‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 3 sur 20 · II, U · texte numérisé non relu

II, U

c par la gravité de ses mœurs. II vous demande I la permission d'enseigner Tannée prochaine à

• Gournay. »

En signalant par quels moyens on essaya de soutenir renseignement dans les premiers siècles du moyen-âge, nous n'avons pas la pensée de contester Tignorance qui régna, principalement du IX* au XII* siècle, après les invasions des Huns «t des Normands. 11 Taut, nous le reconnaissons, qu'elle ait été bien profonde pour que Tart de récriture ait été à peu près complètement abandonné par les laïques. Pour trouver quelqu'un qui sût écrire de manière à rédiger une charte , à libeller un acte, on n'avait d'autre ressource que de s'adresser aux moines et aux clercs qui conquirent de la sorte une influence souveraine, moins par usurpation que par suite de l'incapacité des séculiers.

Les auteurs du Nouveau traité de Diplomatique remarquent qu'au XIII* siècle (nous croyons qu'il serait plus juste de dire au XII*), < les laïques ^ se réveillèrent de ce profond sommeil où depuis « si longtemps ils languissaient par rapport aux « lettres. » • Au XIV* siècle, poursuivent-ils,

• l'estime pour l'art d'écrire fit des progrès plus

• considérables. L'établissement ou la résidence c forcée des Parlements et de la Chambre des

• comptes, dès le siècle précédent , la multitude

• d'étudiants dans les Universités, Tusage de « notre papier devenu enfin plus commun , muli tiplièrent les écrivains et favorisèrent ud

• commencement d'émulation pour apprendre à

• écrire. • Les mêmes causes ne purent manquer d'exercer une heureuse influence sur le développement des établissements consacrés à Tinstruction. Quand on parle des ténèbres du moyen-âge, il importe de distinguer soigneusement les époques et de ne pas appliquer indifféremment à tous les siècles que comprend cette longue période , le jugement défavorable et sévère que quelques-uns seulement ont mérité. Ce qui prouve que l'ignorance était moins générale qu'on ne le suppose d'ordinaire, c'est qu'il n'y a point de villes, dans le diocèse de Rouen , où l'on ne puisse citer quelque établissement d'enseignement remontant à une date assez reculée. Nous avons vu des écoles établies dans l'abbaye de Fécamp par le bienheureux Guillaume de Dijon. Â la fin du XII'' siècle et au commencement du Xlir , une école existait certainement dans cette villc,avec bâtiments et revenus affectés à son usage. C'est ce que nous apprennent deux chartes rédigées du temps de Raoul d'Ârgences, abbé de Fécamp, vers la fin du XII*

siècle (1). Par TuDe, un nommé Roger Cbauvel {Cauvellîis) donne , sur la demande de cet abbé, à son neveu Richard d*Ârgences , maître de Fécamp, une maison près du château, entre celle de i*école et rhôtellerie du couvent ; par l'autre , Richard Galetot cède, en vue du salut de son âme , à Téglise de la Sainte-Trinité , à Roger Le Cauchois et à ses associés , qualifiés de socîi, conscolares , clerici, tout ce qu'il pouvait prétendre d'eux pour les dimes de Senneville, dont ils avaient la propriété. Il résulte de ces actes que l'école de Fécamp était placée sous la protection de l'abbaye , qu'elle en Tormait comme une dépendance , qu'elle était régie par plusieurs clercs. On peut en conclure encore qu'elle était dotée depuis un temps immémorial , puisque l'acte de donation des dîmes de Senneville qui en constituaient le revenu ne se trouve pas transcrit dans le Cartulaire , tandis qu'on y rencontre l'abandon fait par un particulier du droit par lui prétendu sur ces mêmes dîmes. Un Terrier de Fécamp mentionne une école existant en 1/112, dans la maison d'un nommé Thomas Gosselin , rue du Marché , sur la paroisse Saint- Fromond (2). Au XVI* siècle , il y avait, à l'usage

(I) Arch. de la S.-InC Charte originale, — V. Cartut, de Fécamp à la Bibliothèque de Rouen.

{7) Arch. de la S.-Inf. F. de Pabbaye de Fécamp , Terrier, ^ 20 v».

des dix paroisses de la ville , des écoles générales et privilégiées; elles furent conrérées par le prieur claustral à maître Robert Delaunay, prêtre, le 26 avril i56/i. Elles existaient encore au XYII* siècle. Un article du concordat conclu, le 1*' décembre 16/i9 , entre Tabbé de Fécamp et les religieux de la congrégation de Saint-Maur , pour rintroduction de la réforme, obligeait ces Pères à entretenir les grandes écoles établies à Fécamp pour r utilité de la ville et à continuer dans sa maîtrise le maître qui en avait la direction (1).

Dès la fin du XIP siècle on constate Texistence d'écoles à Eu , à Blangy , à Criel , à Foucarmont. Ces quatre écoles furent confirmées à Tabbaye d*Eu par Raoul I*% comte de cette ville (2) ; à Au-

(\) Arch. de la S.-Inf. F. de Tabbaye de Fécamp.

(2) Ibid, Charte originale. V. aussi le Cartulaire des comtes d*Eu , p. 59, à la Bibl. nat. — Les grandes écoles de la ville d*Eu, après une interruption de quelques années, ftirent rétablies en 1562 : « Les grandes escollcs sont aussitôt rouvertes, de longtemps délaissées, ce qui est fait moyennant gaigcs de 90 liv. constituées aux régens pour chascun an dont 60 liv. à prendre sur l'abbaye d*Eu et le reste sur THôpital Normand, suivant Pordonnance qui en fut signée tant par le maire et échevins que par le vicaire et les officiers de Monseigneur (Tabbé). > En 1573, la ville nomma pour principal régent Antoine de Beaucamp, maître es arts, auquel furent adjoints comme professeurs les maîtres des écoles particulières , « afin de faire convenir la jeunesse à Testude soubs mcsmc maislre en mesme esooUc comme par le temps passé. » Arch. commun. d'Eu , 2' registre de la majorité , (•• 67 V» et 88. V. aussi M. Lebeaf , Uiit. de la ville d'Eu , p. 49.

maie; elles sont mentionnées dans une bulle dn pape Alexandre III comme appartenant à Tabbaye d*Aucby (1) ; à Quillebeuf. Elles devaient sans doute leur fondation aux religieux de Jumiéges ; certainement elles se soutenaient grâce à leur se* cours. Il résulte d'un accord conclu entre eux et le clerc Raoul que ce dernier, n'étant pas encore prêtre , reçut d'eux 60 sous angevins pour la maîtrise des écoles (2).

Les écoles de Pavilly sont mentionnées dès les premières années du siècle suivant, et le procès auquel elles donnèrent lieu autorise à croire qu'elles n'étaient pas de création nouvelle. En i2i2 , les religieux de Ste-Catherine , dont dépendait le prieuré de Pavilly, soutinrent devant Tofficial du diocèse qu'à eux seuls il appartenait d^y nommer. La légitimité de leur prétention fut reconnue , et ce seigneur se vit contraint d'abandonner le maître qu'il y avait installé. Le même

(i) Charte de Tarchevèque de Rouen par laquelle il confirme à Tabbaj^e d^Auchy eapellas de Albamalla^ scilicet S, Pétri et 5. Lazari, S. Mariœ ultra aquam et S, Mariœ infra casteUum et decanatum et seholas, 1177. Arch. de laS.-Int F. de Tabbaye d'Auchy.— -V. M. Semicfaon, Hùt. de la ville d*Aumale^ \, 316. Le maître des écoles d'Aumale est encore mentionné dans un titre de 1295, i6iV., kZh»

(S) Compoiitio inter Gemeticum et Radulfum , clericum , de eccleiia de ChiUbue.,. Recipiet ab eo (monasterioj, quoniam nondum presbyter erat, ad exerciiium scolarum, U solidos andegavensium, Arch. de la S.-Inf., Cartul, de Jumiégei , n'^ 213.

débat recommença en 1292. Le seigneur chassa de son siège et même de la ville Jean Le Fèvre, qu'ils avaient nommé à ces écoles , et le remplaça par un clerc de son choix. Une enquête fut ordonnée ; elle fut favorable aux moines : c Nous avons veu , y est-il dit , le prieur estre patron des écoles de Pavilly qui estoient en sa donoison ; et adonc le maistre et ses escoliers venoient tous les samedys de Tan en la dicte prieuré au matin pour ouyr une messe, qui estoit solempnellement chantée d'un des religieux dudit lieu ; et estoit la dicte messe de Nostre Dame ; et en Thonneur de Nostre Dame iceulx escoliers apportoient deux cierges à vespres le jour de devant. Item le maistre debvoit estre à la messe de la prieuré tous les dimences et Testes solempnelles , et le devoit de coustume, et principalement à la transla> tion Ste-Âustreberte ; et apprez la messe , le dit maistre et les clercs , grands et petitz , debvoieut disner avec le prieur ; et estoit ce disner là appelé Truée. Item ledit prieur avoit adonc deux ou troys escoliers demourantz avec lui ; et alloient aux dictes escolles franchement et quictement, sans que le maistre en eust ti aucun loyer ou rétribution. Toutes ces choses t furent perdues au temps de Tabbé Jehan de

c St-Pierre Âlamez (1). t Ce ne fut pourtant qu^en 1337 que le sire d'Esneval renonça par un acte authentique à ses prétentions sur les écoles de Pavilly (2).

Au XIII* siècle nous trouvons également des écoles à Neurchâtel (en 1228) ; à Sauqueville, lieu connu par sa collégiale (en 1255); à Pont-de- TÂrcbe (en 1281); elles étaient à la nomination de Tabbaye de Jumiéges (3); à Dieppe (en 1282) (li). Jusqu'alors il n'y avait eu dans cette dernière

(i) Arch. de la S.-Inf. F. des Chartreui de Rouen, copie, du XV* siècle, d'un rôle concernant les droits et les reyeous du prieuré de Pavilly, f* 9 : charte par laquelle Thomas d*Esne?al jenonce, en faveur de Téglise de Ste-Austreberte, aux droits quMl prétendait sur les écoles de Pafilly (i2i2) ; r 9 y' : déposition en latin à propos de la contestation de 1202; le repas de la Truée est traduit en latin par feitum |M>rcc, ce qui en indique la nature; ^ 36 1 Extractum a quodam rotulo autentiquo continente aligna dampna et gravamina injuste et nequiter antiquitus faeta per dominos d*Esneval abbati S^*-Katherine et priori Paveiiaei ; ^ 25 : autre déposition , en français , à propos du procès de 1292. — Les écoles de Pavilly étaient tenues, en 1456, par un prêtre» Guillaume Desmonts. Ibid, F. de Tarchev., compte du promoteur, iâ56-1457.

(2) Jbid. R61e précité, ^ 88.

(3} Magiâtro Gocelino de Saneto-PetrO'in^VaUe tune legent» tu Novo Castro f témoin à une charte iTAmulphus de Bosco ^ dominus Buici-Haterelf aux Arch. de l'Eure, cartuL de Préaux, t* 80 ▼<>•

{à) M. Léopold Delisle, Essai sur la condition de la classe agricole^ etc, p. 183, 18à. Le maître de Técole de Dieppe derait quatre coqs au bateau passeur de ladite Tille quand les joutes de coqs se faisaient h Técole. Ibid,^ p. 185.

ville qu'un curé , et c'était lui qui nommait aux écoles. Une seconde cure ayant été érigée cette année-là, il fut décidé que les deux curés jouiraient alternativement de ce droit. La commission du maitre d'école n'était que pour un an ; mais, sans doute, elle pouvait être renouvelée (1).

La plus ancienne mention des écoles de Gisors que nous ayons pu découvrir jusqu'à présent est du 8 janvier 13â7. Le sire de Ferrîères fait hommage à Pierre Roger, archevêque de Rouen, « pour les écoles de cette ville ou des appartenances qu'il tenait de lui (2). » Au XVI^ siècle, le droit d'y nommer appartenait encore à ses héritiers à raison de leur fief. Le 6 août 1526, commission fut donnée par Pierre de Ferrières à Jean Gaignet pour tenir les écoles à Gisors pendant cinq ans. Un autre maitre d'école, Jean Dehors, se prévalant nous ne savons de quel titre , y fit opposition. Un arrêt du Parlement, du 17 décembre 1528, décida que Gaignet tiendrait les écoles à Gisors pendant tout le temps porté dans sa commission, en l'obligeant toutefois, pour le cas oii il aurait besoin d'un auxiliaire , à

{i) D* Touss» Duplessis, Description de la Haute-Normandie^ I, ihà, (2] M. Léopold Delisle, ourrage précité. Le droit de nommer aux

éooles était inhérent au fief de Tlle de Gisors, relevant de l'arcèe?éque

à cause d« lu seigneurie de Fresne-rArclievéque.

prendre de préférence ledit Dehors (1). Le 17 février 1570, au nombre des privilèges appartenant aux sieurs et demoiselles de Pellévé , ayant-cause de la famille de Ferrières , on voit encore cité < le droit de pourveoir d'un précepteur d'escolles ydoine et suffisant pour instruire les enfans. »

Les écoles de Gournay existaient certainement à une époque ancienne. Le document que nous avons cité indique quMl y avait dans cette petite ville 9 dès le Xll* siècle, un goût assez prononcé pour rinstruction et que le seigneur, contrairement à ridée qu'on est tenté de se faire de Tinfluence seigneuriale , dut être le protecteur du professeur de Clermont Plus tard , des écoles stables y furent fondées, probablement par les soins et avec les secours de la puissante famille de Gournay et des chanoines de St-Hildevert. Ce qui n'est pas douteux , c'est que ceux-ci y nommaient et que leur choix devait être soumis à l'approbation du seigneur. Au XYI* siècle , c'était encore l'usage que , chaque année , le maître se présentât devant le ctiapitre pour être continué dans son emploi, si ou l'en jugeait digne.

Ces écoles restèrent ouvertes sous la domination anglaise , qui fut fatale à tant d'autres éta-

(1) Arch. da Palais de jastice de Rmien, regUtres dei rapporté civiti (RenieigDemenl foaroi par notre ami M. E. Gosselin).

blissements (i). Entre les années 1&30 et 1&&0, le fils du seigneur de Malaunay , Jean Basset , âgé de treize ans environ , eu suivait les cours , bien qu'on n*ait aucune raison de supposer qu'il se destinât à Tétat ecclésiastique (2). Â leur tour, les bourgeois voulurent être les bienraiteurs de ces écoles* Le 20 avril 1521 , ils accordent à maître Jacques Cberdeville, qui en avait la direction, une somme de 100 sous tournois pour Taider à payer le loyer de sa maison. Cette subvention lui fut continuée pendant plusieurs années , ainsi que nous rapprennent ses quittances des années 1528 et 1531. Chefdeville prenait le titre de régent des grandes écoles de Gournay (3). tlles correspondaient aux écoles de grammaire de Rouen, où Ton enseignait la langue latine et ce que nous appelons les humanités. Elles doivent faire supposer Texistence, dans la même ville, d'écoles d*un ordre moins élevé.

C'étaient les Bénédictines de Montivilliers qui nommaient aux écoles de cette ville cl à celles d'Harfleur. ,De plus, par Tintermédiaire de leur officiai, elles exerçaient, sans contestation, une surveillance

(i) D. Touss. Daplessis, Description de la Haute-Normandie, I, 30. (2) Bib. nat., cabinet des titres, 1'* série des titres originaux au mot Basset (Note communiquée par M. Léopold Delisle). (3; Arcli. communales de Gourua>.

active sur toutes celles qui se trouvaient comprises dans le territoire appelé Vexemption de Montivilliers.

En l&9/i, un nommé Sandrin Bourrel fut, par sentence de justice, mené à l'école d'Harfleur , dépouillé tout nu et battu de verges , en présence des enfants, parce qu*il avait pris en la bourse d'un écolier enfermé avec lui à la prison une somme de 10 s, t. (1). Le 17 février 1563, le capitaine et les élus au gouvernement de cette même ville préposent Denis Du Courtil , prêtre , < à la régence des écoles, pour instruire bien et catholiquement les petits enrants qui lui seroient confiés. » Ils ont soin de déclarer dans Tacte de nomination que ce n'est que par provision , et en attendant qu'il plaise à Tabbesse d'expédier à Du Courtil telles lettres qu'il appartiendra. En 1593, il est question d'un nommé Guillaume Bleues, institué depuis sept ans, par permission de l'abbesse, maitre et régent pour tenir les écoles générales d'Harfleur. Celui-ci intente un procès à un prêtre, Guillaume Letellier , « lequel s'était ingéré, de son autorité privée , d'attirer aucuns enfants pour les instruire et enseigner > , et il lui fait enjoindre par l'offlcial de les renvoyer à l'école publique et gé-

(1) Arch. Ue la S.^Inf. F. de Mona?iUiert , senletice de iAOA.

Dérale , sons peine de dix livres d'amende et d'excommunication (1).

Les écoles de Montivilliers remontent à une antiquité peut-être plus reculée. Un registre des amendes de TofiScialité en fournit une mention positive dès 1&08. On note que le 1** juin de cette année « Guillaume de Longuel , vicomte de Montivilliers, rendit T&me en présence de maitre

(i) Arch. commonales d*Harflear. — Arch. de la S.-I0C F. de Mon* tiTilliere. — La dépendaiice des maîtres d*école à Tégard de Pabbesie était encore reconnue aax deux derniers siècles. Le 14 octobre 1609, Jean Gonfrej, prêtre, demeurant k Harfleur, s'adresse à die pour en obtenir la permission d'ouvrir une école où il instruirait la jeunesK en Part et science d*écrire, compter et lire selon la forme de la religion catholique, apostolique et romaine. • ^ Vers la même époque Tbomai Leleu sollicite de Tabbesse Louise de L*Uôpital « la régence et gouvernement des escoUes de la même ville pour bien et catholiquement instruire les langues tant grecque que latine et enseigner à lire et à escrire la jeunesse qui luj sera baillée en charge •• Les élus au gauptmement d*IIarfleur avaient, disait-il, donné leur approbation à son projet; mais il reconnaissait que ce n'était pas assez, qu'il lui Êdlait, de plus, l'autorisation de l'abbesse c comme étant dame et patronne spirituelle de ladite ville, a Leleu ne signa pas sa requête ; il se contenta d'j mettre on signe précédé de ces mots : c Le merc de Thomas Leleu. » C'est une preuve, pour le dire en passant, qu'il ne faudrait pas admettre comme régie absolue, que ceux qui apposaient leur marque au bas des actes ne savaient pas écrire. Évidemment un professeur de langue latine et de langue grecque ne pouvait ignorer cette science élémentaire. Arch. de laS.'Inf. F. de Montiv.— Au XVI* siècle, la ville payait à maître Teterel 16 liv. L, pour son traitement et le lojer de la maison d'école. Arch. commun, d' Harfleur. Pièces justificatifes du compte de 15Ad.

Thomas Le Doux , recteur des écoles (1). De même que celtes d'Harfleur , ces écoles étaient privilégiées. Aiusi , en 159/i , Pierre Le Gros , institué par Tabbesse maître et r^ent pour instruire la jeunesse de Montivilliers , poursuit devant TofScialité quelques ecclésiastiques c qui s'eflTorçoient chacun jour tenir enrans et les instruire particulièrement en leurs chambres. » Il obtint gain de cause contre eux. Ce fut en vain que ses adversaires exposèrent que, de toute ancienneté , il avait été permis aux gens d'église de donner des leçons aux enfants qui les assistaient à la messe , et qu'après tout ils n'avaient fait que céder aux sollicitations importunes des parents (2).

(i) Arch. de la S.-InC F. de Montiv., registre des amendes, iAOS... dernier feuillet ▼<*.

(3) Arch. de la S.-InC Registres de roilicialité. — Pierre Le Gros t*ëtaU associé maître Adrien Boute?iUain , gradué et maître es arts , sous condition de partager avec lui les émoluments, i59&. Il eut pod^ successeur, vers 1599, ce même Boutevillain, lequel à son tour s^assoda* Jean Selles et Jacques Faulquet , diacre. Boutevillain conserva la maîtrise des écoles jusqu*en 1622. Étant devenu infirme, il fût obligé de renoncer à cette charge qui fut sollicitée par son fils Jean. La requête adressée par ce dernier à l'abbesse Léonor de L'Hôpital fut renvoyée par elle à ses officiers ecclésiastiques c pour en ordonner selon qu*il serait expédient sekm Dieu ». M. Du Bosc , doyen et officiai, juge ordinaire de la juridiction de l'exemption , accorda Tentérinément de la reqnéte après s'être assuré du consentement du promoteur.— Les gages ordinaires du maître des écoles étaient de 25 liv. par an sur les deniers de la ùÂrt St-Gilles, 15 liv. sur l'église St-Sauveur, 6 liv. sur les églises de St-Germain et de Ste-Gi#ix. Arch. de la S.-Inf. F. de Montivilliers.

A ces écoles , dites générales , on apprenait aux enfants de la ville et des lieux circonvoisios les lettres humaines , à lire , écrire , jeter et calculer. On les instruisait en Tamour et crainte de Dieu , aux bonnes mœurs , selon la forme de tout temps usitée en TÉglise catholique , apostolique et romaine. A Harfleur , les maîtres conduisaient leurs écoliers aux offices divins , aux prédications , aux processions qui se faisaient journellement , et au Salve Regina qu'on chantait chaque soir, vers quatre heures , en Téglise de Saint-Martin.

Les écoles d'Harfleur et de Montivilliers ne furent pas toujours tellement privilégiées qu'il ne fût permis à d'autres professeurs d'enseigner dans ces villes , avec l'autorisation de l'abbesse , la lecture, récriture, et, à plus forte raison, les sciences qui paraissaient sortir du programme habituel (1).

(i) Selles a?ait enseigné pendant trois ans récriture et Tarithmé' tique a?ant d'être Tassocié de Boatevillain. — En 1599 , Pierre De La Rue, écrivain , professeur aux arts mathématiques, abandonna le Havre c lieu de sa demourance, sur Tappel de plusieurs honnestes personnes, signantement de Messieurs de la justice de Montivilliers et sollicita de Tabbesse la permission de leur apprendre ces nobles arts tant dignes et recommandables aux personnes douées de la vertu. • Vers la même époque, un autre écrivain, Pierre Lacourt demanda Tautorisation t d'enseigner, dans la même ville, l'écriture françoise et italique, ensemble à jouer de quelques instruments honorables comme il ferait apparoir, de tenir chambre à Montivilliers et d'afficher un tableau de

Il n'y a pas lieu de douter de la haute antiquité des écoles de Pontoise. Elles dépendaient du chapitre de St-Mellon (1) et se conféraient pour un an , sauf à renouveler la commission , ainsi que nous avons vu la chose se pratiquer à Dieppe et à Gournay. On distinguait les grandes écoles des petites, dites le Séminaire , où le latin n'était pas enseigné. Ce second établissement avait été fondé par la Confrérie aux Clercs, qui compta parmi ses associés des personnages du rang le plus élevé.

Non-seulement il y avait au moyen-&ge des écoles dans les villes : on les voit répandues dans les campagnes et même dans les paroisses les moins populeuses. Nous en rencon-

son écriture en lieu public ». En i6iO, vient un licencié en lois, Pliilippe Morieul ; il prie qu'on lui permette c d'enseigner la langue latine aux enfonts de certains dont il a été recherché. • — La requête suivante donne lieu de croire que le goût des lettres était asseï développé dans cette petite ville aux premières années du XVII* siècle : c  Madame de MontivilUcrs, salut. Supplient humblement maistres Pierre Hantier, Guillemme Preudhomme, Philippes Selles, Guillemme Viard, Loys Viger, Robert Dumond et auUres jeunes hommes dudit Mont*', leur donner permission de faire bastir un téastre contre votre abayee le jour de Monsieur saint Sauveur, afiin de représenter ledit jour une pièce sainte à Thonneur et gloire de Dieu. Faict à Montierviller le quatriesme jour de aoust mil six cents quatre. Signé : Hantier , G. Viard, Selles. • ii) D. Touss. Duplessis, Description de la Haute-Normandie^ II, 206. Cet auteur nous apprend que le chapitre de St-Mellon Ait maintenu en possession des grandes écoles par un arrêt du k mai 14A9.

troDs, eu effet, à Aizier et à Ste-Croix-snr- Aîzîer (1) , AUou ville (2) » ADgervilIe^la-Martel (3), Bailly-en-Rivière (4), Bellefosse (5), Bonnevîlle (6) , Campigny (7) , Grétot (8) , Émalleville (9), Épouvîlle (10), Étainbu^ (11),

(i) Arch. de la S.-InC Regittrum $eeretariatut eeçletU FUcannemis, ihlà : Pro littera tcolarum de Esiaco et S. CrueU a Johanne Nares^ VU* octobrist pro Jure tecretarii^ F* 5. Dominui (Fabbé) reeepit pr4} jure suOf X 5»

(5) Itnd. F. Lesdo de Valliquierville. Diaprés des ayeux de i&98, lj&23| 1005, le> seigneur, avait droit t de pourveoir homme suffisant et capable pour tenir et régenter les escoUes toutes fois que le QBf le requérolt et le siège estoit ?acant. •

(8) Itnd. D. 17Â, a?eu de 168Â.

(6) Ardu nationales. P. 384» 9, ils xviu , aveu de Jacques Savary ( 10 sept* ihSà )• d*après lequel le seigneur de Tendus avait droit de présenter aux écoles de Efaillj (Note communiquée par notre ami M. A. Milet).

(ô) Arch* de la S.-Inf. B. 175, aveu de 1605.

(6) Ibid. B. 190, aveu de 1603.

(7) Arch. Nat. P. 305^ n* 250, aveu de Jean Le Gras pour le fief de Bigars, 1A56, Suivant. un autre aveu de 4603 (Arch. de la S.-lnf. B. 187), le seigneur de Bigars présentait aux écoles alternativement avec le seigneur d^ Campigny.

(8) Arch* d^ la S.-Inf. B. 187. t Suivant un aveu de 1596> le baron de Cretot présentait au bénéfice et aux écoles de Grelot toutes Ibys et qaantes que la vacation y escheoiL •

(9) Ibid. F. du marquisat de Graville, aveu de 1551 : « Droit de présenter à la cure de St-Martin-d'Emalleville..... à Testât de maistre d^etcoUes d*iceUe parroisse. »

(10) Ikid. F. des Domaines, État des fiefs de la vicomte de Monti* viUiers^ XVIll* siécl^ On y voit cité un titre de 1589, d'après lequel le seigneur d'Épou ville avait droit de pourvoir aux écoles.

(11) Ibid, B. 187, aveu de 1678: « Le seigneur avait droit de |iré-

Fultot (1), Grain ville-rAUouette (2), la Haye-du- Tbeil (â) , Hermeville (&) , Jumiéges (5) ,

senter à la cure d^Étainhus, mesmes aux escoUes tontes et quantes fois qu'elles estoient Yacaotes. • Même droit indiqué dans une déclaration de iààSf que mentionne Tétat des fiefs précité. Le 13 décembre 1771, Jean-Baptiste Gueroult, seigneur patron d*Étainhus, lieutenant général an siège de Gaudd)ec, présenta aux écoles d'Étainhus vacantes, en ?ertu du droit que lui et ses auteurs avaient toujours exercé de présenter aux dites écoles. Il avait fiait choix d*un nommé Nicolas Hauguel, âgé de 36 ans , reconnu capable d'enseigner à Kre et à écrire, et qui n'avait, depuis sa plus tendre jeunesse , cessé de porter le surplis avec exactitude. 11 reconnaissait que la nomination était subordonnée à Tagrémelit du supérieur ecdésiastique. Avant de donner son approbation, l'archevêque demanda l'acte dé éonsentement du curé, avec un certificat des vie et mœurs du présenté (Arcb. de la S.-Int F. de l'arcfaev. }. Il est probable que telle était la forme suivie au moyen-Âge.

(1) Ârch. de la S.-Inf. Inventaire det titrer du comté d'Eu^ p. 72. Aveu du sieur de Glercj, 19 décembre 1581 : • A cause duquel fief a droit de présenter au bénéfice, escolles et coutrage de la parroisse de Fulletot. •

(2) Itnd. B. 188, aveu de 1608, présentation par le sdgneur aux écoles et à l'église paroissiale dudit lieu. Même indication dans un aveu de Jean de Vieux-Pont, du 1*' septembre 1^8^, aux Arch. nat. P. 38A, 2. 10«. XIX.

(3) Ibid. B. 196. Des écoles existaient à la Haye-du-Theil dès 1&92 ; voyei infra,

{h) Ihid. B. 188, aveu de 1608: • Droit de présenter à la cure et de ponrveoir aux escolles. •

(5) Ibid, F. de l'abbaye de Jumiéges, aveu de 1538 : c Nous donnons les escolles et la dergie de la dicte paroisse de Jumiéges. ^—État des biens de C abbaye^ de la fin dn XVII* siècle; c On a droit de pourvoir aux escholes et à la clergerie de Jumiéges. > — Pierre Bourguegnon, recteur des écoles de Jumiéges, en 1A08. Tabellionage de Rouen, Reg.l0,^59v*•

Notre- Dame-de- la -LoDde (1), ManDeville-la- Goupil (2) , MaD ne ville-la-Raoul (3) , Mentheville (4) , Mortemer-sur-EauDe (5) , Pierreûque (6), Puchay (7), Quitry (8), St-Aubinde-Crétot (9), St-Thurien et Ste-Opportune (10), St-Valery-ès-Plains (11), Vattetot (12).

(I) Arch. nat P. S05, n* 257, aveu de Guillaume de Bigan pour le fief de la Londe-Commio.

(3) Ibid. P. 284, % li". xix, a?eu du 1" septembre 1484 : «Le seiguenr a droit de présenter à la cure et aux écoles. • — Arch. de la S.-Inf. B. 488, aveu de 4600 : • Siège d^escoUes en ioelle parroîsse que je peux donner quant le cas s*offire. •

(3) Ibid. B. 198, a?eu de François de Malhortie, 3 février 4641.

(4) Itfid, B. 188, aveu de 1665: t Le seigneur a droit de pourvoir aux escolles. »

(5) Ibid, F. du prieuré de Mortemer, aveu de 1556 ; le droit de patronage et la présentation aux écoles du lieu appartenait au prieuré.

(6) Ibid, F. de Roussel de Goderville, aveu pour le fief de Pigrrefique , relevant de Goderville, XVI* siècle.

(7) Arch. de la S.-Int F. des Domaines , aveu de Robert de Man« riel, S avril 4535.

(8) Arch. naL P. 307, n« 303, aveu de 1457.

(9) Arch. de la S.-Inf. F. de Tancarville, registre des fiefs de la baronoie de Hallebosc, f* 343; le seigneur de St-Aubin, plein-fief relevant de cette baronnie, dans son aveu du 48 mars 4565, s*attribue le droit de présenter aux écoles de la paroisse.

(10) Ibid, B. 199, aveu du fief de la Mare-Gouvis; dans Tarrèt de mainlevée, la Chambre des comptes fit une réserve au sujet du droit de nommer aux écoles de ces deux paroisses.

(II) Ibid, F. de Tabbaye de Fécamp, Registrum secretariatus eccUsie Fiscannensiâ ^ 1474: Pro littera scolarum 5. Watarici in Planis mik» gistro Guillelmo Tilleren, pro Jure seeretarii^ V. S, ; Dominuê (Fabbé de Fécamp) reeepit pro Jure suo^ \XX, S,

(13) Ibid, F. du marquisat deGravillc, aveux rendus par MM, de

Dans ces localités, le droit de Dommer aux écoles était considéré comme une conséquence du droit de patronage, ainsi qu'on le voit par les aveux des seigneurs. Il tomba en désuétude dans les deux derniers siècles , à cause sans doute du peu d'importance que les seigneurs y attachèrent. Quelques fiers cependant le conservèrent, comme une de leurs prérogatives , jusqu'à l'époque de la Révolution. D'après d'autres documents de nature très-diverse, nous constatons l'existence d'écoles dans un grand nombre d'autres paroisses dont plusieurs n'ont jamais eu qu'une assez faible population.

 Basqueville , « le prieur avait droit de commettre toutefois qu'il lui plaisait un maistre aux escoUes , d'envoyer et faire tenir aux mêmes escolles trois enfants qui étaient exempts et francs de n'en paier aucun droit d'escollage. Le maistre était tenu de bailler et livrer au prieur ou à ses receveurs , le jour de Pasques fleuries , un plat de poisson et un pot de vin à disner (1). »

Gostimesnil pour la ?aYassorie de Brfllj, 1510, 15^8, 1507 : c Droit de présenter aux écoles de la paroisse. > A Condé et à St-Christophe-de- Condé, le droit de présenter aux écoles appartenait également au seigneur. Aveu de Guj Duval, pour le marquisat de Bonneval, aux Arch. de la S.-Inf. B. 196. Il en était de même à Dam^ille. Ibid, B. 163, aveu de 1602.

(1) Arch. de la S.-Iof. Série D. 20&, F. du prieuré de Basqueville.

A Bczu , vers le milieu du XV* siècle , le curé Jean Laoglois instruisait les enrants m litteris et parvis libris (1).

D'après un aveu du 15 juillet U08, le seigneur de la paroisse, le sire de Ferrières, avait droit de c donner les escolles du dit lieu toutes fois que le cas s'offroit (2). »

A Boissay-le-Gbatel , écoles mentionnées en 1469 (3).

A Boscnormand , le l"" septembre 1A09, école tenue par Guillaume Heudebren , prêtre. On lui donne 70 sous pour compte d'écolage (û).

A Bourgachard, en i/i37, Mathieu Le flelleur, clerc laïque et non marié, remplissait les fonctions de maftre d'école (5).

A Bourgtheroude,le 10 août l&ll, messire Jourdain Dujardin , prêtre , chanoine de la Saussaye , recteur des écoles, baille à ferme à Roger Guernon, clerC de Saiul-Georges-du-Theîl , le gou-

c Copie tirée du chartrier de Tiron, pour le prieuré de Basqueville, par dom Jacques Agnès, prieur de CraTille-la-Roquefort », 1" moitié du XV1« siècle.

(1) Ibid, F. du Chapitre de Rouen, information au sujet du manoir du Roi, àBeia, iA89.

(2) Ârcli. nat. P. 807, n* 282. M. Léopold Delisle , Essai sur la condition Ht la classe agricole , ef <?., p. 186.

(5) Voyei infra,

(A) Arch. de la S.-Inf. Tabellionage d'Elbeuf, reg. i , r 286.

(6) M. Léopold Delisle, oOTrage précité, p. 186.

veroeineBt et exercice desdites écoles , ayee tous les profits, salaires, émoloments à ce apparteoaDt, poar trois ans, moyennant 100 s. t. de ferme par an. Prévoyant le cas où il s*ouvriraît d'autres écoles dans la banlieue de Bourgtheroude, le bailleur prenait rengagement de les faire fermer en poursuivant juridiquement ceux qui porteraient atteinte à son privilège devant Mgr d*Harcourt, haut justicier du lieu. (1).

A Breuil , doyenné de Magny , maître des écoles condamné à la prison par ToflScial de Pontoise , pour avoir donné le mauvais exemple à ses écoliers, 1498 (2).

A Cany, procès en 1480, entre Robert Lachère, maftre des écoles, et Jean Dorenge, pour l'écolage des enfants de ce dernier (â).

A Garville, mention de maftre Richard Dumesnil, maftre des écoles en 1397 (4)»

A Charlemesnil , en 1A02, fondation d'une collégiale et, dans cette collégiale, d'écoles pour les enfants dé la seigneurie^ par Jean d'Estouteville. Les écoles devaient être tenues par un des chanoines (5).

(1) Arch. de la S.-Inf. Tabellionage d*Elbeuf, reg. i , f> S53.

(2) Ibid, Compte da vicariat de Pontoise, 1&98-1&99. (S) Itfi(L Compte des amendes de i'olBcialité.

(A) Tabellionage de Rouen, reg. 8, f* 20.

(5) Arch. de la S.-lDf. G. ihS, Je crois qu*il y avait également une

A Doudeville, écoles mentioDDées en 1362 (IV

A Elbeur, écoles menticoDées les 2 septembre et2Dovembre 1434, le 1" décembre 1476, les 8 avril et 25 novembre 1478 (2).

A Epinay-sur-Duclair, écoles mentionnées vers la fin du XV^' siècle (3).

A Fontaine-le-Bourg , nomination, en 1407, par Estoud d*Estouteville , abbé de Fécamp, de Jean Le Fèvre , prêtre , aux écoles de cette paroisse (4).

école à la collégiale de MotteYÎlle* D*aprë8 la déclaratioD de 1685, c il s7 troandt encore h enfans de chœur qui aTaient chacun 450 lir^ lesquels enfans estoient instruits et enseignés à lire et escrire et le latin mesme par quatre des chanoines, • Ibid, G. IS97. (1) Voyei in/ro.

(3) Dans un procès relatif à la grange dimeresse, un témoin rapporte qu^il était allé autrefois è l'école dans l'enclos où ladite grange était située ( Enquête de 152^ ). Arch. de la S.-In£ F. de iumiéges.

(Â) La lettre de nomination mérite d'être rapportée : « Estodus, mi' seratione divinaf abbas monasterii sanctc Trinitatii Fiêctimjmensis ad Ramanam ecetetiam nutto tnedio perdnentis^ ordinis 5. Bénédictin Rothomagenêis diocesis , diUcto nostro domino Johanni Fabri presbytero, salutem in Domino. De persone vestre sufficienli titteratura et honestate aufficienter informati , regimen seoUarum parrochie Béate Marie de Fontibus in Burgo , cum onere et honore , usque ad beneplaci' tum nostrum tantummodo^ vobis commitlimuê per présente» uf, vestrù medianlibus doeumentisy modo vivendi^ continuaque reiidentia, pueroi in dictis iCoUit venturot et aggresiuroê pro seientia haurienda cwm studio pervigiti valeatis in seientia et moribus enutrire, super quo coh" scientiam vestram penitus oneramuSt modemum ipsarum scollarum detentorem seu occupatorem ex nune specialiter amovendo^ cui nuUof

À Fresnes-le-Plan , en 1&1&, les enfants de Técole aident pendant trois jours à monter de la tuile sur la nouvelle grange de Tarchevêque. On les récompense de leurs petits services en leur distribuant du pain mollet et de la brioche pour une valeur de 16 d, par jour (1),

A Gargenville, en 1529, vol commis chez Pierre Le Jeune, recteur des écoles (2). Si Ton en croit une ancienne tradition , saint Gautier, qui vivait au XIP siècle et dont le culte est populaire à Pontoise, aurait été écolier à Gargenville (3).

A Gonrreville-rOrcher , mention du fils d'un couvreur en chaume qui avait suivi les écoles jusqu'à Tâge de 11 ans avant de se louer à un paysan pour garder ses bêtes à laine (fin du XV- siècle) (4).

A Goupilliëres , Guillaume Martin, clerc marié,

tenus quoad hoc volumus obediri, mandan(es omnibus et singulis sub* ditis nostriSj aliosque deprecantes quatintu vobù pareant et intendant in premissis, prout est in talibus fieri consuetum, Daium in castra Hostro de Fontibus in Burgo sub sigillo nostro anno Damini li^07 die vero XXI* mensis Maii, CuignarL Original. Ârch. de la S.-Inf. F. de Fécamp.

(i) M. Léopold Delisle, Essai sur ta condition de la classe agricole^ etCt p. 186.

(3) Arch. de la S.-Inf. Compte du Yicariatde Pontoise, 1529-1530.

(8) Renaeignement fourni par le R.-P. Cahier.

(&) Arch. de la S.-Inf. F. de MontiTilliers, sentence contre Sandrid Bourel» iàH.

maitre des écoles, cité dans un contrat de l&Ol (1).

A Grèges , sur la requête du curé et des pa* roissiens, les chanoines de Rouen confèrent ^ le 15 mars l/i99« à Denis Hurel, clerc de ladite paroisse , le gouvernement des écoles des petits enfants et des jeunes gens aux gages accoutumés, rectoriam scolarum... pro puerulis et juvenibm imtruendïs cum emoliimentis solitis (2),

A Hodeng, écoles mentionnées en 1399 (3).

A Londinières, les chanoines de Rouen, seigneurs de la paroisse , maintiennent contre le curé et les paroissiens leur privilège de nommer auK écoles, par délibérations des 3 et 11 juin 1502, 13 décembre 1503, 2/i novembre 1520, 6 février 1522. Un accord conclu le 28 novembre de cette dernière année réduisait Tautorité du curé à un simple droit de présentation et réservait la nomination aux chanoines. Cependant, plus d'une fois encore , il arriva que les habitants essayèrent de secouer le joug. En 1539 , notamment , ils s'avisèrent de disposer de la maîtrise des écoles , bien que le chapitre y eût pourvu et eût pris soin de les en informer. Mais ce fut sans succès ; il

(1) Tab. de Rouen. Reg. 9, f> 201.

(2) Arch. de la S.-Inf. F. du Chapitre de Rouen, registres capitnlalres.

(8) Voya in/ra.

furent poursuivis et condamnés au tribunal de Tofficialité. I) est à remarquer que les maftres d*écoIe de Londinières étaient révocables au gré du chapitre et choisis parmi les prêtres et, à leur défaut, parmi les diacres et les clercs (1).

A Martinéglise, autre localité dont les chanoines de Rouen étaient seigneurs-patrons , ils nomment aux écoles in parvis grammaticalibm , sous la même condition de révocabilité , quelquefois des clercs , mais le plus ordinairement des ecclésiastiques. Cependant, le 29 mai i&30, les écoles sont conférées pour un temps déterminé (pour trois ans) à Mathieu de Calctot. En général , les maitres étaient astreints à s'engager par serment à remplir fidèlement les devoirs de leur charge. Parfois aussi on les assujettissait à passer un examen en présence du chapitre (2).

A Magny, procès en 1A76, contre Guillaume

(i) Arcb. de la S.-Inf. F. du Chapitre, registres capitulaires aux dates indiquées. Vojez aussi la délibération du k février I5&i (N. S.). L*école de Londinières est mentionnée dans une délibération du 30 mai 1Â50.

(S) Les actes de nomination portaient toujours cette clause au profit des chanoines usque ad eorum beneplaeitum. Nomination de Robert Fortin, prêtre, il avril 1Â23; de Simon, prêtre, 29 juillet iàil ; de Richard Lesueur, maître es arts, clerc matriculaire de la paroisse, le 10 septembre 1501. Voir aussi les délibérations des S juin 1502, ià août iM5, 25 août 1531, penutu juillet 1587, 10 mai i5hh. A cette dernière date, permissioD accordée à maître Fremin Bloquet, prêtre,

Champagne , clerc marié , pour avoir donné utt soufQet au mattre des écoles.

A Offranville, en l&30,il y eut procès aux plaids de la sergenterie de Longueil , entre les chanoines de Sauqueville et Colin Dupont, clerc, lequel prétendait avoir droit de tenir « escoUes et siège d'escollage en la terre et seigneurie d'Offran ville, d'y recevoir escolliers pour avoir et conquérir science , tant des subgiez et estagiers des fiefs du Roy de la conté de Longueville que d'ailleurs, > en vertu de Tautorisation qu'il en avait obtenue des religieux de Longueville , seigneurs d'Offranville. Quelques années après, en l/iâ5, nouveau procès au sujet des mêmes écoles , au siège d'Arqués. Il fut reconnu, contrairement aux allégations de la collégiale de Sauqueville , que les religieux de Longueville « comme seigneurs spirituels et temporels de la ville et paroisse d'Offranville, avaient droit de tenir et Taire tenir les escolles pour introduire les enfants en la foy catholique (2). •

écrivain , d^enseigner à de jeunes écoliers Cart d'écriture et dépen^ dancet, conformément au modèle par lui présenté. Arch. de la S.-Inf. F. du Chapitre, reg. capitul.

(1) Arch. de la S.-Int Compte du vicariat de Pontoise, i&76-1477.

(S) Ibid. F. du prieuré de Longuerille. — Diaprés la déclaration du prieuré de Longucrille, 4694, les provisions du matlrc d'école d*Oflranville étaient délivrées par le prieur.

A Omerville , doyenné de Magny , mention , en 1476, du maitre des écoles, homme marié (1).

A Parnes, en Yexin français, près de Magny, une information, faite le 18 avril IMS, constate, entre autres obligations imposées au prieur du lieu et remplies par ses prédécesseurs, celle d'entretenir • un clerc pour aider à faire le service et pour tenir écoles (2). »

A Préaux, doyenné de Ry, mention en ililS d'une dispute entre écoliers, à Toccasion de la chonle du coq (choulla galli facta interscolares).

A la Rocbe-Guyon, mention d'un maiire d'école en ihhH.

A Rougemontier, mention de maître Jean Gouye, recteur des écoles en 1455 (3).

A Saint-Laurent-de-Brèvedent, au XV® siècle, un chapelain était chargé de l'instruction des enfants. Un vieillard de 70 ans, simple paysan de la paroisse de Gaineville , rappelait , à l'occasion d'une enquête sur les dîmes, qu'il avait été son écolier, et reconnaissait, sur un papier qu'on lui présentait, l'écriture et la signature de son ancien maître (4).

(i) Arch. de la S.-InC G. 338. Compte du vicariat de Pontoise, 1476-1477.

(S) Ibid. G. 1829.

(3) Ibid. G. 269, 257, 262. Comptes des amendes de rofficialité.

(4) Ibid, F. de St-Georges-de-BoscherTilIc.

A St-Paër-en-Caax , le 28 décembre IftSl, Jean d*Amboise , abbé de Jumiéges , nomme aui écoles Jean Le Yillain , clerc du diocèse de Rouen. Ce droit lui fut contesté par Guillaume des Hayes, sieur du Boscguerout et de Trubleville , qui parait avoii* obtenu gain de cause en 1^95; mais ce seigneur fut à son tour attaqué par messire Robert de Meynemares, chevalier, seigneur de Bellegarde, qui, se prévalant des prérogatives de son fief, se rendit dans la maison du maître d* école, c accompagné de plusieurs personnes garnies de bâtons invisibles , et là , par force et voies de fait, s'empara de deux grands livres d'études et d'une arbalète appartenant audit maître. » Le procès fut porté à la cour du grand sénéchal de Normandie, où, par provision, il fut déclaré que Guill. Des Hayes pourvoirait aux écoles, en attendant Tarrèt définitif de TËchiquier. 11 fut prouvé que les seigneurs du fief de Trubleville avaient successivement nommé aux écoles de la seconde portion de la cure de St-Paër messire Jean de Bracy, Roger Le Masson, Thomas Rousselet, prêtres, et, depuis, maître Marin Douyère, sous ledit Rousselet (l).

A Triel, mention d'écoles tenues par un prêtre vers 1509 (2).

(i) Ârch. de la S.-Inf. F. de Jumiéges.

(2) Ibid. G. 360. Comple du vicariat dePontoise,r>*degarde, i509.

A Yalmoot, en 4&96, le couvent paie à un petit garçon , page tourneur à la cuisine , un livre de matines de 18 deniers pour aller à Técole, et au magister 7 sous 6 deniers pour Técolage de cet enrant (1).

Aux Yeotes-d'Eavy , le 80 novembre 1510 , les chanoines de Rouen confèrent les écoles à maître Guillaume Brobon , maître ès-arts, usque ad àeneplaeitum capituli^ et décident qu'on s'opposera aux prétentions du seigneur de Mouy par justice (2).

A Ypreville : écoles mentionnées dans une

sentence du lieutenant général du sénéchal de

Fécamp, 15 janvier 1&1&. L'abbé de Fécamp en

avait donné le siège à Jean du Boschavot. Nul

c resséant ou estagier • en style moderne , nulle

personne domiciliée en la haute justice de Tabbaye

ne devait ni ne pouvait, suivant les prétentions

des religieux , envoyer ses enfants à autres écoles

qu'à celles dudit Boschavot , t ne auxi ne devoit

c nul s'entremettre de tenir ou mettre sus escolle

c en la dicte haute justice se n'estoit de l'an-

c torité , octroi ou consentement d'icelui revei^nl

c père en Dieu , ses vicaires ou autres de ses

c gens. • Néanmoins plusieurs familles avaient

conûé leom enfants à des »iaitres non approuvés,

(i) Arch. de la S.-Inf. F. de Valtnont. Comptes. (2) Ibid, F. du chapitre, Reg. capkaL

ff qui estoit chose contre raison et la seigneurie f de la dite terre et haute justice, • Ces maîtres buissonniers , comme on les appelait autrefois, perdirent leur cause, et défense fut faite aux parents, sous peine de lOliv. t. d'amende, d'envoyer à Tavenir leurs enfants à des écoles nouvelles et sans titre (1).

Quand on rencontre des écoles dans des localités d'une aussi mince importance que le sont plusieurs de celles que nous avons énumérées, il n'y a plus moyen de douter qu'il n'y en ait eu, sinon dans toutes les paroisses rurales , du moins dans la plupart, et surtout dans celles oii la population était un peu considérable. Nous serions porté à voir des maîtres d'école dans ces clercs de paroisses qui , aux XIP et XIIP siècles , se chargeaient de la rédaction des contrats , et dont le nom , fréquemment suivi de l'indication du lieu oh ils exerçaient leurs fonctions , est rappelé avec ceux des témoins. On peut juger, par la Calligraphie des chartes de cette époque, qu'ils étaient parfaitement en état d'apprendre à écrire à leurs élèves, et, par la manière dont elles sont rédigées, qu'ils pouvaient aussi leur montrer les premiers éléments de la langue latine. C'était chez eux qae

(i) Arch. de la S.-Inf. F. de Fécamp.

se formait cette nuiltitiule de clercs qui, dès un âge assez tendre, prenaient la tonsure ou la couronne j comme on disait autrefois , participaient dés lors au bénéfice de clei^ie , et attendaient , en se livrant aux travaux des champs , le moment où ils pourraient être admis dans les ordres sacrés et obtenir la collation d'un bénéfice. On sait que le clergé du moyen-âge était nombreux. Les chiffres que nous allons citer, d'après les registres du secrétariat de Tarchevêcbé, pourront cependant causer quelque surprise. On tonsura dans le diocèse de Rouen, de la Saint-Michel ilibS à la Saint-Michel H65, treize cent cinq enfants; — de la Saint-Michel 1^65 à la Saint-Michel l/i66 , trois mille neuf cent cinquante-quatre ; — de la Saint-Michel 1&70 à la Saint-Michel ilili , huit cent quatre-vingt-dix. — Il est indubitable que ces enfants avaient déjà reçu un commencement d'instruction. Le statut du diocèse de Rouen de Tan 1230 est formel sur ce point : c Que les prêtres (sacerdotes) exhortent fréquemment leurs paroissiens à envoyer soigneusement et exactement leurs enfajits aux écoles , parce que ceux qui sont sans instruction ne peuvent être admis aux bénéfices ecclésiastiques. •

Si de la campagne nous passons à Rouen , nous y trouvons une école supérieure , Técole de gram-

maire ^ qui n*était autre chose que Taildeiiiie école cathédrale ; le collège des BouB^EoraDts, Toudé au XIY" siècle en Taveur des écoliers pauvres; et, à un rang inrérieur, un certain nombre de petites écoles. Nous consacrerons deux chapitres spéciaux aux deux premiers établissements, sur lesquels nous avons pu recueillir une asseï grande quantité de renseignements. Les petites écoles seules nous occuperont dans ce chapitre.

C'était, tout d'abord, Técole de la rue aux Juifs, sur la paroisse Saint-Lo; elle est mentionnée dans des textes de 1360 et 1361 (1). Les religieux de Saint-Lo s'en prétendaient en bonne saisine et possession. Inquiétés à son sujet en l/i28 , ils déclaraient fe que jusque-là ils Tavoient constamment conférée à qui bon leur sembloit, que les maîtres régents étoient révocables à leur gré par tel et Si loing temps qu'il n'étoit mémoire du contraire. • En conséquence, ils poursuivirent devant le vicomte de Rouen un nommé « Jean de Pierrefaicte qui s'estoit entremis de nouvel et contre droict de tenir escolles et avoir enfans à louage et continuellement à buis ouvert en ladite paroisse , sans leur congé, licence ou octroi. » Dans une enquête relative à un débat au sujet de Thôtel du Bec,

(1) Tabellionage de Rouen. Reg. i, f il v«. Keg. 2, ^ 234.

entre les curés de Saînt-Herbland et de Saint-Lo, Jean Mallet, curé de Bois-Guilbert , déclare avoir résidé sur la paroisse de Saint-Lo depuis 1&07 jnsqu^au siège de Rouen eu IHS, y tenant des écoles de petite grammaire rue aux Juifs : Tenendo ibidem scolas in parvis graïmyiaticalibus in vico Judeorum{l) .

Un autre procès nous révèle Texistence d'une école àSt-Sever, sous la direction des religieux de Bonne-Nouvelle. Le 17 juin 1493, ils font comparaître aux assises de leur baute-justice du Pré t un nommé Nicolas Pépin et autres qui se « vouUoient eflbrcher tenir ou faire tenir escolle « 00 escolles. . . ce que faire ne pouvoient ou dec voient , pour ce que de tout temps et de si loing c quMl n'estoit mémoire du contraire lesdiz relic gieux avoient droicture , à cause de leur fonda- « cion , de présenter et faire tenir les escolles par c quelque personne ou personnes que bon leur I sembloit. » Pépin se désista de ses prétentions ; c il ne mit pour Theure ni depuis aucune oppoc sition ou contredit au droit des religieux (2). >

L'école de la paroisse de Saint-Âmand était à la disposition des religieuses de l'abbaye de ce nom. L'inventaire de leurs titres mentionne des

(1) Arch. de la S.-Ior. F. de St-Lo.

(3) IbiiL F. du prieuré de Bonne-Nouvelle.

lettres de Fabbesse GuUIemette d*Assy, portant commission à M. Jeao Le Goupil , prêtre , • pour tenir )es escolles de la dicte paroisse aux droits , profits et émoluments accoutumez , avec commandement aux enfants et autres de lui rendre obéissance, réservé à une nommée Madeleine la permission de recevoir les filles pour les instruire 1 (1519) (1).

Nous ne saurions dire si, dans les autres paroisses de Rouen , l'instruction était , ainsi qu*à Saint-Lo , à Saint-Âmand , à Saint-Sever , constituée en monopole. Cela nous parait assez vraisemblable , et nous nous croyons fondé , par les nombreux exemples que nous avons cités , à établir comme un principe général que la profession dMnstruire les enfants était une profession privilégiée, considérée comme une dépendance des fonctions ecclésiastiques^ et soumise , en conséquence, à la nomination du seigneur, soit laïque, soit ecclésiastique , dans les endroits où elle pouvait avoir assez d'importance pour être distinguée de l'autorité du curé. « Le moyen-âge, dit M. Léopold « Delislc, dans un chapitre de ses Études sur t la condition de la classe agricole^ où il a réuni • de précieux renseignements sur cette intéres-

(1) Arch. de la S.-lnf. F. de St-Amand. Inventaire des titres^ I, AOi

c saute question , le moyen-âge avait horreur de f tout ce qui pouvait ressembler à la concurrence, c On poussait alors jusqu'à ses dernières limites tf le respect de tout ce que, en enseignement « comme en industrie , comme en administration « civile et même religieuse, on estimait droit c acquis. Ce fut ainsi que, Tusage et Tautorité c ayant fixé le nombre des écoles , il Tut interdit ff d'en ouvrir de nouvelles. »

Le nombre considérable des paroissiens des églises de Rouen dut vraisemblablement amener la création d'écoles particulières dans chacune des paroisses de cette grande ville. Toujours est-il que les trois que nous venons de citer n'étaient pas les seules. En l/i25, un registre du tabellionage de Rouen nous donne le nom de feu maître Jehan Ogier , en son vivant demeurant et tenant écoles en la paroisse Saint-Vivien (1). En 1451, Pierre Yimont , curé de Saint-Étienne-la-Grande-Église , apprenait la grammaire aux enfants. Il fut , il est vrai , inquiété dans son enseignement par les chanoines de la cathédrale ; mais il est à remarquer que ce qu'ils lui contestaient , ce n'était pas précisément le droit de tenir école , mais celui d'enseigner le Donatus qui , suivant leur préten-

(1) TabeUiooage de Rouen. Reg. 21, f 178 v*.

tioil , était réservé aux maîtres de Vécole capitulaire.

L'instruction des filles ne parait pas non plus avoir été absolument négligée. Nous venons de voir Guillemette d'Âssy , en nommant un maître d'école pour la paroisse Saint-Amand , réserver les droits d'une nommée Madeleine, qui instruisait les filles. La date de cette nomination n'appartient pas au moyen-âge ; elle est de 1519. Mais nous pouvons citer le nom d'une autre maltresse d'école antérieure en date , Perrette Alorge , que les Gens de l'Hôtel-de-VilIe de Rouen , le 23 décembre iliOb j dispensent des aides sur les vins à raison de ses fonctions. Son nom est écrit entre celui de Jacques du Ghastel , hansier , et celui de Robert La Yacbe, avocat, pensionnaire de la ville ; ce qui nous donne lieu de supposer que sa profession était entourée d'une certaine considération. Parmi les familles notables de la bourgeoisie rouennaise, la famille Aloi^e est assurément l'une des plus anciennes et des plus illustres.

Cette exemption , accordée à une institutrice parles conseillers de THôtel-de-Ville de Rouen, est déjà une preuve assez concluante de la faveur qu'ils attachaient à l'instruction. Mais on peut juger de cette louable disposition par de meilleurs témoignages , notamment par les encouragements

-te-

et les grttificatfoDs quMIs accordaient habituelle* ment aux écoliers. Le /i juin 1&5&, ils votent un secours d'at^ent à c mattre Jean Escombart , li* cencié en théologie, qui en bref dcToit faire sa Teste de docteur, considéré qUMl estoit notable clerc, natif du pays de Gaux, que depuis son jeune aage il atoit esté nourry à Rouen , y avoit tenu escolle, fait les fais scolastiques , instruit et doc* triné plusieurs enfans. » — Le 2 octobre l/i56, ils Tiennent en aide à Dimitrim Bichardus, à Thomas Portos, de Gonstantinople , qui ayoient abandonné leur patrie devenue la conquête des Musulmans. — Le 21 juin l/i58 , ils octroient t 50 liv. t. aux procureur, maîtres estudiants et suppostz de la nation de Normandie en rUniversité de Paris , pour un édiflBce en forme d'estudes ou escolles quMls estoient en train de construire dans la rue du Feurre. » La requête des écoliers avait été présentée par maître Bérenger Le Marchant, natif de Rouen, leur orateur et suppôt, le même sans doute à qui la ville, quelques années après, le 30 janvier \ /i68, accorda AO écus d*or pour sa fête de docteur , lorsquHl se fit doctoriser en théologie (1),

(i) Arch. municipales de Rouen, registre des délibérations. — Par son testament, daté de 150S, Le Marchant fonda un obit en la Faculté de théologie de Paris^ légua 35 Ht. au collège de Justice et choisit ta

NoD-seulement au conseil de la ville, mais dans les rangs de la simple bourgeoisie , le bienfait de rinstruction était plus apprécié que nous ne serions portés à le croire. On en jugera par quelques exemples. En 1373, c'est un père de famille de la paroisse des Loges qui , en allouant son enfant, comme apprenti, à un orfèvre de St-Herbland de Rouen, prend soin de stipuler que celui-ci • le tiendra deux ans à Tescolle à ses coux et dépens (1 ) , excepté de vestir et de caucbier anchois (avant) qu'il aprengne riens dudit mestier. • En 1893, c'est un artisan de St- Gande-le-Jeune qui, « en baillant à un maître mirouier, Guillaume deToucque, son jeune fils Perrin, pour neuf ans, Toblige à tenir son apprenti à l'escolle , pendant les trois premières années, à lui trouver les livres nécessaires, à lui payer son escolage, et à lui apprendre son mestier pendant le restant du temps de l'apprentissage (2). • Une condition de la même nature est insérée dans un contrat de Tannée l/i2i , par lequel Pierre Le Fèvre baille, suivant un usage très-répandu à cette époque , son fils

sépulture, comme chanoine de Rouen, en la cathédrale près de la chapelle de la Sainte-Vie rg^e.

(1) Tabellionage de Rouen. *Reg. 3, ^ 811.

(2) Ibid. — R^. 5, r» 277 ▼».

Bcrtin à un bourgeois de Rouen : le preneur promet de trouver à Tenfant c toutes ses nécessités de boire , mengier , feu , lit et ostel , de lui trouver à coucbier, vestir bien et bonestement , et faire aller à FescoUe, lui apprendre et monstrer le fait de sa marchandise (1). »

On nous permettra de citer ici , à cause des termes dans lesquels il est conçu, un contrat par lequel un bourgeois de Rouen abandonne ses biens à ses trois enfants : « Gomme Estienne de Raudribosc, bourgois de Rouen, eust eu pièça entencion de tenir maistres Adam, Ricbart et Guillaume diz de Raudribosc , ses enfans aux escoUes pour conquérir science dont ils peussent et puissent avoir leurs vies et estât honorablement en cest monde et aussi pour prier pour Tâme de lui, de ses amis et bienfaicteurs, èsquelles escolles ils ont longuement continué et continuent de jour en jour, aux grans coux et frès dudit Estienne, et pour qu'ils ne perdent Testude , ait eu en volenté de les pourveir en aucunes possessions pour parsuir icelle estude , savoir faisons , etc. , 1397 (î2).

Dans les bourgs , et même dans les plus petits

(1) Tabellionage de Rouen. Reg. 19, ^ 838. (î) Ibid. Reg. 7, ^ 61.

villages , rien de moins rare que de voir 4es pèrei ou des conseils de famille , en allouant ou baillant en garde des enfants destinés à d' humbles nétiers , sinon môme à la domesticité , reteqir l'obligation pour le preneur de les envoyer ^ Técole et de leur procurer Tin^truction élémentaire. Noos en citerons quelques exemples. Cet usage n*a pas été remarqué , et il est nécessaire d'en prouver Texistence par un certain nombre de faits.

Eu 1398, Jean Milles, en baillant, pour Tespaee de six ans , à Guillaume Louvet , de la paroisse de Roy ville, son fils Colinet, comme servitear, stipule que le maître trouvera à TenfaDt toutes ses nécessités o de boire, meugier, cbaussier, vestir et tenir à TescoUe (1). »

En 1362, les parents d'un mineur, en le baillaot en garde à un particulier de Doudeville jusqu'au terme de quatre ans, retiennent que le tuteur enverra son pupille à l'école de jour en jour (2).

En 1399, à Uodeng, mineur baillé en garde pour neuf ans à son oncle, qui s'oblige de le tenir tout le temps à l'école et de lui faire avoir <h>uronne, en d'autres termes, de le faire admettre au bénéfice de clergie (3).

(i) TabeHionage de Rouen. Reg. 8, ^ 74 ▼*. (S) lind. Reg. 2, (^ IS.

(3) Ibid. Reg. 9, f 96.

Le 28 avril 1 /i69 , deux boulangers de la Hayedu-Tbei] , tuteurs de Gervais Le Fèvre , enfant de sept à huit ans, le baillent, pour six ans, à un prêtre de cette paroisse , à charge par lui de renvoyer aux écoles les deux premières années et de lui fournir les livres nécessaires (l).

Le 17 mai 1470, le gouvernement d*un orphelin de sept ans est baillé à son oncle , de St-Aubin* jouxte-BouUeng , avec obligation de lui fournir tout ce qu'il lui faudra , de le tenir à Técole et de payer son écolage (2).

Le 2 septembre l/i3/i, Guillaume Le Gantier, de la paroisse de Notre- Dame-de-la-R onde de Rouen, baille, pour six ans, à Pierre Le Gantier, de la paroisse de St-Jean d'Elbeuf, c le corps de Henriet , son fils , âgé de douze ans , pour être et demeurer chez lui , auquel le preneur sera tenu trouver tous ses nécessaires de boire, mengier, vestir, cauchier, coucher et lever bien suffisamment, selon son estât, Tenvoierà TescoUe et l'introduire en toutes bonnes doctrines tout au mieux qu'il pourra et sçaura faire (3). i

(1) Arch. du Pal ais-de- Justice de Roaai. —Plaids du bailliage de Boissay-le-Cbfttel (Note communiquée par M. Edouard Gosselin, ainsi que plusieurs autres des suivantes).

(S) Ibid. Registre de la vicomte d*Elbeuf.

(S) Arch. de la S.-InC Registre du tabelliouage d'ËlbeuC

Le 2 novembre de la même année , les tuteurs et curateurs de Rogier Heudoin , dit Gauvet , orphelin de cinq ans, d'après le conseil de ses parents et de ses voisins , allouent son corps à sa mère et à sou beau-père, du même bourg d'Elbeuf , c pour icelui garder et gouverner jusques au terme et en la fin de six ans, en retenant que , dès qu'il sera en âge suffisant , on renverra et tiendra à Técole pour apprendre science (1). »

Le 1" décembre l/i76, à Elbeuf, il est décidé, par Tautorité de justice et le conseil de ses parents et amis, que le corps de Colin Baivet, âgé de dix ans, < sera baillé à Messire Geoffroi Darée, prêtre , son oncle , jusqu'à trois ans , pendant lequel temps ledit prêtre sera tenu de lui Tournir tous ses nécessaires de boire, manger, vestir, chausser , feu , lit , selon son estât , luy monstrer à lire et escrire. » Même obligation imposée à Jacques Desperrois, d'Elbeuf, à l'égard de son jeune Trère : « Il devra le tenir à l'escole et lai trouver livres à apprendre », et à la Temme Grise! à l'égard de son enfant, dont la garde lui est laissée (8 avril et 25 novembre 1/|78) (2).

(i) Arch. de la S.-Inf. Registre du tabellionage d^Elbeufl (2) Arcb. du Palais-de- Justice de Rouen. — Registre de la vicomte d'Ëlbeut» C*était dans les mêmes termes et dans les mêmes conditioot

On trouve la preuve , dans des actes analogues, que rinstruction des filles n'était pas complètement ni généralement négligée , même parmi les populations agricoles /. ainsi , à la Haye-du-Tbeil, le 3 septembre l/i92, les parents et amis de Marion Boucher , qui venait de perdre son père , « la baillent à sa mère et à son tuteur à garder, nourrir et gouverner pendant trois ans, pendant lequel temps ils seront obligés la tenir à Tescolle et lui trouver livres à ce nécessaires (1). »

Ce qui prouve le prix qu'on attachait à l'instruction, c'est le soin avec lequel le titre A' écolier était pris dans les actes par les parties contractantes. On le réclamait avec la même fierté que

qa*au XVII* siècle encore se conférait la garde des mineurs orphelins. Les parents des enfants sous-âge de Thomas Lenoir , du métier de collier t et de Catherine Le Mire, réunis pour pourvoir à la conduite et à la nourriture desdits enfants, les confient à leur sœur Jeanne Lenoir, tavemière, t afin de les nourrir, coucher, lever et les envoyer à Tescolle pour leur (îiire apprendre à lire, escripre, compter et chiffrer, et les entretenir de chausses et de souliiers , moyennant hùO liv. par an. B 26 mai 4629 (Arch. de la S.-Inf., F. des Ursulines de Rouen ; liasse relative à la propriété d'une maison rue des Vemers). A ce sujet, nous rappellerons Tart. CCXX de la Coutume de Normandie , relatif à la garde-noble : c Et où lesdits seigneurs ne feroyent leur devoir tant de la nourriture, entretenement , que de Vinstruction des soubz-aages, les tuteurs ou parents se pourront pourveoir en justice pour les y contraindre. >

(1) Arch. du Pal ais-de- Justice de Rouen. — Plaids de la Haye-du- Theii.

celui ^écuyer ou de noble homme , et parfois on négligeait le second pour le premier. Il est vrai que la noblesse de Tesprit avait, ainsi que Tautre, des privilèges assez avantageux pour qu'on ne négligeât pas de s'en prévaloir.

A ce propos, disons qu'il faut revenir du préjugé , accepté Tort légèrement , de Tignorauce systématique de la noblesse. La fameuse formule , c a déclaré ne savoir signer, en qualité de gentilhomme » , est une pointe spirituelle ; mais elle est encore à trouver dans un acte authentique. M. Léopold Delisle a attaqué cette fausse opinion dans une intéressante dissertation , pleine de faits concluants, auxquels il serait peut-être superflu de chercher à en ajouter d'autres. Nous nous bornerons à une remarque qui nous parait décisive. Pour qui tous ces poèmes en langue romane, composés en France pendant le cours du XIII' siècle , qui eurent une si grande vogue par toute l'Europe , et dont quelques-uns même furent tra* duits eu langue norwégienne ? Pour qui et par qui furent-ils composés ? Généralement par des gentilshommes, et pour l'amusement de cette classe (1).

Il est intéressant de remarquer que l' Église, en

(i) M. Littré, Histoire de ta langue française,'-' Dans une enquête sur Tâgede GoiUaame Grente , écuyer, 1382, un des témoins, MooSt Jean de la Heuse , sire de Quevilly , rappelle des (àits qui remonuient

vue d'assarer la gratuité, ou tout au moins le boD marché de renseignement , veillait à ce que les écoles fussent conférées eu pur don. Le concile tenu à Rouen , en 121/i, par le légat Robert de Gorcon , interdit , sous peine de privation de bénéfice ecclésiastique ou d'excommunication , en cas de contumace, de subordonner à un prix d'argent la permission d'enseigner ou de tenir école. Cette défense fut renouvelée par le synode de Rouen de Tannée l/i/i5 : « Que tous les collateurs d'écoles y nomment des personnes d'âge, de science et de mœurs convenables à la profession de renseignement; qu'ils les confèrent libéralement et sans condition onéreuse (1). •

Cette dernière date nous rappelle une épo(|ue désastreuse, où l'instruction publique était tombée dans le plus grand abandon. La terrible lutte engagée entre la France et l'Angleterre , qui remplit tout un siècle de notre histoire , ne pouvait faire autrement que d'entraîner , entre mille autres conséquences fâcheuses , et qui retardèrent le développement de la civilisation, la chute des écoles,

ft Tépoque où il suivait Técole de Touque ; un autre déclare avoir fait coDDaissance avec Grente dans le icinps où celui-ci , âgé de cinq ans « allait à cette même école. — Bib. Nation., cabinet des titres, dossier Grente (Note communiquée par M. Léop. Delisle).

(1) D. Bessin , Concilia Hothomag. provinciae^ 1, ilÂ, 185.

d*oii procèdent toute science et tout progrès. Le continuateur de Guillaume de Nangis , parlant des malheurs que causa TeOTroyable peste de lâ/iS, Tait cette réflexion : « On trouvait alors peu de maîtres qui sussent ou voulussent apprendre les rudiments de la grammaire aux enfants dans les maisons , les villages et même les villes closes, i S'il en était ainsi vers le milieu du XIY* siècle, que fut-ce un siècle après , dans les années qui suivirent Texpulsion des Anglais? Les églises furent privées de la plus grande partie de leurs revenus. Les paroisses avaient été tellement ravagées, que leur population , dans la Haute-Normandie , même après la dernière période du règne glorieux de Charles Vil, était considérablement moindre qu'au temps de saint Louis , ainsi que nous entreprendrons de le démontrer. Au milieu des troubles entretenus par le schisme et par une guerre séculaire, le nombre des vocations religieuses avait considérablement diminué, à ce point qu'il était impossible de trouver un prêtre pour chaque parroisse. Dans un temps où le soin de Tinstructioa était principalement confié au clergé, on comprendra facilement à quel degré de dépérissement avait dû descendre l'instruction dans les campagnes , et quelles mœurs grossières et féroces une persévérante misère avait dû y former.

Le règne de Louis XII Tut un règne réparateur. Les guerres d'Italie , qui furent une grande faute politique , eurent du moins cet avantage , en nous mettant en contact avec un peuple plus avancé qu'aucun autre dans les lettres et dans les beauxarts, de développer en France, d'une manière notable , le goût de l'instruction.

Dès les premières années de François I", l'enseignement était largement départi dans le diocèse de Rouen. Ce qui permet de le constater , c'est un règlement fait par le cardinal Georges II d'Amboise , en l'année 1520 , pour toutes les écoles de grammaire , lecture , écriture , arithmétique et doctrine chrétienne de la ville et diocèse de Rouen (1). Ou voit par ce document qu'aucun prêtre ne pouvait enseigner l'écriture et l'arithmétique , si ce n'est dans les lieux où ils ne se trouvaient pas en concurrence avec les maîtres écrivains de la ville de Rouen. Ils pouvaient enseigner et catéchiser les enfants , leur enseigner à bien lire par syllabes et prononciation , leur montrer la doctrine chrétienne et la langue latine ; mais cette occupation leur était interdite du moment qu'ils avaient obtenu bénéfice ou charge

(i) Arcb. de la S.-InC, D. 829. Ce règlement fut confirmé par Francis de Harlay. Nous n*en connaissons malheureusement qu^une copie informe.

d'église au-dessus des simples prêtres. Il Tallait que le uombro des iustiluteurs fût déjà considérable et le goût de rinstructîon bien répandu, pour que le clergé renonçât ainsi à renseignement primaire. Mais, en même temps, la subordination des maitres d'école au clergé était établie de la manière la plus formelle.

Ainsi, défense était faite, sous peine de 501. d'amende, à toute personne, de quelque qualité et condition qu'elle fût, d'enseigner, à moins d'avoir obtenu lettres de provision de l'archevêque. Tous les plumiers dimanches du mois, les curés, à leurs prônes, devaient recommander à leui*s paroissiens de se défier des mattras qui n'auraient pu remplir cette formalité, et ce x pour éviter la corruption qui pourroit arriver par ceux qui n'ont aucune approbation de bonne vie et mœurs. •

L'oflicial était déclaré juge de toutes les contestations qui pourraient naître entre les maitres d'école au sujet de leurs droits. Cette compétence n'était pas d'origine récente : déjà nous avons eu l'occasion de voir l'autorité de l'ofBcial invoquée en matière d'enseignement.

Lorsqu'un maître d'école était établi dans un endroit et qu'un autre prétendait s'y fixer, c'était à rofflcial qu'il appartenait de décider s'il y avait lieu , eu égard à l'importance de la localité , d'y

mettre plusieurs mattres et de déterminer les conditions quMls auraient à remplir. Le prix à payer aux maîtres, la durée des classes, Tépoque des congés et des vacances, tout était strictement réglé. En été , la classe commençait à 8 heures, se terminait à 11 , pour reprendre à 2 heures de l'après-midi jusqu'à li heures. Le catéchisme se faisait deux fois la semaine. Il y avait congé le jeudi soir et le samedi. Le congé du samedi tenait à une habitude que nous avons eu souvent l'occasion de constater: ce jour-là, passé midi , les ouvriers suspendaient leurs travaux et les marchands fermaient leurs boutiques.

On prenait, pour l'enseignement de la doctrine chrétienne et de la grammaire latine , 20 s. par mois ; 30 s. , pour enseigner à lire, écrire^ jeter ou chiffrer ; 10s., pour montrer à lire et apprendre le catéchisme. Le premier genre d'enseignement paraissait plus propre aux ecclésiastiques ; le second était généralement réservé aux maîtres-écrivains vériGcateurs , qui formaient à Rouen et dans les villes de son ressort, ainsi qu'à Paris , une association privilégiée.

L'enseignement était déjà à la mode parmi les filles , puisque nous voyons dans ce règlement les écolières fréquemment citées à la suite des garçons.

A propos de renseignement des filles, ooos citons textuellement Tart. 8, qui prescrit comme obligatoire une mesure qui, de nos jours encore, est loin d'être généralement et rigoureusement appliquée :

c Item nulz maîtres ne pourront enseigner aux filles quMlz ne soient mariez et que leurs Temmes ne soient aussi reçeues maîtresses et bien et deuement examinez devant nous, et voulons que les filles soient hors d'avec les garçons dans une chambre ou autre lieu à part. •

Pendant longtemps, la communauté des écrivains, érigée en confrérie religieuse sous le nom de saint Gassien (1), eut son siège à St-Godard. Elle le transféra, vers 1680, en la paroisse Sl- André-près-la-Porte-aux-Fèvres. Une messe solennelle était dite , à ses frais , tous les quatrièmes dimanches du mois.

Si les registres de roOicialité de Rouen avaient été conservés , nous aurions pu espérer y découvrir l'indication du nombre des maîtres d'école approuvés pour le diocèse et, par là, nous faire une juste idée du développement qu'avait pris l'instruction publique dans notre pays. A défaut de ces documents , on peut consulter avec profit

(I) Saint Gassien^ évéquc dlmola, 13 août.

un registre qui contient les expéditions passées au chapitre de l'abbaye de Fécamp (1). On y voit mentionnées les commissions de maîtres d'école, qui forment une catégorie d'actes assez nombreux. Ces commissions, toujours révocables et données par le vicaire général en l'absence de l'abbé, sont très-rréquemment renouvelées (2). Il en Tant nécessairement conclure qu'il y avait abondance de maîtres et que l'exercice de cette profession était généralement considéré par les clercs comme une occupation provisoire, en attendant l'obtention d'un bénéfice plus avantageux. Pour ne prendre que deux exemples, on compte dans la seule paroisse de St-Valery-ès-Plains, qui faisait partie de l'exemption de Fécamp , jusqu'à huit nominations de 15&1 à 1568, et sept dans la paroisse d'Ourville de 15&3 à 1560. La liste suivante indique les écoles auxquelles nommait l'abbaye avec les dates des commissions.

Blosseville , 20 septembre 1544. — Élétot , officium clerici matricxdaris necnon regimen sco^ larum, conféré à un clerc, 13 septembre 1543; le 5 septembre 1556, le vicaire confère les écoles d'Élétot à Pierre Paulmier, conformément à la

(1) Arch. de la S.-Inf. F. de Fécamp.

(2) Ces commissions sont babitucllement pour un an , comme celles des vicaires de paroisses.

requête des habitants de la localité. — Étrétat, clerc nommé à l'école , 2 juillet 1542. — logouville , 29 juin 1551. Écoles données par le grand prieur, en l'absence du vicaire, à Jean... pour un an commençant en septembre 155&. Le 10 janvier 1556, les mêmes écoles sont données par le vicaire à mattre Nicole Alexandre pour un an, à commencer après le mois d'août suivant. — Limpiville, septembre 1545. — Manneville , 1549. — Maromme , 21 août 1551. — Ourville, 9 juin 154», 25 mars 1544, 5 septembre 1545, 4 mai 1548, 12 avril 1550, 9 août 1551 , 21 septembre 1560. — Palluel et Conteville, août 1544, 9 août 1548. En 1554, Baptiste Jouette, fils de Jean Jouette, de la paroisse de Palluel « soy disant avoir estudié à Paris », se présente devant le vicaire général de Fécamp; il demande les écoles de Palluel pour une année commençant en septembre. Ces écoles, Tannée suivante , 7 juillet 1555 , sont données par le vicaire général à Pierre Lange. — St-Gervais de Rouen, clerc nommé, 25 mars 1541. — St-Pierrele-Vieux, 22 octobre 1542.— St-Riquier-ès-Plaîns, nomination d'un clerc à l'école, 21 août 1541, 9 mai 15/|3, 3 février 1545; de deux maîtres, 29 juillet 1548, 12 avril 1550, dernier juin 1551 ; de deux clercs , 1" octobre 1568. —

Veules, 7 août 1551, 7 mars 1559, 6 juillet 1560, 10 juillet 1561. Écoles de Veules données par le vicaire général pour uu an, 7 juillet 1555. — Vitefleur, août 1544, 2 août 1545, juillet 1547. Les écoles sont données par le vicaire général , pour un an commençant en septembre 1554, à Pierre Petitseigneur ; il les obtient de nouveau pour un an, le 7 juillet 1555. — Ipreville, mattre Daubeur, prêtre, nommé le 7 septembre 1549.

L'abbé de Fécamp nommait encore aux petites écoles de Fécamp et de St-Valery-en-Caux. Le 2 septembre 1541, il permet à deux prêtres d'ouvrir sur la paroisse de St-Étienne de Fécamp, pour renseignement des premiers éléments de récriture et de la doctrine chrétienne {prima elementa script uranim et mores christiani)^ une classe où ils pourront recevoir jusqu'à 50 écoliers. Le 7 mars 1559, Charles Maine , prêtre , obtient l'autorisatiou d'enseigner, sur la même paroisse, une douzaine de petits enTants qui n'en étaient encore qu'à l'abécédaire. De pareilles permissions sont accordées pour les enrants de la paroisse de St-Léohard, le 16 octobre 1548, et pour ceux de la paroisse de St-Nicolas, le 12 septembre 1560. — Kn 1554, « les écoles du havre de St-Vallery , excepté celles des enfants qui

apprennent à parler latin » , sont données par le vicaire à un nommé Michel, sur la requête des paroissiens dudit lieu c à charge de continuer ung particulier qui avait mandement pour instruire quelques petites fillettes. » Le 18 Tévrier 1556, le vicaire donne les écoles d'écriture et d'arithmétique de la même paroisse à maître Jacques Chrétien, prêtre, lequel en avait tlevé mandement » , suivant la requête des paroissiens. —Le 15 mai 1557, les mêmes écoles, toujours suivant la requête des paroissiens, sont conférées pour Tannée à un nommé Nicolas Duprey et c à cil qui se trouvera sufiisant avecques luy. »

Des règlements adoptés dans les synodes de y exemption de Montivilliers , vers le milieu du XYI' siècle , signalent le danger nouveau auquel se trouva exposée Tiustruction publique, par suite des progrès du protestantisme. Les plus grandes précautions furent recommandées aux personnes chargées de la visite des églises à Tégard des écoles et des bibliothèques : Schole diligenter repiirgande. I^ctiones in bonis litteris prescribende sunt. Didascali^ quoad conditionem et vitam attinet , diligenter examinandi sunt , et omfies libri inspiciendi, qui, si suspecti aut vêtit i fuerint , abjiciantur. Ubi de stipendio satis provisum non fuerit in concilio prescripto provideatur. Scholas^

iicis Vivendi régule prescribantur , ut bonis disci^ plinis vacent , a pompis, comessationibus , ebrie^ tatibiis , alee hidis ^ dissensionibus ac rixis abstinéant, ut prodigi esse desinant, ac quisque se suo modulo metiatvr , ut fastum omnem ac doctorum supercilium deponat , ne incipiant esse magistri priusqvam fiant discipuli. — Bibliothece diligenter visitande sunt juxta decreti sub titulo de scolis et typographis ac bibliothecis tenorem.

Nous ne faisons pas de doute qu'il ne faille attribuer aux déGauces légitimes qu'inspirait à l'Église la propagande protestante le temps d'arrêt que Ton remarque alors dans le développement de l'instruction publique. Il est incontestable que le protestantisme, par cela seul qu'il alluma eu France une guerre longue, sanglante et désastreuse , exerça tout d'abord sur les écoles une influence des plus fâcheuses. Ce fut comme à la suite de la guerre de Gent-Ans. Dans le pays de Caux , nombre d'églises furent démolies, et pendant longtemps le service divin fut interrompu dans plusieurs paroisses. L'enseignement populaire était généralement confié aux ecclésiastiques ou à des clercs qui aspiraient à le devenir ; il était , assez ordinairement , mis à la charge des fabriques , et partout il était placé sous la surveillance du clergé. 11 est donc aisé de concevoir

combien les écoles durent souffrir des attaques dirigées par ceux de la religion nouvelle contre le culte catholique. Les Universités, les Académies que les souverains-pontifes , les rois et les évéques avaient établies , conGrmées , enrichies de privilèges, Turent, dans tous les pays, exposées aux violeuces et aux ruses du parti protestant, qui aspirait à se rendre maître de Tenseiguemeut. Les livres imprimés à Genève étaient distribués, avec une activité de propagande extraordinaire, par toutes les campagnes et jusque dans les moindres écoles (1). Plus tard, quand les religionnaires eurent obtenu pour leur culte la tolérance de la loi , la création d'écoles protestantes, conséquence uécessaire de celte situation , excita la vigilance des évêques et donna lieu à de fréquentes diflicultés entre les représentants des deux cultes. Le danger que la religion catholique courut dans ces temps malheureux fit sentir plus vivement que jamais le besoin de soumettre à la surveillance de Tautorité ecclésiastique les écoles du royaume.

(l; Antonii Possevini, Mantuani, Societatis Jetu, Bibliotheca seteclê de ratione atudiorum, Vcnetiis, MDCIII, hO F, A7 I.

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