‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 17 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ÉCOLES ÉLÉMENTAIRES. — COMMUNAUTÉ DES MAITRES ÉCRIVAINS. — ÉCOLES DE CHARITÉ DE l'HOPITAL DE ROUEN. — INSTITUT DES FRÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE. — MAISONS DES FRÈRES DE ROUEN ET DE DIEPPE. — ENSEIGNEMENT DANS LES AUTRES VILLES DU DIOCÈSE.

Vers le temps où les sœurs d'Ernemont s'introduisaient à Rouen , les Trères des Ëcoles chrétiennes y étaient appelés par rarchevéque Mg' Colbert. Mais avant de parler de cet ordre nouveau , il nous parait indispensable , pour nous mettre en état d'apprécier les services qu'il était destiné à rendre, d'examiner en quelles mains était remise l'instruction de la jeunesse , quand les frères se présentèrent pour être les instituteurs des classes populaires.

Ce serait une erreur de penser qu'antérieurement à l'institut du vénérable de La Salle , un objet aussi intéressant pour le bien public fût

absolument négligé. Dans les campagnes, on avait pourvu à l'instruction populaire par rétablissement d'une multitude d'écoles tenues ici par le curé , là par le vicaire, ailleurs par des clercs ou des magisters, écoles assez souvent gratuites, grâce aux Tondations des fabriques ou de pieux particuliers , et , quand elles ne l'étaient pas , entretenues aux conditions les plus modestes , au moyen de certains droits payés au maître par les écoliers et désignés sous le nom d'écolage. La diminution progressive des ecclésiastiques dans les derniers siècles , en obligeant les paroissiens et les curés à recourir à des instituteurs laïques, avait Tait sentir la nécessité d'assurer un traitement à ces derniers et de favoriser autant que possible les donations en faveur des écoles paroissiales. Plus loin , nous consacrerons un chapitre aux écoles rurales. Nous nous occuperons dans celui-ci des écoles de Rouen , et nous ne nous ferons pas scrupule d'en parler avec quelque détail parce que, si nous ne nous trompons, elles forment comme un type d'après lequel on pourra juger du système suivi autrefois dans la plupart des grandes villes de France.

Dans les trois derniers siècles, il y avait à Rouen, pour ce que nous appelons l'instruction primaire, deux sortes d'écoles : celles des maîtres

écrivains jorés , et celles de charité ou des quatre quartiers. Les premières étaient à T usage de la classe aisée ; les autres étaient exclusivement à Tusage de la classe indigente.

Nous commençons par les premières. Nous les connaitrons suflBsamment quand nous saurons l'organisation et les prérogatives de la communauté qui en avait le monopole. — A Paris , un arrêt du 31 janvier 1576 avait déclaré que c nul ne seroit reçeu à tenir escoUe publique d*escriture... qu*il ne Tût de bonnes yie, mœurs et conversation catholique , et deument expérimenté en Tart d'escriture , tant sur la manière d'escrire que de l'orthographe, pareillement sur Tart de jetter et compter et qu*à ceste fin il n*eût été examiné par quatre des maistres escrivains lesquelz ou deux d'entre eux en feroient rapport par devant le prévost de Paris (1). » A Rouen, on suivait un système à peu près semblable.

(i) Gel arrêt fut rendu coDronnéineot à Taris que donna au roi et à ton privé conseil Gabriel Miron, lieutenant cifil de la prërôté de Paris. — A Paris , au XVII* siècle , on distinguait les maîtres écriTains appelés à la Térification des actes, contrats « cédules et autres enseignements maintenus de faux, des maîtres des petites écoles; les premiers étaient en très-petit nombre et rdcTalent de la prévôté de Paris. Les autres étaient nombreux et étaient soumis à Paulorité du chantre de la cathédrale. Ce furent ces derniers qui suscitèrent tant de difficultés au vénérable de La Salle.

Cétait au bailliage, devant le lieuteoant-général du bailli , que ceux qui aspiraient à la proression de Tart d'écrire étaient reçus après avoir Tait préalablement expérience en présence des anciens roaitres écrivains (1).

L'enseignement de récriture , et aussi celui de Tarithmétique , des changes étrangers et de la tenue des livres, soit dans les écoles, soit dans les maisons particulières , appartenait par privilège à la communauté des maîtres écrivains jurés, et on ne saurait imaginer avec quel soin elle en revendiqua Tusage contre tous ceux qui, sous des prétextes plus ou moins fondés , s'avisèrent d'y prétendre. Eu 1625, elle fit condamner au bailliage une pauvre veuve qu'on avait trouvée enseignant à écrire à des enfants. Il y avait longtemps qu'elle vivait de ces leçons, et personne ne pouvait lui reprocher d'en avoir fait mystère. Cette considération , jointe à la crainte de lui enlever son unique gagne-pain , engagea à user d'indulgence à son égard. On lui accorda par grâce de conserver ses écolières ; mais , pour le maintien

(1) Arrêt de la cour du Parlement, du 2 août 1617, ordonnant que ceus qui voudraient se présenter i pour enseifçiier Tart d^cscriture « seroient reçus par devant le bailli à Rouen ^ eu faisant au préa- « lable expérience en présence des anciens maîtres. • — I)légiemeni de 1618.

du principe, on Tobligea à retirer de sa chambre un tableau en forme d'affiche où se lisaient ces mots écrits en lettres d'or : « Escolle d'escripture et d'arithmétique. » Une autre Tois, les écrivains poursuivirent pour le même motif une femme qui s'était vainement conflée dans sa qualité de fille d'un ancien maître. Us lui firent interdire la profession de maîtresse d'écriture, d'après ce singulier principe que « cet art étoit attaché au sexe masculin. • Ce fut, sans doute, à cause de ce privilège, si strictement défendu, que pendant un temps des communautés de filles , vouées à l'enseignement gratuit et charitable du peuple, prirent la précaution de déclarer comme objet de leur enseignement la lecture et non l'écriture. La clôture à laquelle les Ursulines et les filles de la Congrégation de Notre-Dame étaient astreintes, mettait ces religieuses à l'abri des tracasseries des maîtres écrivains. Mais les sœurs de la Providence éprouvèrent de leur part d'assez sérieuses difficultés. Au XVIIP siècle , cependant , il était universellement admis que les religieuses, à Rouen , pouvaient montrer à écrire aussi bien qu'à lire. Il fallait bien qu'il en fût ainsi , puisque les déclarations du roi et les ordonnances des archevêques interdisaient l'admission des deux sexes dans les mêmes écoles et défendaient aux

homines de se mêler de riostruction des filles (1). Les prêtres qui enseignaient d'ordinaire la langue latine essayèrent en mainte occasion d'enseigner aussi récriture et Tarithmétique. A Paris, cette Taculté leur était reconnue. 11 était d'usage dans cette ville que les ecclésiastiques qui apprenaient aux enfants le latin , pouvaient également leur apprendre à écrire , moyennant Fautorisation du chantre de la cathédrale. A Rouen, on suivait un principe différent. Le règlement de Georges 11 d'Amboise , de 1520 , leur défendait formellement d'enseigner l'écriture et l'arithmétique, hormis dans les villes et les bourgs où il n'y avait pas de maîtres jurés. Des lettres-patentes , du mois de décembre 1711 , homologuant les nouveaux statuts des écrivains , dressés au mois de juillet précédent, renouvelèrent cette défense. L'art. 26 interdisait , sous peine de 100 liv. d'amende , aux prêtres et autres enseignant la langue latine , d'enseigner ou faire enseigner à écrire dans leurs maisons sinon par les maîtres écrivains. Un an avant l'obtention de ces lettres, il s'était trouvé à Rouen jusqu'à l/i prêtres tenant école , qu'on avait surpris montrant l'écriture (2),

(i) Ârch. Seine-Inf. D. 399.

(3) Condamnalioo de Louis Da Bosc, prêtre habitué à St-Patrice , 15 mai 16&9 ; d^ Adrien Delamare et de Nicolas Maliet , prêtres,

lis signèrent l'engagement de renoncer à cet enseignement et de se borner dans leurs leçons à la langue latine ou à la lecture. Quelque temps après, ils crurent pouvoir éluder cette obligation en faisant venir chez eux des maîtres pour enseigner la lecture et l'écriture. Afin de remédier à cet abus la communauté , au nombre de dix-neuf membres, prit , le 13 mai i717, la délibération suivante :

c Plusieurs particuliers , tant prêtres que laïques, commencent à établir un moyen propre à abolir complètement la communauté et déserter la plus grande partie de nos classes en fesant venir chez eux un maistre pour enseigner l'écriture , lui donnant par mois une somme fort modique , ne leur demandant seulement que des pièces de son écriture , et ils sont contents pourvu qu'il vienne une demi- « heure en huit ou quinze jours. La communauté unanimement renonce à aller à ces escolles chez aucunes personnes , tant prestres

1712, elc... Cependant, en 1706, la comrounaulé des maîtres écrivains échoua dans la poursuite qu'elle Gt contre Jean Filleul, prêtre habitué à S**-Croix-St-Ouen. Par exception, le Parlement reconnut à cet ecclésiastique le droit d*enscigner chc lui à écrire, par ce motif quMI avait été choisi par Tarchevéque pour instruire les nouveaux catholiques de b paroisse et les mener à la messe, au désir de la déclaration du roi, de l'année 1698. ( Arrêt du k août 170A.)

t qae laïques , à moins que ce ne soit par mois « et à tous les jours de la semaine. »

Les maîtres écrivains ne défendirent pas moins énergiquement leui*s privilèges contre les professeurs protestants. En 1662, ils poursuivirent devant le lieutenant du bailli les nommés Jacques Duperroy et Jacob Cartier, pour avoir tenu écoles pour des enfants de la R. P. R. et s'être servi de livres injurieux à la religion catholique. Condamnés par sentence du bailliage, ceux-ci en appelèrent au Parlement. Ils alléguèrent , pour leur défense, les édits de pacification, la liberté de conscience , le caractère libéral de renseignement. Ils contestaient la légitimité de la jurande que voulaient maintenir les maîtres écrivains au préjudice non-seulement des protestants , mais encore du clergé catholique. Ils en signalaient les abus. Nombre de pauvres garçons, fort en état d'enseigner , en étaient exclus , et on y admettait des gens d'une incapacité notoire, moyennant de grosses sommes d'argent qu'on les obligeait de payer. Les maftres écrivains convenaient que leur jurande était d'institution récente, qu'elle n'avait été établie que par suite des abus auxquels donnait lieu l'abandon dans lequel, pendant longtemps, on avait laissé l'enseignement. Ils invoquaient l'intérêt de la morale , la raison d'état ,

— isoles ordonnances do roi , les sentences et les arrêts précédemment rendus dans des circonstances analogues. lisseraient, disaient-ils, inraîlliblement ruinés , eux et leurs fomilles , si on accordait aux demandeurs une tolérance dont les catholiques eux-mêmes ne jouissaient pas, celle d'enseigner sans maîtrise. Duperroy et Cartier auraient pu répondre que la maîtrise leur était fermée à cause de leur religion, et que ce n'était pas leur Taule, s'ils étaient forcés d'enseigner en dehors des conditions ordinaires. Mais, quoi qu'ils purent dire pour leur défense , la cour mit leur appel à néant, les condamna à une faible amende, leur fit défense de montrer à lire et à écrire dans leurs maisons et de tenir écoles particulières sous les peines au cas appartenant, si mieux n'aimaient se retirer à Que?illy , village situé à peu de dislance de la ville, où un temple avait été élevé pour l'usage de leur culte. Quelques années après , François de Mascranny , chancelier de l'élise de Rouen, réclamait l'application de cet arrêt et invoquait, à son tour, le règlement du cardinal d'Amboise, de 1520, c contre plusieurs personnes de mauvaise réputation, tant hommes que femmes, de la religion prétendue réformée, qui s'étaient fixés à Rouen et dans les autres villes et bourgs

du diocèse pour y enseigner la jeunesse (1). » Des écriteaux placés à Textérieur annonçaient l'école du maître écrivain (2). D'après l'art. 25 des statuts, aucun maître n'avait la liberté de donner ou envoyer par les maisons billets écrits, burinés ou imprimés, ni même d'en afllcher dans les lieux publics pour indi(|iier sa demeure ou profession. En 47&2, Jean Bonnet fut condamné à l'amende pour avoir distribué dans le public , afin de se faire connaître, un livre imprimé qui portait pour titre : « Compilation ou détail abrégé de ce que Jean Bonnet , maître écrivain juré de la ville de Rouen, enseigne à ses disciples. > En 1787, un autre confrère, Duplessis, fut réprimandé pour avoir rédigé un prospectus et l'avoir fait insérer dans les papiers publics. Quelquesuns parlèrent même de le traduire en justice. Par ces deux exemples , on voit que l'art de la réclame était encore dans l'enfance. Ce n'est point assez dire : il était proscrit comme étant de nature à compromettre la dignité du métier. Les maîtres de cette communauté s'intitulaient

(1) Arcb. Seine-Inf. D. 832.

(3) En 1714, la communauté poursuivit un sieur Pavie pour s'être intrus dans la profession d'enseigner la jeunesse et avoir Tait placer sur la rue cet écriteau de maiire écrivain : « Icy on instruit la jeunesse. > A Paris, la rédaction de renseigne avait été déterminée par un arrêt du Parlement du 23 juillet 171i^ : « Céans petites écoles. •

• maftrcs et gardes du noble art et science d'écriture et d'arithmétique , experts ?érificateurs en la ville et banlieue de Rouen. ■

On ne pouvait être admis à la maîtrise qu'après avoir fait preuve de capacité. Aux termes du règlement de 1617 , l'expérience devait se faire en présence des anciens maftres. Plus tard, on exigea que toute la communauté Tût convoquée pour assister à la présentation du cber-d'œuvre et aux expériences. Les questions étaient adressées à l'aspirant par les douze anciens, pendant trois séances fixées à des jours différents. La première était employée à l'examen du cbef-d'œuvre , la seconde à la théorie de l'écriture , la troisième à l'orthographe et à l'arithmétique. Si l'aspirant était jugé capable, son admission était prononcée, et la communauté autorisait les syndics et adjoints à le conduire devant le lieutenant-général de police pour y prêter le serment d'usage de porter honneur et respect aux anciens et de se conformer aux statuts et règlements. Le droit de réception fut , pendant longtemps, de /lOO liv. Il fut réduit à 100 liv. vers 1776. Les fils de maître ne payaient que 30 liv. Il fallait, en plus, payer un droit à l'hôpital général , et un autre , assez élevé, au greffe du bailliage pour la lettre de maîtrise.

11 y avait 32 maftres écrivains à Rouen en 1618, 70 en 1662, 36 en 1725, 35 en 1776 et

Cette communauté avait, ainsi que toutes les autres, son saint patron, ses fêtes et ses habitudes religieuses particulières. Elle formait une confrérie sous rinvocation de saint Cassien, évêquc et martyr, qu'elle avait choisi parce qu'il avait été écrivain et instituteur. Pendant plus d'un siècle, elle tint ses assemblées à St- Godard; vers 1657, elle les transféra en l'église St-André de la Porte-aux-Fèvres. D'après les statuts primitifs, les maîtres étaient tenus de comparaître au jour de St-Jean-porte-latine et de St-Nicolas d'hiver en l'église St-Godard , pour y entendre la messe et l'exhortation du chancelier (1). Aux termes de ceux de 1657 , le jour SuCassien , toutes les écoles chômaient; un service auquel tous les confrères étaient tenus d'assister était célébré en l'église St-André. Cependant, par souvenir des anciens usages , on avait statué que « pour le

(4) Celte cérémonie est menlioanée dans les Fusti Rothomagenscs de Hercule Grisel, au mois de mai:

Meigeris ad portam , scriptor dirine , latinam ,

LaetuB et ex oleo dira soaaDte redis.

Pingere litterulaa pueros quicumque docetis,

Gildardi Teatris cnltibus ara sacra est.

respect que les anciens maîtres avoient eu à la dévotion de saint Jean-porte-latine , il seroit dit et célébré tous les ans, ^un trais de la confrérie, une messe au sépulcre St-Romain , dans la chapelle souterraine de l'église de St-Godard (1). •

(1) Autrefois, comme de nos jours « le jeudi était un jour de congé pour les écoliers. A Rouen , un de leurs exercices familiers était le combat de coqs. Hercule Grisel nous l'apprend dans ces fers qu'il a insérés, au mois de février, dans ses Fasti Rotkomagenses :

Sunt modo diicipulis sua , privatisque magiatrb

Ludicra , que statuit de jove dicta dies. Gristatoa pugna gaudenl commitlere gaUoi ;

In medio ludi lignea septa parant.

Hic geminus crebria iraa aisultibus aléa

Exacuit , roatria obvia rostra aonantc Ignescunt animia, et calcea calcibua urgent,

Affligunt pectua pectore , pluma Tolat.

Confodiunt nigro atillantia lumina tabo ,

Et capitia rubraa diasecuere jubaa.

Victua abit« latebraïque petit, dominumque auperbum

Ferre nequit ; Tictor voce canorus ovat , Et aese major graditur , vivoque rnbescit j

Murice ; diacipulo dat quoque régna auo , Quem vélo tectus quadrupea per compita portât;

Rex gladium geatana veste récente nitet. Mucro latet gladii fructu, aunt aurea mala :

Est prope vestitum qui moderetur equum.

Les joutes de coqs étaient en usage dans la plupart des écoles au moyen-âge. M. Léopold Delisle en a cité plusieurs exemples. Nous nous bornerons à en rappeler un qui concerne Dieppe. Parmi les redevances dues au bateau passeur, on remarquait la suivante : « Le maistre qui tient Tescole de Dieppe , un coq, quant les joux sont à Tescotle ou ailleurs en la ville, et en sont francs audit batel tous les escoliers de Dieppe. >

Dans le cours du XVIIP siècle, et à mesure qu'on approcha de la Révolution, les idées de liberté tendant à prévaloir dans le commerce et dans rindustrie , le privilège de la communauté des maîtres écrivains devint de moins en moins respecté. En 1778, la communauté fut supprimée (édit de Tévrier), et si elle Tut rétablie le 17 juillet 1779 , elle dut accepter des statuts moins favorables que ne Tétaient les anciens. Cependant, Tart. 2 portait « que ceux qui seroient reçus maîtres dans la communauté jouiroient seuls et à Texclusion de tous autres du droit de tenir classe publique pour enseigner récriture, Tarithmétique et les objets dépendans de ladite profession. » Ce fut en vertu de cet article, qu'en 1783 ils se crurent autorisés à intenter un procès contre l'abbé Langlois, domicilié rue de l'École , chez lequel on avait trouvé deux sortes d'écoliers , les uns qui faisaient des versions , les autres qui écrivaient en différents caractères. La communauté perdit sa cause au bailliage ; elle en appela au Parlement , se fiant dans les consultations des avocats les plus distingués du barreau de Rouen , MM. de Beaulieu, du Tronche, Anfray et Thouret. M. Thieullen, que son mérite appela plus tard aux hautes fonctions de premier président de la Cour impériale , avait

été moins affirmatir que ses confrères. Il lui répugnait d'admettre , avec les maîtres écrivains « que riutérét de l'éducation publique permit d'obliger un père de famille à faire suivre à ses enfants un cours régulier d'écriture , avant de le placer au collège. » En fin de compte, l'abbé Langlois gagna son procès, sans pourtant qu'on reconnût absolument aux ecclésiastiques, qui faisaient profession d'enseigner le latin , le droit d'enseigner aussi l'écriture. Vers le môme temps, l'intendant de la Généralité, agissant en cela sous l'inspiration du ministre , essaya d'obtenir des maîtres écrivains l'abandon formel de leur privilège à l'égard des latinistes , qui auraient été assimilés à ceux de Paris ( 23 octobre 1 783 ) ; il échoua dans cette tentative. Mais les maîtres écrivains durent sentir dès lors qu'ils avaient perdu l'appui du Parlement et de l'adminislratiou, et que le temps était passé où ils pouvaient exercer leur surveillance, non-seulement sur les écoles, mais encore sur l'enseignement privé, à l'intérieur des maisons particulières.

Il faut dire que dans le même temps où la communauté des maîtres écrivains voyait ébranler son privilège , elle perdait de sa considération et de son crédit par suite du peu de capacité des personnes qu'elle admettait dans son sein, par cabale,

par cupidité ou par FcITet d'une déférence, malheureusement presque forcée , envers quelques personnes influentes de la ville qui recommandaient leurs créatures et auraient pris eu mauvaise part le rejet de leurs demandes. Les brigues qui se faisaient pour les examens , les soupçons de vénalité mirent la mésintelligence entre les membres de la communauté ; leurs délibérations trahissent en plus d'un endroit la discorde à laquelle elle fut pendant longtemps livrée.

Cette communauté subsista jusqu'en 1791. Appelée, ainsi que les autres , à preudre part aux opérations électorales pour les États-Généraux et à rédiger son cahier de remontrances, elle exerça son droit avec uu sentiment de son importance qui parait assez peu en rapport avec la modeste position de ses membres. Écoutons , eu eflet , les premières phrases du discours prononcé par un des syndics à l'assemblée générale pour le choix d'un délégué qui devait prendre part à l'élection du député du tiers-état de la ville de Rouen aux États-Généraux :

• Messieurs , les temps de calamité et de dé- • tresse semblent vouloir être à leur terme. Les c vues droites et bienfaisantes du restaurateur t des rois va les faire disparaître en rappelant c auprès de lui ses sujets au noble Champ de

Mars, où nos pères s'assemblèrent avec bonhomie pour y établir des lois que leur sagesse leur dicta d*après celles des Romains, à qui ils en étoient redevables. Le vœu du monarque, soutenu par sa bonté, est de régénérer la nation Trançaise , en lui accordant le plein pouvoir de réformer tous les abus que les temps ont accumulés et d'aviser à un nouveau régime , auquel c Sa Majesté se propose de donner la plus grande f sanction. > Le discours continue sur ce ton et ne mérite pas qu'on en écoute davantage. Quelques jours plus tard , d'orateurs improvisés, les maîtres écrivains deviennent législateurs. Dans la rédaction de leurs cahiers de doléances , du 25 mars i789, ils indiquent d'une main ferme les mesures à prendre pour la prospérité du pays ; ils réclament l'anéantissement de toutes les mécaniques , l'abolition du traité de paii , l'abolition de la gabelle : le sel étant, comme ils le disent, un don du ciel et de la nature ; le rétablissemeut des maîtrises telles qu'elles étaient avant 1778, dans le temps oii leur communauté était florissante , etc. , etc.

Ces courtes citations suffisent à donner une idée de la naïve présomption avec laquelle les maîtres écrivains comprenaient la solution des difficiles problèmes sur lesquels on les consultait et pour

lesquels ils n'avaient guère compétence. La plupart des communautés, dans la même circonstance , ne montrèrent ni plus de maturité de jugement ni plus de sens pratique (1).

Dès le milieu du XYP siècle, et précisément à Tépoque où le désir de prémunir renseignement contre les doctrines nou?clles faisait créer à Rouen un corps privilégié de maîtres écrivains, ridée venait, dans la même ville, de fonder, tant en vue d'assurer le bon ordre que par esprit de charité, des écoles gratuites à T usage des enfants du peuple. Yei^s les premiers mois de l*année 1555, le Buçeau des pauvres valides avait acheté à cette intention quatre maisons dans les différents quartiers de Rouen , et avait préposé à la direction des classes quatre honnêtes ecclésiastiques auxquels il fournissait le logement et quarante livres de traitement. Il leur était enjoint d'apprendre aux écoliers • à craindre et louer Dieu , leur créance « et commandemens de la loy , leur petit livre , c la lecture , récriture et principalement les c bonnes mœurs. » Guillaume Tulles avait fourni les fonds nécessaires pour cette œuvre. Ils consistaient en 1,000 livres qui furent employées en

(i) Consulter, pour Thistoire des maîtres écrivains, les Arcb. de la

Selne-Iiif. D. 329.

rentes coDforméineDt à ses volontés. Vers Pâques de Tannée suivante , deux autres écoles furent ouvertes pour 160 filles de V aumône. Deux honnéles femmes furent chargées de les instruire et de leur montrer à travailler à Taiguille (i). Des personnes charitables s'intéressèrent à ces écoles, entre autres Nicolas de Bauquemare , lequel, par son testament du 49 février 157& , légua à celle du quartier Beauvoisine un revenu qui suffit pendant assez longtemps (2). Les documents nous

(1) « Police générale du Bureau desPauires lalides, hôpital général dé la yille de Rouen. • A Rouen , chex Jean-Bapiiste Machuel , rue Écujère 1701 », p. 7. L*auleur de la notice placée en tèle de cette compilation cite, parmi les bienfaiteurs des écoles des quatre quartiers, un bon bourgeois qui donna 20 1. t. de rente, un autre qui s*engagea à entretenir un des prêtres, et feu M* Geoffroj de Manneville, conseiller de la Cour qui donna 400 I. de rente.

(2) Il était sieur de Frauqueville et greffier des États de Normandie. H donna au Bureau 2,200 liv. La meilleure partie de la rente, achetée au moyen de ce capital, à savoir 60 lir., devait servir t à entretenir « ung homme d'Eglise ou autre pour montrer gratuitement à lire ■ et escripre aux paouvres enffans du quartier de Beaufoysine où

• demnuroict ledit sieur de Franqueville tant à ceulx du Bureau que « autres paouvres gens qui n*auroient moien d'entretenir leurs enflans « à Tescolle, à la charge de dire ou faire dire par ledit maislre tous « les dymenchcs de Tan une basse messe à 7 h. en estey et 8 h. en

• yver en la paroisse St-Laurens dudit Rouen en la chapelle où seroit

• inhumé ledit deffunct avec le psaln^e De Profundis et les oraisons

• pour les trespassez ; et sera tenu ledict maistre mener tous lesdicts « enCTans qui yroot à son escoUe ou d*aultant quMI y en vouldroit venir « pour oyr la dicte messe et faire prier Dieu pour Tame des père et t mère, frères, sœurs et de celle dudit testateur, sa femme et enflons...

manquent ponr suivre ces écoles dans leur modeste histoire. Nous savons seulement que, vers 1650, c'était à peine s'il restait quelques vestiges de l'ancien système d'éducation charitable. Il n'y avait plus à subsister que l'école du quartier Beauvoisine tenue alors par un ecclésiastique, Charles Alabarbe , conformément à la Tondation de Bauquemare. On lui donnait 60 livres de traitement. 11 devait instruire les enfants, les conduire aux inhumations et célébrer une messe chaque dimanche en l'église St-Laurent. Un autre ecclésiastique , Louis Tricotté, est cité à la même époque avec la qualification de précepteur des enfants des pauvres des quartiers Cauchoise et Martainville. Mais si l'on considère la modicité de

« 15 I. (seront; distribue! deui fois par an, le i*' dimanche de Tan el

■ le I" dimanche de juillet, aux petits enCTansqui iront à Técole pour

■ acheter un polit livret, unes heures, du papier;... àO s. (wront) pour

• le argent du quartier, aGn qu*il ait soin de visiter Técole et « d*avcrtir MM. du Bureau du devoir que fern le maître de monlror

• auxenfbns, et 60 s. pour le receveur du Bureau, afin qu*il en compte

• en un chapitre à pail. » Arch. des hospices de Rouen, Sevond potume du ehartrier ou registre des rentes ypothéqves el foncières,,, pour les pauvres valides, (•• 288, 289. - Compte de riiôpilal général, i66tM670 : • Fondation de M. de Bauquemare : au sieur Charles La Bart)e, prestre, 80 1. pour la fondation de tVf. de Butiquemare, avoir célébré une messe chaque dimanche. Au seigent pour afoir, suifant le testament du sieur de Bauquemare, conduit les enfants revêtus à St-Ouen, AO s. > Ibid, V. dans Farin , Uisioire de Rouen , l'inscription tumulaire de Nicolas de Bauquemare,

ses gages qui n'étaient que de 30 liv. par an et n'avaient même été que de 15 livres pendant quelque temps , la population nombreuse de ces deux quartiers séparés d'ailleurs l'un de l'autre par Beauvoisine , on ne peut s'empêcher de croire que son enseignement ait dû se borner à quelques leçons de catéchisme. En 1655 , le nom de ce maître disparait des comptes du Bureau , et Charles Alabarbe cesse d'être cité comme instituteur ; il ne parait plus avoir été chaîné que de dire la messe tous les dimanches en l'église St-Laurent pour la famille de Bauquemare. Aussi son traitement est-il réduit de moitié (1). Ces derniers changements, bâtons-nous de le dire , ne doivent pas être pris pour un symptôme d'indilTérence à l'égard de renseignement populaire; ils furent, au contraire, déterminés par un progrès réel dont il est nécessaire de dire ici quelques mots.

Nous sommes à l'époque des Olier, des Eudes, des Bourdoise , des Le Noblest ; à l'époque de saint Vincent-de-Paul qui fut le promoteur de tant d'œuvres de bienfaisance, et qui trouva

(i) Arch. des hospices de Rouen. ~ 9 septembre 1653 , Michel Le Febvre admis à recelé du quartier Cauchoise ; 3 décembre 1653 , Robert Béquel , â{^ de 10 ans, admis à l'école du quartier Cauchoise.— Arch, des hospices de Rouen. Délib.

presque partout de dignes disciples et de fidèles imitateurs de son dévouement et de ses vertus. Dans ce temps , d'un bout de la France à Tautre, la charité opéra de véritables prodiges ; elle arriva à créer , presque à elle seule , des établissements aussi importants que durables , et qui suffiraient à l'honneur d'une civilisation.

Jusque-là le Bureau des pauvres valides avait plus ressemblé à ce que nous appellerions aujourd'hui un bureau de bienfaisance qu'à une administration hospitalière véritable. Veiller à la perception des fonds de charité provenant des cotisations plus ou moins volontaires des habitants de la ville , des quêtes qui se faisaient dans les églises , des legs et des amendes , les répartir , à des jours déterminés, entre les nécessiteux suivant leurs besoins régulièrement constatés , prendre soin des enfants en les mettant en nourrice ou eu condition et en payant , pour quelques-uns , leur pension chez des maîtres d'école : telle avait été pendant longtemps l'occupation du Bureau , sorte de commission formée de membres de la magistrature , du clergé et du corps de ville qui se réunissait une fois chaque semaine, d'abord dans une salle de l'Hôtel-Dieu, plus tard à la Vieille- Tour et à la Marêquerie, et avait pour agents subalternes deux trésoriers élus pour une demi-

année dans riiôtel commun de la ville, huit distributeurs et quatre sergents. Cette administration s*était maintenue non toutefois sans quelques vicissitudes , même pendant les années les plus orageuses et les plus troublées de la fin du XYl' siècle. Plus d'une fois, il Tant le reconnaître, dans les mesures qui Turent adoptées, l'intérêt de la sûreté publique l'emporta sur la pitié due à l'indigent, et le Bureau parut moins une assemblée animée de sincères sentiments de charité qu'un corps de police armé |)our combattre le paupérisme par des moyens rigoureux , parfois même violents. Vers le milieu du XVII* siècle , il prit une nouvelle forme et céda à des inspirations p!us généreuses et plus élevées. Un conseiller au Parlement , Pierre Damiens , donna Texeniple. Nul ne contribua plus que lui à Tadoption de mesures à la fois sages et charitables. S'étant rendu compte des désordres qui régnaient parmi les pauvres de Yanmône ^ il Gt décider, en 16&7 , que les fdles secourues, de l'âge de 6 ou 7 ans, et celles qui avaient été mises en nourrice, en sortant de nourrice , seraient les unes et les autres « enfermées et entretenues dans la maison et enclos de la Marêqueric > , et il obtint de l'archevêque l'autorisation d'y ériger une chapelle au ^rvice de laquelle il serait attaché un ou plu-

sieurs chapelains. Ce fut par ses soins que le Bureau conclut avec les Pères de TOratoire une transaction aux termes de laquelle ceux-ci demeurèrent déchargés, moyennant Tabandon qu'ils firent des maisons de la rue de TAumône , de l'obligation de fournir l'hospitalité aux passants, obligation qui leur était incombée en leur qualité de successeurs des chapelains du roi dans la possession de l'hôpital fondé, en 1273, par Guillaume de Saâue. L'hôpital de la Maréquerie , qui était déjà un asile pour les petites filles, servit donc, en vertu de cet accord, à la réception des pauvres passants auxquels étaient ouvertes d'autres maisons , notamment l'hôpital de St-Vivien , dont François de Bimorel devint comme le second fondateur (1). Le Parlement ayant chargé Pierre Damiens de veiller à l'exécution de cette transaction , celui-ci n'hésita pas à vendre sa maison et sa charge et à transporter son domicile au Bureau, au milieu des pauvres au soulagement des- (|ucls il consacra une partie considérable de sa fortune et le restant de sa vie (2). Après lui

(i) « Police générale du Bureau des Pauvres valides. » — Arcli. de la Seine-Inf. F. de Phôpilal St-Vivien.

(2) « Police générale du Bureau des Pauvres valides », p. ài-àô. Pierre Damiens, à la dale du 10 décembre 1652, acceptait une donation de Dom Guillaume Colterel en faveur de Thôpital général. — Arcb. de la Seine-Inf. F. de St-Ouen de Rouen, Lay. 57, I. 7.

Lambert , sieur de La Motte , conseiller à la Cour des Aides , fut appelé à radministration de rhôpital général et y établit aussi sa demeure. Il ne Tut ni moins généreux ni moins dévoué que son prédécesseur , et s'il abandonna , au bout de plusieurs années, un poste aussi pénible , ce ne Tut que par le choix qu'il Ht d'une œuvre plus pénible et plus méritoire encore. Se sentant appelé aux missions, il partit pour la Cochinchine où il exerça les fonctions d'évèque et de vicaire apostolique (1). Il fut remplacé par M. de La Haye-Auber, et après lui par deux Trères qui appartenaient à une des familles les plus recommandâmes de Rouen , Laurent de Bimorel , trésorier de France au Bureau des flnances, et François de Bimorel, chanoine de l'église métropolitaine et conseiller au Parlement de Normandie (2).

(1) 76., p. &6. — Pierre Lambert, ou de La Molle-Lambert, à la date do 2 férrier 1657, acceptait une donation de Dom Guillaume Cottcrel en Taveur des pautres valides. Étant à Rome en 1657, il reçut de la main du pape Alexandre Vil le corps entier de saint Basilée* murtjrr, qu'il fit apportera Rouen le 2 mars 1658, et déposer en la chapelle de N.-D. de la Charité de Phôpital général. Connu sous le nom de Mg' de Bérythe ; mort à Siam le 15 juin 1679. V. « Voyage de Mg' Cévêque de Bérythe à travers la Turquie, la Perse, les Indes ^ etc. » Paris, i666, in-S*" ; et Paris, Béchel, i668, in-8* de 2&9 p.— V. « Lettres à l'évéque de Langres sur la congrégation des Missions étrangères 9 , par J.-F.-O. Luquet. Paris, 1843. >

(2) L'un et Taulre étaient fils de Madeleine Resloult et de Jean Leooniu , écuyer, sieur de Bimorel» eoDieiller du roi en sa Cour de

L'un et Tautre se logèrent à Tbôpital général, et par les services qu'ils rendirent à cette maison , ils ont mérité d'être mis au nombre de ses principaux bienraiteurs et d'être appelés les pères des pauvres (1). Nous aurons bientôt l'oc-

Parlement de Rouen et commisMire des requêtes au palais , décédé le 18 janfier 1641 et enterré dans l'église S*'-Croix-St-Ouen. Laurent était Taillé et fut asseï soufent désigné sous le nom de sieur d'Jgoville ; il mourut le 19 juillet 1669 ; François, avant d'être prêtre et chanoine, avait exercé les fonctions de lieutenant-général au bailliage d*Évreux. Il mourut à Rouen en 1679 et fut enterré dans la calbédralp. Ils avaient plusieurs frères : Claude, ecclésiastique ; Jean^ qui fut tué au siège de .Maestricht; Adrien, sieur du Coupe, et Nicolas, sieur des Epinières. Adrien seul eut une postérité. Le Tabieau des bien faiieurs des hospices de Rouen , dressé conformément à une délibération de Tadministration des hospices, mentionne les noms des trois frères de Bimorel ( Laurent , François et Nicolas ) , et évalue leurs donations à la somme de 200,000 liv. Pour le dire en passant , Tidée d'un pareil tableau est excellente; mais on doit regretter que les roms des bienraiteurs et le chiffre de leurs dons n'aient pas été indiqués avec plus d'exactitude, et qu'on ait omis bien des noms qui mériteraient d'jr Ggurer, notamment ceux de Nyel , de M"' de Houdemarc et de M""* Grandsire.

(1) Sur une table de cuivre, placée dans la chapelle de l'hôpital général , on lisait cette inscription : « Monsieur Laurent Locornu , écuyer, sieur d'Igouville, trésorier de France en la généralité de Rouen , qui s'élant retiré du monde choisit cet hôpital pour sa demeure, avec M. de Bimorel, son frère, a donné tant dans ce lieu qu'à l'Hôtel-Dieu et autres, plus de i 00,000 cscus; et par là est le père (le tous les pauvres. » Histoire (te la ville de liouen, par un solitaire, in-12, V* partie, p. IIA. — V. Dom Toussainis Duplessis, Description de la Haute-Normandie , t. IL

Par acte du 11 janvier 1658, le Bureau quille, au nom des pauvres, à MM. de Bimorel , leurs vies durant et au plus vivant des

casioii de signaler quelques-uus de leurs bienfaits. Mais combien \ en a-t-il dont la trace nous a

échappé ? Aussi modestes que dévoués , ils paraissent n'avoir eu d'autre préoccupation que celle de faire le bien , sans prendre le moindre souci des hommages et du souvenir de la postérité.

Les heureux résultats qu*on avait obtenus du renfermement des petites fliles, et la faveur du public, de jour en jour plus marquée pour ce nouvel hôpital qu'on continuait d'appeler le Bureau, eu- - gagèrent à faire un pas de plus dans la voie dans laquelle on était entré, en opérant aussi le renfermement des garçons. On avait commencé par quelques essais , dont les premiers remontent au moins à Tannée 1651. En 165&, il fut arrêté en l'assemblée générale, tenue par le premier président du Parlement , les députés des compagnies souveraines, du chapitre, de l'hôtel commun, le grand-vicaire de l'archevêque , et les commissaires du Bureau , < que les pauvres enfants , garçons et fllles, à partir de l'âge de huit ans, seraient renfermés dans les maisons de la Marequerie, selon la possibilité du lieu et les fonds

deux « les logements raii^aiit partie de Tenclos da Bureau , située depuis le dortoir des garçons jusques à la rue , du costé de la grand*porte dudit Bureau, remise des carrosses... sans y comprendre le logement de M. de La Motte-Lambert. » — Archi? es des hospices.

disponibles, pour y être instruits à la piété et religion catholique , à lire et escrire et mesmes employez aux ouvrages et mestiers auxquels ils seroient instruits. «

1/école de Thôpital général fut fondée presque aussitôt après par Dom Guillaume Cottere), grand prieur et bailli verdier de Tabbaye de St-Ouen de Rouen. Déjà, cette maison avait reçu de lui 5,000 liv. En 1655, il lui Ht une nouvelle donation de 6,/iOO liv. pour le paiement des gages des prêtres qui prendraient soin de Tinstruction des pauvres renfermés et se chargeraient de messes et de prières à dire à son intention (1). Cette année même , le Bureau inscrivit à son budget une somme de AOO liv. à payer chaque année à deux prêtres, MM. Veroult et Ango, habitués à l'hôpital général pour enseigner les enfants de Tuu et de l'autre sexe des devoirs de la religion et conduire les garçons aux inhumations. C'est pré-

Ci] Doin Cotlerel fit de nombreuses donations en faveur des éiabiissements hospitaliers. 11 doinia aux pauvres de la Madeleine 6,400 liv., vn 1650 ; pareille simime, à charge dNin obit annuel le jour de son décès, le 12 mai 1657 ; 5,000 liv., P' mars et 13 juillet 1666; au scminaire archiépiscopal, 3,000 liv., h jiinvier I66/1 ; au Bureau des pauvres valides, 5,000 liv. à charge de prières, 10 décembre 1652; 6,600 liv., 16 juillet 1655 ; 1,600 liv. pour In nourriture d'uu indigent, 2 février 1657; 1,500 liv., G inui 1061 ; 1,600 liv., 22 septembre 1666.— Arch. de la Seine-Inf. F. de St-Ouen, Lay. 57, liv. 7.

cisémeDt à partir de ce moment que les écoles , tenues par Alabarbe et Tricotté, cessent, « attendu , est-il dit dans les registres de comptes , que les enfans estoient enfermez (1). > Du reste, MM. Yeroult et Ango ne pouvaient être considérés comme instituteurs dans le sens que nous donnons à cette qualiflcation. Ils paraissent ne s'être occupés que de renseignement religieux. Quant à la lecture et au calcul , ils étaient enseignés aux enfants par un maître écrivain, Jean De Cailly, qui conserva la faveur de l'administration jusqu'en 1657. 11 touchait 5& liv. de gages par an, sans compter le très-l^er bénéfice qu'il pouvait tirer de la vente des alphabets.

On ne tarda pas à s'apercevoir qu'en bornant le bienfait de Finstruction gratuite aux enfants

(i) Ce que nous tojods établi à lliôpita! général de Rouen, nous le retrouvons dans d*autres maisons de la même nature en dîTers diocèses de France. V. Règlement fait an Bureau des pauf res de la ville de Louviers « pour Feslablissement de la communauté des pauvres à rHoslel-Dieu de ladite ville, arresté et rédigô par les administrateurs dudit Hostel-Dieu et eschevins... par acte d*assemblée générale du 13* jour de janvier 1656. » A Rouen, de rimprimerie de Laurens Maurry pi^ le palais, MDCLVII: Art. 3. « M* Nicolas Gcroult, habitué en la paroisse St-Jean, acc(>pte par pur motif de charité la charge de veiller sur les ;;ctions des pauvres pour les tenir dans une honneste modestie , leur apprendre à lire et écrire et les instruire des principes de la foy »... A la Gn, règlement pour Tinstmclion et nourriture des enfants de Tun et de Tautre sexe renfermés par Tordre du Bureau.

qui étaient renfermés , on en laissait de côté un nombre infini d'autres non moins dignes d'intérêt. Combien , en effet , de simples ouvriers qui , sans être dans une détresse absolue, avaient besoin d'être assistés pour Téducation de leurs enfants ! C'est ce que comprit Laurent de Bimorel. Son zèle parut principalement dans la restauration des écoles des quartiers. 11 fit, danscebut, plusieurs aumônes à l'hôpital général et eut le bonheur d'être secondé dans cette œuvre éminemment utile , dont sa bonne volonté et sa fortune auraient été impuissantes à assurer le succès , par l'intelligence et le dévouement d'un homme dont le nom se trouve lié à celui du vénérable de La Salle, dans l'institution des Frères de la Doctrine chrétienne, et doit être inscrit à la suite de ceux du P. Barré et de M"' Marie de Houdemare, ces bienfaiteurs de la jeunesse , dont il y aurait ingratitude de notre part à laisser tomber la mémoire dans l'oubli. Nous voulons parler d'Adrien Nyel, natif de Laon, que des circonstances qui nous sont inconnues avaient amené à Rouen à l'hôpital général. Nous sommes porté à penser qu'il y fut placé par M. de Bimorel. Ce qui est certain , c'est qu'il y resta tout le temps que celui-ci y remplit les fonctions d'administrateur. 11 y vint

en même temps que lui et se retira après sa mort (1).

Le Dom de Nyel parait, pour la première fois, en 1657. Le vendredi, 28 septembre de cette année, les administrateurs accordent à W Adrien Nyel 100 li?. de gages par an, à cbarge d'instruire les garçons du Bureau à la doctrine chrétienne , de leur apprendre à lire et à écrire , et d'avoir en général l'économie de la maison. Plus tard, ou le voit , avec une dame Grandsire , qui se voua , pendant un grand nombre d'années, ao service du Bureau , chargé de la direction des enfants mis en métier ou placés comme domestiques. Nyel , soumis à l'autorité des administrateurs , occupait dans la maison une place qui ne manquait pas d'importance. Il y jouissait d'une juste considération et même d'une certaine indépendance. Laurent de Bimorel sut apprécier son caractère et l'honora de son amitié. Il lui en donna nue preuve dans l'acte de donation qu'il fit, le 10 septembre 1658 , en Taveur de ThApital général. Il proposa aux administrateurs 2,350 liv.

(i) Poar les noms de Njel et de M''* de Houdemare, nous avons adopté Tortho^phe de leur propre signature. Acte du 7 lérrier 1650, dans le regislre des délibérations de rbospice général. Délibération du 23 septembre 1678, signée Fr. NyeL Quitlance do 7 lèrrier 1680, lignée Marie de Hoademare, dans le dossier relatif aux fondations de Mil. de Bimorel. — Arcfa. des hospices de Rouen.

de reDte an capital de &2,200 liv. , à condition de fournir après son décès, en deux quartiers de la ville, deux écoles gratuites pour renseignement de la doctrine chrétienne , de la lecture et de récriture. Le donateur , prévoyant ensuite le cas où Nyel lui survivrait , chargeait les administrateurs de Tentretenir de nourriture et de vêtements raisonnables sa vie durant , en santé et en maladie, tant qu'il demeurerait au Bureau, et voulait qu'il ne pût être destitué de sa fonction. Dans le cas, au contraire, où Nyel viendrait à mourir le premier, M. de Bimorel se réservait le droit de nommer telle autre personne qu'il voudrait pour le remplacer. Grâce au concours de ces deux hommes de bien , une nouvelle phase s'ouvre à Rouen pour l'enseignement charitable. De 1661 à 1669, on va voir se rétablir, dans des conditions plus favorables que par le passé, les écoles des quartiers de la ville de Rouen. Ces dates sont remarquables. Elles prouvent que Rouen a possédé un système d'éducation publique à l'usage des enfants du peuple, plus tôt que la plupart des autres grandes villes de France , que Lyon notamment, où la première école publique de charité fut fondée par 'M. Charles Démia, en 1667 (1).

(1) Vie de M, Démia, instituteur des Saurs de saint Charles, Lyoa

Le rélabiissemeDt des écoles commença par celle de St-Maclou. Dés les premiers jours de TaDDée 1661, Nyel obtint des grands-vicaires de rarchevècbé la permission de tenir des écoles gratuites dans le cimetière de cette paroisse ou dans tel autre euiiroit qui serait jugé commode. Mais pour cela, il lui Tallait le consentement du curé et des trésoriers de la Tabrique. 1^ curé d'alors était un personnage entouré d'une haute considération. Il s'appelait Charles Dnfour. Il était, en même temps que grand-vicaire de l'archevêque et trésorier du chapitre de la cathédrale, abbé dWuInav et prieur de Beaussault. C'est à lui que Grisel , qui passe pour avoir été attaché à St-Maclou, a dédié une partie de ses Pasli Roihamagenses. M. Dufour approuva le projet de Nvel et avant assemblé les trésoriers , le dimanche 13 Tévrier après la grand*messe, il obtint

1829, p. 55w — Si la %ille de Ljoo fat detanoée pour réublbscment des écoles charitables , die der aoça b France eotiène par les sages BKSures qu*elle adopta poar empérber la meodicfté et ponrroir à la sobsistance des paaTies : « La ville de Ljoo, en laquelle on a eompté jnsqaes k 18,000 personnes novries et enlrelenoes aax dépens de son Bureau, a donné Texemple i lootes les anlrcs. Chartres, Senlis, Beaarau ont solvî le même ordre depon deoz on trob ans. Noos ratons Ta établir dans Rooen , depob six mon. atee autant d'approbation que de succès, et on traraille incessamment k Paris à ce mesme établiflsemenL > Étabtistewumt de C Marital général de Caeiu Caen, cfaei Jean Poiison , iaprimeur, 172^

leur conseDtement à ce que les écoles se fissent dans uue des galeries du graud cimetière entre la chapelle des Trépassés et celle de St-Micbel. Il fut entendu toutefois que les fondateurs ou directeurs des écoles n'auraient aucun droit de propriété sur ladite galerie et ne pourraient obliger le trésor à la faire clore pas plus qu'à fournir les sièges et les tables nécessaires aux écoliers. Le maître devait veiller à ce que ceux-ci ne troublassent pas les ecclésiastiques pendant les oflBces divins qui se faisaient dans les chapelles du cimetière , aux convois, messes de confrérie et de fondation; il devait laisser le passage libre aux processions qu'on avait coutume de faire les dimanches et fêtes solennelles. Enfin , le curé et les trésoriers se réservaient la faculté de reprendre l'emplacement de l'école en avertissant les directeurs six mois à l'avance et en leur payant pour toute indemnité une somme de 600 liv. (1).

Nyel, retenu au Bureau par ses occupations, ne put se charger de cette école. Il y préposa un nommé Hilaire Le Maréchal , et demanda aux administrateurs de l'admettre à l'hôpital général et de lui faire distribuer chaque jour la même

(i) Arcb. de la Seine-Inf. F. de St-Madou de Rouen. Reg. des délibérations.

portion qu'aux autres maîtres, moyeu nant telle pension quMI leur plairait de fixer (29 mars 1661) (1). A partir de cette époque, l'école de St-Maclou fut placée sous le patronage des administrateurs. Une vingtaine d'années après, le curé témoigna l'intérêt qu'il portait à cette fondation en donnant 150 liv. de rente à MM. du Bureau pour en assurer Texistencc (2).

Une école consistant en deux classes fut ouverte quelques années après dans le cimetière de l'église St-Vivien. M. Laurent de Bimorel, trésorier de la paroisse, qui avait fait bâtir cette école après en avoir obtenu l'autorisation de la fabrique, la donna au Bureau par acte du 18 novembre 1666. 11 avait dépensé 1,600 liv. en constructions. Il donna de plus 1,600 liv. , pour nourrir

(1) Arch. de la Seine-lof. F. de St-Maclou. Registre des délibératioDs. — Arch. des hospices de Rouen. Farin se trompe sur la date de la foodatioD de Técole des garçons qu'il rapporte à Tannée 1659.

(2) Arch. des hospices. Compte de 1679-1680. c Le comptable fait charge, au chapitre des deniers provenant des legs testamentaires, de la somme de 3,000 liv. qu'il a reçue de M. de Tilly, exécuteur du testament de feu M. Tabbé d'Aulne qui l'avoit léguée audit hôpital, qui s'est à ce moyen constitué en 150 liv. de rente pour les gaiges des maistres qui enseignent les pauvres aux escolles qui sont dans le cimetière deSl-Maclou. » — M. Dufour donna plus tard i,000 liv. pour la création d'une école de ClIes ; elle fut établie dans le même cimetière et confiée aux soins de deux maîtresses de l'institut de M'** de Houdemare.

deux maîtres jusqu'à la fin de décembre 1669 (1). L'école de Beau?oisine date de Taunée i668. Elle fut établie dans une tour de Taucien château de Philippe-Auguste, la tour Gobelio, dout il avait été question, pendant un temps, de faire un hôpital d'incurables. Les échevins la cédèrent au Bureau sur la demande qui leur en Tut faite par Adrien Nyel (2).

(1) Arcfa. de la Seine-lnf. F. de St-Vifien. Registre des délibéralions ; note ioKrite sous la date du 26 novembre 1666 : • Ledict sieur de Blmorel, en son nom Laurent Lecornu, sieur d*Igouville, thrésorier de France, mourut le 19 juillet 1669 qui, probablement avant que de mourir, a faict encore autre donation audit Bureau pour reolrelien d^icelles escolles à perpétuité et la nourriture des maîtres à Pavenir. » — Arch. des hospices. Délibération du h août 1673 : Le procureur des pauvres vient se plaindre de ce que grnnd nombre d*enrants s*altrou paient journellement dans le cimetière de Sl-Vivien , le profanaient en y jouant aux cartes et aux dés, troub!aienl les classes, maltraitaient les écoliers, les poursuivaient et leur jetaient même des pierres à travers les vitres. Le maître avait voulu 8*opposer ft cet abus. Il avait envoyé son auxiliaire pour fermer les portes du cimetière. Mais celui-ci en avait été empêché par une foule de vauriens qui 8*étaient rués sur lut Le Bureau défendit aux enfants de la ville de s*attrouper et de se livrer à leurs jeux dans les cimetières où il y avait des écoles , à peine de punition corporelle, et fit publier cette ordonnance au prône de Sl-Vivicn. Le ih août i07Â, on cite un nommé René Laiguel qui était maître de celte école. — à septembre 1676: Pareilles insolences commises dans les écoles publiques de Bouvreuil proche la porte.

(2) t Du mardi, 10* avril 1668, au Bureau devant MM. Duhamel, de Montigny, Fermanel et Dufour, conseillers échevins. Sur ce qui a été représenté par le sieur Nyel, employé au soin des pauvres valides,

Peu de temps après, François Auber, sieur de La Haye, conseiller au Parlement , pour lors administrateur de rbôpital général , donna 100 liv. de rente , en considération du rétablissement des

qu^autrefois il y avoit quatre petites escolles charitables en cette ville où les pauvres de tous les quartiers d^icelle étoient instruits des priocipaui mislères de la religion chrétienne , mais que^ les dictes escolles ayant esté supprimées lors de Testablissement du Bureau des pauvres \'alides, plusieurs personnes pieuses avoient reconnu le grand préjudice que leur suppression avoit causé aux enfans des pauvres familles qui demeuroient jusques à un âge bien avancé dans une ignorance entière des choses nécessaires et principales qui regardent le salut, en sorte que pour y remédier, on avoit, il y avoit quelques années, pour leur instruction rétabli les escolles des quartiers de Biartainville et St- Hilaire, et que présentement quelques personnes charitables, à Texemple de ceux qui subriennent aux frais des dictes escolles, vouloient de leur bien contribuer à l'entretien d'une nouvelle escolle au quartier de Beauvoisine, mais que leur bonne volonté demeuroit sans effet, faute d'un lieu pour y recevoir et y instruire les pauvres dudit quartier, ce qui étant venu à la connoissance de MM. les administrateurs du Bureau des valides, ils auroient chargé ledit sieur Niel de requérir à ce quMl plaise auxdits sieurs conseillers échevins d'accorder la tour Gobelin, seize sur le rempart d'entre les portes de Bouvreuil et de Cauchoise, pour y rétablir les petites escolles dudit quartier Beauvoisine, et pour cet effet, d'y faire faire les réparations nécessaires pour la rendre habitable, à la charge d'en faire à l'avenir les grosses et menues réparations aux dépens du Bureau, Vu l'importance du rétablissement des escolles, et après qu'il a été mis en considération que depuis que ladicte tour a été destinée pour y disposer un hôpital d'incurables, ce bon dessein a jusques à présent demeuré sans résultat. Arrêté que ladite tour sera remise au Bureau des pauvres valides pour y établir ladite nouvelle escolle du quartier Beauvoisine. » Arch. de la ville de Rouen.

écoles des quartiers et spécialement de la constractioD de celle de Bouvreuil (1). Le 28 juin 1678, M. de La Fosse, cbanoine et pénitencier en Téglise cathédrale de Notre-Dame de Rouen , donna 2,000 liv. à convertir en 40 liv. de revenu par an pour l'entretien des écoles publiques de la ville et la nourriture des enfants renrermés (2).

La quatrième école, celle ^u quartier Cauchoise ou de St-Eloi , Tut fondée en 1665 , à Taide des libéralités de MM. de Bimorel. Elle Tut établie au rez-de-chaussée d'une maison sise auprès de la porte du Yieux-Palais (â).

A Darnétal , depuis quelques années déjà , M. Laurent de Bimorel payait le loyer annuel de la maison où logeait le maître d*école chargé d'instruire les jeunes garçons de Garville et de Longpaon. Ayant achevé la fondation des écoles des quartiers de la ville de Rouen , il passa , le

(1) Arch. des hospices.

(2) Ibid., Compte de 1G78-1679.

(8) Ibîd. Délibération du là décembre 1669 ; ce don, fait par MM. de Bimorel, était de 8,400 liv. Cette maison avait servi autrefois de grenier ft sel ; elle fut achetée, pour une partie, vers le milieu du XVI* siècle, pour Tautre, en 1609. En 1750, l'école des filles était au rez-dechaussée ; Pécole des garçons se faisait dans trois chambres au pre^ mier, qui furent abandonnées aux filles en 1753. — Arch. de la Seine-InC F« de THospice général.

2h mai 1670, un contrai de donation aux trésors de ces deux paroisses d'une maison sise à Longpaon , qui serait destinée à Tavenir au logement du maître d'école. Celte donation Tut acceptée par Adrien Nyel, gouverneur des étirants du Bureau, comme fondé de la procuration spéciale des curés el des trésoriers desdites paroisses (1). En 1673, M. Toustain, conseiller au bailliage, donna au Bureau une somme de 500 liv. , quMI exprima le désir de voir employée à rachat d'un Tonds dont le revenu aiderait à Tenlretien de cette école (2). Ce secours eût été insuffisant, sans les aumônes que fournissaient les membres de la congrégation établie au collège de Rouen. Ce Tut sur leur appel et par cette école de village que les frères prirent pied dans notre pays , ainsi que nous aurons l'occasion de le voir par la suite de ce mémoire.

L'école de St-8ever eut pour fondateur Alphonse de Chalon , chanoine de la cathédrale. Le & janvier 1687, il offrit à l'hôpital général 10,000 liv.,

(1) Arch. de la fabrique de Longpaon: • lofentaire des liyivs, papiers, etc. , de Si-Pierre de Camile >. — Noie communiquée par le frère Lucard , directeur de TÊcole normale de Rouen , qui prépare en ce moment , par ordre de ses supérieurs, une histoire complétée! détaillée de rinstitut des Frères de la Doctrine chrétienne.

(3j Arch. des hospices à la date indiquée. ~ Mention de ces legs dans la délibération du 17 juin 1673.

charge de lui en Taire 600 liv. de rente anluelle , sa vie durant , et d'entretenir , après son lécès , deux maîtres ou maîtresses d* école , aux âges de 100 liv. par an, à Darnétal et à Stiever. Sa proposition fut agréée et le contrat en at dressé devant notaires , le 17 du même mois, ^ar un autre contrat du 18 février de Tannée suivante, il augmenta les gages de 50 liv. , et transéra récole de St-Sever à Sotteville. Enfln , le !0 mai 1695, il fonda définitivement une école de illes à St-Ouen de Longpaon , et une école de ^rçons à St-Sever. Cette dernière devait être conduite par un homme, ni marié ni engagé lans les ordres sacrés , qui fût capable et suffisant pour faire des catéchismes conformes au liocèse, eût de la voix et sût son chant afin Taider à chanter dans Téglise en habit ecclésiastique. 11 devait apprendre à ses écoliers à ire , à écrire , à chanter et à prier Dieu et les conduire tous les jours à la messe. Les curés ie St-Sover et de Longpaon prirent rengagement le veiller à l'entretien de ces écoles, et on leur réserva, comme marque de leur autorité, le soin ie déterminer les heures des classes , l'époque et la durée des vacances (mai 1695). L'école des garçons de St-Sever , en plein exercice dès le commencement de l'année 1696, n'eut pas une

longue durée (I). Elle cessa lorsque les frères des Écoles cbrétleunes eurent ouvert celle de St- Yon , dans le même quartier , aux premières années du XVIIIe siècle (2).

Nous rappellerons encore, comme se rattachant à r histoire des écoles charitables à Rouen, le don de i5 liv. de rente, fait le 27 février 1699, par M. François de La Fosse, dont nous avons déjà parlé, pour Tentretien d'une école à St-Gervais et la proposition que 6t le marquis de Beuvron aux administrateurs du Bureau , le 26 septembre 1692, de faire admettre un certain nombre d'enfants renfermés , au-dessus de 16 ans , dans une école de marine qu'on devait établir à Rouen, pour y être nourris et y être instruits dans la pratique de la navigation , de manière à pouvoir

(1) Arcb. Seine-Inf. F. de la fobrique St-Serer. — Ibid. F. da Chapitre.

(2) Cependant, on trouve dans le Fonds de rarcberéché une plainle adressée par le clerc de Sl-Sever ■ à Nosseigneurs les administrateurs de PHApital général de Rouen et nominateurs de ladite place de clerc, > contre M. Valentin, curé de la paroisse. Il en résulte que le clerc avait été institué par les administrateurs, qu'entre autres fonctions il tenait les petites écoles à St-Sever deux fois par jour, le malin, depuis neuf heures jusqu'à onze heures, et raprès-midi , depuis deux heures jusqu'à quatre. Arch. de la Seine-lnf. — En 1783, une école de charité gratuite était tenue à St-Sever, conformément aux lettres-patentes de 473&, par les Frères de Saint-You, dans une maison qui leur appartenait et qui était située près de leur communauté. — Arch. de la ville de Rouen. S8i.

servir sur les vaisseaux de l'État (1). Ni l'un ni Tautre de ces projets ne paraît avoir reçu d'exécution.

Les écoles des quartiers ne Turent pas sans exciter, en plus d'une occasion , la déGance des maîtres écrivains , toujours alarmés et toujours sur leurs gardes pour la conservation de leur privilège. Le Bureau composé d'un certain nombre de membres du Parlement ne pouvait penser autrement que cette cour elle-même. Il ne manqua pas de maintenir invariablement le principe que

(i) Arcb. delà Seine-Inf. F. de la Fabrique de Sl-Sever.— Ibid. F. du Chapitre de Notre-Dame de Rouen. — 23 février 1696. Messire Jacques- Accurse Auvray , chanoine et grand pénitencier de Péglise de Rouen, dépose chei Coignard, notaire à Rouen, le testament de Messire Alphonse de Chaloo, chanoine, du 1*' août 1693 ; on y lit ces clauses : ■ Je prie Messieurs de l*Hôtel-Dieu d'avoir soin de mon enterrement et de vouloir bien se joindre avec Messieurs les exécuteurs de ce présent testament, et pour reconnoissance de Tamitié que Dieu m'a toujours donnée pour ces deux hôpitaux, je donne audit Hostel-Dieu 1,500 liv., et me feront dire un service, et pareille somme de 1,500 liv. audit Bureau des valides, aux conditions d'envoyer les quatre escolles de charité à assister à mon enterrement et fournir sur ladite somme le pain aux pauvres.

Item, j'entends que tous mes contrats, que j'ay osmonez tant ausdits deux Bureaux cy-dessus déclarez, soient exécutez selon leur forme et teneur et que l'escolle gratuite et charitable des garçons soit establie à la paroisse St-Gerrais-lès-Rouen , cartier Cauchoise, et sera paie par terme au maistre qui tiendra lad. escolle suivant qu'il est porté par les contrats tant dndit Hostel-Dieu que de l'Hôpital général. • Arch. des hospices.* R^tre des délibérations, à la date indiquée.

les écoles charitables étaient exclusivement à Tusage des pauvres. Au XVP siècle, le certificat de pauvreté était ostensible à tous. On assujettissait les enrants pauvres à porter , attaché à leur chapeau ou sur leur poitrine, un morceau de parchemin carré, de & à 5 pouces, où étaient imprimés ces mots : « Pauvre de la ville de Rouen » , avec leur nom et le cachet de l'archevêque (1). Cette attestation publique de pauvreté dont s'accommodaient les mœurs autrefois parut malséante et contraire à l'esprit d'égalité qui commençait à s'introduire. On la remplaça par une ordonnance du Bureau signée de l'un de Messieurs et que les enfants avaient à produire pour être admis à l'école (Règlement du 6 mars 1653). Une délibération du 11 août 1674 porta, qu'à l'avenir , les ordonnances d'admission du Bureau ne seraient rendues que sur le vu d'un certificat de pauvreté délivré par le curé de la paroisse de l'enfant et autorisa les maîtres et gardes de l'art d'écriture à fournir la liste des écoliers , aisés ou prétendus tels, reçus aux écoles de charité, afin que leurs parents fussent contraints à les envoyer aux écoles ordinaires (2). Aux termes de la fondation de

(1) Voir la première partie de ce mémoire.

(2) Arch. des liospices. Registre des délibérations, à la date indiquée.

Bauquemare, le sei^ent des pauvres du quartier était chargé de visiter Técole de Beauvoisine, et d'avertir les commissaires du Bureau du devoir des maîtres envers les enfants. Les écoles furent généralement soumises à cette sorte de surveillance, même dans le cours du XYIII' siècle.

Deux fois chaque année, le jour St-Thomas et le jour St- Barnabe, les enfants pauvres des quatre écoles, précepteur, maîtresse, sergents des pauvres assistaient à des processions générales, instituées par ordre du Parlement dans le double but de constater solennellement le nombre et les besoins des familles secourues et d'exciter en leur faveur la commisération publique. On donnait à chaque enfant un pain de 2 livres; 231 pains furent distribués, en 1651 , aux écoliers de TÂumône qui se rendirent en procession , le jour de St-Thomas, à Tabbave de St-Ouen. Le nombre des pains et, par conséquent, celui des écoliers s'éleva à 250 en 1653(1).

(1) Arch. des hospices. Comptes.— Le jour Sl-Thomas et le jour St- Baniabé, oo faisait à Rouen des processions générales en fiiveur des pauf res. Ces processions se rendaient au Bel de la Basse- Vieille-Tour, comme cela avait lieu pour la procession de St-Romain. Des sièges y étaient disposés pour les administrateurs de Pbôpital général. C'était Pusage que des sermons y fussent prêches par des religieux mendiauts; Il semblait que, par leur profession , ils devaient mieux connaître les besoins des pauvres et en parler mieux que les autres. — 4658.

Envisagée au point de vue de leur oi^anisation, l*bistoire des écoles gratuites et populaires de Rouen, de 1550 à 170A, peut se résumer en quelques lignes. A partir de Tépoque de leur

■ Payé à Robert Delanie, boulanger, &1 liy. h s. pour 350 pains de deux lÎTres chaque, pesant ensemble 500 li?., à i s. 8 d. la Hyre, qui furent distribués aux enfants des quatre escolles, précepteurs, maîtresses, sergents et enfants d-defant revêtus, contre de St-Ouen, à la procession de St-Thomas. — i65À. A un Père religieux Jacobin qui a prescbé les pauvres aux escboUes le jour St-Thomas avant la procession, 20 s. — 1667-1668. A Mons' Viel la somme de 116 liv. pour un muid de bled pour faire le pain des pauvres le jour de St-Barnat>é. — Aux Pères Augustins pour avoir prescbé, 20 s. —A Richard Duhamel pour avoir prescbé le jour St-Thomas, 25 s. — 1671-1672. Pauvres prêches à la Vieille-Tour les jours St-Bamabé et St-Thomas par les Pères Augustins, &0 s. ; par les Jacobins, àO s. ; par les Carmes, 40 s. ; par les Cordeliers, &0 s. — 1678-1679. Processions des jours St-Jboraas et St-Barnabé; tables et tapis portés au Bel; sermon fait par un Jacobin, àO s. ; par un Carme, kO s. — 1680-1681. Jours de St-Thomas et de St-Barnabé, on place des tables et des tapis au Bel de la Vieille-Tour • pour la séance de Messieurs à la procession des pauvres. • Toutes les autorités de la ville étaient invitées à ces processions. — Ibid., liasse de pièces relatives aux semonces faites à cette occasion. — « Pour bien continuer ladite Police (du Bureau des pauvres valides) à Thonneur de Dieu et bien public, la cour de Parlement a ordonné, suivant ce qui se fiiisoit en Tancienne police et par son authorilé , que deux fois Tan , à sçavoir le jour St-Barnabé et le jour St-Thomas, qui sont les deux demies-années d'hjver et esté, se feront et font chacun an deux processions générales desdits pauvres, èsquelles ils sont tous tenus assister eux et leurs enfans, s'il n'y a maladie par laquelle ne puissent comparoir, et ce sur peine de privation de leur aumône. Et se trouvent tous lesdits pauvres à huit heures du matin , chacun quartier en une halle à part : ou illec par quatre religieux mendiens, on en chacun quartier, sont ad-

premier établissement jusqu'à leur restauration vers le milieu du XVII' siècle, elles sont confiées à des ecclésiastiques. C'était le système qui se présentait le plus naturellement à Tesprit. 11 paraissait à Tabri de toute objection sérieuse. On ne tarda pas cependant à s'apercevoir que c'était trop présumer du dévouement individuel que de compter recruter indéfiniment dans les rangs du clergé une suite de maîtres qui se résignassent aux plus bas emplois de la pédagogie et voulussent bien sacrifier pour toujours l'espérance de positions plus en rapport avec leurs études et leur éducation.

monestei de brèfe exhortation de prier Diea pour le Roy, pour la paix, pour la conservation de la yllle et d'inspirer les seigneurs et bourgeois d*ioelle de vouloir entretenir les pauvres et aussi admonester d'avoir patlenee en leurs pauvretez et de ne prendre Taumône, s*ils ne sont vrais pauvres. Et après sortent en ordre chacun quartier, les enfans marchans les premiers, Pun portant une croix de bois et criant : Fi7t Daridt miserere nobU ; et aucuns prestres avec eux et les distributeurs et sergens avec chacun quartier en la fin dMceluy , et passent tous par devant les commissaires (enans le Bureau qui sont assis près d'une porte où tous lesdits pauvres passent deux à deux ou (rois à trois. > Police générale du Bureau des pauvres valides , p. 7 et 8. — Dans ses Fa»ti Rothomagetues , Grisel rappelle ces processions.

Martiui S. Thomu. Concio fit turbae puerorum sacra putills

Hic Augiutini gens ubi tccta tencU

JuniuaS. Barnaba«. Barnabba festum est nomen quoque; scaDdere montes

Est optu, ut divi rustica templa pelas. Tune Odoëncam série gradiuntur ad œdem Gens inopes quotquot Rothomagensis alii*

Adrien Nyel inaugura un nouveau système. L'enseignement passa à des laïques de bonne volonté, mais de condition obscure, soumis directement à l'autorité du Bureau. Pendant d'assez longues années, ils se contentèrent de la Taible rétribution de 50 liv. , qui leur était allouée , et remplirent au gré des administrateurs les fonctions d'instituteurs, d'inûrmiers, de sacristains et même de manœuvres. Le nom de frères qu'ils se donnèrent, que prenait Nyel en 1666, qu'il conservait encore en 1676 (1) , indique qu'ils s'étaient

(1) V. le contrat de M. Lecornu de Bimorel d'igoville de 1666 et la délibératioD du 23 scplembre 1678, aux Arcb. des hospices. — Comptirs de PHÔpital général au même dépôt 167/^-1675, Nyel, précepteur des pauvres hommes et garçons enfermés, un frère; 1676-1677, trois frères nommés aux gages de 50 iiv. chacun ; 1677- 1678, cinq maîtres des écoles des pauvres, 150 Iiv. par an ; 1678-1679, maîtres des écoles publiques de la ville; 328 Iiv. 10 s. pour leurs gages, ce qui fait supposer six ou sept frères ; 1681-1682, treize frères ; 1682- 1683^ douze frères; 1683-168À , douze frères: huit aux écoles, un infirmier, un dépensier, un tailleur, un cordonnier; 168^^-1685, treize frères : neuf aux écoles , deux à celles de St-Maclou , trois à celles de PHÔpital général, un infirmier, un dépensier, un tailleur, an cordonnier ; 1685-1686, douze frères; 1686-1687, quinze frères; 1688-1689, onze frères et un diacre; 1689-1690, treize frères, dont un diacre et un sous-diacre, huit voués à rinslruclion ; 1689-1690 , onze frères; 1691-1692, onze frères; 1692-1693, douze frères: six aux écoles, un tailleur, un infirmier, un dépensier, un sacristain, un jardinier, un qui tenait les registres; 169/^-1695, quatorze frères, dont neuf employés aux écoles; 50 Iiv. de gages à chacun. — /6. Testament de M. Le Cornu , chanoine : il lègue 300 Iiv. à distribuer aux ma!-

consacrés aux œuvres de la charité d*uDe manière particulière et que leur genre de vie leur était inspiré par un sentiment de religion et de piété. Du reste, ils gardaient leur liberté, ils n*élaient soumis à aucun engagement , ni liés par aucun vœu. Ce système produisit d'excellents résultats ; et on put se flatter un instant de pouvoir, 'sans témérité, le proposer pour modèle. Les sœurs qui s'établirent au Bureau, dans les mêmes conditions et dans le même temps que ces Trères, surent s'y maintenir et conserver leur esprit primitif sans se transformer en une véritable communauté religieuse. Il faut croire que , pour les hommes , il était besoin d'un lien plus étroit , d'une plus rigoureuse discipline. Car après la mort de Nyel, on vit les maîtres se relâcher, la régularité faiblir, et dès lors on eut peine à recruter d'une manière satisfaisante le personnel nécessaire à l'enseignement (1).

1res et aux maîtresses d*école; la distribulion s'en fait entre neuf frères, un prêtre employé à Pécole de Sl-Godard et un diacre employé à Técole de St-VWien. Marie de Houdemare reçoit pour ses maîtresses àO lif. — Les sœurs sont mcnlionnécs avec ce litre dans les comptes de 1681-1682 ; en 1680, elles étaient au nombre de treize et avaient pour supérieure M"* Grandsirc.

(1) a Arrêté qu'à Padvenir les maistrcs d'escolles des pauvres demeurans dans le Bureau seront cbangez de leurs escollcs de trois mois en trois mois >• 14 fé?» 1687. — • Sur ce que le Bureau a esté informé que les règlements cy-devant faits au regard des maislres des

L* établissement des petits séminaires dans les dernières années du XYIi' siècle donna lieu de croire que, parmi les étudiants ecclésiastiques non promus aux ordres sacrés ou qui n'étaient point encore pourvus de bénéfices , on trouverait assez d'hommes de dévouement pour se charger du soin des enfants pauvres , concurremment avec quelques Trères laïques, et tout d'abord on songea à soumettre les uns et les autres à la direction du supérieur des petits séminaires. Mais pour les minces avantages que le Bureau leur Taisait, il ne put obtenir de ces jeunes clercs la ponctualité et l'abnégation désirables. En fait, Thôpital général se trouvait très-embarrassé de la direction à donner aux écoles, quand les frères se présentèrent à Rouen. Ils y apportaient un système nouveau qui déjà pourtant avait été mis à l'épreuve, et dont des succès éclatants, dans des circonstances critiques, attestaient la viabilité. Ce sys-

escolles publiques de ladicte Yille ne sont par eux régulièrement obserrez, aios au contraire négligez par aucuns d*iceux, pour à quoy remédier il a esté arresté, eu égard que plusieurs sont à la campagne, à cause de la cessation desdicles escolles, qu*il leur sera, à leur retour, fait lecture des règlements » ; un des maîtres est congédié, 25 septembre 1693. — Deux maîtres sont congédiés, 9 a?rii 1695. — Le Bailiy, qui faisait la grande école de St-Maclou , passera à celle de St-Éloi ; Hébert, qui tenait la petite école de St-Maclou, passera à celle de St-Godard, 19 octobre 1703. — On cherche un maître en plus de ceux qu*on a ; celui qui enseigne à Bouvreuil ne sait pas suffisamment écrire, SS a?ril 170&.

tème, c'était renseignement confié à une communauté de religieux , auxquels il était interdit d'aspirer à Tbonneur du sacerdoce (1).

Fonder un institut spécial pour l'instruction élémentaire des enrants pauvres, ce n'était pas , à vrai dire, une idée qui appartint en propre au vénérable de La Salle. Avant lui, St- Joseph Galasanzio avait fondé à Rome la congrégation des Scolcpii , ou des Pauvres de la mère de Dieu des Ecoles pies. La congrégation des Pères de la Doctrine chrétienne, fondée au commencement du XVIP siècle par le vénérable César de Bus, eut aussi pour but, à l'origine, l'instruction élémentaire du peuple. Enfin, M. Charles Démia à Lyon,

(1) ■ 9 avril 1695, les sieurs RaboD , JourdaîD et Guillot, promus aux saints ordres et de présent étudiants au séminaire de M. I*archevesquc établi hors Bouvreuil, reçus et admb au Bureau aux gages de 50 liv. par an , logés et nourris pour aller faire les écoles publiques des paufres de la fille. Raboo et Jourdain iront aux écoles de St-Maclou ; le premier instruira les grands enfants, le second instruira les petits ; Guillot dirigera Téoole du quartier Bouvreuil. Ils pourront, les jours de congé , retourner au séminaire pour la répétition de leurs élude». On priera M. Bouquet, leur supérieur, de veiller aux écoles. — 26 mars 1697, Jean Le Grand et Pierre Hardy, acolytes, Tuu babitué à St- Maclou , Tautre étudiant au petit séminaire de M. Parchevesque, sont admis à Thôpital, à charge de tenir les écoles de St-Maclou et de St-Godard. — 2 avril 1698 , demande de deux maîtres an supérieur du même séminaire pour les écoles. Ou désigne deux sons-diacres qui pourront s*en charger , Charles Richard et Nicolas Framboysier ; le Bureau leur promet à chacun 50 liv. par an. • — Arcb. des hospices. Reg. des délibérations.

fonda une coDgrégation de prêtres spécialement vouée au même objet. Mais on voit, par le sort réservé à ces trois congrégations, que les communautés de prêtres n'étaient guère plus propres à Tinstruction élémentaire et gratuite des enfants pauvres des villes que les prêtres non réunis en communauté. La congrégation de M. Démia n'a pas résisté à Tépreuve du temps. Cédant au mouvement naturel qui les entraînait , les Scolapii et les Doctrinaires furent amenés à prendre la direction des collèges, et devinrent, les uns en Italie et en Espagne , les autres en France, les rivaux non pas des frères de la Doctrine chrétienne, mais bien des Oratoriens et des Jésuites. Ils abandonnèrent les petites écoles pour un enseignement plus élevé, celui des sciences et des belles -lettres. Dans cette carrière, ils rendirent de grands services , mais autres que ceux qu'on en avait d'abord attendus (1).

Le côté original et nouveau de l'entreprise du vénérable de La Salle , ce fut de se borner strictement à l'instruction élémentaire et d'y consacrer, ainsi que nous le disions tout à l'heure, des religieux qui n'étaient pas prêtres et qui ne

(1) Mgr Moricbioi, Des Institution» de bienfaisance publique et d'instruction primaire à Home; traduction de M. de Bazelaire. Paris, 1841.

pouvaient le devenir. Nous n'oserions affirmer cependant que , même envisagée à ce point de vue , son institution ait été sans précédent. Avant lui, en Lorraine , le bienheureux Fourier avait conçu le dessein de fonder une communauté du même genre en faveur des enfants pauvres des villes et des campagnes. Son plan ne fut point approuvé à Rome. Ce ne fut même pas sans de grandes difficultés qu*il réussit à faire adopter les constitutions de la congrégation de Notre- Dame pour les filles, la clôture à laquelle ses religieuses étaient astreintes paraissant difficilement conciliable avec Tadmission des externes dans leurs monastères (1). Le P. Barré , plusieurs années après Fourier, reprit son œuvre ; il n'eut guère plus de succès ; il ne sut obtenir des maîtres qu*il avait rassemblés Tesprit de discipline et d'abnégation absolument requis pour une pareille entreprise. Les écoles qu*il avait établies ne tardèrent pas à tomber , et ce fut en vain qu*à différentes reprises on essaya de les relever. Ce

(I) M. Ghapia, UUtoire du Bienheureux Fourier, — Mgr de BuiaoYal , éTèque de Beauvais, aTait tenté également de fonder c un séminaire de maîtres d*écoles qu*il auroit placex ensuite et distribue! dans les paroisses » ; mais il ne put trouver de fonds suffisants pour Teiécutlon de ce dessein. Voy. Idée de la vie et de l'esprit de Meêêire Nicolas Choart de Buzanval , évêque et comte de Beauvais, Paris, 1717, p. 141.

double échec éprouvé par deux hommes d'une vertu si émineute, doués d'une volonté si énergique, entourés d'ailleurs de Testime publique, prouve jusqu'à quel point il était malaisé d'instituer sur des bases solides une congrégation spécialement vouée, dans un but de charité , à l'instruction gratuite des enfants du peuple. Le succès dans cette œuvre ardue était réservé à Jean-Baptiste de La Salle , et en lisant sa vie , on ne peut manquer d'être frappé de la constance qu'il lui fallut pour poursuivre et accomplir sa tâche en dépit de toutes les contrariétés qu'il eut à essuyer (1).

Si nous ne nous trompons, on ne s'étonnera pas, après ce que nous avons exposé, que l'établissement de son institut ait souffert, spécialement à Rouen , de sérieuses difficultés. Les maîtres écrivains y étaient depuis longtemps en possession du monopole de l'instruction primaire , et l'on a

(i) Nous suivons , sur ce point , M. Blain , auteur présumé de la Vie de Jean-Bixptiste de La Salle, Cependant, Hermant, dans son HisU des Ordres religieux, t IV, p. 267, parle avec éloge des maîtres d^école vertueux et choisis établis ù Paris , environ Tan 1681, par le R. P. Barré ; il vante leur désintéressement , leur obéissance et leur charité en faveur du salut des âmes. Leur premier établissement, suivant cet auteur, aurait eu lieu à Paris, rue de la Mortellerie, sur la paroisse St-Gervais« De là, ils se seraient répandus en plusieurs provinces: le Poitou, TAuvergne, la Lorraine, la Normandie, la Picardie, la Champagne, la Bourgogne , le Bourbonnais et le Berry

VU à quel point toute concurrence leur portait ombrage. D'autre part , il y existait des écoles charitables dont le nombre et la forme avaient été r^lés. Elles étaient soumises, quant à la nomination des maîtres et à la police intérieure , à la direction d*une administration , justement entourée de considération , qui avait rendu et rendait encore les plus grands services. Or , cette administration n'avait-elle pas quelque sujet d'appréhender qu'en confiant aux frères les écoles charitables , son autorité ne se trouvât diminuée ou compromise à l'égard de ces établissements ? Enfin, s'il y avait lieu à des critiques fondées dans l'organisation de l'enseignement populaire telle qu'elle avait subsisté depuis près d'un demi-siècle, il y avait lieu aussi à des éloges , et ce pouvait être pour les administrateurs un scrupule et un chagrin d'évincer de leurs fonctions des hommes estimables et auxquels on devait des ménagements. Ces considérations n'ont pas pour but d'afiaiblir le sentiment de reconnaissance que peuvent , à bon droit, réclamer les frères des Ecoles chrétiennes pour tout le bien qu'ils ont accompli à Rouen, et dont notre âge seul, nous aimons à le dire à sa louange, paraît leur avoir tenu compte , mais de montrer que l'opposition du Bureau, dont l'auteur de la vie du vénérable de La Salle s'est si fort

scandalisé, en Texagérant, peut s'expliquer par des motifs honorables , ou pour le moins être excusée.

Ce n'est point ici le lieu de faire l'histoire de r Institut des frères de la Doctrine chrétienne ni de leur illustre fondateur. Notre rôle se réduit à faire connaître succinctement les circonstances de leur établissement dans la ville et le diocèse de Rouen, et d'apprécier les services qu'ils y çeudirent. Le reste est en dehors de notre sujet et appartient soit à l'histoire spéciale de l'institut de ces religieux , soit à celle de l'instruction primaire en France. Pour la même raison, nous ne dirons que quelques mots du but et des caractères de l'œuvre de Jean-Baptiste de La Salle.

Le but fut de remédier « au nombre infini de désordres que cause l'ignorance, source de tous maux » , principalement parmi les pauvres et dans la classe ouvrière, en instruisant les enfants des choses nécessaires pour vivre honnêtement et chrétiennement. Us ne devaient pas se contenter de leur apprendre la lecture, l'écriture et l'arithmétique. Ils devaient s'appliquer à leur donner une teinture des préceptes évangéliques, graver dans leur esprit les lois de Dieu et de l'église, leur faire le catéchisme une demi-heure les jours ouvrables, une heure et demie les diman-

ches et jours de fête. Ils devaient encore les conduire à la messe et aux vêpres et leur apprendre les prières du matin et du soir. La gratuité était une condition essentielle de leur enseignement. Il leur était interdit de recevoir ni présent ni récompense des écoliers ou de leurs parents. Un VŒU particulier et nouveau les astreignait à renseignement charitable et gratuit. Un autre trait caractéristique de leur institut, ce Tut, comme nous Tavons dit, Tinterdiction qui leur Tut Taite d'aspirer aui ordres ecclésiastiques , disposition sage dictée par Texpérience , inspirée par le désir d'éviter des conflits entre les frères et les curés des paroisses où seraient établies des écoles , et de maintenir plus sûrement les premiei^ dans la subordination à Fégard des autorités ecclésiastiques. Suivant son plan, approuvé par une bulle du pape Benoit XIII , les frères, soumis à Tautorité de rOrdinaire , en même temps qu'à celle d'un supérieur général perpétuel élu par eux, ne devaient être dans Téglise qu'un corps auxiliaire formé pour les plus obscures et les plus pénibles fonctions de l'enseignement. Ainsi réduite , leur mission avait pourtant encore un objet 'essentiel et d'une importance majeure pour la société : • Les maux de Téglise, disait le P. Bourdoise, ne peuvent être guéris que par les séminaires et les

petites écoles. I^es sémÎDaires sont les écoles des ecclésiastiques; les petites écoles sont les séminaires des chrétiens > (1).

Les premières écoles chrétiennes avaient été fondées à Reims en 1679. Les Frères ne s'introduisirent à Rouen qu'en 1705, dix-sept ans après leur établissement à Paris. Rouen cependant peut être , à un certain point de vue, considéré comme leur berceau. Ce n'est pas seulement parce que Jean-Baptiste de La Salle y Tonda la première maison qui Tut chef de son ordre et quMl y élabora ses constitutions, mais encore et surtout parce que ce fut de Rouen que lui vint , sMl est permis de le dire, Tinspiration qui donna naissance à son institut. Cette considération nous autorise à entrer dans quelques détails sur les circonstances qui ramenèrent à reprendre le projet du P. Barré en s'aidant de ses conseils et de sa direction.

A l'époque où ce père instituait la congrégation

(I) Bourdoise disait encore: « Les petites écoles bien conduites sont le séminaire des séminaires ; l*innocence de la jeunesse s*y coDsenre, les enfants y reçoirent les semences de Tertu. >— Vie de M, Bourdoise, extraite d*un grand ouTrage in-^* composé par M. Panlet, supérieur du séminaire de St-Nicolas-du-Chardonuet : Vie du frère Irenie, des Écoles chrétiennes. Eloge historique de M. de Chamflours, évêque de Mirepoix^ et Abrégé de la Vie de M. Bour^ doue, premier prêtre de St^Nicolas-dU'Chardonnet. — Avignon, chei Joseph Domergue, i774t p* >»•

des sœars de la Providence , il y avait à Rouen une dame d*uue éminente piété, M""' Maillerer, veuve d*un maître à la Chambre des comptes de Normandie (i). Elle avait été, dans sa jeunesse, remarquée pour sa beauté. Dure jusqu'à refuser à un mendiant sur le point d*expirer Feutrée de son hôtel et jusqu'à chasser le domestique , qui , plus compatissant qu'elle , avait donné un abri à ce malheureux dans son écurie, on la vit renoncer tout à coup au luxe , aux plaisirs de la société et se consacrer entièrement aux bonnes œuvres. Celle à laquelle elle se dévoua particulièrement fut rinstruction charitable des jeunes filles. Les écoles chrétiennes du St-Enfant-Jésus, qui Turent connues depuis sous le nom de la Providence, n'en étaient encore qu'à leurs débuts. Elle fut des premières à en apprécier l'importance et à seconder le zèle du P. Barré. Se reconnaissant tout particulièrement redevable à Reims , sa ville natale , à laquelle la rattachait encore l'union que son fils y avait contractée, elle conçut le projet de

(i) Eitraît mortuaire de M"" Maillefer , aux Archives de; Pétat cItII. — Lundi, 13 octobre 1693: «M** Jeanne Dubois veuve feu M. Pons Maillefer* en son vivant juge consul en cette ville, ftgée de 70 ■os ou environ, a été inhumée par dévotion dans le cimetière, préi^ence de M. Duhamel et M. le prieur , ancien juge consul. En marge : c Inhumation de D* Dubois, veuve de M. Maillefer, décédée en odeur de iiinteté. •

la doter d'écoles de filles du genre de celles que Rouen s'applaudissait de posséder. Elle se concerta dans ce but avec M. Roland , chanoine et théologal de Reims , qui n'avait pas été médiocrement édifié de la bonne tenue de ces écoles pendant son séjour à Rouen, où il avait été appelé pour prêcher à la cathédrale (1). M. Roland montra tant de zèle , dans la suite , en Taveur de la communauté des sœurs de la Providence qu'il mérita d'en être considéré comme le second fondateur. M*"* Maillefer espéra plus encore de sa piété. Par suite de l'établissement de communautés d'Ursulines, de la congrégation de Notre- Dame t des sœurs de la Providence , l'éducation des filles était assurée , et on ne pouvait nier qu'elle ne Tût , dans la plupart des grandes villes , l'objet des soins les plus dévoués et les plus assidus. Mais par cela même on sentait mieux tout ce qui manquait encore à l'éducation des garçons. Rouen cependant, sous ce rapport, paraissait dans une situation privilégiée. Aussi la première idée qui se présenta à l'esprit de M*"*" Maillefer, ce fut d'établir à Reims des écoles dans le genre de celles qui existaient à Rouen , et de se servir

(i) M. Roland était Hé avec M. de La Haie, caré de St-Âmand de Rouen, qui eut part à rétablissement des Sœurs de la ProTidence, comme nous TaTons dit. Ce fut chei loi quMl logea pendant son séjour à Rouen.

pour cela d'Adrien Nyel , Tbomme qui avait le plus contribué à leur donner une bonne direction. Halbeureusement , M. Roland mourut avant d'avoir pu songer à donner suite au projet dont H"* Maillefer Favait entretenu et auquel il s'était vivement intéressé.

Adrien Nyel partit néanmoins pour Reims. C'était en Tannée 1679; M*»* Maillefer l'avait chargé de lettres de recommandation pour la supérieure des sœurs de l'Enfant-Jésus de cette ville qu'elle avait eu occasion de connaître à la maison de Sotteville, le premier essai, ainsi que nous l'avons vu, des écoles de la Providence. Celle-ci mit Nyel en rapport avec Jean-Baptiste de La Salle, qui lui offrit l'hospitalité, entra dans ses vues, et insensiblement, malgré sa répugnance à se mêler d'occupations qui paraissaient au-dessous de son savoir et de sa position , en vint à y dévouer sa vie entière. Les écoles chré tiennes et gratuites furent commencées à Reims , l'année même de l'arrivée de Nyel. En 1681 , M. de La Salle se décida à loger les maîtres chez lui, et dès les premiers mois de 1682, sa maison commença à prendre forme de communauté.

Nyel y était demeuré jusqu'à la fête de Noël de l'année 1681 ; « Il étoit agréablement surpris des changements qui se faisoient à ses yeux ,

charmé du bon ordre qui s'élablissoit parmi les maîtres « édifié de leur nouvelle manière de vie si régulière et si recueillie. Il aimoit le bien et il étoit ravi de le voir germer dans Fœuvre dont il avoit jeté les premiers fondements. ... Il auroit dû , ce semble, s*y fixer lui-même et y prendre racine. Mais , semblable aux oiseaux de passage qui veulent visiter tous les lieux de la terre , sans s'arrêter à aucun , M. Nyel , ennemi de la stabilité, ne put renoncer à son penchant qui Tappeloit partout, et qui Teût volontiers fait voler. ■ D'après cette citation , que nous empruntons à la vie de M. de La Salle , attribuée à M. Blain, chanoine de Rouen, on voit que le plan de Nyel n'allait pas à établir pour Tinstruction primaire un institut nouveau , ni à demander aux instituteurs le sacrifice absolu de leur liberté. Ce qu'il avait organisé à Rouen , lui paraissait suflBre. Aussi , dès qu'il fut question de s'engager par des vœux , il se sépara de Jean-Baptiste de La Salle , tout en conservant pour lui une respectueuse estime. Nous ne le suivrons pas dans les pérégrinations charitables qu'il entreprit dans le but de fonder des écoles à l'instar de celles de Rouen. Peut-être ses démarches méritaient-elles d'être appréciées plus favorablement que ne Ta fait M. Blain. Dans sa conduite, on ne voit rien qui

trahisse cette l^èreté d'esprit , ce manque de direction dont on l'accuse. Nyel avait commencé par Rouen sa carrière d'instituteur ; ce fut par Rouen , qu'il voulut la finir. Quelques mois avant son départ pour Reims, le vendredi 23 septembre 1678, étant encore préposé à la surveillance des enfermés à l'hôpital , il avait ofiert au Bureau une somme de 1,300 liv. pour les pauvres, à charge qu'on lui payerait 100 liv. de rente annuelle pendant sa vie, et qu'on Terait prier Dieu pour lui après son décès (1). Ce contrat établissait un lien entre lui et le Bureau. Sentant ses forces s'afiaiblir , Nyel rentra à l'hôpital général des Pauvres- Valides le 26 octobre 1685, avec le titre de surintendant des écoles des pauvres de la ville, titre qui fut créé pour lui et que lui seul porta (2) ; il y mourut le dernier mai 1687 (3) , âgé de 66 ans, et fut enterré dans le cimetière de St- Vivien , où les trésoriers de cette paroisse avaient consenti à recevoir les morts de l'hôpital général pour obtenir l'abandon des prétentions que cet établissement élevait sur la propriété de l'hôpital St- Vivien (&). Nyel , en

(i) Arch. des Hospices de Rouen. Reg. des délib. à la date indiquée et à celle du li octobre 1678.

(1) Ib. à la date indiquée.

(3) Arch. de Tétat cÎTil.

(A) Arch. Seine-lnf. F. de ThôpiUl St-Vivien,

mourant, avait légué aux pauvres 1,199 liv. ; ou prit sur cette somme &00 liv. , qui servirent à Tachât d*un petit jeu d* orgues, qui avait été provisoirement installé au jubé de la cathédrale, en attendant la complète restauration des grandes orgues de cette église (1). Jean -Baptiste de La Salle , qu'il avait eu le mérite dMnitier à Toeuvre des écoles populaires, Teut bientôt fait oublier. L*un avait institué des écoles, qui , après avoir été très-florissantes , tant quMI les anima de son esprit, ne tardèrent pas à tomber en décadence, quand il ne fut plus là pour les soutenir. Il appartenait à cette classe d'hommes de bien dont une ville se doit de conserver la mémoire. L'autre, au contraire, de la race des fondateurs, réussit à fonder un ordre dans des conditions qui dénotent un esprit éminemment sagace , et sur des bases si solides que la révolution eut peine à le renverser , qu'il se releva aux premiers jours du rétablissement de l'ordre social , et que depuis il n'a cessé de se propager.

Au mois de septembre 170&, Jean-Baptiste de La Salle , étant à Paris , reçut des lettres de Rouen, par lesquelles on le priait de se charger de l'Ecole de Darnétal. Le maître de cette école

(1) Arcb. des Hospices. Délib. 9 juin 1687 , etc.

était mort et depuis quelque temps on s'occupait de lui trouver un successeur. M. Deshayes, plus tard curé de St-Sauveur de Rouen, qui Taisait alors partie de la coogrégatiou de Notre- Dame, établie chez les Jésuites, profita de cette occasion pour recommander aux congréganistes , fondateurs et directeurs de cette école , les frères des Ecoles chrétiennes et leur supérieur , qu*il avait connus à Paris, pendant le cours de ses études au séminaire de St-Sulpice. On adopta la proposition qu'il fit de faire venir deux frères de cette ville, s'ils voulaient se contenter d'une pension de 50 écus et du logement dont avait joui l'instituteur qu'il s'agissait de remplacer. Jean-Baptiste de La Salle accueillit avec empressement la demande qui lui Tut adressée. < Dans le fond, dit son biographe, il avait une sainte passion de s'établir à Rouen ; cet attrait était en lui dès la naissance de son institut; Rouen semblait en être le principe, et il était juste de lui en faire recueillir les fruits. ■ Cette école réussit aussi bien qu'on pouvait l'espérer, et ce succès fit naitre chez plusieurs le désir de voir les écoles de Rouen confiées à la direction des frères.

Bientôt les frères furent appelés à Rouen, grâce à la Taveur de l'archevêque Mgr Golbert , et de

IL Camus de Pontcairé, premier président du Parlement (i).

On n'a point oublié que Mgr Colbert, très-désireux de voir Tinstruction se répandre dans son diocèse , avait fait sortir d*une simple école de village une communauté destinée à prendre un vaste développement, la communauté des sœurs d*Ernemont, et qu'il avait été le Toudateur des petits séminaires de Rouen, qui plus tard, réunis, devinrent le séminaire Saint-Nicaise. Il sut apprécier les avantages que présentait l'institut de Jean-Baptiste de La Salle, et il résolut, de concert avec M. de Pontcarré, de le Taire mettre en possession des écoles de charité dont le Bureau avait la disposition. A raison de leurs dignités, ils étaient, l'un et l'autre, membres de cette administration , et même la présidence en appartenait de droit à l'archevêque. Cependant ce ne fut pas saus peine qu'ils réussirent à faire adopter leur plan. Tout ce qu'ils purent d*abord obtenir, ce fut qu'on admit dans l'hôpital deux frères pour y tenir les écoles. La délibération des administrateurs est , du reste, conçue dans les termes les

(i) M. Camus de Pontcarré faisait partie de la oongrégation établie diez les Jésuites et n*était pas, sans doute, étranger aux démarches qui aTtient été faites par M. Desliayes.

plus honorables pour les frères ; elle mérite d'être rapportée :

« Dernier mars 1705. Comme le Bureau est informé que les écoles publiques, qui sont fondées dans les quatre quartiers de la ville pour l'instruction des enfants des pauvres dMcelle, ne sont pas dirigées ny conduiltes avec tout le soin possible par les maistres que ledit hôpital y a préposez, il a été arresté qu'on fera incessamment venir deux frères des écoles de charité de Paris, qui sont personnes consommées dans l'instruction de la jeunesse, pour estre mis à deux des dites cscolles, qui auront leur nourriture cl logement dans ledit hôpital , à chacun 36 liv. par an pour leur entretien, sauf à remplacer les deux qui sortiront des dites écoles à quelque autre cmploy dans ledit hôpital ou les y laisser vivre conjointement avec les autres maistres pour reconnoissauce de leurs services, ainsy que de raison, sauf aussy à appeler dans iceluy hôpital deux filles de la maison de la Providence pour rinstructiou des enfants du sexe féminin, sy le Bureau le juge cy-après à propos. Signé : N. archevêque de Rouen, Camus- Pontcarré. »

On voit par là que le Bureau , en admettant

les frères, répugnait à écarter définitivement les

maftres qu'il avait précédemment choisis et que

son intention était plutôt de Taire un essai que de s'engager pour Tavenir. La fixation des gages des frères à la modique somme de 36 liv. par an ne doit pas être considérée comme une preuve certaine de mauvais vouloir: les revenus de r hôpital suflSsaient à peine au.\ charges, et comme on conservait les anciens employés, on conçoit qu'on n'ait pu Taire plus en faveur des nouveaux venus. Si peu avantageuses que parussent ces conditions, elles furent agréées par Jean-Baptiste de La Salle. II envoya deux frères dont Tun fut immédiatement chargé de l'école de Sl- Godard, et l'autre de la petite école de St-Maclou ; le 26 mai, le premier reçut la direction de la grande école de St-Maclon, afin que, par les progrès des enfants qui passaient de la petite école à la grande, il fût aisé de se rendre compte du mérite du système d'enseignement adopté par les frères. Ce système différait en certains points de celui qui avait été suivi jusqu'alors. On commençait à apprendre à lire dans le français et non dans le latin, nouveauté qui, si simple qu'elle nous paraisse, n'avait pas été introduite sans contestation; un autre changement, plus important, consistait à substituer l'enseignement simultané à l'enseignement individuel, suivant la méthode qui avait été inaugurée par le B. Fonrier dans l'édu-

cation des filles. Le 11 aoûl 1705, on admit à Tbôpital un troisième frère de la Charité de Paris ; un quatrième fut reçu peu de temps après ; enfin, le 2 août 1707, dans une assemblée à laquelle le premier président assistait, les frères furent mis en possession de toutes les écoles charitables de la ville. Ils furent déchargés de l'obligation de revenir, deux fois par jour, à Thôpital distribuer les repas aux vieillards , et autorisés à se loger en communauté dans une maison de leur choix. M. de La Salle s'engagea à fournir dix frères, huit desquels s'appliqueraient journellement à Tinsti*uction des pauvres : deux à l'école St-Godard , deux à l'école St-Eloi, deux à l'école St-Maclou, deux à l'école St-Vivien , qui étaient les quatre quartiers, sous la direction et dépendance de l'administration hospitalière. Les deux autres tiendraient les écoles à l'hôpital et y résideraient. Les classes devaient être ouvertes de 8 heures à 11 heures du matin et de 2 heures à 5 heures du soir. Les administrateurs promettaient de fournir les bancs et les tables pour les écoliers et de payer une somme de 600 liv. pour tous gages (1). La somme était plus que modeste; et il est visible

(1) La maison louée par M. de La Sailo, en 1707, pour les frères de Roaeii, coûlail à elle seule 310 liv. de loyer. Extrait d*un mémoire dé^é aux arcli. de Rouen, 28i.

que M. de La Salle ne s'en contenta que parce qu'il comptait sur les secoui^s de la charité privée. Moins de deux mois après , les deux frères cessent de venir à Tbôpital. Le 20 septembre, les administrateurs décident qu'à leur défaut les autres frères ( ceux de l'institution priuiitive] qui étaient restés au Bureau, seront rétablis dans leurs fonctions d'instituteurs des pauvres renfermés. D'autre part, il s'établissait dans la ville, à l'égard des frères , comme deux courants d'opinion. Plus d'une fois, en se rendant aux écoles, ils se virent l'objet de manifestations hostiles ; mais dans le même temps, les enfants accouraient en foule à leurs leçons; les aumônes suppléaient à rinsuflTisance de leur traitement et les mettaient en état de louer une maison dans la ville proche de St-Maclou , pour y vivre eu commun. Et ce qui prouve encore mieux que leur impopularité n'était pas telle que M. Blain s'est plu à le dire, peutêtre à dessein de rehausser leur mérite en exagérant la persécution, c'est que dès lors ils inspirèrent la plus vive inquiétude aux maîtres écrivains, et que , pressés par un nombre inûni de parents d'admettre leurs enfants à leurs classes, ils eurent encore plus à lutter contre l'engouement que contre le dénigrement et la malveillance (1).

(1) Arcb. des Hospices. Délibération du SA novembre 1705 : • Sur

Pendant que M. de La Salle introduisait ses frères à Rouen et acceptait pour eux la direction des écoles de charité, il s'occupait de fonder, dans la même ville, un pensionnat pour des élèves et un noviciat pour son ordre. Il fit choix, dans ce but , d'une propriété située à St-Sever , qu'on désignait sous le nom de St-Yon, en souvenir d'un de ses anciens possesseurs, Eustachede Saint-Yon, maître ordinaire en la chambre des comptes de Normandie. Le 11 juillet 1705, il la loua pour dix ans, moyennant /|00 liv. par an, d'Anne de Souvré , marquise de Courtauvau et de Louvois.

la reqaesle présentée par les maîtres écrivains de cette ville expositive , que dans les écoles établies dans ladite ville pour rinslruction des enfans des pauvres, les maîtres qui y sont préposés par Tordre du Bureau , qui portent le titre de frères d'écoles de charité, y enseignent indifféremment toutes sortes de personnes, encore qu'elles ne doivent être que pour les véritables pauvres , suivant la volonté des sieurs fondateurs, ce qui fait périr près de 200 personnes dans les familles desdils exposants ; — arrêté que le mémoire sera distribué aux sieurs quarteniers commissaires du Bureau pour informer dans la famille des pères et mères ; à Tavcnir ceux qui prétendront être reçus apporteront certificats des sieurs curez de leur paroisse sur le fait de leur pauvreté qu'ils présenteront au Bureau pour estre pourveu à leur admission. » — Les passions des hommes sont partout les mêmes et agissent de la même manière. Les frères de la Doctrine chrétienne eurent à lutter , à Paris comme à Rouen , contre les maîtres écrivains ; ù Rome , Topposition des maîtres des Écoles régionnaires faillit faire échouer, à ses débuts, l'œuvre des Écoles pies fondée par Joseph Calasanzio.

Là encore il rencootra plus d'une difficulté. La communauté des frères n*avaît point d'existence l^le, et d'ailleurs il était naturel et légitime que le curé, M. Héquet, veillât à la conservation de ses droits curiaux. M. de I^ Salle dut accepter de lui certaines conditions, qui se trouvent consignées dans un accord revêtu de la signature des deux parties et approuvé par M. Couët, vicaire-général. Aux termes de cet accord, les Trères ne devaient ouvrir leur porte à personne pour leur messe et pour leurs offices ; le jour de Pâques, il ne serait pas célébré de messe dans leur chapelle ; tous indistinctement, frères et pensionnaires, assisteraient ce jour là à la messe paroissiale et y feraient leurs pâques. Quant aux pensionnaires il y avait obligation de les conduire, chaque dimanche, à la messe paroissiale , et de leur faire faire leur première communion à la paroisse après qu'ils en auraient été jugés dignes par le curé. Le chapelain serait approuvé du consentement de celui-ci. Il ne pourrait faire, dans la chapelle, aucune bénédiction de pain le dimanche, de cierges, de cendres ni de buis, aux jours de la Chandeleur , du mercredi des Cendres et des Rameaux. Les frères , comme tous les autres paroissiens , offriraient à leur tour le pain à bénir et recevraient dans leurs maladies les sacrements de la main du curé.

Le pensionnat établi à St-Yon, dès 1706, Tut protégé par M. Camus de Pontcarré. Il obtint bientôt un tel sucpès que Tidée vint de soumettre à la direction des frères les enfants dont le caractère rebelle et le libertinage précoce paraissaient réclamer des soins particuliers et une discipline sévère. Ils y furent d'abord internés en vertu d'ordonnances du premier président du Parlement, et généralement sur la demande de leurs parents. Plus tard , cette autorité fut enlevée au premier président; il fallut , pour être reçu au pensionnat de St-Yon , des ordres du Roi ; le souverain se réservait la connaissance et l'appréciation des motifs qui les faisaient décerner : c'étaient, en général, à en juger parla correspondance échangée à ce sujet entre les secrétaires d'état et les intendants, la dépravation des mœurs et l'aliénation mentale. Dès lors , l'exécution de l'accord conclu en 1706 , entre le curé et M. de La Salle, ne fut plus possible; on ne concevrait guère, en effet , que des pensionnaires de force eussent pu être conduits aux offices de l'église paroissiale. Le supérieur y eût-il consenti, que ni le premier président, ni l'intendant ne l'eussent sans doute permis.

Ce fut, croyons-nous, à cette occasion, que durent naître des contestations entre le curé qui

se prévalait de cet accord , et M. de La Salle , obligé par la Torce même des choses à s'en écarter. Ces contestations dont l'archevêque , Mgr d'Aubigné, ou Tun de ses vicaires-généraux, fut appelé à connaître, aboutirent, s'il faut en croire M. Blain, à rinterdit de M. de La Salle, interdit qui lui aurait été signifié dans des circonstauces qui ajouteraient singulièrement à la rigueur d'une semblable mesure, puisqu'on était dans la semaine sainte et que M. de La Salle se mourait.

Le seul auteur contemporain qui mentionne cette circonstance remarquable de la vie de M. de La Salle, est M. Blain. Sans mettre en doute sa parfaite sincérité, nous nous croyons permis de nous demander si un certain penchant à l'exagération ne l'aurait pas induit en erreur sur ce point, s'il ne se serait pas mépris sur la nature et sur les causes de cet interdit qui aurait affligé les derniers jours d'un homme auquel seront, peutêtre dans un avenir prochain, décernés les honneurs d'un culte public.

D'après son récit , M. de La Salle serait mort interdit, et pourtant les élèves du petit séminaire auraient assisté en foule à ses funérailles. De plus , le curé Dujarrier-Bresnard a rédigé son acte d'inhumation dans des termes des plus laudatifs et qui s'éloignent de la forme usitée pour des

acles de celle nalure. A ses veux, M. de La Salle

est mort en odeur de sainteté. Cet éloge, il le

consigne plus solennellement encore dans Tin-

scription que , quelques mois après , il fait graver

sur la pierre de son tombeau. Plusieurs années

s*écoulent, et dans un discours public prononcé à

Toccasion de la translation de ses restes vénérés

dans la nouvelle chapelle de St-Yon, il rend un

éclatant hommage à ses vertus et se félicite des

relations intimes qu'il a eues avec lui dans les

derniers temps de sa vie. Enfin , Le Flambeau

astronomique de Rouen, de 1720, sorte d*annuaire

rédigé par des membres du clergé, ne trouve que

deux faits notables à signaler dans Tannée 1749 :

la mort de M. de La Salle , et à cette occasion

il rapporte l'inscription composée par Dujarrier-

Bresnard, et la mort et les obsèques de Mgr d'An-

bigné. (1)

(1) « Ce qui est arrivé de plus remarquable dans la ville de Rouen, en 1719. — Messire Jean-Baptisto de La Salle, docteur en théologie de l'Université de Rheims et ancien chanoine de l'Église cathédrale dudit lieu, instituteur des FF. des Écoles chrétiennes, mourut à Rouen le 7 avril 1719, jour du Vendredi-Saint, viron à heures au matin, âgé de soixante et huit ans, en leur maison de St-Yon, fauxbourg de St- Sever. Il éloit natif de Rheims , d'une ramillc illustre , mais encore bien plus recommandabic par la sainteté de sa vie. Il fut inhumé le lendemain samedi en Téglise paroissiale de St-Sevcr dudit fauxbourg, eo la chapelle de S'*-Susanne , sous une tombe où est Tépitaplic suivante*. .> Suit Pépitaphe, qui se termine par ces mots : t Hoc pietatis

I/cmbarras où l'on se trouve pour concilier avec rinterdit ces témoignages singuliers et multipliés de respect, nous a suggéré cette pensée que M. Blain aurait pu appliquer, par erreur , à la personne de M. de La Salle, l'interdit dont aurait été Trappée la chapelle à l'occasion de laquelle était né le débat. En admettant cette supposition, on trouverait tout naturel le moment choisi pour signifier l'interdit ; on entrait dans le temps pascal et il pouvait paraître urgent de maintenir les droits du curé; on comprendrait également qu'un désaccord sur un point secondaire de juridiction et d'administration ecclésiastique n'eût point altéré l'estime que le curé professait pour le fondateur de l'institut des frères. Si l'on préfère s'en tenir au récit de M. Blain , il paraîtra impossible d'expliquer autrement que par l'intention de réparer une erreur passagère le soin qu'on a pris d'effacer la trace d'une sentence rigoureuse avec laquelle contrastent étrangement les hommages rendus à la mémoire du vénérable de La Salle.

La mort de cet homme célèbre arriva le Vendredi-Saint, 7 avril 1719. Son corps fut enterré

et grali animi monumenlum apposuit lam piissimo parrochiano Ludovicus Dujarrier Bresnard , hujus ecclesix rector. »

en l'église de St-Sever , où T inscription de Dnjarrier-Bresnard vient d'être rétablie par les soins de Tantorité ecclésiastique. Quelque temps avant de mourir, il s*était démis de la supériorité et avait fait nommer pour le remplacer la personne en qui il avait le plus de confiance , le Trère Barthélémy. Il avait aussi acheté, sous le nom de deux frères, la maison de St-Yon , dont le prix ne fut complètement payé que le 5 janvier 1720. Il s'était ainsi efforcé d'assurer à ses disciples un asile et une sage direction.

Cependant, tout devait rester dans l'incertitude tant que l'institut n'aurait point été reconnu par le souverain pontife ni approuvé par lettres patentes du roi. Du défaut de ces formalités essentielles étaient provenues toutes les traverses que les frères avaient éprouvées de la part du curé sur ' la paroisse duquel ils s'étaient fixés. Une autre difficulté leur fit bientôt sentir ce que leur position avait de précaire : l'un des deux frères, sous le nom desquels la maison avait été achetée, étant venu à mourir presque subitement , M. Poterat de Saint-Etienne avait pris de là occasion, en sa qualité de seigneur du fief d'Ëmendreville dont St- Yon relevait, de revendiquer la moitié de cette propriété. En cette circonstance encore, les frères n'eurent qu'à se louer de l'obligeance de M. Camus

de Pontcarré. D'après son conseil, ils présentèrent une requête à Tbôtel commun, et firent déclarer par les échevins Futilité de leur maison de Saint- Yon et exprimer, au nom du public, le vœu que leur communauté TAt autorisée par le roi , à condition que, conformément à leur institut, ils enseignassent à Saint- Yoo gratuitement la jeunesse , sans être à charge à la ville et sans pouvoir s'établir ailleurs qu'eu ladite maison. Ce consentement obtenu, ils solliciteront des lettres patentes de confirmation. Elles leur furent accordées, grâce à la protection du premier président et de Mgr de Tressan, archevêque de Rouen; ces lettres portent la date du mois de septembre 172/i; elles furent enregistrées, à la cour du Parlement, le 2 mars

Une bulle de Benoit XIII, du 7 des Calendes de février 172/i, approuva leurs contitutions sous la forme que nous avons fait connaître. Cette bulle, autorisée par de nouvelles lettres patentes du 26 avril , fut enregistrée, en la même cour, le 12 mai 1725 ; mais il n'en fut pas de même à la Cour des comptes. Le curé de St-Sever y fit opposition à l'enregistrement des lettres patentes ; il demanda que les frères fussent assujettis à exécuter les concordats conclus avec lui et avec son prédécesseur, à remplir les devoirs de paroissiens dans sou église

et à lui payer la diiue des biens qu'ils avaient acquis. Ces questions n'étaient pas de la compétence de la Cour. Cependant , sans instruction préalable et contre les conclusions du procureur général du roi , elle accorda au curé ce qu'il demandait et décida, par un arrêt du 2 juillet, que les frères offriraient le pain à bénir, qu'il n'y aurait pour eux d'autre cimetière que celui de la paroisse, quMls contribueraient , comme les autres paroissiens, aux réparations de l'église, euGn, que l'école de St-Sever, depuis quelque temps remise à leurs soins, continuerait d'être tenue par le clerc de la paroisse, conformément à la fondation d'Alphonse de Chalon. Cet arrêt fut cassé parle Conseil d'État, le 28 juillet 1725, et les frères , à partir de cetle époque , jouirent paisiblement de tous les privilèges des réguliers.

D'après les lettres-patentes de 1724, St-Yon fut, en même temps qu'un noviciat, une maison de correction pour retirer du libertinage les jeunes gens qu'on voulait confier aux frères, une maison de force où l'on était enfermé en vertu d'ordres du Roi , une école de charité pour les enfants pauvres qui y étaient envoyés de la ville, un pensionnat oii l'on enseignait la tenue des livres, les mathématiques et le dessin ; nous ajouterons que Saint- Yon fut également une maison de retraite

pour les membres de T institut que Page ou les infirmités condamnaient au repos. Pendant de longues années, le frère Irénée (Claude-François Lancelot Dulac de Montisambert) fut chargé du noviciat et du pensionnat. Il a mérité d'être compté au nombre des plus illustres disciples de M. de La Salle.

Les quatre écoles de la ville dirigées par les frères ne dépendaient pas de la communauté de St-Yon. Elles continuèrent d*appartenir à Thôpilai général qui conservait le droit de les donner à qui il voulait, de même que les frères étaient libres de les abandonner quand ils le voudraient. Ceux-ci, réunis en communauté particulière sous la direction d'un supérieur et domiciliés dans leur maison de la rue St-Romain, relevaient dircclement de ce qu'on appelait le Régime général, c'est-à-dire du supérieur général et de ses assistants, dont la résidence fut fixée successivement à St-Yon et a Melun. Les désaccords qui eurent lieu à différentes reprises entre les frères, l'bôpital général et l'hôtel-de-ville, eurent pour causes la confusion , plus ou moins excusable , qu'on tenta de faire entre la communauté de St-Yon et les frères des écoles de Rouen , et le traitement qu'il convenait de leur accorder. Aujourd'hui que rÉiat, les villes, et même les communes

iMiral(^s rivalisent de /do cl de L^M'iiérosilé on faveur de rinslruclion primaire , considérée à bou droit comme une des choses les plus importantes pour la prospérité d'uu pays, on a peine à comprendre qu'on ait marcliandé si opiniâtrement aux instituteurs du peuple des subventions qui leur étaient indispensables, et que de mes* quines considérations d'argent aient pesé d'un tel poids dans une question d'un intérêt aussi majeur. Nous croyons utile d'en parler; les détails dans lesquels nous allons entrer aideront à apprécier le progrès accompli de cette époque à la nôtre.

Jusqu'en Tannée 1744, les frères s'étaient contentés des 600 liv. qui leur avaient été accordées par la délibération du 2 août 1707. L'augmentation du prix des denrées , la nécessité où l'on se trouva d'augmenter de deux le nombre des frères, par suite de l'aflluence des écoliers, peut-être aussi la diminution des secours de la charité privée, forcèrent, après de longues hésitations, le supérieur de la maison de Rouen, à réclamer des administrateurs un supplément de pension. M. Camus de Pontcarré, qui avait succédé à son père dans la charge de premier président et qui avait hérité de ses sentiments de bienveillance à l'égard des frères, les délermina à se prêter à un

accord qui fut conclu en son bôtel, entre M. Bigot, délégué de Thôpital général , d'une part, et, de l'autre, le frère Irénée , assistant du supérieur général, et le frère Zacharie, directeur de la maison de Rouen, le 19 juin 17/i/i. Il fut entendu qu'il serait payé aux frères, par gratification, 400 liv. d'augmentation par an , tant qu'ils continueraient de tenir les écoles comme par le passé, sans que cela pût les empêcher de demander d'autres secours où et ainsi qu'ils aviseraient bien. Vingt-huit ans après, l'hôpital général consentit à leur payer une nouvelle gratification annuelle de 200 liv. Ce supplément ne remédiait qu'imparfaitement à la gène dont les frères se plaignaient ; ils crurent pouvoir se permettre d'admettre à leurs leçons quelques enfants de familles aisées dont les parents leur faisaient quelques aumônes. Mais cette ressource illégale fut de bien courte durée. Les maîtres écrivains réclamèrent avec aigreur ; il fallut faire droit à leurs plaintes en prenant de nouvelles dispositions pour empêcher l'admission des enfants riches dans les écoles des quartiers. 11 fut décidé que, deux fois chaque année, le Bureau arrêterait l'état des enfants admissibles ; que les frères devraient exclure tous ceux dont le nom n'y serait pas compris, à moins d'une autorisation spéciale e\ par écrit des quarteniers.

Ceux-ci étaient invités à inspecter , au moins quatre fois par an , les écoles pour y maintenir Tordre, veiller à ce que, conrormément à la délibération du 2 août 1707, les enrants fussent conduits, les Tètes et les dimanches, à la grand* messe et aux vêpres ; à ce qu'on leur fit régulièrement le catéchisme ; à ce qu'on ne leur vendit pas trop cher les livres, le papier, Tencre et les plumes. Le même droit d'inspection était reconnu aux commissaires des deux cours souveraines, à ceux du chapitre de la cathédrale et de Thôtel-de-ville. Ces dispositions furent approuvées par le Parlement , et les maîtres écrivains furent autorisés à faire inscrire sur les portes des écoles des frères cette inscription, de nature à éloigner tous ceux auxquels Taisance de leur famille inspirait quelque fierté : Ecoles de charité pour les pauvres de la ville et des faubourgs. Une administration si jalouse de maintenir strictement son autorité sur les écoles des quartiers, et de leur conserver ce caractère de spécialité étroite, humiliante, et de plus en plus contraire à Tesprit d*égalité qui gagnait toutes les classes de la société» aurait dû» ce semble , du même coup , assurer aux frères une condition supportable et leur enlever la tentation de chercher en dehors de la légalité des moyens de subsistance. 11 n'eu fut pas ainsi. Dix

ans après , les frères ayant réclamé une nouvelle augmentation de traitement , leur demande indisposa contre eux le Bureau, à ce point qu*il songea à donner les écoles aux maîtres écrivains et que la proposition leur en fut faite officiellement par M. D*Ornay. Ceux-ci l'acceptèrent, mais en faisant leurs conditions : les confrères, de bonne volonté, qui se chargeraient des enfants pauvres , prendraient leur mission de la communauté , laquelle veillerait à ce que le bon ordre fût gardé et Tinstruction bien administrée, et aurait la liberté de changer les maîtres suivant les circonstances. Il n'y aurait que k heures de classe par jour , 2 le matin et 2 le soir. C'était moitié moins qu'avec les Trères. Il est vrai que dans un document officiel transmis par eux au ministre , les maîtres écrivains avaient fait à leurs rivaux un grier de la longueur de leurs classes et qu'ils avaient déclaré qu'il était ridicule de consacrer tant de temps à l'instruction des pauvres (12 juillet 1772), Pour une raison ou pour une autre, il fut impossible de s'entendre ; l'administration ne tarda pas à reconnaître qu'elle ne pouvait remplacer les frères avantageusement; que les éconduire, c'était, même en réduisant l'instruction , s'imposer des dépenses plus lourdes que celles qu'on voulait éviter. Elle se décida donc à accorder aux frèi-es

une nouvelle gratification de 200 iiv. , ce qui portait leur subvention à 1,200 Iiv. Mgr de La Rochefoucauld offrit de son côté 600 Iiv. par an, sans vouloir cependant se lier par un engagement formel. Enfin, les écbevins, cédant aux instances de M. de Crosne, alors premier président du Conseil supérieur et intendant de la généralité, consentirent par une délibération du 18 août ITTS, à donner 600 Iiv. , en stipulant toutefois qu'on ne pourrait voir dans cette Taveur un précédent pour assujettir la ville , dans la suite , à aucune contribution de quelque nature qu'elle pût être. En même temps qu'ils accordaient à regret cette faible gratiGcation, ils adressaient à l'autorité supérieure un mémoire , oii ils s'opposaient sans détour à la prétention des Trëres. t 11 ne faut pas, disaient-ils , traiter avec eux , comme s'ils n*avoient aucun établissement soit dans la ville de Rouen, soit dans les Tauxbourgs, et qu'on les appelât d'une ville étrangère pour tenir à Rouen les écoles gratuites. Alors il serait juste de leur fournir 300 Iiv. par personne pour leur nourriture et entretien , en outre leur logement, ainsi qu*on le leur offre dans les villes oii ils n'ont aucun établissement... S'ils cessoieut de tenir les écoles, on seroit en état de les y contraindre, n*étant pas question ici de traiter

« à prix deflTendu , comme si on les appelait pour c la première fois à Rouen. L*ou seroit même en t état de soutenir contre eux qu'ils doivent, en ce i cas , sortir de la ville de Rouen , et même du c fauxbourg , et qu'on doit les dépouiller de c toutes les aumônes que Ton prouvera leur avoir c été faites. • Ou le voit, Tidéal dont la ville poursuivait la réalisation, c'était renseignement gratuit pour elle aussi bien que pour les pauvres. Mais encore eût-il été de bon goût de respecter la liberté chez les autres et de ne pas invoquer , pour un dissentiment sur un point secondaire, Tapplication de mesures de rigueur dont il ne convient d'user qu'avec une extrême réserve.

Le traitement de 2,/iOO liv. était incertain, puisqu'il dépendait, pour plus de moitié, de la bonne volonté de ceux qui contribuaient à le faire. 11 arriva , trois ans après , que l'arclievèque , qui donnait pour sa part 600 liv. , désira appliquer cette aumône à d'autres œuvres de piété et que, d'un autre côté. Messieurs de ville privés , par suite de la suppression de la banalité de leurs moulins, d'une portion considérable de leurs revenus, déclarèrent n'être plus en état de continuer la gratification de 600 liv. qu'ils avaient promise. Us annoncèrent leur détermination à

— ,in i —

riutciidaut, par une leltie datée du 23 Tévrier 1776 (!)•

L'établissement des écoles charitables était donc très-sérieusement menacé , et cependant tout réclamait en sa Taveur dans une ville aussi peuplée de pauvres que Tétait Rouen* Le Bureau d'administration du collège était alors présidé par M. de Montbolon, premier président du Parlement. Ce magistrat exposa à ses collègues de ce Bureau qu'il était à désirer que le collège , dont le patrimoine et les revenus étaient spécialement consacrés à l'instruction publique et générale, pût se cbai^er, tant que son aisance pourrait le permettre, de payer les 12,000 liv. dont les Trères allaient se trouver privés; qu'autrement, il était à craindre qu'ils n'en vinssent à effectuer le parti par eux annoncé de ne plus tenir les écoles gratuites des pauvres, parti dont Teffet serait très-préjudiciable aux enfants. « Il fut arrêté sur sa proposition que , sans tirer à conséquence , sans qu'à l'avenir on pût en induire obligation contre le collège, sans même qu'on pût l'y assujettir , et seulement potir autant de temps que les revenus du collège pourroient le permettre , sans gesner ou préjudicier ses charges ordinaires et extraordi-

(i) Arcb. Seine-Inf. D. àS.

naires, il seroit chaque année payé à Thôpital général une somme de 1,200 liv. pour être employée à Tentrelien de rétablissement des écolles gratuites des pauvres de Rouen • , & novembre 1776 (1).

Dans les derniers temps, il y avait pour ces écoles douze Trères dont un directeur, neur employés à tenir les classes, un autre pour remplacer ceux qui seraient empêchés, un autre enfln occupé au ménage et aux soins de la vie matérielle. Ne recevant pour toute subvention que 2,/iOO liv. (à peine 200 liv. par personne) , il ne leur avait été possible de se soutenir que par les secours de la communauté. Après avoir inutilement sollicité une augmentation, le supérieur général crut devoir prévenir l'administration , par une lettre du 18 juillet 1783, que les frères de Rouen seraient rappelés dès le mois d'octobre suivant. La Ville et le Bureau des hospices persistèrent dans leur refus , et dans Timpossibilité où ils se trouvaient de pourvoir, autrement que par les frères, à réducation du peuple, ils en revinrent à un sys^ tème qui avait déjà été condamné. Ils affectèrent de confondre avec la communauté de St-Yon la maison de St-Romain , et entreprirent de cou- Ci) Arcb. Seine-Iuf. D. 50.

traiudre les frères de Roueu à tenir les écoles charitables aux mêmes conditions que par le passé. La lettre du supérieur général fut déférée au Parlement, et, sur le réquisitoire du procureur général, la Cour, les chambres assemblées, rendit, le 29 août 1783, un arrêt qui ordonnait aux frères de tenir les petites écoles comme d'habitude, et à la communauté de St-Yon de fournir le nombre nécessaire de maîtres pour ce service. Cet arrêt fut cassé, le 14 juillet 1787, par le Conseil d'État, qui déchargea la maison de St-Yon des condamnations prononcées contre elle, ordonna néanmoins que les frères de St«Romain continueraient, pendant trois mois, le service des petites écoles, passé lequel délai il leur serait loisible de se retirer, faute par l'hôpital d'avoir pourvu à leur subsistance. Il fut enjoint , en même temps , aux administrateurs de l'hôpital d'adresser dans un mois au secrétaire d'état du département le tableau exact des fondations des petites écoles, pour être statué par Sa Majesté en son Conseil ainsi qu'il appartiendrait (1).

Recherche faite par ces derniers de tous les titres, il ne se trouva plus que 40,000 liv. qui pouvaient produire 2,000 liv. de rente. Ils offri-

(1) Arch. du Palais-de-iJustice. — Ârcb. municipales.

rent d*affecter ce revenu en entier aux écoles chrétiennes. L'archevêque et le collège promirent de noaveau chacun 1,200 liv. Enfin, conrormément à la demande d'une assemblée générale de notables tenue en la grande salle des audiences, en présence du premier président, les échevins accordèrent pareille somme pour un an, par provision seulement et sans tirer à conséquence pour Tavenir (26 avril 1788). Les appointements des douze frères Turent ainsi portés à 5,600 liv. par an; ils leur Turent payés en 1789 et en 1790; mais dès la fin de cette dernière année la gratification de la ville Tut supprimée à cause du mauvais état des finances municipales (1).

Les écoles Tondées à Thôpital avaient été tenues pendant quelques années par les Trères. Nous avons vu quMIs les abandonnèrent par suite de difficultés avec Tadministration. Us y Turent bientôt rappelés

(i) Arcb. municipales. — L^assemblée générale était composée de MM. les conseillers maire , éche?ins, vingl-qualre du Conseil et seiie députés des notables de la ville de Rouen , des délégués du Parlement, de la Cour des Comptes et du Chapitre. Dans cette assemblée, MM. de Banville, de Montenant, Pabbé de Maisonval, Moulin père. Midi, Dandé et Fremont furent nommés c commissaires pour, avec MM. de radministration, aviser aux moyens de consolider rétablissement des écoles publiques et gratuites, de le rendre de plus en plus utile, d*en assurer et fixer la dépense, en indiquant et sollicitant auprès du roi, pour rhôpital , des fonds suffisants et permanents. >

et en restèrent en possession jusqu'en 1753; on se plaignait alors de Tinsubordination des cnrants employés aux travaux de la filerie, et on Tattribuait à Timpunité et même aux encouragements qu'ils trouvaient auprès des frères. Une assemblée du Bureau fut tenue au palais archiépiscopal , en présence de Mgr de Saulx-Tavannes et de M. Camus de Pontcarré. Les frères furent congédiés sans bruit; on pria les quarteniers de choisir des maîtres qu'on mettrait à leur place ; l'archevêque s'engagea lui-même à en parler au chancelier de la cathédrale, plus à portée que tout autre de procurer des sujets capables d'instruire et d'enseigner la jeunesse (15 avril 1753) (1). Si l'on s'en rapporte au mémoire des frères, les difficultés qu'ils eurent à l'hôpital et qui amenèrent leur départ, auraient eu pour cause un abus contre lequel ils s'étaient cru permis de protester : le mélange des enfants des deux sexes dans les mêmes classes ; et l'archevêque, un moment prévenu contre eux, n'aurait point tardé à leur rendre justice (2).

(1) Arch. manicipales. D. 281. S.

(3) c Les administrateurs a?aient introduit, pour le trarail manuel, le mélange des deux sexes ; les enfants des frères se joignaient aux élè?es des sœurs. Le 28 septembre i 752 , le F. Claude , supérieur général , les frères assbtants et les profès de St-Yon se réunirent en

L'école de ThôpUal général eut pour bienraiteur M. Tabbé Brinon, chanoine honoraire de la cathédrale. Par contrat du 27 octobre 1745, il donna &,000 liv. pour procurer à MM. les administrateurs la possibilité d'avoir de meilleurs maîtres d'école pour le Bureau , en leur assurant 200 liv. d'appointements, outre leur logement et la nourriture. Il exprima la volonté que la conduite des écoles ne Tût confiée ni attachée à aucune communauté (1), que les maîtres Tussent au nombre de trois, les plus capables qu'on pourrait rencontrer. 11 dérendait qu'on les prit parmi ceux qui avaient été admis à l'hôpital à titre de pauvres, ainsi que cela s'était autrefois pratiqué. Les maîtres ne devaient se servir que des livres qui leur seraient fournis par l'administration et que l'abbé détermina et donna pour la première fois; c'étaient

chapitre et autorisèrent , par un acte qu'ils ûrent approuver par l*archevêque, après Tavoir eux-mêmes signé , le F. Zacharie à faire des démarches ouprès des administrateurs afin d'obtenir une prompte séparation des deux sexes. Le F. Claude, supérieur généra], écrivit, dans le même but, à Tarchevéque et au premier président. Ce Tut à la suite des discussions qui s'engagèrent à ce sujet que les frères furent autorisés, sur leur demande, à sortir du Bureau. » Renseignement fourni par le F. Lucard.

(J) « Quoyque MM. les administrateurs puissent choisir des maîtres dans des communautés dont Pinstitut est de faire les écoles et de former des sujets pour cette bonne œuvre, cependant les écoles de Thôpital ne pourront point être attachées à aucuuc communauté» quelle qu'elle soit et sous quelque prétexte que ce puisse être. »

le psautier « le catéchisme pour le latin et pour le français, le catéchisme historique de Fleury» les figures de la Bible , Thistoire de TAncien et du Nouveau-Testament. Il prit soin d'indiquer la méthode que les maftres devaient suivre et de leur tracer des règles de conduite; il annonça Tintention de veiller sur eux tant qu'il vivrait, et se réserva la faculté de faire graver sur une plaque de cuivre qui serait placée dans la grande école un extrait de sa fondation (1). Un règlement particulier fut rédigé pour les écoles de T hôpital général le 15 mars 1763. A cette époque , les appointements des trois maîtres qui étaient nourris et entretenus par cet établissement étaient de 700 liv. (2).

Vers i787, St-Yon était occupé par 80 frères. Les uns tenaient le pensionnat de force , les autres le pensionnat libre entièrement séparé du premier. On y admettait les enfants, depuis Tâge de 7 ans jusqu'à 17 exclusivement. On y enseignait « tout ce qui peut concerner le commerce, la finance, le militaire, l'architecture, les mathématiques, en un mot tout ce qu'un jeune homme peut

(1) Arch. des Hospices de Rouen. Conirat de fondation de Tabbé Brinon.

(2) Ib. — • Règlements pour les trois maîtres qui auront soin de rinslruction des enfiints de THôpital généra), t

apprendre, à Texception du latin. • Les frères vivaient des restes de leurs pensionnaires, n'avaient aucun domestique, et ne soutenaient leur communauté que par la plus stricte économie. On leur reprocha tour à tour et leur extrême sévérité pour eux-mêmes et leur opulence. Le fait est que leurs revenus s'élevaient à 6,6A3 liv., et leurs charges à 6,712 liv.; les bâtiments qui paraissaient considérables avaient peu coûté ; la chapelle elle-même avait été construite par les mains des frères ; ce qui semblera extraordinaire , ils ne devaient qu'à eux seuls, à leur industrie, aux économies qu'ils avaient réalisées sur leur nécessaire, le peu de biens dont ils jouissaient et qui étaient moindres que ceux du plus modeste couvent.

Ce fut au milieu du chœur de l'église de St-Yon que le corps de M. de La Salle fut transporté , en 1734 , de l'église St-Sever où il avait été inhumé. Cet avantage, joint à cette circonstance que pendant plusieurs années St-Yon fut la résidence du supérieur général et de ses assistants , fit de cet établissement le plus fameux de l'Institut. L'archevêque de Rouen vit avec peine que, par suite des progrès rapides de l'Ordre , sa ville métropolitaine , après avoir perdu la prérogative d'être le lieu de résidence du supérieur

général (1), perdtt encore celle d'être le lieu de réunion du chapitre général des Trères. Il fit des démarches auprès du roi afin que Tancien usage Tût maintenu. M. Bertin, répondant à la plainte que ce prélat lui avait adressée , lui fit observer que plus d'un tiers des maisons des frères se trouvait au-delà de Lyon , qu'il y en avait aussi un très-grand nombre dans la Champagne et dans les provinces circonvoisines , en sorte que la ville de Reims était beaucoup plus à portée que celle de Rouen de la plupart des Trères; que, par conséquent, il paraissait bien difficile d'empêcher le supérieur de convoquer le chapitre général dans l'endroit qu'il trouverait le plus commode.

L'établissement des frères à Dieppe fut dû à Mgr de La vergue de Tressan, lequel, dans le cours de la visite qu'il avait faite dans cette ville, au mois de mai de l'année 1729, avait eu l'occasion de constater , non sans une pénible émotion, qu'un grand nombre d'enfants du peuple ne recevaient absolument aucune espèce d'instruction. Dans les premières années du siècle précédent, l'oratorien Etienne Brice avoil pu faire

(1) Ces changements ciircnl pour principale cause les diiEcuUés que les frères eurent avec Mgr de La Rochefoucauld pour la juridiction, difficultés quMIs imputèrent aux mauvaises dispositions de M. Marescot, vicairc^énérnl^ à leur égard.

la même remarque. Pour remédier à un état aussi Tâclieux, • ce dernier avoit voulu que TOratoire de Dieppe fournit un liomme, Oratorien ou autre pour apprendre aux pauvres enfans masies, mendians, orrelins, spécialement aux enfans orretins des mariniers qui vont sur mer, tant de Dieppe que du Pollet, à lire, escrire, compter et jecter... sans prendre et recevoir aucun salaire. • Malheureusement, il en avait été des Oratoriens comme des Scolopii et des Doctrinaires. Ils s'étaient voués aux humanités et aux hautes études ; ils avaient négligé renseignement élémentaire, et il ne s'était trouvé personne pour s'en occuper à leur place d'une manière bien régulière. Mgr de Tressan tira quelques frères des Écoles chrétiennes de Rouen ; il les envoya à Dieppe dès le mois de juillet 1729; il y en eut deux pour la paroisse de St-Remi et trois pour celle de St-Jacques. Il s'obligea , pour lui et pour ses successeurs , en qualité de seigneur spirituel et temporel de Dieppe, à leur payer une pension annuelle de 1,000 liv. De sou côté, l'Hôtel-de-Ville leur donna le logement et quelques secours. Lorsqu'ils eurent acquis de leurs deniers, pour y établir leurs classes et leur communauté , les maisons qui formaient l'ancienne manufacture de tabac, la Ville leur ac-

corda une pension de 500 liv. , en compensation du logement qu'elle leur avait procuré d*abord à ses frais.

Les frères ne tardèrent pas à ouvrir une école au Pollet pour les enfants de ce quartier principalement habité par des familles de pêcheurs. Ils trouvèrent les ressources nécessaires pour celte . école dans une fondation de M. Heusé , licencié en théologie, curé de Neuville-le-Pollet, homme malheureusement égaré par Tesprit janséniste , mais assurément d'une grande charité, et dont la mémoire est restée en vénération dans sa paroisse. Trois ans auparavant, M. lieuse avait donné à la fabrique de son église un fonds situé au faubourg du l^oUet, et 4,000 liv. à charge d'entretenir les bâtiments de l'école et de faire au maître un traitement de 200 liv. ; il avait exprimé le vœu que celui-ci fût un ecclésiastique , en avait attribué la nomination au curé et aux trésoriers et avait ordonné , prenant en ce point exemple sur ce qui se pratiquait à l'égard des frères, qu'il ne pourrait avoir dans l'église d'autre charge que celle d'instituteur. On lui demandait de montrer à lire et à écrire aux enfants , et surtout de s'appliquer avec la plus grande exactitude à leur enseigner la doctrine chrétienne et la manière de bien prier ; et pour cela il lui était recommandé

de leur faire apprendre de mémoire des morceaux choisis du Nouveau -Testament. L'enseignement devait être complètement gratuit (17 décembre 173&). Ce maftre Tut remplacé par deux Trères, du consentement du fondateur, et bientôt après Pècole du Pollet Tut réunie à celle de Dieppe.

Les frères eurent à Dieppe une chapelle qui fut bénite, le 26 octobre 1739, après quMIs eurent pris rengagement de n'y admettre que des personnes de leur maison.

Du temps de Guibcrt , historien de cette ville, le nombre des frères chargés de renseignement gratuit était de onze. Un autre historien , Desmarquets , dans ses Mémoires chronologiques , porte ù cinq ou six cents le nombre des garçons qui venaient à leurs classes. « L*on ne peut dire, ainsi s'exprime cet auteur , tout le bieu que les sœurs d*Ernemont et les frères font dans Dieppe. Il n*y a plus à présent dans cette ville que les sujets toul-à-fait incapables ou abandonnés à euxmêmes qui ne sachent pas lire et écrire, et qui ne soient pas instruits de leur religion. Il résulte de CCS instructions que le peuple en est plus capable , plus humain cl plus civilisé. »

Nous en avons dit assez pour faire comprendre que les frères des Écoles chrétiennes reçurent à

Dieppe un accueil plus sympathique que celui qui leur avait été fait à Rouen. Ils eurent Tavantage d*y veuir après que tout attestait les services qu'ils étaient en état de rendre , de n'y être point entés sur une institution déjà ancienne, de ne s*y point trouver en concurrence avec une communauté privilégiée de maîtres écrivains.

Nous ne croyons pas qu'il y ait eu , dans le diocèse de Rouen , d'autres maisons de Trères de la Doctrine chrétienne que celles de Rouen et de Dieppe. On voit , par le décret de suppression des Bernardines d' Yvetot , que Mgr de La Rochefoucauld songea à en établir dans cette ville. Une partie des biens de la communauté supprimée Tut unie à la fabrique de l'église paroissiale pour fournir aux enfants les avantages d'une instruction chrétienne et gratuite et procurer aux vicaires un logement convenable. L'archevêque retenait que les maîtres d'école seraient à sa nomination ; il se réservait le droit de les choisir, de les destituer, de fixer leurs honoraires et de régler l'ordre et la durée des classes (10 janvier 1780). Il est probable que les conditions imposées par l'archevêque empêchèrent les frères d'accepter la proposition qui leur fut faite de tenir les écoles d'Yvetot (1).

(i) Arch. de la Seine-Inf. D. 463.

Ailleurs , dous ne trouvons pas plus de communauté de maftres écrivains que de frères de la Doctrine chrétienne. Il est certain, cependant, que dans toutes les villes on avait pourvu, d'une manière plus ou moins satisfaisante , à Tinstruction du peuple; on pourra s'en convaincre par les citations suivantes :

Andelys. — Au XYir siècle, un ecclésiastique, Robert Tbiberge , exerçait la fonction de précepteur de la jeunesse en vertu d'une convention conclue entre lui et les écbevins et les habitants. On voit par un procès qu'il eut avec eux , en 16/i/i, qu'il percevait cbaque année pour ses gages 50 liv. sur le revenu de la léproserie, 25 liv. sur les deniers de la ville, et une rente assez modique sur la confrérie du Saint-Sacrement (1).

AuMALE. — Les écoles pour les garçons, remises sur pied en 1687, étaient alors tenues par un maître écrivain auquel la ville donnait 300 liv. par an ; les écbevins, afin d'obtenir l'autorisation de prélever cette somme sur leurs revenus et oc-

(i) Arcb. da Palais-de-Jastic« de Rouen ;aiidleaoeBcivilei, i^'oian i6kh (Noie communiquée par M. Gosselin).

trois, avaient dû présenter une reqaète à TinteDdant de la généralité; ils s'étaient appliqués à démontrer Futilité quMl y avait de faire apprendre récriture aux enfants : « parce que, arrivés en âge, ils se dispensoient et s*excusoient , sous le prétexte qu'ils ne savoient écrire, d'accepter les charges d'écbevins, trésoriers de l'église, collecteurs des tailles et autres charges publiques , et ne pouvoient même entreprendre aucun trafic ni commerce (1). > En 1716, l'école d'Aumale était tenue par un maître écrivain auquel la ville Taisait un traitement de 300 liv. par an (2).

Harfleur. — Procès-verbaux de visite de l'exemption de Montivilliers, 9 septembre 1588: « Sur la requeste que a présentée le maistre d'escolle vers lesdits parroissiens pour redresser les enfians tant à l'église que à instruire, ordonné audit maistre d'escoUe et à maistre Gyprieu Ducroq qu'ils seront ensemble pour instruire et châtier les enfians , tant à l'esglize que à l'escolle, et à ung nommé Alleaume, escripvain, luyenest permis d'enseigner une douzaine , et ont juré ne enseigner qu'en la religion catholique , aposto-

(1) M. Semichon, Histoire de la ville d'Aumale, U II* p. 23. (3) Arch. de la Seine-Inf., G. TACT. Procè»-Terbaax de Tisites de Mgr d^Aubigné.

liqueet romaine. —S'est présentée Agnès Tberou, laquelle a esté permise d'enseigner les filles, et pour les gages que perçoit M® Guillaume de Bleues, antien maistre d'escolle sur Thotel de ville, lesdits parrocbiens ont dit unanimement qui luy seront continuez à luy seul pour autant qu'il sert à chanter au service de l'église et qu'on le Tait venir à cette occasion. >

Registre des visites de l'année 1612. « Vendredi & mai, visite de l'église paroissiale de St-Martin de Harfleur par Jacques Gallemant, presbtre, docteur en théologie , de l'autorité de François Dubosc. . . , doyen de l'exemption de Montivilliers :

« Toutes les escoUes de toute la ville se finiront de relevée à mesme heure afin que tous les enrans, tous ensemble, aillent à l'église pour chauler le Salve à l'heure que l'ordonnera M. le curé.

« Les garçons et les filles yront séparément à l'escolle, les garçons chez des maîtres, les filles chez des maîtresses.

« Les maîtres et maltresses d'école procureront que leurs écoliers assistent aux prosnes et catéchismes et se couresseut, une fois le mois, au curé ou aultre en son absence. »

f il aoûl 1635 , mandement adressé par les

Bciers de la ville au receveur pour quMl ait à atyer à Jacques et à Alexandre Deslavé, père et Is, maîtres d*école de cette ville, 18 liv. pour De demi-année de leurs gages, pour leur peine *avoir , durant ledit temps , conduit les enrans ux processions et Salve ^ les garder en Téglise endant les prédications, advent et caresme, et urant le service divin , que pour monstrer aux auvres enrans de ceste ville qui n'ont moien de aier. •

1660. Procès-verbal de visites : i Jean Benard, lattre écrivain , a promis et juré faire le petit atéchisme tous les jours à ses écoliers en les ongédiant. Jeanne TAllouette , instruisant les lies continuée et à elle réitéré les mêmes ordres 3ucbant instruction et catéchisme ; précautions outre les livres profanes et apocryphes pour pprendre à lire. »

MoNTiviLLiERS, 1612. —Règlement pour Téglise ît-Sauveur. Un chapitre est consacré au maftre l'école. Voici quelques-unes des dispositions qu'on

remarque :

« 1** Personne ne tiendra escoles, ne s'ingérera ['enseigner la jeunesse dans cette paroisse , sans lotre permission (du doyen). Il fera son debvoir le bien instruire ses escoliers non seulement à la

doctrine, mais bien plus à la piété, leur Tera leçon au moins une foys par sepmaine de la doctrine chrétienne, les envoyera à la messe, au salut tons les jours, et luy-mesme y assistera , ou au moins donnera charge au mieux advisé de son escole qu'il ayt à noter les absens et les insolens pour luy en Taire son rapport.

< !2^ II les envoyera , aux Testes et dimanches ou autre jour, au catéchisme que le curé ou le vicaire ou autre pour eux sera tenu et obligé Taire, au moins une Toys la sepmaine, au jour et heure plus commode.

« â° Il punira en tous le mensonge, juremens, larcins , sale parole et autres actions contraires à Dieu et à la vertu , et les envoyera à confesse au moins aux cinq principalles Testes de Tan, Pasques , Pentecoste , TAssomption , Toussaint et Noël.

f li^ Il aura le soin de tous les autres enTans tant pour les conduire aux processions comme pour les tenir tous en un lieu , sçavoir devant le crucifix au sermon, catéchisme, messe et vesprès. »

1660. Nicolas Néel , • prêtre approuvé tenant les escolles , jure et promet de Taire le petit catéchisme tous les jours et avec lui le curé. •

Jean Boutevillain, écrivain; on lui recommande

(le preudre des précautions contre les livres profanes et apocryphes ou défendus ; il fera répéter à ses écoliers, en les congédiant , quelques articles du petit catéchisme.

St'Germain : écoles tenues par le vicaire ; St- Martin : écoles tenues par le curé. Les écoles de Montivilliers , comme celles d*Harfleur , dépendaient de Tabbaye de Montivilliers (1).

GouRNAY. — Le 25 juillet 1658 , la duchesse de Longueville étant pour lors dans cette ville, fit don d*une maison sise rue des Bouchers, « en faveur des escoUes destinées pour Tinstruction des enfans. • Le 30 octobre 1665, elle écrivait de Trye à M. Charles Guedier , vicomte de Gournay : • Monsieur, j'ay eu bien de la joye d'aprendre par votre lettre le sujet de votre négociation auprès du sieur Langlois pour l'instruction des enifans. Il paroist assez juste que les parens quy ont des commodités luy donnent quelque recognoissance. Avec le temps on verra sy Ton pourra trouver quelque autre fondz. Cependant , il faut quMl continue comme il avoit accoustumé.

« Je vous prie de traiter encor une autre affaire avec le chappitre et les habitans de Gournay

(i) Arch. de la Seine-Inf. F. de Pabbaye de MonliTilliers.

pour les disposer au plustot de pourvoir à la subsistance du prédicateur pour T Ad veut et Caresme; car il n'est pas juste qu'on prenne sur les Tondz des pauvres comme on avoit accoustumé. Vous leur ferés les ouvertures que vous jugerés convenables comme de Taire nourrir le prédicateur par les particuliers, chacun leur jour ou bien qu'ils donnent une petite somme chacun pour se descharger de cette nourriture , et pour le reste le clergé, les oflBciers, Thôtel de ville et les particulliers plus accomodés pourront faire une contribution volontaire pour la récompense du prédicateur. Je vous en seray fort obligée et demeurerai votre très affectionnée à vous servir. > Anne de Bourbon.

PoNTOiSE. — Au XVI' siècle, ou constate à Pontoise l'existence de trois sortes d'écoles: les écoles des garçons, dites les grandes écoles ; celles des filles, et celles de charité, dites le Séminaire.

Les grandes écoles devaient exister de temps immémorial. Elles étaient, ainsi que nous l'avons dit , à la nomination du chapitre de la collégiale de St-Mellon. Chaque année , à certain jour , le maître comparaissait devant les chanoines et remettait entre leurs mains les verges qui étaient le signe de son autorité. Ceux-ci les lui rendaient,

OU les confiaient à un autre» à leur gré. Un arrêt du 2 mai 1669 les avait maintenus en possession de ce droit quMls gardèrent jusqu'à la fin.

Les écoles de filles existaient dès le XYP siècle, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en eût pas à une époque antérieure. Elles étaient, ainsi que les écoles des garçons, à la nomination des chanoines. Je n'oserais afiirmer qu'elles aient survécu à rétablissement des Ursulines.

Le Séminaire fut l'œuvre de la confrérie aux Clercs. Celte confrérie , fondée dans l'église de Notre-Dame , dès la fin du XIIP siècle , compta parmi ses associés des princes et des rois. Charles Y lui donna, en 137/t, quelques biens confisqués sur un receveur des tailles, à condition que les confrères porteraient, à leurs processions en l'honneur de la Vierge , un cierge allumé orné d'une couronne, auquel on donna le nom de cierge royal. Charles Y le porta luimême ; et, après lui , ce fut un privilège réservé aux princes du sang, et en leur absence, au premier magistrat de la ville.

11 est difiicile de dire à quelle époque la confrérie aux Clercs, qui était une des plus riches qu'on pAt citer, commença à employer une partie de ses revenus à l'instruction publique. Peut-être fut-ce par suite d'une disposition prise aux Etats

d'Orléans, qui portait que « les revenus de toutes

• les conrréries , charge du divin service déduite « et satisraite , seroient appliquez à Tentretene-

• ment des écoles des prochaines villes ou bour- « gades, où elles seroient instituées. » Cependant des mémoires manuscrits autorisent à croire que ce Tut à une époque plus ancienne. Quoi quMl en soit , ces écoles , aussi bien que toutes les autres de la ville de Pontoise , étaient loin d'être dans un état satisfaisant, dans les premières années du XVII* siècle , lorsque Jacques Gallemant vint les visiter , après s* y être fait autoriser par le cardinal de Joyeuse.

La confrérie aux Clercs fonda en 165/i l'hôpital général ; elle lui donna 300 liv. de rente et la maison appelée le séminaire où se tenait l'école de charité ou , comme on disait , l'école de piété ; elle continua à y entretenir un précepteur pour l'instruction des pauvres enfants renfermés. Elle payait, de plus , les gages d'un mattre chargé de procurer l'enseignement gratuit aux pauvi^s de la ville et des faubourgs (1).

Le Havrb. — Il y avait au Havre, au XVIII« siècle, trois écoles gratuites, deux pour les garçons

(i) Arcli. de la Seine-Inf., F. de ParcheTÔché.

et une pour les filles. L'un des maitres recevait de la ville 200 liv. et était logé au collège ; un autre recevait 300 liv. sans le logement; la mattresse avait 200 liv. sans le logement. Ces traitements étaient prélevés sur les octrois.

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