‹ Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789Chapitre 4 sur 20 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

ÉCOLES DE GRAMMAIRE A ROUEN : ÉCOLES DU CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE, DE SAINT-OUEN, DE SAINT-CANDE. — ÉCOLES DE CHANT. — CHAIRE DE THÉOLOGIE.

Autour de la cathédrale on voyait autrefois» à côté de la demeure de l'archevêque et du cloître des chanoines, l'Hôtel-Dieu pour les malades et l'école du diocèse , touchants annexes qui montraient la charité inspirée par la religion et pratiquée sous une double forme : les secours aux misérables et renseignement aux personnes désireuses de s'instruire. Une décrétale d'Alexandre III (m capitula imico de mngistris) (1) donne lieu de croire que , du temps de ce pape , les églises de France avaient conservé plus fidèlement que les autres cet usage dont nous avons montré l'antiquité.

(i) Sicut per omnes fere alias ecclesias majores gallieanttë et fuisse quondam et in quibusdam adhuc esse dinoeitur. Décrétai., lib. V.| MU III.

Nous serions porté à voir une allusion à recelé diocésaine de Rouen dans une charte de donation en faveur de l'abbaye de St-Ouen, d'un certain Etienne , qui ne prend pas d'autre qualification que celle-ci : In clericatura Sanctœ Mariœ Rolhomagensis a puero educutus (1). » Cette charte n'a pas de date ; mais il y est fait mention de l'abbé Nicolas, et cette indication doit la faire rapporter avec certitude à une époque comprise entre 1042 et 1092. Non-seulement il nous parait indubitable qu'il y avait une école diocésaine à Rouen sous nos premiers ducs (2) ; nous nous croyons encore autorisé à supposer qu'elle fut alors plus florissante que jamais. Les guerres fréquentes qui éclatèrent entre la France et la Normandie rendaient trop diflSciles

(i) Charte originale aux arch. de la S.-Inf. F. de St-Ouen.

(3) Nous ne reviendrons pas sur Técole d'Avranches , un instant célèbre par renseignement de Lanfranc — Nous trouvons une mention positive de celle de Bayeux dans une Charte de donation en faveur de Tabbayc de St-Ouen, d'Eudes, frère de Guillaume le Conquérant et évêque de Bayeux. Cette charte contient, à la suite des signa des archidiacres, le signum Ricoardi gramaiiei et celui du chantre Oger. Arch. de la S.4nr. F. de St-Ouen. — Le maître des écoles de Lisieux est cité deux fois dans le Cartul. de Préaux, aujourd'hui déposé aux arch. de TEure : /{. abbas de Pratelli» annuam pensionem X, lit, par, atsignat Willelmo Arrenar, magno icholastico in ecclesia Lexoviensi^ 1297, ^ 170. — Charte d'Arnoul, évèque de Lisieux, au sujet de Téglise de St-Antonin : Daium per manum Roberii magisîri scotarum (entre 1141 et 1181), C 19.

les communications avec Paris , la cité des études par excellence , et, d'autre part, il importait trop d'assurer aux clercs le moyen de se procurer, sans aller en pays ennemi, l'instruction nécessaire à leur profession , pour qu'on n'ait pas essayé de donner aux écoles fondées dans la capitale de la Normandie toute la perfection dont elles étaient susceptibles.

Nous ferons remarquer , à cette occasion , que tous les prélats qui gouvernèrent l'église de Rouen pendant le cours du XII' siècle se distinguèrent par leur savoir et entretinrent des relations intimes avec des écrivains ecclésiastiques dont le nom n'a pas péri. Geoffroy , ancien doyen de l'église du Mans, qui devint archevêque de Rouen, était l'ami d'Yves de Chartres, et luimême, si nous nous eu rapportons à Orderic Vital , était remarquable par son éloquence et par son érudition (i). Hugues d'Amiens, qui succéda à Geoffroy, en 1130, sortait de l'abbaye de Cluny et resta lié de la plus étroite amitié avec Pierre le Vénérable , abbé de ce fameux monastère. Si les ouvrages qu'il écrivit pour la défense de la foi contre les hérétiques de son temps ont disparu

(1) HiCf eloquentia et eruditione pollens, elerum et populum eatholice éocuit. -* Orderic Vital , édition de M. Aag. Le Prévost, t. IV» p. 300.

ou D*ont point encore été remis en lamière , on n'en doit pas moins , en l'absence de preuves contraires , s*en tenir au jugement de Robert d€ Torigny , qui le représente comme un personnage très-instruit et a qui Ton devait plusieurs ouvrages écrits dans un style élégant (1). Sou successeur, Rotrou , avait été élève de Gilbert Porée » Tadmirateur enthousiaste de la métaphysique d'Âristote, et lui-même fait bien voir tout le prix qu*il attachait aui éludes par la lettre qu'il écrivit à Henri II pour reiborter à soigner l'éducation de son fils aioé , Henri , qui devait être son héritier. Ce document a été publié avec les œuvres de Pierre de Blois. Nous en citerons quelques passages qui méritent d'être relevés :

c Nous savons , par expérience , tout le profit que votre royaume a tiré de l'éducation libérale que vous avez reçue daus les premières années de votre adolescence. Les autres rois ont l'esprit grossier et sans culture. Vous , au contraire , exercé à l'étude des lettres, vous vous êtes montré prudent dans l'administration des grandes affaires de l'État^ sagace daus vos jugements, réservé dans vos commandements , circonspect dans le

(1) Hic vir magne littérature multa Jocunde edidit, Sigeùerti Gem' blaeensii Chroniea, auctarium,, ann, 1161.

iseil. Aussi , tous nos évèques sonMls d*accord ir désirer que Henri , votre fils et votre héritier ^mptir, soit appliqué à l'étude des lettres, 1 que nous puissions retrouver en lui, quand is ne serez plus, un successeur et pour la ;oité royale et pour la sagesse. Toute la sagesse, effet, est comme résumée dans la littérature, l faut gouverner TÉtat, engager des batailles, cer des camps, construire des machines de Brre, renouveler des retranchements, élever des adelles; sMl faut enfin assurer le repos d*un nple libre, le culte de la justice, le respect des 8, de bonnes relations avec les peuples voisins, \ livres ne fournissent-ils pas à cet égard les »ns les plus parfaites? Un roi sans lettres, c'est I vaisseau sans rames , un oiseau sans ailes. < L'archevêque invoque, à Tappui de sa manière voir, Texemple de Jules César, deSalomon, et lui des princes chrétiens, Constantin^ Théodose, istinien et Léon. Il met son souverain en garde •ntre cette opinion, que Tautorité des rois est ébranlable et qu'ils sont dispensés de soutenir ir leur mérite Féclat de leur position: « La lissance divine n'éprouve pas plus de difficulté changer Tordre de succession de la dynastie la us puissante, qu'à renverser la chaumière 1 pauvre. Qui fut plus puissant en Grèce

qu'Alexandre? Et cependant nous lisons que ce ne fut point son fils qui lui succéda « mais le fils d'une danseuse... > • Donc, poursuit-il, ô très-aimé prince, veillez à ce que votre fils consacre à l'étude des sciences libérales tout le cours de son enfance, en sorte que, grâce à cette bénigne influence, il se dépouille de la malice naturelle à l'homme et s'habitue à régler sa vie par l'exemple des actions dignes de louanges. » Enfin, Gautier, qui monta sur le siège archiépiscopal en 118/t et qui clôt la série de nos archevêques anglo-normands , fut également un prélat d'un grand mérite. Il parait avoir, ainsi que son prédécesseur, connu particulièrement Pierre de Blois, l'un des théologiens les plus émincnts du moyen-âge.

Des hommes qui appréciaient de la sorte l'utilité de la science auraient-ils pu , si l'on n'y avait avisé avant eux, laisser leur diocèse dépourvu de tout établissement d'iustruction publique, et le clergé exposé à une ignorance qui n'eût pas manqué de compromettre la dignité de son ministère ?

N'oublions pas d'ailleurs que le XIV siècle est une époque de renaissance pour les lettres: c'est le siècle d'Abailard, que nous citons ici, non comme la plus éclatante célébrité de son temps, mais comme une des figures les plus propres à

nous en faire comprendre le caractère. Cette ardeur excessive de connaitre qui le possédait , la gloire quMl avait en vue et qu'il obtint , au prix de sa tranquillité et de son bonheur, par son enseignement nomade, ces cours qu'il alla établir en tant de lieux , au milieu d*un nombre extraordinaire de disciples accourus de tous pays , ne sontrce pas là des signes certains de la faveur dont jouissaient alors la science et les personnes qui faisaient profession de l'enseigner? Une telle époque , illustrée pai' les noms de saint Bernard et de Suger , par l'entreprise des Croisades , par l'affranchissement des communes, se distingue trèsnettement des temps barbares, bien que, dans plusieurs de ses œuvres et de ses institutions , on puisse encore signaler quelques traces de barbarie.

< Personne, dit M. Léopold Delisle, nMgnore de quel éclat avaient brillé les écoles normandes sous les ducs-rois d'Angleterre. * Loin de penser qu'il y ait eu , à leur égard , progrès au XIIP siècle , cet auteur est porté à supposer , d'après le silence que garde sur leur compte le Registre des visites d'Eudes Rigaud, qu'elles étaient en décadence sous le règne de saint Louis. Mais cette décadence , il ne faut pas s'y méprendre , n'était pas générale; si les écoles monastiques étaient

abandonnées, c'est qu'on trouvait ailleurs Vinstruction dont elles avaient été les premières dispensatrices, c'est que T Université de Paris jouissait alors d'un renom sans égal et tendait à tout absorber.

Le premier maître des écoles de Rouen dont nous ayons trouvé une mention positive est Gislcbert , qui signe comme témoin avec GeoSh>y, doyen de la cathédrale , à une charte de Farcfaevêque Hugues d'Amiens, en faveur des religieux de St-Geoi^cs-de-Boscherville , charte datée de liai (1). Il prend le titre de Rothomagensh studii magister. Sa signature précède celle des archidiacres , du sacriste et du chantre. Sous le même prélat , et à quelques années seulement de distance, nous trouvons Laurent, dont le nom figure avec la qualification de scolarum magister, à la suite de ceux du doyen , du chantre et même du sacriste de la cathédrale , dans des chartes qui portent les dates de lUO, 11/12, 1145 (2). Peutêtre ne faut-il pas le distinguer du personnage du même nom qui devint archidiacre et dont il est fait mention au Gartulaire de Notre-Dame de

(4) S. ego GisUberttis , Roilwmagemtiê studii nuigister, suberifi ( sic). Arch de la S.-Inf. F. de St-Oeorges-de-Boscfaerville.

(2) Ibid. Gartulaire de St-Wandrille, ^^ ii, ii.— F. de Beanbec, charte originale.

Rouen, comme ayant fait don au chapitre de la moitié de sa bibliothèque (1).

Laurent eut pour successeur , et pour successeur immédiat , selon toute vraisemblance , un nommé Rainier, qualifié de chanoine de Rouen et de maître des écoles, c II parott , dit le P. Pommeraye, de plusieurs pièces du prieuré de Sausseuse , quMl a possédé cette dignité plus de AS ans, sçavoir depuis Tan 1162 jusques en 120/i, où il est appelé avec le titre de maistre des écoles (2). •

On conserve aux archives de la Seine-Inférieure quelques documents qui concernent ce personnage. Dans les lettres qu^il lui adresse et où il rend hommage à sa science et à T honnêteté de sa conduite, Tarcbevéque de Rouen, Hugues, fait don à son cher fils Raiuier de la terre de St- Romainetde la chapelle qui en dépendait, moyennant une rente annuelle de 5 sous roumois, à payer à Tarchevèché. Cette donation fut confirmée par Henri , cardinal de St-Nérée et de St-Acbille^ l^at du Siège apostolique, et peu de temps après par le pape Alexandre III (3).

(1) BlbL de Rouen. Gartal. de N.-D. , f^ ut : Midietas Mbliotkeee quam dédit Laureneius arehidiaeonuà et mistale domini WaUranU (î) BUt, de Céglise cathédrale de Rouen, 1686, p. AOO. ('â) BibL de Rouen. CartuL de N.-D., t" lxxtiii v* , et charte origi-

Rainier , de son côté , fit don à T église de Rouen de ce que lui avait donné l'archevêque Hugues , à chaîne par les chanoines de faire célébrer un anniversaire pour le salut de son âme. La charte de confirmation de cette donation, par Tarchevèque Gautier de Coutances, porte la date du 8 des ides de septembre 1207 (1). Elle a dû suivre d'assez près la mort de Rainier. Après lui, le titre de inaître des écoles cesse d'être en usage ; c'est le chancelier qui en remplit les fonctions, ou, pour parler plus exactement, le maître des écoles n'est plus un membre du chapitre ; pris en dehors de ses rangs, il est soumis à la surveillance de l'un de ses dignitaires et reçoit de lui ses lettres de nomination (2). Ce changement parait coïncider avec la conquête de la Normandie par

nale aux arch. de la S.-Inf. La bulle est datée de Sens, 7 det calendei de juillet.

(i) Magiitro Renero pie memorie quondam eanonico Rotham, ma» giitro scolarunu 1208. Arch. de la S.-Inf. F. du chapitre; chapelle de St-Romain.

(3) Joly fait remarquer que la charge d'écolâtre était autrefois comme un degré pour parvenir plus haut, souvent aux évéchés. H cite Alcuin, précepteur de Charlemagne, depuis abbé de St-Martin de Tours ;~Gerbert| pape sous le nom de Svlvcstre II, écolâtre de Reims, avant d*en devenir évêque; saint Bruno, fondateur de Tordre des Chartreux, d'abord écolâtre de la même ville. Dans les églises d*Italie, la charge de maître des écoles était réputée Tune des plus importantes dignités capitulaires.

Philippe Auguste ; mais nous n'en pouvons saisir ni les causes ni les conséquences.

Les écoles dont Rainier avait la direction étaient-elles encore auprès de la cathédrale, suivant Tancienne coutume, ou bien avaient-elles été déjà transférées dans la rue où nous les voyons établies plus tard et qui porte encore aujourd'hui et depuis longtemps le nom de rue de TÉcole? La seule chose que nous puissions affirmer , c'est qu'elles y étaient dès 1227. Elles sont très-clairement désignées dans une charte de cette annéelà, comme se trouvant sur la paroisse St-Laurent, m vico desuper Fossetum. La maison affectée aux classes n'était pas encore la propriété du chapitre, ce qui paraîtrait indiquer que le déplacement des écoles ne remontait pas à une époque fort éloignée. Il résulte de cette charte de 1227 qu'un tiers de la maison en question appartenait aux religieux du Mont-aux-Malades, et que le reste leur fut alors fieffé par un bourgeois de Rouen, Jean Néel, fils de Guillaume Néel et de Deire (1).

(1) Dua$ partes quas habebat in tenemento ilto in quo est scola grammaticet cujus tenementi ipsi habent tereiam partem de dono Gauteri de Urmellis titi in jam dicto vico inter domum Roberti Le Gableir et domum Roberti de la Pomereie^ sicut se proportat a vico ante tuque ad terram Stephani Blondet et usque ad tenementum Agnetis Guales per rétro y novembre 1227. Arcb. de la S.-Inf. F. du Mont-aax-Malades.

Nous devons à Tobligeance de M. Léopold Delisle la connaissance et la commiiDication d'un manuscrit du XIIP siècle, déposé à la Bibliothèqoe nationale, qui n'est autre chose que le livre d*aD clerc de Técole de grammaire de Rouen (1). Les plaisanteries, d'un goût grossier, quMl s*est amusé à écrire sur les Teuillesde garde, foumissent quelques détails qui ne sont point à négliger. — On enseignait à cette école la grammaire et la logique; on y comptait deux cents clercs environ, dont Tinstruction était confiée à un magister et à un vice-magister. On y venait jusque de Vernon. Du côté opposé, de nombreux écoliers y arrivaient par le bateau de Bouille, mode ancien de communication entre Rouen et la Basse -Normandie. Ajonterons-nous que les classes commençaient de grand matin, qu'il y Taisait très-Troid en hiver! Les plaintes de cet écolier n'ont rien de nouveau: ce sont celles des écoliers de tous les temps. Mais , sans attacher trop d'importance à son témoignage , nous pouvons nous tenir pour assuré qu'on était loin d'avoir pour la jeunesse les ménagements qui sont exigés de nos jours. On la soumettait à un régime austère et rigoureux, et ce système a persisté longtemps dans certains

(1} F. latin, 768S.

collèges , à celai de Montaigu notamment. Quant à la disposition intérieure du local , elle devait être des plus simples. Ce ne fut qu'en i/i&9 qu'on se décida à planchéier les classes , ut scolares ibidem honestius et decentius sedere et studere valeatU (1).

Nous revenons au manuscrit de notre écolier, et , sans nous arrêter plus longtemps aux feuilles de garde , signalons parmi les divers ouvrages dont il se compose, une partie de ceux qui devaient servir de base à renseignement de Técole capitulaire. Ce sont les traités/)^ rmtura^ — De interprelatione vocabulorum per alphabctum distinctorum de homine ^ mundo, et de omnibus que in eo suut, et Touvrage d'Alexandre de Villedieu , Mi^'us Alphabetum de expositionibus dic^ tionum.

Le nom de grammaire, par lequel on qualifiait cette école , ne doit pas nous faire illusion. Le mot de grammaire désigne un des sept arts libéraux et doit s'entendre dans le sens qu'on lui donnait autrefois. Le juif Philou définissait ainsi la grammaire, dans son livre De Cotigressu quœ^ reixdœ eruditionis gratia : Écrire et lire sont des

(1) Pour payer ce travail, on fit une quête chei les siégien et les parents des élèfes. Arch« de la S.-Inf. Fé du chapitre, Beg* capitul., 29mailA&9.

parties de cette grammaire d'an ordre iorérieur, que quelques-uns, par une altération du mot, appellent grammatistica ; la grammaire d* un ordre plus élevé comprend l'explication des poètes et des orateurs (1). » Saint Augustin entendait la grammaire dans le même sens, lorsqu'il disait dans ses Confessions : c J'étais passionné pour la langue latine telle que l'enseignent, non les premiers maîtres , mais ceux que l'on appelle grammairiens [(jrammatici)\ ca» ces éléments où l'on apprend à lire, écrire, compter, ne me donnaient pas moins d'ennuis et de tourments que toutes mes études grecques (2). • < La grammaire, dit à son tour Athalaric au Sénat romain en ordonnant le paiement régulier des traitements alloués aux professeurs publics, la grammaire est le fondement des lettres, l'ornement du genre humain , la maîtresse de la parole ; par l'exercice des bonnes lectures, elle nous éclaire de tous les conseils de l'antiquité; les rois barbares ne la connaissent pas , elle demeure fidèle aux maîtres légitimes du monde (3). • Un homme d'un nom

(1) Teite cité par Joly, p. 311. — Ce Uaité se troaTe compris dans rédition gréco-latine des œuyres de Philon. Paris, 1640, 2* partie.

(2) Adamaveram enim litteras latinas, non quas primi magUtri^ tc4 quas dotent qui grammaiici voctmtur, — Les Confession» de saint Au- Justin t édition et traduction de M. L. Moreau, 3* édition, p. 26.

(3) Oianam, Études germaniqua^ U II, p. 393.

moins retentissant, mais plus classique, Despautère, en sa Syntaxe en prose, définit encore la grammaire : c L'art d'écrire et de parler correctement, art comprenant l'explication des poètes, source féconde de toutes les sciences (1). i La grammaire se distinguait de la philosophie (2). Cette distinction, parfaitement établie du temps d'Alcuin, Tétait également aux époques plus récentes du moyen-âge, et nous doutons fort qu'on ait , pendant longtemps, enseigné autre chose aux élèves de l'école de grammaire de Rouen que la langue latine à l'aide des poètes et des historiens classiques, c'est-à-dire ce qui faisait l'objet principal des classes dans nos collèges, depuis la huitième jusqu'à la rhétorique inclusivement. Le livre d'un des rhéteurs de l'Empire, Donatus^ connu sous le nom de Donnest^ faisait le texte principal des leçons ; aussi ce nom servait-il à les caractériser. On y ajouta cependant, au moins vers la fin du XV* siècle, renseignement de la logique. Une école spéciale était ouverte pour l'étude de la musique, l'un des sept arts libéraux de l'antiquité; elle était soumise à l'autorité du

(1) Texte cité par Joly , p. 3I&.

()) Aa collège de Navarre, on distinguait trois sortes d^écoliers: les liomanistes , grammatici; les philosophes, ariina ; les théologiensi theologici, Joly, p. 326 et 327.

chantre de la cathédrale, lequel en nommait le maître ou le gouverneur (1).

L'école de grammaire était placée sous le patronage de saint Nicolas. Aussi , voyons-nous qu*uu sermon solennel y fut prononcé en Thonneur de ce saint , le jour de sa Tète , le 6 décembre 1&66 (2).

Les cours de cette école se faisaient par un principal , mattre es arts, que le chancelier nommait généralement pour trois ans, et par des siégiers ou professeurs dont celui-ci se réservait la nomination , mais dont le plus souvent il laissait le choix à la disposition du principal (3). L'enseignement du Donnest appartenait à cette

(i) Jean Le Jongleur, mattre de Técole de chant, 49 joiHet 1A06 ; gouverneur du chant de la ville, là07. Ârch« de la S.-lBf. Garti de N.-D., f<" IV v*>, cxxv V*. Feu messire Eustachc Turquetil, maître de Técole de chant de Houen, ià37. Ibid,, F. du chapitre.

(S) Arch. de la S.-Int F. du chapitre , Reg. capituU, A déc id06.

(3) Jean de Bautot, siégier en Pécole de grammaire de Rouen, iâOS* Tabell. de Rouen, Reg. xiii, ^GLXuv. Jean deBaville, derc de RoueD. bachelier es arts, nommé siégier à ladite école , prête serment dietam sedem et puer os ad eamdem venientts im bonU moribus et $eiemtia juxta po$$e instruere et pacem inter alios êessores et pueroa êerporôf 22 sept. 1^13. Arch. de la S.-Inr. Reg. capitul. — Feu maître Jean Loste, en son vivant siégier de Técole de grammaire, iAS3. Tabell* de Rouen, Reg. xx, f" cxcviii v**. Pierre Butor, siégier en réeoie de grammaire , donne une rente aux religieux de la Madeldiie» pov être enterré à St-Mor « où lesdits religieux avoient accoustumé d*estre enterrés. > 27 mai 1439. Tabell. de Rouen.

école, par privilège , de même que l'enseignement do chant à Técole qui dépendait du chantre de la cathédrale (1).

Le chapitre de Rouen attachait une grande importance à la conservation de cette prérogative ; il la défendit avec assez de succès jusqu'à

(1) Pour les en&iits de cbœur de Ja cathédrale, on yoit qu'il y a?aU an maître de grammaire particulier. Le 29 août 1467, on se plaint au chapitre de ce que les enftunts de chœur n'apprenaient rien de grammatiea «f pamm dt caniu et de ce que leur maitre les appelait « Poorcfaeaax-Dieu », mot par lequel il paraissait leur reprocher ce qu'ils mangeaienU Le 29 mars 1537, Guillaume Thibaut, prêtre, offre d'instruire les choristes in fframmatieatibua. Le 6 mai 15àl, on Toit fixera 10 1. par an le traitement du maitre in grammaticuiibus des enfants de chœur. En 1586, un jeune homme docte, Nicole Cavelier, d'abord maitre d*école à Rouen , plus tard curé de St-Vincent , fut Bommé, sor la désignation de M. Digues , grand archidiacre , précepteur et maître de grammaire des enfiints de chœur, charge qu'il remplissait encore en 1592. Le 25 octobre 1597, Michel Gautier, prêtre, fut reça poor enseigner les enfants en la langue latine, à raison de

10 écas par an. Parmi les lirres fournis par le chapitre, à Eustache Picot, maitre des enfants de chœur , décédé en 160Â , on ?oit figurer les œuTres de Plutarque en français, deux petits tomes des œuvres de saint Augustin , six livres de motets de musique de Penr. , et cinq antres livres de motets d'Orlande de Lassus. Il y avait eu une école particulière de chant pour le prieuré de St-Lo. Une charte de l'archevêque Roirou termina le différend qui s'était élevé au sujet de cette école, entre Pierre, chantre de l'église de Rouen, et le prieur Robert.

11 fut décidé que le chantre Pierre et ses successeurs paieraient 20 s. par an an prieur^ et que celui-ci renoncerait à la chantrerie. Cependant, en 1A53, il s'éleva un nouveau procès à l'ofiicialité , entre les religieux de St-Lo et Robert Âcart , prêtre , recteur des écoles de chant de Rouen. Ârch. de la S,-Int F, du chapitre.

la fin du XIY* siècle. En 1390 , nous le vpyous avoir affaire à deux clercs , Jean Pimout et Thomas Périer, qui s'étaient avisés de montrer, sans sa permission , à quelques enrauts de la paroisse St-Ouen , le chant et la grammaire. Il leur fit représenter qu'ils agissaient en cela contrairement à une coutume ancienne , notoire et approuvée, suivant laquelle personne, quelle que Tût sa condition , ne pouvait enseigner ni Tun ni Tautre de ces arts , ni publiquement ui même secrètement, à l'intérieur de la ville, sans le consentement exprès du chantre et du chancelier de la cathédrale. 11 Tallait que le droit de ces deux «dignitaires fût clairement établi, puisque Jean Pimont et Thomas Périer le reconnurent sans trop de difficulté, et qu'ils se soumirent même à une amende envers le chapitre , comme s'étant rendus coupables envers son autorité (1).

(1) Arch. de la S.-Inf. F. du chapitre, tleg. capkul., 19 oct. 4S90: t Anno Domini m* cee, uonagesimo , die six* mentis octobrii Joannes de Pimont et Thomas Périer^ cleriei ad présent commorantes in parroehiali ecclesia seu parrochia S, Âudoeni Rothom. àtati contra dominos decanum et capitulum eeclesie Rothom, super eo quod^ licet de antiqua consuetudine , notoria ac eciam approbata, êit omcessum quod nuUus in civitate, suburbio et banleuca Rothom,, cujuS' eunque conditionis existens , artem grammatice et eantus docere vel audire présumât publiée vel occulte^ nisi de dominorum cantoris et canccHarii dicte Rûthomagensis eeclesie aut gramaticalium et eantus

— ffî —

Après cela , il paraîtra singulier que la maisou des écoles n'ait été achetée qu'à nue époque relativement récente, dans la seconde moitié du XIV' siècle , par Jean de Pontoise , chancelier de la cathédrale et chargé, en cette qualité , de la direction de renseignement. 11 en fit don aux chanoines, à charge de services religieux, et promit de la faire amortir par le Roi et à ses dépens, le 28 juin 1379 (1). Le i*' juillet suivant, on apporta dans la salle capitulaire le contrat d'acquisition de cette maison,

tcoUarum Rothom, rectorU lieentia iptciati, nichilaminus tamen dieti Johannes de Pimont et Thoma» Perier contra dietam con$uetudinem pueros atiquos infra dietam parrochiam S, Àudoeni in prefatx» gramatice et eantus artibui docere et instituere , ntUta ex parte iptorutn a daminis eantore, canceilario seu rectoribut prediciis super hoc petita iieentia et obtenta, in ipsorum dominorum cantorii , cancellarii et scoUarum iuarum dampnum et prejudiciumt presumpse' runt , super et pro quitus voluntarie dicti Johannes et Thomas fecerunt emendam dominis decano et capitula dicte Rothom, ecclesie in capitula mo, dictisque cantori et canceilario , ad eorum votuntatem^ et cum hoc ipsi Johannes et Thomas promiserunt bona fide dictis dominis decano et capitula ac cantori et canceilario de cetera pueros atiquos infra dietam parrochiam S, Audoeni seu loca predicta in prefatis gramatice et eantus artibus docere, •

(1) c Honorable et discrète personne M« Jean de Pontoise, chancelier et chanoine de la grant église de Rouen, donne au chapitre pour le salut de son ftme, à charge de chanter chacun an , etc. , une maifton en la paroisse St-Laurent de Rouen, où Ten a accoustumé à tenir Técole de granunaire >, 38 juin iS79. Arch. de la S.-Inr. Cart de Notre-Dame, n» 8 , ^ 135.

qm s*éuit renooBtre pami les papiers de la soccessîoo de ce fhaani^e . !>.

A quel propos le dnpitre eot-fl procès pour les écoles . au plaids du maire , en TaDDée 1S80? Ce procès nous est révélé par la mentioii sQÎTaDte, que nous empruntons aux comptes du cUrr de tiUe 2; : t //W4, le xtT jour de réfrier, les plés du maire furent, et œ jouMâ la cause des escolles pledie. •

Nouveau procès en 1SS5 , comme on le voit par un autre compte du même derc de ville: c Item . baillé à Jehan Le Tavernier et Mahiet Tourgis, pour avoir unes lettres comme la main (lu Roi Tut levée des escoUes de grammaire. * Serait-ce faire une trop large part à la codjecture que de supposer que ces écoles avaient été mises sous la main du Roi^ en punition de la révolte de la Harelle, révolte à laquelle les écoliers n'avaient pas dû manquer de se mêler? A cette époque , comme dans tous les temps , la jeunesse des écoles se montra inconsidérément portée pour les idées d'émancipation et de progrès ; elle revendiqua avec emportement ces institutions libérales qui , après avoir fait pendant

(1) Arcb. de la S.-Int F. da chapitre. R«g. capital.

(2) Gerc chargé de la recette des droits dus au chapitre de Raaen t ft l'intérieur de la ville.

>lusieurs années Tespérance de la portion la pins éclairée de la nation , avaient si misérablement ivorté sous le règne de Jean le Bon , au milieu les hontes de IMnvasion et de la guerre civile.

En cette année 1385, c'était maître Jean Duval, clerc, qui était à la tête de cette école. Le 15 ivril 1385, les chanoines Ini baillèrent la maison [x>ur 30 1. 1. par an ; mais, comme ils appréciaient sa capacité et son savoir, ils décidèrent , afin ie l'attacher davantage à ses fonctions, de lui Taire an rabais de 100 sous par an sur le prix de son bail , en lui imposant comme condition qu'il gouvernerait lui-même Técole. Duval eut pour successeurs Guillaume Clément , que nous voyons qualifié, dans un registre des délibérations du chapitre , de « maître des écoles de grammaire de la ville de Rouen » , mort en 1388 , Thomas Torel , et Nicolas Goupequesne , maître es arts et bachelier en théologie (1).

Le bail que nous venons de citer nous indique une particularité intéressante de l'organisation de renseignement dans la ville de Rouen. La maison des écoles était la propriété du chapitre, tandis que la nomination du maître et la surveil-

(1) Arch. de la S.-Int F. du chapiU^ Reg» capitul., 15 avril 1385, à mai 1388. — Torel, maître en sepU 1413 ; Goupequesne, le 37 nov,

lance des écoles reD traient dans les fonctions de Tun de ses membres , le chancelier. Ce dernier dépendait de ses confrères par la condition qui lui était imposée de ne faire tenir les classes que dans la maison capitulaire de la paroisse St-Laurent. Cela venait sans doute de ce que les cha* noines Tavaient reçue uniquement pour cet usage, et que, par suite de sa disposition intérieure, elle n'eût pu être louée que difficilement à des particuliers. Quoi qu'il en soit, pour un motif ou pour un autre , cette dépendance se trouvait nettement établie au XY* siècle. Le 2 juillet i/ï32, les chanoines obtiennent du chancelier Gilles Deschamps rengagement de ne conférer dorénavant les écoles qu'à un maître qui promettra de les tenir dans leur maison , en devenant leur locataire. Nous voyous cet engagement renouvelé en l/iâ6. Le chancelier reconnaît que le maître choisi par lui ne pourra régenter que dans la maison capitulaire, ainsi que le voulait Tusage. Cette obligation finit même par entrer dans la formule du serment que devait prêter le chancelier au moment de la prise de possession de sa dignité. Ce fut la source d'éternelles discordes qui exercèrent la plus fâcheuse influence sur l'école de grammaire.

Il y eut , il est vrai , d'autres causes de déca-

dence. II faut citer, en premier lieu , le schisme qui troubla TÉglise et la société sous les règnes de Charles Y et de Charles YI. Comment Tinstruction publique n'eût-elle pas subi, à Rouen ^ une crise Tuneste, lorsque nous voyons dans l'abandon toutes les écoles de France, et même rUniversité de Paris, qui imprimait le mouvement et donnait la vie à tout le reste?

Le religieux de St-Denis, dans ses chroniques, Tait connaître en ces termes les déplorables effets du règne de Tantipape Clément YI : c Les écoles du royaume, jadis si florissantes et si Técondes en savants qu'on avoit jusqu'alors appelés au gouvernement de rËtat , étoient réduites à une complète nullité. L'Université de Paris, cette tendre mère de tous les arts libéraux, pleuroit la perte des enfants qu'elle avoit nourris du lait de la science ; ils abandonnoient le sein de leur mère et passoient à l'étranger, n'ayant pas de père spirituel qui les secourût dans leur détresse > (1 ).

Il faut aussi faire entrer en ligne de compte les épidémies qui, à différentes reprises, désolèrent la ville de Rouen, et les malheurs de tout genre qui furent la conséquence de l'occupation de la Normandie par les étrangers.

Ainsi, le 10 novembre 1^16, le mattre des

(i) V, rédition de M. Bellagaet, dans les Docum$nU inédite^

écoles, Jean Uaucharl (l), doDua sa démissioD, parce qu'il y avait peu ou poiot d'écoliers à cause de répidémie. Le 20 avril i/i20, les cbanoioes consentent à ce que, pendant trois ans, le mailre des écoles , Mathieu Neveu , ne leur paie que 16 1. au lieu de 25 , en considération de la grande diminution qu'on observait dans le nombre des écoliers, par suite des guerres, de la mortalité et de misères infinies (2). On trouve des indications de la même nature dans des délibérations des 21 juin et 12 novembre l&âS.

Mais toutes ces causes de décadence , si graves qu'on les suppose, ne furent pourtant que secondaires. Elles n'eurent qu'un temps, tandis que les vices inhérents à l'organisation des écoles agirent d'une manière persistante. C'est dans l'anarchie à laquelle fut livrée la direction des écoles, dans le conflit perpétuel des deux autorités auxquelles elles étaient soumises, qu'il faut chercher la cause principale de la chute de l'enseignement à Rouen. Aucune de ces deux autorités, il faut le reconnaître, ne fut exempte de reproche.

(1) Maître es arts et bachelier en théologie, nommé le 12 ayril ihib,

(3) Cum schole grammaticales hujut vetierabilii civiiatiê, oecashne

guerrarum , mortalitalis €t quamplurimarum miseriarum et tempci-

tatum ad magnam diminucionem pervenerint, Ârch. de la S.-Inf> Reg.

capitul., à la date indiquée.

(3) Jbid, Rcg. capitul., aux dates indiquées.

Si le chapitre eût été animé d* intentions véritablement libérales, il eût sacrifié sans hésitation le bénéfice pécuniaire qu'il tirait de la maison afiectée aux études, et il eût mis sa gloire à établir sur une base large et solide renseignement supérieur dans la capitale de la province. Dans une question où il s'agissait d'un intérêt si élevé, le loyer semble Tavoir préoccupé plus que de raison. D'une autre part, le chancelier ne se fit pas une idée assez haute de la mission qui lui était confiée de diriger les écoles de la ville. Aux conditions que les chanoines imposaient aux professeurs , en qualité de propriétaires, il en ajoutait de son chef qui n'étaient guère moins onéreuses. C'était sur les maîtres qu'il se déchargeait de la double obligation, à laquelle il était tenu, en conséquence de sa charge , de fournir à l'église métropolitaine la table ornée du crucifix dont était décoré le cierge pascal , et d'offrir un régal aux chanoines à l'un des jours de l'Avent oii l'on chantait l'antienne 0 Sapieniia ! régal que l'on appelait pour cette raison l'Odu chancelier (1). Cet esprit de lésinerie eut pour effet de rendre extrêmement précaire la condition des maîtres , d'éloigner les élèves au profit de la ville de Paris, qui les appelait

(i) Objet d*une soixanlaine de sous. Reg. capital., Si jain 1688.

dans son sein avec ses établissements d'instruction publique, pourvus des meilleurs maîtres de Tépoque et plus libéralement organisés.

Les défauts de rinstitution, il Tant le dire, furent encore aggravés par l'incapacité et par la mauvaise conduite de Robert Morelet , qui , pendant trentetrois ans, de ilikO à l/i7â. Tut en possession de la dignité de chancelier. Sous son administration, les écoles furent complètement négligées , confiées à des maftres incapables, auxquels étaient imposées des conditions secrètes et onéreuses qui donnaient à la nomination des mattres plutôt le caractère d'un bail que d'une collation de bénéfice (1). Aussi voyons-nous les chanoines gourmander sévèrement le chancelier, faire informer sur sa conduite, le contraindre à subir des engagements que sans cesse celui-ci essayait de rompre, et l'assujettir à une sorte de tutelle qui , pour être formulée en des termes honorables , n'en était pas moins une grave atteinte aux prérogatives de sa dignité. Le cardinal de Luxembourg , affligé de cette lutte peu édifiante, s'efibrça vainement d'y mettre un terme, en proposant de confier à une commission le soin d'étudier les mesures à prendre pour la réforme

(I) Le chapitre nomma pour principal de Técole de grammaire Robert Masselin, le 29 août 4 àài.

des écoles , et en recommandant aux suffrages des chanoines et du chancelier un vénérable maître nouvellement arrivé à Rouen , Alain Olivier , qui paraissait disposé à accepter la direction des classes, moyennant une diminution des charges (1). L'intervention du prélat Tut refusée, et le désordre continua.

Au milieu de tons ces débats, dont il serait fastidieux de raconter tous les détails, des écoles particulières pour le Donnest et au-dessus du Donnest s'élevaient en concurrence avec Técole privilégiée (2). Dès l/i36, le chapitre s'en était plaint avec énergie, comme d'une innovation qui pouvait avoir des conséquences funestes. En l/i/(2, un nommé Jean Dubois, maître es arts, s' étant

{{) Alain Olivier mourut à Rouen et fut enterré au transept nord de la cathédrale, où se voit encore sa tombe ayec cette inscription :

CT GIST TUIBHABLB ET DISCRBTB PBBSONHB MBSSIBB ALAIH OLIVIBB MAISTBK IR AR8 BT DOCTEUR EN TBBOLOGIB EXCELLENT EH SON VIVANT CHANOINE DE CESTB iCLISB BT CUBÉ DE 8AINGT MARTIN AUX BUDNEAUX QUI TBBSPASSA L*AN MIL CCCC LXVI LB XI* JOUR DE MAY PRIEZ DIEU POUB LUT.

Dans son testament, Nicolas Grenier exprime le désir d'être enterré près de la sépulture d'Alain Olivier. V. son testament du 16 décembre 1498.— Arch. de la S.-Inr. F. du chapitre.

(3) Des chapelains de la cathédrale et même des chanoines en- ▼oy aient leurs clercs à des écoles particu/ièrcs. Reg. capitul. Délib. du paois d'avril iA88.

établi à Rouen comme instituteur et ayant réussi à rassembler autour de lui un certain nombre d'écoliers, Gérard Thomas, bachelier en théologie, recteur des grandes écoles, le poursuivit devant ToSicialité et obtint gain de cause. Dans la sentence quMI rendit, Tofficial, prenant en considération les besoins du temps si troublé et si agité que Ton traversait, Tintérèt public, les prérogatives et les droits du chancelier et du mattre par lui nommé, déclara qu'il n'était permis à personne d'ouvrir, dans l'enceinte de la ville, une école publique pour l'enseignement de la grammaire et de la logique, à partir du Donnest et au-dessus, sans une permission expresse du chancelier et du mattre des grandes écoles , sauf toutefois l'autorité de l'archevêque et de ses vicaires. En conséquence, il condamna Jean Dubois à cesser ses leçons jusqu'à ce qu'il eût obtenu l'autorisation requise. Mais, en même temps, il obligea Gérard Thomas à l'accorder, si elle était sollicitée humblement, et si, d'ailleurs, il était établi par le témoignage de gens dignes de foi et experts que l'impétrant possédait les qualités et les connaissances nécessaires. Cette autorisation devait être valable pour 5 ans. Pendant ce temps, Gérard Thomas aurait droit de percevoir des écoliers boursiers et non boursiers de son con*

— iorr —

current^ étudiant le Donnest et au-dessus, à TexceptioD toutefois des pauvres qui étaient enseignés gratis pro Deo^ une somme de k s. t. par an ; il lui serait permis de les contraindre au paiement de cette contribution par la saisie de leurs biens et par les autres voies juridiques. La liste de tous les élèves, avec Tindication de leurs noms et surnoms, devait lui être remise. De plus, Jean Dubois prenait rengagement de comparaître , avec les plus avancés de sa classe, aux actes solennels des grandes écoles de grammaire , prœsertim in coUacionibus dictaminibus et quolibet is (1). Cette concession faite à renseignement libre eut vraisemblablement pour résultat d'enhardir les professeurs. Ce qui est certain, c'est que, quelques années plus tard, le nombre des écoles s'était considérablement accru et que les élèves y affluaient. 11 était temps pour le chapitre de renoncer à son privilège, sMl voulait avoir le bénéfice d'une abdication volontaire, ou d'aviser aux moyens de le défendre , s'il croyait sa dignité et la moralité publique intéressées à sa conservation. Cette question se présenta dans presque tous les diocèses, ici un peu plus tôt, là un peu plus tard,

(i) Arcb. de la S.-Inr. F. du chapitre, Sentencin data per offieialem Rothomagensem tuper facto scolarum gramaticalium, 24 octobre iàÂS, à la fin du Reg. capitul., l&4i-iiïÂ5.

et elle reçut des solutions diverses. Les chaDoines de Rouen se décidèrent pour la résistance, et ils engagèrent contre les maîtres particuliers une lutte qui fut portée devant différentes juridictions et se prolongea avec des alternatives de succès et de défaite. Ils commencèrent par avertir les maîtres qu'eu enseignant au-dessus du Donnest ils empiétaient sur leurs privilèges, puis ils excitèrent contre eux le chancelier, dont les intérêts étaient également menacés , et , comme celui-ci , peu satisfait de ses confrères et n'attachant, selon toute vraisemblance, qu'une assez médiocre importance à un monopole qui, jusqu'alors, lui avait causé plus d'embarras qu'il ne lui avait rapporté de profit, n'entrait qu'à demi dans leurs vues, ils le pressèrent de les subroger à ses droits sur les écoles , afin qu'ils pussent , avec plus de chances de succès , se charger de l'affaire et engager le procès à leurs risques et périls ( 13 février 1450). Bientôt, voyant Morelet persister dans sou apathie et les écoles demeurer sans élèves et sans maîtres, ils y nommèrent, de leur propre autorité, uu nommé Nicolas Marc, lui donnant pouvoir d'instituer des siégiers. Peu de temps après , celui-ci s'étant retiré , ils proposèrent les écoles pour trois ans à deux maîtres, J. Tiessé et P. Vymont.

Malgré la répugnance qu'ils avaient d'abord témoignée à faire intervenir Tautorité archiépiscopale dans une affaire de cette nature, ils se décidèrent à avoir recours à Tarcbevêque Raoul Roussel, qu'ils avaient presque tous connu comme confrère, et avec lequel ils n'avaient cessé d'avoir les meilleurs rapports. Il leur fut moins favorable qu'ils ne l'espéraient. Aussi, tout en faisant près de lui de nouvelles démarches , déclarèrent-ils qu'à son défaut il fallait s'adresser à l'Hôtel- Commun et à la justice séculière. En attendant, le procès fut porté à l'oflicialité, où nous le voyons soutenu par eux et par le chancelier, qu'ils avaient enfin réussi à rallier à leur cause ( ik janvier 1452; 15 décembre U53).

Le successeur de Raoul Roussel, le cardinal d'Estouteville, s'occupa à son tour de cette interminable affaire. Il venait de mener à bonne fin la réforme de TUniversité de Paris; il semblait que l'ou pouvait tout se promettre de sa haute autorité et de son expérience consommée. Le 6 septembre llibli , s' étant rendu au milieu des chanoines, il demanda au chancelier à quoi tenait que les écoles fussent tellement délaissées. Il ne lui dissimula pas que l'opinion publique s'en prenait à lui de leur décadence (1). Morelet, ne

(4) Arch. de la S.-lDf. Instrumentum visitaiianis capituli^ au Car^ talaire de Philippe d'Alençon, p. 579.

sachant comment se dérendre , consentit à abandonner pour cinq ans au cardinal son droit de direction sur les écoles. Bientôt ce dernier qnittait Rouen, laissant à ses grands-vicaires le soin de prendre toutes les dispositions nécessaires pour relever les cours et ramener les élèves à Técole de grammaire ; mais leur action parait s*ëtre bornée à Taire choix , pour principal , d*nn homme d'une capacité reconnue, Raoul Lemonnier, que nous voyons encore en fonctions le 1& août 1&58. C'était une mesure bonne en soi , mais évidemment insufDsante.

Peu de temps après, les chanoines reprirent le procès contre les écoles particulières et s'adressèrent de nouveau à roflicialité (16 octobre 1A59, 3 septembre 1560). Nous ne savons si ce Tôt le peu de succès qu'ils y obtinrent ou Timpossibilité de Taire exécuter les sentences de ce tribunal qui les détermina à recourir de nouveau à THôtel- Commun. Dès le début, il leur Tallut faire une importante concession aux bourgeois, en l'econnaissant pour recteur maître Robert Duval , que ceux-ci avaient eux-mêmes nommé à cette charge , avec le consentement , il est vrai , du chancelier (16 septembre l/t66). Cependant le nouveau recteur Tut astreint à faire acte de déTérence envers le chapitre et à le prier

de ratifier sa nomination , pro bono publico. Le chapitre, les bourgeois et Duval travaillèrent alors de concert à la défense des écoles publiques et privilégiées contre la ligue des maîtres particuliers, dont les prétentions furent nettement formulées dans un mémoire que nous regrettons de n'avoir pu retrouver. Le 29 novembre 1 466 , Messieurs de F Hôtel-Commun envoyèrent vers Messieurs du Chapitre leur procureur-syndic , Tavocat Robert de Villeneuve. Il leur déclara que la ville avait Tintention de remettre sur un bon pied les écoles générales ; qu'elle en comprenait toute l'importance pour le pays, qu'elle comprenait aussi tous les inconvénients que présenterait le choix d'un recteur peu capable. 11 insista ensuite sur la nécessité qu'il y avait, pour assurer l'existence de cet établissement , d'installer les classes d'une façon convenable, et surtout de ne pas exiger des élèves plus qu'on ne leur demandait aux écoles particulières. C'était , on le voit, indiquer clairement à quelles conditions sages et raisonnables elle entendait accorder son appui aux chanoines. Ces derniers les acceptèrent de bonne grâce. Ils assurèrent qu'ils feraient ce qui dépendrait d'eux pour la prospérité des écoles et qu'ils s'empresseraient de réaliser les améliorations matérielles dont ou leur signalerait la né^

cessité (i). Il fant regarder comme une cooséqueDce de cet accord la défense signifiée , vers cette époque, par ordre du bailli, à tous maîtres, € de s'iogérer de tenir escolles et à tous particuliers de mener enflans que es dites escolles de grammaire au-dessus du Donnest. ■ Il fallut bien, toutefois, admettre quelques exceptions. On reconnut la légalité de Técole de St-Cande-le-Tieux, spéciale pour ceux de TExemption de St-Cande, qui formait, au sein même de la ville, et à quelques pas de la cathédrale , une enclave appartenant au diocèse de Lisieux et soumise à la juridiction spirituelle de Tévëque de cette ville. L'écolâtre de St-Cande pouvait tenir école pour ceux de cette paroisse , même au-dessus du Donnest; on lui contestait seulement la faculté d'admettre à ses classes des élèves des autres paroisses (2). Les religieux de St-Ouen, proprié-

(i) Arch. de la S.-Inf. Reg. capituK, 39 dot. 1^66.

(3) Le 15 mars 1669, Nieolas Grenier, maître des grandes écoles de grammaire, dénonce au chapitre Jean Crespin, chapelain du collège du St-Esprit, maître des écoles de grammaire, qui admettait comme élères, dans Phûtel de Tévéque de Lisieux, des enfants qui notaient pas de rExemption de St-Cande. Dès le lendemain, les chanoines appellent devant eux Jean Crespin, qui reconnaît la férité des foits allégués par Grenier, et, comme il refuse de faire droit à sa réclamation, ils portent contre lui la sentence qui suit : Monemus vos Ma, Johannem Crupin presbyterum in ecciaia nostra beneficiatum S4 gerentem pro reeiore scolarum S, Candidi Senioris Roth, primo , secundo, tercio de

taires ou seigneurs d'une partie de la ville , prétendaient avoir droit d'ouvrir des écoles. L'Échiquier devant qui ils furent poursuivis dé-cida , par provision , que le maître des écoles de St-Ouen , alors tenues à l'Hôpital de St- Ouen , conduirait aux écoles générales ceux de ses élèves qui apprenaient le Donnest et audessus du Donnest ; que là ou lui disposerait une salle particulière où il pourrait Taire la classe. Ses élèves étaient dispensés de rien payer aux maîtres de l'école de grammaire, pourvu qu'ils appartinssent à Tune des trois paroisses de Ste- Croix-St-Ouen , de St-Nicaise et de St- Vivien (20 décembre 1/^66). On réservait à Mgr d'Estou te ville, jirbitre agréé par les parties, le soin de juger le fait principal , la question de savoir si les religieux de St-Ouen avaient droit à des écoles spéciales pour ces paroisses, qui formaient un des principaux et des plus populeux quartiers de la ville. Plus tard , on voit , par une déli-

infra triduum exptlUndo pueros et scolares venientes ad scolas vestroê S, Candidi qui nuper reeesterunt à scolis generalibuM hujus ville et qui non $unt de territorio vestro et prohibemus vobiê ne iptos pueros in dictis vestris scolis reeipiatis^ et ne nos aut jurisdietionem et auctori-' talent nostras in hujusmodi negocio perturtfetis aut perturberi faciatis ad penam suspensionis et excommunicationis quas contra vos er nune prout ex tune et ex tune prout ex nunc ipso facto ferimus in his seriptis et quinquaginta librarum , etc.

bération du chapitre de la cathédrale, que les religieux conclureut uu accord pour trois ans , d*après lequel les élèves étaient astreints à se rendre aux écoles de grammaire. On s*en remettait , pour les gages , à la décision de Tarcheyèque.

Après Duval, la charge de recteur des écoles de grammaire fut confiée à maître Nicolas Grenier, licencié en théologie , pénitentier du diocèse. Ce choix était heureux. Grenier passait pour i trèsexpert es sciences de grammaire , logique et philosophie; il eut soin de nommer pour maîtres siégiers sous lui des maîtres également expers es dictes sciences , de bonne vie et renommée. »

Cependant la dérense du bailli , malgré la publicité qui lui avait été donnée, n'avait pas atteint complètement son but Le débat entre les maîtres particuliers et les écoles Tut porté devant r Échiquier , et , en attendant une solution , la concurrence devint plus vive et plus alarmante pour les intérêts du chapitre. On eut de nouveau recours à la ville. Le 22 juin l/i69 , Guillaume du Désert , Guillaume Auvray, Robert de Croismare , chanoines prébendes en Téglise de Rouen, se rendirent en T Hôtel-Commun. Ils exposèrent, au nom de leurs confrères, la situation précaire des écoles de grammaire et les raisons de

rente nature qui devaient engager les bourgeois à ne pas leur refuser leur protection. Cette requête est, à vrai dire , le docqiQçpt le plus intéressant que nqqs possédions relativement à rbistQire 0e renseignement à Rouen. C'est ce qui DQ^s engage à Ti^palyscr avec quelque détail. « De graqt antienneté , disaient-ils , avoit et debvoit avoir en icelle ville escoUes générales communes , lieu propre pour les tenir , appar- ;enaqtfipdit chappitre^et aussi avoit-on accousmm0 ordofiner grand maistre etsoubz luy autres maîtres particuliers nommez stergiers tous clercs et eiçers pour mopstrer aux enfans desdits bourgois et babitans d'ic^le , qui tous y debvoient venir , et les instruire en bonnes mœurs et en la science de fframmaire^ logique et philosophie^ sans ce que les dis enCans, depuis quMls estoient entrez et commencez à lire et apprendre le Z>(?/2n^j/ , allassent es autres petites escolles, excepté en celle de TEi^emption de St-Cpndele-Yieil , en laquelle les enf^DS dUcelle paroisse avoient accpustumé aller et apprendre de toutes les dictes sciences, lesquelles grans et gênéraUes esçplles qyoieqt esté de grant et honorable renommée pour la dicte ville , utillité et proufict pour les enfaos qui y aUoient estudier,

dont Ias «inçiins par le moyen du )K)n Mevcice

t qui y estoient entretenus estoient parvenus à « estre grans et scientiflques clercs et en gransdc- « grez, dignitez et estats. » Ils exposaient comment la guerre et les dissensions politiques flrent évacuer les écoles, et rappelaient toutes les mesures qu'ils avaient prises afln de les rétablir. Non contents de réparer Tancien bâtiment , ils eu avaient fait construire un nouveau à leurs frais et avaient satisfait au vœu général en confiant la direction des classes à Grenier. Maintenant , pour achever cette réforme , il leur fallait Taide du bailli et le concours et le confort des conseillers bourgeois de la ville, quMls venaient très-instamment solliciter. Le lieutenant du bailli, qui présidait ce jour-là le Conseil , après avoir pris Tavis des gens de la ville , répondit aux délégués du chapitre que les bourgeois n'étaient pas, et n'avaient même jamais été astreints à envoyer contre leur gré leurs enfants aux écoles de grammaire; qu'ils entendaient rester en leur Tranchise t de les envoier c à telles autres, fussent petites ou grandes es- « colles. Ce nonobstant, voyant et comprenant « que ce seroit le profit de leurs enfans d'aller t aux dites grandes escoUes, tant qu'elles seroient « pourvues de bons et notables clercs, comme < le dit Guernier , ils vouloient bien , quant à f présent , que les enfans de la ville allassent y

« étudier, eo payant le prix raisooDable et acf coustumé d'aDcienoeté jusques à tel temps que « bon leur sembleroit, sans ce que ce ue pust € estre ramené à conséquence pour le temps à venir. > Le bailli fut donc invité à interdire aux maîtres des écoles particulières de recevoir les enfants au-delà du Donnest , en maintenant touterois les droits du maître de Técole de St-Gandele-Yieux. Les députés du chapitre Turent satisfaits de cet arrangement ; ils remercièrent les l)ourgeois et reconnurent quMl < estoit bien et < raison que, se les dits bourgois et habitans I voioient qu'il y eust es dites escoUes faulte « de conduicte et que les maîtres voulussent € prendre plus qu'il ne falloit, les bourgois et c habitans y eussent leur regard et provision. » Yoici donc un état de choses nouveau. L'enseignement de l'école de grammaire est placé sous la protection de la ville. Il ne se soutient que grâce à l'intervention municipale. Le droit que le moyen-âge avait admis, ni l'officialité, ni rËchiquier n'avaient voulu le reconnaître. Mais, pour un établissement aussi précieux à la ville, aussi utile à l'Ëglise, pas plus les conseillers de r Hôtel-Commun que le chancelier et le chapitre, ne se montrèrent disposés à faire de généreux sacrifices. Ils firent si bien qu'ils finirent par dés-

hériter le diocèse de la seule école d*iiistracUon secondaire qu*il possédât, et par priver Roaen de cette sorte de snprématie iotellectaelle qoi passa, sans conteste , à la seconde ville de la provioce.

I/école était à peine remise en état, que les chanoines en voulurent un plus haut prix. Ils demandèrent à Grenier dix écns d*or par an (29 octobre 1A70). I^ 2i janvier et le 13 février l&7â , ils sont en procès avec lui à Tofficialité^ au sujet de certains travaux, notamment d*un lutrin qu'il avait fait établir de son chef et dont ils refusaient de lui tenir coibpte.

Le droit de Grenier à régir les écoles, étant fondé sur une nomination obtenue ou exigée du chancelier Morelet, pouvait être considéré comme expiré par le fait même du décès de celui -^^ Ce fut là , sans doute , ce qui donna naissance à un autre procès que Grenier eut à soutenir , peu de temps après la mort de Morelet, avec son successeur, Robert Le Goupil, nommé le 5 janvier l&7/i à la charge de chancelier. Le débat, porté cette fois en cour séculière, se termina par un arrangement à l'amiable (1). L'école fut laissée au principal et à son associé, Jean Lacaille, moyennant une somme de 15 liv. et 100 sous en

(1) Afclu de la S.-lnt F. du chai^ltrê. Reg. espiml;^ t*' jiifllel iàlki

plos pour TantieDDë 0 sapientiai La maîtrise i étant devenue de nouveau vacante par l'avènement d'Étfenne Tuvacbe à la chancellerie, en ll\S% fat sollicitée par un nommé mattre Le Perretel , qoi avait pour lui Id puissante recommandation de Tun des vicaires généraux de Tarcbevëqué (1); Grenier, écarté d'une école qu'il était plue qde tout autre en état de rdeVer, n'abandotma pas pour cela l'enseignement II fut nommé , par l'archevêque, principal du collège des Bons-Enfants, et ce fut peut-être grâce à lui, et par suite de sa directton , que ce collège , où Ton n'enseigtiait qd'ail-déssons du Donrvest^ si même oii y enseigbait, devint un établissement d'un ordre plus élevé. Ce qui nous autorisé à le supposer , c'est que, le h février l/i85, nous voyons Grenier accusé, en plein tihapitre , d'empécber le^ Biims-Enfantli et antres écoliers qui étudiaient avec éuk d'aller à l'école de grammaire. Et quel atitre ptiélettë plausible trouver à ce reproche, sinon que ce jpribcipâil avait établi à l'itatérieur de son collège des cbUill de nature à remplacer ceui de Téctilë dé grbitt-^ malté? On conçoit la défiance déi cbàiityiiréii à Wl égard. En se retirant , Grenier avait emporté avec lui tout ce qui faisait la force de l'école. Les

(i) Arch. de la S.-lDf. F. du chapitre. Reg. capital., SA octobre Mik

espérances qu'on commençait à concevoir ponr son avenir s'évanouirent aussitôt. Dès lors , elle perdit , et pour toujours, la protection de la ville, et les conseillers de rHôtel-Gommnn , en toute occasion, ne manquèrent pas de témoigner une aversion très-prononcée pour le monopole que le chapitre s'efforçait de maintenir quant à Tensei* gnement. Après avoir fait cause commune avec lui pendant quelque temps, ils en vinrent à engager, en cour séculière, un procès contre lui et contre le chancelier. De nombreux professeurs, profitant de la disposition des bourgeois, rouvrirent des écoles , où ils enseignèrent au-dessus du Donnest. De ce nombre était le curé de St-Étiennela-Grand' Église (1). Le chapitre, le chancelier Tuvache et le nouveau maître de Técole de grammaire , Pierre Haize , les ayant poursuivis devant la juridiction ecclésiastique , la ville intervint et prit parti pour renseignement libre. Elle soutint que les bourgeois pouvaient envoyer leurs eniants à telles écoles qu'il leur convenait , qu'ils avaient toujours joui de cette faculté. Elle contesta la compétence du juge ecclésiastique dans une ques-

^i) Arch. de la S.-Inf. F. du chapitre. Reg. capital. , ih ^oût 1685, ih août iA86, iA avril iA87, ik août même année. Voir une sentenoe de Pierre Raoullin, lieutenant général du bailli de Rouen, 15 mars 1487, ibid.

lion de cette nature, et porta la cause devant Pierre Daré, lieutenaDt du bailli de Rouen , Tonctionnaire à la fois administratir et judiciaire , qui rendait la justice au bailliage et présidait les assemblées de ville à T Hôtel-Commun. Daré, qui Tut toujours très-favorable aux bourgeois , saisi par eux de cette affaire , se déclara compétent et défendit à Tofficial d'en connaître (20 octobre l/i89). Nous ne savons en quels termes fut conçu son jugement ; mais il est certain qu'à partir de cette époque tous les efforts qui furent tentés pour relever les écoles générales et privilégiées restèrent sans résultat. Vainement le chancelier, attentif aux devoirs de sa dignité , prit-il soin de nommer pour principal et pour siégiers des maîtres es arts d'une capacité reconnue. Vainement, à son tour, le chapitre s'appliqua-t-il à mettre leurs talents en lumière, en les chargeant des sermons à la cathédrale, aux fêtes les plus solennelles; vainement leur envoyait-il pour élèves ses serviteurs et les chapelains de la cathédrale (1) , pendant que , de son côté , l'archevêque plaçait chez eux des jeunes gens auxquels il s'intéressait et dont il payait la pension. Rien n'y fit. Le principal, Michel Segrie , faute d'écoliers , tomba dans une

'i) Arch. de la S.-lnr. F. du Cliapitre. Reg. capitul., 18 juinlÂ93.

extrême pauvreté et prit le parti de retourner à Paris d*oii on Tayait Tait venir (1). Après lui, Técole ne fit plus que languir. Elle Tut confiée, le 19 juillet 1&98, à deux maîtres es arts, Guillaume du Gardin et Nicolas Ozoult, à qui les dianoines baillèrent la maison pour 25 1. par an : en 150&, à maître Guillaume Yoysin ; en 1513 , à maitk^s Jean Marc et Geoffh)y Renier. Ce sôbt les derniers nbms que nous ayons pu recueillir. Bieiltftt après, Il ne Tut plus question ni de profbssèdrs nt d^école. La maison flit même aliénée par le chslpitre, ce qui indique clairement quMl avait perdu tout es* pdir d'y rétablir renseignement. Elle appartenait, vers le milieu du XYI* siècle , à Pierre Le Ëailiy, vidomte de Neurcbfttel. Ce particulier ayant contracté des dettes, ses biens Turent saisis. Gosselin , procureur de la ville , prétendit s'opposer à Tadjudication de la maison de Técole ; il représenta que c'était le lieu pour instruire les enrants de la ville , qu'elle avait toujours été appliquée à cet usage , qu'elle était et devait être la principale école, ainsi que l'indiquait le nom dondé à la rue où elle était située. Cette prétention Tut Irepôilssée.

(1) Arch. de la S.-Inf. F. de r&réhbv. Gom|^tës de râHBhëf. , iA95-iA96 : • Le xxiu* jour d*octobre, & maistre Michel Segrye pour deux mois et ?iogt jours de Tescollage de Cbariet de la Gbastre, im L mil. •

Elle Dfe put manquer de 'parattre^ noti^-sëUlement iiij liste, mais étrange ik ceux qui avaient gardé quelque soutenir du passé i et qui savaietal qu*en des circonstances critiques la fille avait refusé son seeoars aux chanoines pour soutenir Técole cafiitulalré Alntre la concurrence de renseignement libre, et que même elle avait foit tout son possible pour éo aîneder la ruine.

L*éedle de grammaire, cette ééole primitive dodt rorigibe retndniait à la plus haute antiquité, étant doné définitivement abandonnée , les écoles paHicnltères purent se développer dans toute leur liberté. Hais elles n'ont pas laissé d* histoire : du moiûÉ^, ne connaissons-nous aucun document qui puisse nous renseigner ^ur leur itliportance ni sur les services qu'elles oht pu néndrë.

L'éoolë de St-Oueu, rivale de l*écdlë de grammaire , eut sur elle Tavantage de là durée (1). Elle se tenait , dès 1666, à Tbôpital de St-Ouen, d^rièro les mbrs de Tenclds dé l'abbaye. Une chapelle en dépendait; Le maître y disait on y faisait dire une messe chaque semaine, et recevait pour cela de Taumônier une rétribution de cent sous par an (16 mai 1550) (2). Au XYI* siècle,

(1) Lei renseignements que nous a?ons rassemblés relaUîenient k cette école sont empruntés aux arch. de la 8.-In£ , F; de St-Ouen. Laj. 89, liasse V.

(3) V. les lettre» de nomination de SUpparc, citées à la page iS6.

elle compreDait encore quatre classes , tenoei cbacane par un régent , et ponyait reoefuir 500 écoliers pour le moins (1). On la baOhit à fiome « à précepteurs ou r^ents , à la chaife d'entretenir le tout en réparation et de ne imodre salaire pour T institution des moines et jeunes religieux de Tabbaye. • Cette école, comme nous Tavons vu, n'avait pas été sans exciter k jtlonsie du chapitre. Qu'elle pût servir à rinstraetfoD des novices et des religieux, là n'était pas la diffiralté. Le point qui donnait lieu aux contestatkms était de savoir si des élèves étrangers pouvai^it y être admis. L'acte de 1390, que nous avons cité d'après un registre des délibérations ca[Htulaires où il a été soigneusement inséré , nous porterait à croire qu'anciennement la question avait été résolue dans le sens de la négative. Mais cette décision n'avait pas été considérée comme définitive, puisque, dans les premières années de l'occupation anglaise , nous voyons l'abbé de St-Ouen soutenir deux procès pour son école: l'un , en oc-

(i) « Il y a lieai et maisons à St-Ouen de tout temps spécialement detennes pour j tenir les escoUes qui oonsistoienl en quatre dasses pour 7 emploier quatre régents... lesd. escolles de S. Gaen esloient capables pour j reccToir 500 escoUiers ou plus, qui afoient accoustumé estre baillées à ferme à précepteurs ou régents, à la diaige d*entretenir le tout en réparation et de ne prendre sallaire pour Tinstitutioii des moines et jeunes religieux de lad. abbaye. » 1«M6.

i coiiti'c le chaucclier de la cathédrale BDommé par celui-ci ; l'autre, eu mars le le chantre de la même église et le maître '^Dterrompu, peudaut quelques anuces, 'occupations d'uue guerre dévastatrice, îsoniiemenl de l'abbé Jean Richard et i principaux cons'ùls des religieux, repris en l'anHée 1436, eu vertu ment du roi Henri VI (du 8 mars), I bailli de Rouen , sur la requête de wns en possession de la dignité abbapar' décision du concile de Ri'ile. Il dut se plaider au bailliage , vers la Go de 1/137. Les parties étaient, pour l'écote de grammaire, Jcao MartequiD , chancelier, et Durand Dieudouué, maitre de l'école de grammaire, qui avaient succédé : le premier, à Gilles Deschamps, le second , à Mathieu Nepveu ; pour l'école de chant, Guillaume Ërart, chantre de la cathédrale ,et Guillaume Marcd'argent, prêtre, maitre de l'école de chant sous ledit chantre , comme ayant succédé à feu messire Eustache Turquetil. Nous n'avons pu retrouver la sentence qui fut rendue à cette occasion ; mais, si bous en jugeons par les faits, elle dut être favorable à l'abbaye de St-Ouen , puisque les écoles continuèrent.

Dans les premières années du XVI* siècle ,

mattrc Micbef Pouchet était principal de Técole de grammaire pour les religieux de St-Ouen (1). Alors les chanoioes, noD-sculement la toléraient, mais la voyaient avec faveur comme le seul établissement subsistant de renseignement ecclésiastique privilégié. Un choriste de la cathédrale y termina ses études en 15/^9. Le chapitre paya pour lui à maître Jean Gorbillon , alias Leverd , k liv. 10 s., prix d*un mois et demi de noarritqre et d'enseignement ( Délib. du 18 mai 1549. — Cf. autre délib. du 6 juin). Gorbillon abandonna Técole pour se retirer à Paris, René Desbuaz, conseiller à la cour du parlement de Rouen , vicaire général du cardinal de Lorraine, abbé de St-Ouen « lui donna pour successeurs maître Robert Stappart , prêtre , et Jean Le Roux , t espérant , ainsi s'exprime-t-il dans les lettres de nomination quMl leur accorda, que par leur labeur et industrie les escoUes des arts de l'abbaye pourroient estre remises en bon bruict et reqpmmée par abondance et fréquentacion d'escolliçrs, chose de grand prouiBct et louenge en la vil^ • (16 mai 1550) (2).

(t) n moarut en 1506.

(2) A la mort du cardiiml de Lorraine, arrivée pen de temps tprèflf son MiGce58eur fn Tibbaye de SlrOuen, C^rkyv cf^rd^ial de V^oMnae,

— in —

Son espérance fut déçue. Quelques années après, lorsque le Parlement, obéissant en cela à l'impulsion de l'État, s'occupa des moyens de ranimer l'enseignement des lettres , il ût demander au vicaire général de St-Ouen ce qu'était devenue l'école de cette abbaye. — Il fallut répondre qu'elle appartenait à un séculier , Raoul Bretel de Gremon ville, conseiller au Parlement, par suite de l'écbange qui en avait été fait avec lui , contre certaines maisons qu'il possédait sur l'eau de Bobec , le 11 octobre 1563 (10 décembre 1563). Le procureur général du Roi attaqua le contrat, comme fait contrairement à l'édit d'Orléans , et prétendit qu'il ne pourrait avoir d'eilet qu'autant que les religieux fourniraient un lieu aussi commode pour tenir école. Ceux-ci offrirent de céder, toutefois moyennant indemnité , un emplacement pour bâtir un collège. Mais cette proposition ne parait pas avoir eu de suite. Si nous cherchons un établissement d'instruction publique à Rouen à la fln du XVP siècle , antérieur à celui qu'y formèrent les Jésuites , nous n'en trouverons pas d'autre que le collège des Bons-Enfants, qui remplaça l'école

éréqae de Carcassoone, confirma à Stappart lesdites écoles , en le réservant le droit de destitution. Rouen, 22 sepL 1550.

de grammaire à uu certaiu point de vuCi et qui lui survécut pcndaut près d'un siècle (1).

De rcDseignement ecclésiastique, il ne restait plus à cette même époque que la charge de théologal, créée, ou, pour parler plus eiactemeut, rétablie en vertu d'une disposition du concile de Baie, et qui avait été réunie à la pénitencerie le 19 août 1480, par le pape Sixte IV , à la requête du cardinal d'Estouteville, en faveur de Nicolas Grenier. Le Père Pommeraye mentionne, sans en faire connaître les dispositions, des règlements relatifs aux leçons ou lectures à faire par le pénitencier, du il novembre 1&89. Les talents exigés pour remplir dignement cette importante fonction portèrent les archevêques, auxquels était réservé le droit d'y nommer, à faire choix de personnes instruites , de professeurs et de docteurs en théologie. Aussi, voyons-nous qu'il n'y a point eu de dignité ecclésiastique qui ait été conflée aussi constamment à des titulaires mar-

(1) Le 25 uoût 1605, les religieux de St-Ouen fieflèrent, moyennant vi" liv. de rente , à Charles Maignard, seigneur de Bemières et de la Rivièrc-Bourdet; chùtelain de Villers-Poville, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé, et président en sa Cour de Pariement de Normandie, « une vuide place où jadis estoit TescoUe et chapelle de St-Ouen et de longtemps eu ruine et non habitable, assis en la paroisie Ste-Croix-St-Ouen de IVouen , le long denière et joignant rhosld et luai^uu dudil sieur président. •

quauts et distiugués. D* ordinaire, aii^c États de la province, c'étaient eux qu'on chargeait des missions les plus délicates.

Nous nous bornerons à citer quelques noms. Nicolas Grenier, maître es arts, licencié en théologie, successivement maître de Técole de grammaire et principal du collège des Bons-Enfants, nous est déjà connu. Etienne Haro, né vers l/i/i5, fonda deux bourses au collège de Justice en faveur des enfants de chœur de la cathédrale (i). Maître May Dubreul , doyen et curé de Notre-Dame-dela-Bonde et professeur en théologie , qui lui succéda, est qualiCé de doctissimus dans plusieurs actes de son époque ; il mourut à la Madeleine de Rouen, après avoir exprimé le désir d'être inhumé auprès d'Etienne Haro (2). Nicolas Belin fut nommé pour remplacer Dubreul, le 27 juillet 1519. Ce fut sous lui que fut repris l'usage des leçons publiques de théologie, pendant quelque temps interrompues. Le 8 avril 152/i, il annonça aux chanoines qu'il se proposait, avec Taide de Dieu, de remplir les devoirs attachés à sa prébende, à la fois lectorale et théologale , et de commencer.

(i) Voir son testament du 12 juin 1517* Nous parltrons plus loin d'Etienne Haro»

(3) Voir son testament du 8 août 1519.

eu conséquence, une suite de leçons sur TEcri* ture- Sainte. Il pria les chanoines de lui dire quel livre il fallait expliquer tout d'abord pour riostruction des chapelains et des serviteurs de Téglise. Le chapitre loua sou dessein et sa fidélité à suivre Texemple que ses prédécesseurs lui avaieut laissé et lui recommanda de commencer par le Psalmiste.

Belin mourut Tannée suivante et fut remplacé par un docteur en théologie, maitre Guillaume Duchesne , qui ne tarda pas à résigner sa charge et fut , à son tour , remplacé par un autre docteur en théologie, maitre Thomas de Bures, nommé le 22 juin 1525.

Le successeur de celui-ci , Guillaume Le Rat, professeur en théologie, nommé le 22 avril 1555, fut un orateur distingué. 11 fut député vers le Roi par la ville de Rouen et les États de Normandie, en mars 15&1 ; au grand Conseil pour le privilège de St^Romain, par le chapitre de la cathédrale , en octobre 15&1 et en décembre 15A8. Il passait pour un controversiste de grand mérite. Une édition de Lanfranc sur la Transsubstantiatk» est précédée d'une préface de ce savant chanoine. C'est à tort que M. Edouard Frère le fait naitre au diocèse de Rouen : il était du diocèse d*Avrancbes, ainsi qu'on le voit par l'acte de sa réGq)tion comme

chanoine. Il mourut dans le cours de la visite de la Calende da diocèse, à Hodeog, au doyenné de Neufcbàtel, le 7 mai 1550. Son corps fut rapporté à Rouen et ensereli, à la cathédrale, dans la chapelle de la Sainte Vierge , au lieu quMl avait lui-même désigné.

En conûdération du zèle qu'il montrait pour l'Église et pour l'instruction du peuple, les chanoines accordèrent à Guillaume Le Rat d'être réputé pr^nt à leurs assemblées pour toutes les distributions canoniales. La même faveur fut accordée à Jean Dadré , docteur en théologie , le 20 août 1588. La requête de Dadré, à cette occasion ^ rappelle une disposition du concile de Râle, qui obligeait les chapitres à répoter présents les théologaux faisant leurs leçons.

Le 18 août de la même année, le chapitre enjoignait aux chapelains d'assister aux leçons publiques du pénitencier.

L'usage de ces leçons était si bien établi que, le 2& avril 1566, le pénitencier, ayant appris qu'un chanoine Tatait accusé de négliger les devoirs attachée à sa prébende thé(rfogale et de ne pas faire régulièrement ses lectures à certains jours de la semaine, crut devoir se jiistifler en plein chapitre.

Maintes fois les <:haioines , doM qœlques-ttns

pouvaient donuer prise à la critique par des habitudes oisives et une conduite toute mondaine , eurent à se plaindre des écarts de langage des pénitenciers, astreints , par leur double titre , au maintien et à renseignement de la discipline ecclésiastique.

De Bures , prêchant en janvier 1526 , parla avec peu de respect de ses confrères : il lui échappa de dire que les chanoines autrefois faisaient eux-mêmes le service de Téglise , mais que depuis, par un déplorable abus de la richesse, ils en étaient venus à renoncer à ce pieux usage et à s'en décharger sur des vicaires. C'était le trait que Boileau devait adresser plus tard aux chapelains de la Sainte-Chapelle ,

qui laissaient, en leur lieu,

A des chantres gagés, le soin de louer Dieu.

Cette critique fut sévèrement blâmée ; le chapitre fut assemblé pour délibérer sur cet outrage public per juramentum et domos , convocation solennelle qui témoignait jusqu'à quel point il y avait été sensible.

Le Rat fut encore plus hardi et moins circonspect. Prêchant à la cathédrale, le 8 février i54&9 il s'écria : « Et où sont les chefs du cba-

pitre ? Us ne sont pas ycy. » Une autre fois, il dît « qu'il s*émerveilloit d'aucuns qui se mesloient de exposer la saincte Escripture qui n'estoient que asneset se cognoissoient mieux à un prorata. » On Tavertît d'être plus réservé , attendu que le peuple n'était que trop porté , sans que les gens de bien lui fournissent des armes , à tourner en dérision T Église et ses ministres.

Le plus connu des pénitenciers de la cathédrale est Jean Dadré , originaire du diocèse de Séez, docteur de la Faculté de Paris. Il fut reçu à la pénitencerie , vacante par le décès de Pierre Lambert, le id mars 1582. Il a publié plusieurs ouvrages, entre autres , les Œuvres d'Eusèbe de Césarée ; — la Vie de Notre- Seigneur, du P. Ludolphe de Saxe , chartreux ; — un Traité de Tautorité des chapitres ; — une Défense pour le privilège de St-Romain. Sa Chronologie des archevêques de Rouen ne fut publiée qu'après sa mort.

Au XVIP siècle, le P. Dubreuil, de l'Oratoire, à la fois pénitencier de la cathédrale et curé de Ste-Croix-St-Ouen, fut moins connu par sa science, bien que ses partisans le surnommassent les délices de la Congrégation , que par son attachement aux doctrines jansénistes , pour lesquelles il fut détenu à la Bastille, à St-Malo,

à Brest, à Oléron et à la citadelle d'Alais, dans lesCévennes (1).

Dès cette époque, rétablissement des séminaires, les cours de théologie qui avaient été fondés au collège des Jésuites , avaient diminué considérablement Timportance de la charge de théologal.

(i) Le Nécrologe des plu$ célébrei défemeura d$ !• vérilé , 1761, 1. 1, p. 3iÂ-3i5. U avait été nommé , par la ducheaie de Longuerille, aux chapelles de N.-D.-dcs-Ârdents et de St-Louis au château de Fresne. Il légua ta bibliothèque à lX)ratoire de Rouen , par testament daté de Tannée 1685,

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