux , MM. Esmangard et Terrisse. Un conseil d'administration pour le temporel des sœurs d'Ernemont était nommé par l'archevêque et se composait de plusieurs grandsvicaires et des personnages ecclésiastiques les plus notables de la ville de Rouen. Aux années 1722, 1723, on voit citée, avec le titre d'ad-
ministrateur d'Ernemont , noble dame Marie Baudouin, veuve de messire Jean Henri Dambray, conseiller du roi en ses conseils et président à mortier au Parlement de Normandie (i).
Les sœurs de la Charité ou de la Mission eurent aussi un certain nombre d'écoles dans le diocèse de Rouen. Il Tant même reconnaître que ce Tut par elles que Turent tenues les premières écoles charitables dans les bourgs et dans les campagnes. Ce Turent elles qui firent connaître et admirer à la société chrétienne ce type qui paraissait, à première vue, impossible à réaliser, de sœurs à la Tois hospitalières et institutrices. Venues après elles, les sœurs d'Ernemont et, dans des diocèses voisins, celles de Caër, de Notre- Dame-du-Carmel, etc., osèrent aller prendre, une à une, leur domicile au Tond des plus modestes bourgades , en se Taisant à la Tois filles de charité pour les malades et maîtresses d'école pour les enTants de leur sexe. Mais ce dernier effort de la charité , comme le dit Herment (2) , n'eût peutêtre pas été possible , si ces religieuses, que le moyen-âge n'a point connues, n'avaient profité de la sympathie et du respect que les Filles de St-
(i) Cf., |>our rhifttoire des religieuses d'Ernemont, les ArchiYes de la Seine-lof. D. Â53 et suit.
(9^ Oittoire des ordres religieux.
Vincent -de-Panl avaient obtenus en faveur de Tœuvre qu^elles entreprenaient. Si nous ne parlons de celles-ci qu'en dernier lieu, ce n'est donc pas que nous ujéconnaissions le mérite de leur institution , mais c'est que les maisons qu'elles formèrent dans le diocèse de Rouen ne peuvent entrer en comparaison , pour le nombre et l'importance, avec celles des autres communautés dont nous nous sommes occupé.
Ces sœurs durent leur établissement à Bourgachard , à M. du Val , prieur de ce lieu et abbé de la Victoire de Senlis, décédé vers 1675. Par son testament , il chargea l'hôpital des ren- Termés de Senlis, auquel il laissait de grands biens , de Taire l\00 liv. de rente pour l'entretien de deux filles de la Charité à Bourgachard. L'une devait tenir une apothicairerie , visiter les malades de la paroisse , leur fournir gratuitement les remèdes qui leur étaient nécessaires ; l'autre devait tenir les écoles pour les jeunes filles. Un quart de la rente devait être employé à l'achat des remèdes. Une troisième sœur fut adjointe aux deux de l'institution primitive, à partir de 1729 (1).
Les écoles de Blangy et de Criel , tenues également par des sœurs de la Mission , eurent pour
(i) Areb. de la Seine-lnC, F. de Tarcbev.
— ZOD
bienraitrice , sinon pour fondatrice, Anne-Maric- Louise d'Orléans , souveraine de Dombes , duchesse de Montpensier. Le souvenir] de celle princesse mérile de rester en vénéralion dans loul l'ancien comlé d'Eu, où il n'esl guère de paroisses qui n*aienl resseuli les effels de sa charilé. « Dans le désir de procurer aux pauvres de son comlé tous les avantages que requéroil leur grande nécessité et de donner par son exemple occasion aux personnes charitables de les aider dans leurs besoins, elle avait établi dans la ville d'Eu un hôpital de pauvres renfermés pour leur donner moyen, par les occupations auxquelles on les appliquerait , d'éviter l'oisiveté et de gagner par le travail une partie de leur subsistance. • Elle avait fondé au même lieu et dans le même temps un séminaire de sœurs de la Charité pour le secours des pauvres malades qui ne pouvaient avoir de place dans la maison des religieuses hospitalières et pour instruire les pauvres enfants (1). Edme Jolly, supérieur général de la Mission, lui envoya, en 1685, cinq religieuses pour commencer ce séminaire (2). La même année. Mademoiselle fonda un établissement du même genre
(1) Arcb. de la Seine-lof., F. de TarcheY.
(2) Ârch. de la vilie d*Eu.
à Blaugy, Tune des principales villes de son comté. Elle y mit quatre religieuses qui durent prendre soin des malades et instruire les petites filles de la localité (1).
11 existait une école à Criel , antérieurement à 16A6. On en trouve la constatation formelle dans le testament de M* Nicolas de Rye, prêtre habitué en Téglise St-Eustache de Paris. On y remarque entre autres dispositions la donation à la fabrique de Criel de 55 liv. t., de 6 acres de terre et d'une maison couverte de tuiles , à charge d'y entretenir à perpétuité une école dans les conditions où le testateur Tavait fondée et telle qu'il la soutenait de ses aumônes depuis quinze ou seize ans. La maîtresse devait avoir 100 liv. de gages. Elle était à la nomination du curé , des marguilliers , des trésoriers anciens et des parents du testateur, résidants en la paroisse. Il léguait de plus à l'école un vieux livre de Grenade couvert de veau noir et tels autres de ses livres qu'il plairait à ses exécuteurs envoyer à Criel , le tout afin que les enfants priassent Dieu pour le repos de son âme (28 août 16/(6). Peu de temps après, une école spéciale pour les filles fut fondée au même lieu par M"" François Chasse- Ci) Arch. de ta Seine-Inf., F. de Tarchev.
bras, que M. de Rye, en sa qualité de compatriote et d*ami, avait choisi pour l'un de ses exécuteurs testamentaires. L'école devait être dirigée par une maftresse à la nomination de Chassebras, et après lui , à celle du curé , du seigneur de Briançon et des marguilliers en charge. La maîtresse ne devait prendre aucuns gages pour elle ni pour ses aides ; mais , en retour, les habitants renonçaient à leur droit de la comprendre dans le rôle de la taille. Cette fondation réussit assez bien, grâce au zèle de Tinstitutrice Jacquette Joly, qui trouva moyen, dans les économies qu'elle sut réaliser, d'acquérir une maison et une demiacre de terre pour la dotation de son école. Quand elle se vit avancée en âge et qu'elle parla de se retirer , l'idée vînl de mettre à profit le dévouement et l'expérience des filles de la Charité que Mademoiselle avait déjà établies en plusieurs eu< droits de son comté d'Eu , et dont les habitants de Criel s'étaient formé une opinion des plus favorables, par la sœur Jeanne Tardif, qui depuis peu de temps leur avait été envoyée comme servante des pauvres. On pria la princesse de prendre sous son patronage l'école de Criel et de faire pour cette maison ce qu'elle avait fait volontiers pour plusieurs autres. La demande lui eu fut présentée au nom de frère Pierre Mauquois,
chanoine régulier de Fabbaye d'Eu , prieur-curé de Criei , de Marc-Ântoine de Rollinde , écuyer, conseiller et secrétaire du roi et des commandements de Mademoiselle , seigneur de Briançon , et de Jacques Le Febvre, trésorier et marguillier en charge de ladite église , obligés , en vertu de la fondation de Chassebras , de pourvoir les écoles de maîtresses capables et de satisfaire aux pieuses intentions du fondateur. Mademoiselle agréa cette demande qu'elle avait , vraisemblablement, provoquée, et elle promit d'augmeuter les fondations dei26 1iv. de rente (30 avril 1685). L'année suivante (13 novembre 1686 ) , elle acheta de M. de Rollinde, pour les pauvres du bourg de Criel, moyennant un prix de l/i,000 liv., le château de Briançon avec les avenues et les fossés , le droit de franc-moudre aux moulins banaux et le tiers du Moulin-l'Abbé, et en fit don, en la personne de la sœur Jeanne Tardif , à l'hôpital des filles de la Charité de Criel, dont elle devint de la sorte la fondatrice. L'hôpital et l'école réunis dans la même enceinte furent mis sous l'invocation de saint Louis. La princesse s'occupa d'y faire installer tous les meubles nécessaires pour les malades, pour les orphelines et pour les sœurs; elle-même rédigea le règlement de la maison , dont une disposition attribua au curé la charge d'administrateur.
Les revenus des maladreries de Criel et de St- Claude de Guillemécourt, Turent réunis à Thôpital de Criel, du consentement des habitants, en vertu d'un arrêt du Conseil d'État du 22 décembre 1694, rendu sur Tavisde Tarchevéque et de l'intendant, en vertu aussi de lettres de confirmation et d'amortissement du mois de septembre 1695 et du mois d'août 1699. Les habitants de Guillemécourt avaient retenu qu'il serait reçu à l'hôpital six petites filles de cinq à douze ans qui y demeureraient de quatre à six ans. Cette condition fut remplacée par une autre non moins avantageuse ; ce fut de recevoir les malades de Guillemécourt jusqu'à concurrence des revenus de la chapelle de St-Claude.
11 résulte d'une inTormation faite au bourg de Criel, le 26 avril 1700, en présence d'un commis saire du Parlement de Paris , qu'à cette époque , on comptait à l'orphelinat de Criel trente -trois petites filles de la paroisse et des environs, auxquelles on montrait à faire de la dentelle jusqu'à ce qu'elles fussent en état de gagner leur vie. Les comptes de la maison étaient rendus à un Conseil d'administration qui les adressait, après les avoir examinés , au Conseil du comte d'Eu. L'hôpital payait une rente annuelle de 10 écus à un maître d'école chargé de l'instruction gratuite des pauvres garçons de la paroisse*
Des inscriptions indiquent encore , à T heure qu'il est, les noms des bienraiteurs de cet hôpital, conservé à sa primitive destination et établi, comme le dit M. Fabbé Cochet, a dans un charmant château , garni de tourelles et assis dans une des fies de l'Yere. » Les portraits de Chassebras et de Jacquette Joly sont conservés dans la salle du Chapitre des religieuses. La Révolution , qui a causé tant de ruines , a respecté cet asile de la charité (1).
Les filles de la Mission eurent aussi des écoles au Tréport (fondation de Mademoiselle), à Touf- Treville , au Petit-Quevilly (-2) , à Étrépagny et à Gonfreville-l'Orcher. Mais dans ces deux dernières paroisses les écoles finirent par leur échapper. Elles furent données, pour raison d'économie, aux sœurs d'Ernemout (â).
(1) Arch. de la Seine-Inf. , série L.
(3) Ib.,D. &5&, &56.
(S) Cr,, pour rhistoire tte IMiôpiial de Criel , M. Tabbé Gochit , Histoire des églises de Varrond. de Dieppe, ies archiYes de Phôpital de Criet , celles de la Seine-liif. , F. de Parcbev.