COLLEGE DES BONS-ENFANTS DE ROUEN
Le collège des BoDS-EDfants , situé sur le territoire de St-Vigor de Rouen , au pied des remparts de la Porte-Cauchoise , date du milieu du XIY* siècle. On y procurait gratuitement les premiers éléments de Tinstruction à de pauvres écoliers.
M. Chéruel, en rappelant que cet établissement Tut organisé, en 1358, par les soins de Tarcbevéque Guillaume de Flavacourt, fait remarquer qu'on s'en occupait dès i&lili $ il mentionne un secours de 100 s. t. accordé aux Bons-Enfants par le roi Philippe de Valois. Le même auteur émet l'opinion que, selon toute probabilité, la bourgeoisie rouennaise contribua pour une large part à cette fondation, conjecture que nous ad*mettons volontiers, en regrettant cependant qu'on ne puisse l'appuyer sur aucun document positif. Mais, en même temps , nous croyons juste de
revendiquer , pour les archevêques de Rouen , le principal honneur de cette institution éminemment libérale. Le droit de nommer à la charge d'administrateur du collège et à la chapelle de St-Nicolas , qui en dépendait , a toujours appartenu aux archevêques de Rouen , et ils ont passé constamment pour en être les fondateurs dans le sens canonique du mot. Aux premières années du XVIP siècle, Messieurs de THôtel-Commun s'étaut avisés de contester ce titre à Mgr François de Harlay , le Parlement le lui conserva ; il lui fut, vers la même époque, reconnu par Tautorité royale, qui aurait pu le revendiquer avec plus d'apparence de raison. Dans un contrat du 7 septembre 1505 (1), par lequel on fieOe à un particulier une maison du collège des Bons- Enfants, on prend soin de mentionner Tautorisation obtenue de Tarchevêque, en sa qualité de gardien de la propriété ecclésiastique dans les limites de son diocèse. Mais rien n'indique une intervention quelconque de la part de la ville dans cette aliénation , ce qui doit faire écarter , sans la moindre hésitation , l'hypothèse que le collège des Bons-Enfants ait pu être considéré conune un établissement municipal. Quoi d'ailleurs de plus
(i) Areh. de la S.-Inf. F. des Feuillant».
naturel que la fondation , par un archevêque , d'une maison de cette nature? Au temps où il faut nous reporter, Tinstruction publique intéressait principalement T Église, et Ton sait que c'était à elle qu'appartenait à peu près exclusivement la direction et la surveillance des écoles.
Ce point établi, il nous sera aisé de déterminer auquel des archevêques le titre de fondateur appartient plus particulièrement.
En ISkk j le collège était à sa naissance. Or, à cette époque, Aimery Guenaut venait de mourir, après avoir occupé le siège de Rouen pendant quatre années environ. C'est donc à lui que le titre de fondateur parait devoir être attribué , et ce qui ajoute à la probabilité de cette opinion, c'est que nous le voyons , vers le même temps,
s'occuper de fonder à Louviers une maison de Bons-£nfants (1).
(i) Cette fondation est attestée par nne charte de iSAO, que M. Léopold Delisle a le premier citée dans ses Études sur la condition de la classe agricole en Normandie : • Pierre Le Tonnelier , archidiacre du • Neubourg , donne à R. P. en Dieu Aimery, archcvesque de Rouen, c 6 li?. t. de rente à Loviers , en la rue N.-D. , pour Tamortissement « d'une maison assise à Loviers en la rue du Ghemin-de-Roen^ qui fu d Estienne Le NoutcI , laquelle ledit Révèrent a amortie à Tusagc de c fonder illec Bons-Enfans escoliers. Jeudi avant la Nativité de saint « Jean-Baptiste 1340. » — t Aux Bons-Eufluiis de Loviers. xx\ s. 9 . Compte de TurchcvCché de UOîi, aux Ardi. de la S.-Inf. , Y, de r archevêché.
GardoQS-Dous , toatefois, d'exagérer rimportaooe de ce qu'on doit à ce prébL II est {ocootestable qu'à Rouen , longtemps avant lui , on s'était occupé de pourvoir d'une manière plus ou moins satisfaisante à l'instruction de la jeunesse pauvre. Dès lâO&, un riclie bourgeois insérait dans son testament , entre autres dispositions charitables , un legs de 10 sous en faveur des Bons- Enfants de Rouen (i). En 1M2, un autre bour-* geois , Raoul Filleul , ordonnait à ses exécuteurs testamentaires de payer 2 sous à chacun des Bons-Enfants qui viendraient < faire sa vegille • (2). Mais rien ne prouve que ces écoliers possédassent dès lors un établissement spécialement affecté à leur demeure ou à leurs études. Ce fut là, si nous ne nous méprenons , ce qu'Aimery Guenaut leur donna. C'est en cela que consiste, vraisemblablement , le bienfait qui recommande sa mémoire à notre respect.
En remontant même au-delà de i30&, nous trouvons qu'un des objets de l'hôpital du Roi, fondé dès le temps de saint Louis par le trésorier de la cathédrale , Guillaume de Saâne , était de procurer aux pauvres enfants , de même qu'aux
'i) Arch. de la S.-InC F, du chapitre de la cathédrale. Testament de Jean dit Hardy, de St-Martin-Jouxte-le-Pont. (S) Ihid, F, de la paroisse St-Éloi de Rouen,
pauvres passants, sous la garde d'une communauté de frênes et de chapelains, un asile, une direction morale et des moyens de subsistance. Le contrat de fondation , il est vrai , ne nous est pas connu, et tout porte à croire quMl n*a point été conservé ; mais des lettres de Charles VI, de Tannée 1398, ne laissent aucun doute à cet égard. Les statuts, rédigés par Hugues Blanchet, trésorier de la SaiQte<-Cbapelle , corrigés par Gilles Descbamps, évèqoe de Goutances , et par Jean Gourtecuisse, mattre en théologie , aumôniers du même Roi , en cette qualité patrons de T hôpital , et en dernier lieu confirmés par Gharles VI , sont encore plus explicites (1).
Nous nous bornerons à citer les articles qui ont trait à notre si^et :
« Item les povres enflants seront nourris en la maison si comme jadiz est de cousiiime ( il ne s'agissait donc pas d'une institution récente) , et les mectra et desmectra le maistre , sMl voit quMls ne soient corrigibles ou quMls soient de malvais gouvernement ou non ydoines à lettres ; et seront tenus chascun jour aler à Tescole ; et le plus suflBsant d'eulx , esleu par le maistre , les mesra et ramesra et recordera ou fera recorder leurs
(i) Arch. de la S,*lnf. F. de l^Oratoire de Rouen.
leçons ; et seront tenus de dire chascun jour les sept psealmes avecques la letanie et oroysons , tous ensamble ou deux et deux , en la chappellc tous les matins ; et aus vespres , quant les povres seront receus , soient presens et chantent une anthienne de la benoîte Vlrge Marie avec le verset et oroyson. Et si seront tenus de aider à dire les messes es chapelles dudit hospital , et obeyront au maistre en toutes choses honnestes et licites ; et seront tenuz iceulx de xii ans et au-dessus de dire leurs Heures de Notre-Dame chascun jour.
« Item les diz enffans jusront (coucheront) ensamble en une chambre où jadis souloient gésir en r hospital , et seront gouvernez par la manière ancienne, et avec ce ne serviront aux frères à part par quoy ils puissent estre empeschés d'aller à Tescole.
t Item obit à note le jour du trespas du fondeur (Guillaume de Saâne) , c'est assavoir le xxv® jour de septembre chascun an. Et y seront les maistre, frères, enffans dudit hospital pour aider à le dire, sur paine de un deniers parisis quant aux maistre et frères, exceptés ceulx qui seront occupés es besoignes dudit hospital ou qui auront autre excusacion juste et raisonnable , laquelle ils seront tenus de dire au maistre sur paine des diz un de-
nicrs parisis .'payer , lesquels iiii deniers seront convertis au prouffict dudit hospital, et les enffans seront punis, se ils defiaillent, à la discrécion du maistre, >
On voit par ce texte quMl n*y avait pas de cours , ou ; comme ou disait autrefois , d'exercice à Fhôpital du Roi. Il pourrait se faire qu'à Torigine il en ait été de même au collège des Bons- Enfants, conjecture qui serait plus favorable que fâcheuse pour Tinstruction primaire à cette époque , puisqu'on ne saurait l'adopter sans admettre , en même temps , l'existence d'écoles particulières autres que celles du Donnest. Le mot collège ne doit pas être entendu dans sa signification moderne ; il voulait dire autrefois une réunion d'hommes formant une communauté distincte, par les vœux et par la dignité, des chapitres et des monastères.
Du reste, ce terme de Bons-Enfants, qui désigne de pauvres écoliers (l), était connu bien ailleurs qu'à Rouen et à Louviers. A Paris, notamment,il existait deux collèges de Bons-Enfants: l'un, dans la rue St-Honoré , doté dès 1208, par
(1) Aassi voyons-nous des enfants tonsurés gratis par l'archerêque ou par les évêques suffraganls qui le remplaçaient dans les cérémonies des ordinations , </uia de domo et habitu Bonorum^Puerorum erant, Hmh* de Tarchevéobé. Compte du secrétariat, 1455-1456*
uu bourgeois uommé Etienne Belot ; Fautre, à la porte St-Yictor, qui fut donné à la Congrégation de la Mission, et, par nne heureuse fortune, servit pendant longtemps de résidence i saint Vincent de Paul Nous rappellerons que le testament de saint Louis contient un legs de 60 Ut. en Taveur des Bons-Enfants de Paris (i).
Non-seulement ces deux collèges de Bons- Enfants sont antérieurs à celui de Rouen, mais on ne saurait douter que ce ne soient eui qui en aient inspiré l'idée et qui lui aient servi de modèle. Remarquons , en effet , que c'était sous la protection des mêmes patrons, saint Nicolas et saint Honoré, que les Bons-Enfants étaient placés dans ces denx villes. Si certains traits de sa légende déiûgnaient assez naturellement le premier pour être pris pour protecteur par les pauvres écoliers, il n'eu était pas de même do second. On ne rencontre rien dans sa Vie qoi s(rft de nature à faire de lui l'objet d'un culte spécial de la part de la jeunesse : ce nom invoqué pour an collège tient uniquement à cette circonstance fortuite, que la maison d'Etienne Belot se trouvait dans la rue St-Honoré , et qu'elle avait été confiée à la direction d'un chanoine de TégUse St-
(i; Du Boalay, Bùtoiré tU C Umvpr^iU éê Parié, U m, p. 4S-47.
Houoré , qui se trouvait située dans le voisiDage, Ou peut observer , d'ailleurs , une analogie trèssignificative entre les collèges de Paris et celui de Rouen. A Teieinple des ordres religieux fondés an XIIP siècle, les Bons-Enrants de la capitale vivaient d'aumônes qu'ils quêtaient de porte en porte, ainsi que l'indiquent ces deux vers des Cris de Paris, petit poème composé au XI V" siècle ;
Les BoQS-Ënfants orrez crier
Du pain I — N*es veuil pas oublier (i).
Il en était de même à Rouen. Les quêtes for-maient la meilleure ressource des Bons-Enfants. Nous ne voyons pas, il est vrai, qu'elles se fissent par les rues : elles avaient lieu dans les églises , principalement à rapproche de Pâques. Mais le produit en était mis en adjudication, et, pour en faciliter la perception, l'administrateur du collège mettait, d'ordinaire, à la disposition de l'adjudicataire quelques-uns de ses écoliers (2).
(i) V. on mémoire de M. Vallet de Viriville intitulé : Sépulture» de Blanche de Popincourt et de Jean PtuyettCf principal du collège des Bons-Enfants , dans le XXV* yoI. de la Société des Antiquaires de France.
(2) Tab. de Rouen, passim. Le collège des Bont-Enfonts de Louviers se soutenait par les mêmes moyens. Dans le bail des quêtes dea Bons- En fonts de Rouen, Jean Guérin, qui s*inUtttle teur euré^ s*engage à
Nous pourrions citer de nombreux exemples de celte curieuse coutume. Nous nous bornerons à deux. En 136/i , Jean Guérin , en baillant les quêtes du collège dans le diocèse de Rouen , promet de mettre à la disposition des preneurs deux Bons-Enrants pour Tannée et deux autres en plus pour la quinzaine de Pâques. A leur tour, les fermiers prennent rengagement de donner à chaque enfant une paire de souliers, et cette fourniture ne paraîtra pas trop singulière, lorsqu'on saura que les quêteurs parcouraient chaque année de grandes distances, allant d'église en église implorer la charité des fidèles (1).
Quelques années après, en l&OO, un autre gouverneur du collège , maître Guillaume Adam , en baillant pour trois ans à trois particuliers les quêtes des diocèses de Rouen, d'Évreux, de Lisieux et de Séez , promet de leur trouver quatre enfants. Deux devaient faire la quête à Rouen et dans le diocèse, du jeudi avant Pâques fleuries jusqu'au jeudi après Pâques communaux ; les deux autres devaient être employés à la tournée des églises plus éloignées. L'Hôtel s'engageait à fournir
rabattre aux fermiers une somme de 10 liv. t sur le prix de leur bail • en cas où les cnflans de LoTÎers Tendroient quérir en Tarcberesquié de Rouen. » Tab. de Rouen, Reg. 6, ^ 32. (i; Tab. de Rouen, Reg. 6, f* 32.
aux uns et aux autres les chapes dont ils devaient être revêtus an moment de la quête (1).
Un bail signé du principal du collège n'eût pas suffi pour procurer à l'adjudicataire rentrée dans les églises. 11 n*y était admis qu'en exhibant des lettres de l'archevêque ou de l'un de ses vicaires généraux, par lesquelles les curés étaient exhortés à venir en aide au dénûmeut des pauvres écoliers, et où des indulgences étaient annoncées comme prix des aumônes des fidèles. Nous avons rencontré plusieurs lettres de ce genre de la première moitié du XVI' siècle, adressées à des curés de l'Exemption de Montivilliers (2).
(1) Tab. de Rouen. Reg. 9, f* 5h ▼*.
(S) Arch. de la S.-lDf. F. de Tabbaye de Montivilliers.— Ces leltres n^émanent pas du vicaire général de rarcbevèque, mais du doyen de TExemption. On sait que, par ce terme, on désignait un territoire enclavé dans le diocèse et soustrait & la juridiction de Tordinaire. C'est ce qui explique la manière dont ces lettres sont adressées. Nous rapportons ici le 4cxte d'une de ces lettres :
t Deeanus Monasterii-Villaris presbyteria omnibus et singulis eu' ratit et non curatis nobis subdilis salutem in Domino, Gratum pariler et aeceptum eredimus Deo impendere famulatum dum Ckristi fidèles ad ea charilatis opéra incitamus per que suarum salus proeuratuv animarum, Cum iia tit^ sicut aceepimus^ quod pueri vulgariter dicti Boni-Pueri in civitale Rothomagensi studere solili^ ad Dei el beati pontifias Nicolai tandem ab autiquo constitutif non habeant ex facuttatibus unde in hujusmodi studio sustententur nisi piis fidelium adju- 9entur eleemosinis,eapropter Universitatem vestram in Domino exhorfomur, vobis nihUominus in virtute sanete obeditntie mandamus
Les quêtes pour les Bons-Euraiits se faisaient bien au-delà de la province de Normandie. Les quêteurs exploraient les diocèses de Noyon , de Cambrai, de Tbêrouanne, de Tournay, et, dans une direction opposée , celui de Chartres et tout le duché de Bretagne. Mais, à mesure qu*on s'éloignait, les recettes, comme on devait s'y attendre, allaient en perdant de leur importance. 11 résulte d'exemples assez nombreux que nous avons recueillis, que ces quêtes, en somme, ne devaient pas s'élever, vers la fln du XIV® siècle, tous frais déduits, à plus d'une centaine de livres; que la ville de Rouen donnait plus à elle seule
quatinuSf dum nuncius seu proeuraior damû$ dietomm Bonorum- Puerorum présentes seeum deferems, ad eeciesias vestras dectiHaverii, ipsum bcnigne et sine contradictione recipiaiis et a fidelibms testris et subdiiis nostris recipere faciatis , uecessiiates et imdigentitts domûs ejusdem et indulgentias bentfneHiribms dietomm Bomormrnè^Puerormm eoneessas et abaque tamen predieationis forma exponert permitleado, parrochianos et subditos vestros satutaiibus momitis imdwentrs verbo pariter et exemplo ut de bonis sibi a Den eoilatis eisdem Bonia-Pueris iargiantur et eroffcnt vt per hec et alia bona qme^ Domimo inspirante, feceriiis €t fieri feceritis ad eterne feiicitatis gnndia merearfini et me^ renmur pcrvenire ^ presentibus post unum annum a datis présent ium minime valiluris, Daium sub sigilto magno curie mostre «naciim signeto nosiro,anho Domini miilesimo quingentetimo vieesimo octavo, die décima mensis februarii, Signatum : Vatier, • Origin. parcb. se. p.^> Grculaires da même genre du 13 férrier I53i, 19 lèfrier 1593, iS féTrier i53A , 6 léfrier i53e. — Arcli. de la Sb-InL F. de Monli- Tillieit.
que le reste du diocèse , et le diocèse de Rouen autant que tous les autres pays parcourus (!)• On ne peut manquer d*être frappé d*un aussi mince résultat; et il est permis de croire que les quêtes auraient été plus fructueuses, si les fidèles se fussent trouvés directement en présence des Bons-Eofants eui-mêmes ou de leurs mandataires. On savait, au moment des quêtes, que le prix était fait avec les adjudicataires , et cette pensée devait suffire pour arrêter l'élan des sentiments charitables. Les inconvénients de ce système n'avaient pu échapper aux administrateurs du collège. S'ils n'ont pas agi autrement, on ne saurait se l'expliquer que par la pauvreté de la maison, qui leur faisait préférer un prix mesquin, mais facilement obtenu et immédiatement versé ,
(1) Qoeie des diocèses e de Normaraéie, ceivi de Roaeii exoeplé, 20 Jiv. (ia95), Tab. de Rouen, Reg. 6« f» 120, 205 ; — d'Amiens et de Beauvais, 6 1. 15 s. (1395)* Reg. G, f^ 200 ;— de Rouen, 61 1. à pajcr par sommes de 6 I. 5 s. pur mots (189&), Beg. ^, f 32 ; 6^ 1. — (1897), Reg.4i, f^ ÂO; — d'Amiens et de Beauvais, 7 L 5 s. (1397), Beg. 8, f*" 56; - de Coutances et d'Avrancbes, 100 s. (1399), Reg. 8, (' 35A ; — de Rouen, Séoz, Lisicux, Évreux, 18D 1. pour 3 ans (l&OO), Reg. 9, f" bh f; — de Rayeus, Avi^nclies et Contanoes. 15 L (Ià03), Reg. H, f* ik5; — de Bcauvais, Amiens Mojoo, Tii6roaannc et Tournay, 32 1. (UOô), Reg. 12, f' 5; de Baycux, Coutances, Avranchcs, et de tout le duché de Bretagne , 10 1. 1. et une serge de Caen vermeille d ta gnmt moÎÊon (1Â06), Reg. t2, f^ 108 v"; du diocè» de Rouen, «iceplé ia fille et la baolieue, S!» 1. 1. (1411)» Reg. 1A« f 175.
à des ressources éventuelles, et qui d'ailleurs auraient exigé, pour atteindre toute leur valeur, des déplacements peu favorables à la discipline, et une activité qui pouvait bien n'être pas du goût des administrateurs.
Quoi qu'il en soit, ces quêtes se faisaient encore de la même manière vers le milieu du XVP siècle. Une sentence du bailli de Rouen de cette époque (5 avril 1549) ordonne que la ferme des aumônes du collège des Bons-Enfants sera proclamée par les paroisses de la ville pour être adjugée au plus offrant et dernier enchérisseur. Peu de temps après, un nommé Bernard Canu se fait adjuger, pour 452 liv. environ , les quêtes et les aumônes à faire pendant Tannée aux Bons-Enfants de Rouen.
Dans le texte auquel nous empruntons ce dernier renseignement, le mot d\wm6nes ne nous parait pas faire double emploi avec celui qui précède. 11 désigne , suivant nous, une ressource distincte, à savoir les legs qui étaient faits au coUOgc en sa qualité d'établissement de charité. A Rouen, ainsi qu'à Paris, c'était l'usage que les Bons-Enfants accompagnassent les convois funèbres, rôle qui échut plus tard aux enfants du Bureau des pauvres valides. Eu 1452, l'archevêque Raoul Roussel, dans son testament, lègue 60 s. t. au collège des Bons- Enfants. Près d'un
demi-siècle après, un chanoine de la cathédrale, maître Roîjer Le VécI , leur lègue 15 s. Le teslameul de Nicolas Osmont, chapelain des Clénienlins et curé de Tourville-Ia-Rivière, de Tannée 151G, contient en leur faveur les dispositions sui* vantes:
c Item à buyt des Bons-Enfians qui porteront cbascun une torche en mon enterrement, à chacun xii deniers. — Item , je lesse aux Bons-EnOans pour chanter unes vegilcs à ix lichons (leçons) en Téglise de Notre-Dame de Rouen, à une heure après digner le jour de mon servise , x s. t. ; à leur maistre pour assister, ii s. »
Un autre ecclésiastique, J. Quesnel, lègue 20 sous € aux enflans de St-Nicolas, qu'on appelle les Bons- Enflans, pour dire une messe à note en Tonneur de saint Nicolas avec mémoire de Notre-Dame, sainte Catherine et des Trépassés , les sept pscaumes ( pénitentiaux) avec la létauie et les oroisons •, 1517.
EnGn, le chanoine Guillaume Tulles veut qu'on récompense les Bons-Enfants qui assisteront à son enterrement en donnant à ^acun un bonnet de la valeur de 10 sous (l).
(1) Arcb. dc]aS.4nr. F. de rarchevèchê et du chapitre. — Jbid. F. Bigot, Testament de Jeanne Bataille, de la paroisse de St-Cundeda-Sollier (première moitié du XV* siècle) : c Uem^ aux Bons-EoiSuis,
Le produit des quêtes et des aumônes n'était pas la seule ressource du collège ; il avait , en outre, pour subsister, quelques rentes, mais de minime importance , et les rétributions d'une partie des élèves. Si renseignement y était gratuit pour les pauvres écoliers , il ne devait pas Tètrc pour les autres, et ce dernier trait complète l'analogie que nous avons signalée entre ce collège et ceux de Paris , connus sous le même nom et aflTectés au même usage. Ainsi, en iZ&S, nous voyons un cordonnier de la paroisse St-Laurent se reconnailre obligé envers Messire Pierre du Feugueray au paiement d*une somme de AO s. t. c pour demeurer quicte envers lui pour la droicturc et escollage de deux de ses enffans (1 ). > Ricard Mariage et Isabelle , sa femme , de Caudebec, reconnaissent devoir à Jean Garin sept francs d'or pour le louage « d'un enfant avoir pris à Tescolle l'espace de sept mois ou environ > , i&lâ (:2). Ce dernier texte nous donne le taux de la rétribution , qui était de 1 franc par mois, chiffre assez élevé pour Pépoque.
z t. • ^Ibid, F. de Tabbaye de ^loiHiTilliere. testament de Gamaniiie Louret, de la paroisse S(-SauTeur, par lequel il lègue 20 sous aux • BoDS-EnfiiDs de Rouen «, ihhh.
(i) Tab. de Rouen, R«g. 9, ^ SH.
(t) IM.. Réf. Ift ^ 175, ▼•.
La direction des Bons-Enfants était conflée à un personnage décoré du litre de mattre-gouverneur, maitre-gardien , maitre-administratenr, appartenant généralement au clergé et cumulant parfois avec celte fonction celle de curé. Peu importait même que la cure fût à l'autre extrémité du diocèse. C'était un bénéfice qu'on faisait valoir par un fermier, quand on ne pouvait pas soi-même eo exercer les charges ; abus grave, malheureusement général , et qui contribua puissamment à l'aflaiblissement des sentiments religieux dans l'ancienne société. Entre les administrateurs dont nous avons recueilli les noms (1), nous n'en citerons que deux : Nicolas Grenier,
(i) Voici les noms de quelques-uns de ces administrateurs : Maître Jean Guôrin, iSOii-UOn. Tab. de Rouen, Reg. 6, ^" 32^ 200; — 4397-1398, Geoffroi Deschamps, Rpg. 8, f • AO-50 V, 281 ; — 1400- 1406, Guillaume Adam. Reg. 9, r*» 24 v% SOI, Rcg.lO, r* 45, Rcg, 12, f** 51 , 108 ; — 1409, Thomas Tborel, Reg. 14, ^ 90 ; ^ 14U, Pierre du Feugueray, Reg. 14, f" 175 ; — 1412, Clément Ilùben, curé de ricrvillc-la-Campagnc, Reg. 15, f" 87 ; — Nicolas Hedouys, prêtre, maître es arts, nommé, le 3 octobre 1441, par Tarchevêque de Rouen, Reg. du secrétariat de Tarchcvêché, 1441-1442 ; — Nicolas de Hauville et Robert du Ruel, prêtres, nommés pour Tabsence de matlre Raoul Lemonnier, et ù titre prcvisoire, autre Reg. du secrétariat, 1463-1464, (en 1570, I-iibert du Ruel était curé de Celloville en mêii e temps qu*administrateur des Bous-Enfants, Arch. de la S.-Inf. F. de St- Audré-bors-Ville ); — Etienne Vallery, 16 juillet 1497 (Ibid. F. des Feuillants), appelé, dans un arrêt du Parlement da 18 décembre 1556, ÉtkoM^BaHeroj.
dont il a déjà été question (1), et mattre Geoffroi Deschaoïps , véritable ami de la jeunesse , à qui est due une pieuse fondation en faveur des enfants de chœur de la cathédrale, dont il Tut le maître avant de devenir chancelier du chapitre. Les calottes de couleur écarlate qu*on leur voyait porter, il y a peu de temps encore, étaient une preuve de sa tendre sollicitude pour la jeunesse et la conséquence d'une donation qui remontait à I&IS. Soucieux de la santé délicate de ses petits élèves, touché de les voir la tête nue^ exposés pendant de longs offices aux rigueurs de la température, il avait fait don au chapitre d'une rente annuelle et perpétuelle destinée à Tachât de bonnets ou t birets de drap rouge à oreilles dont seroient gratifiés les enfants , lors de leur admission (2). »
Indépendamment d'un gouverneur, il y avait un chapelain au collège des Bons-Enfants (3).
(i) Il légua à la maisoo des BoDS-Enfants 10 1. par son testament, 16 décembre 1^98.
(2) Arch. de la S.-lnf. F. du chapitre de Rouen, Reg. capitulaires.
(S) Maître Nicole de Dun , mattre en théologie , chapelain en la chapelle St-Honoréet St-Nicclas des Bons-Enfants de Rouen, en I&22. Tab. de Rouen, Rcg. 20, f* 12. — Au mois d'aoOt 1^60, rarclievèque confère à Jean Du Val la même chapelle, que celui-ci avait permutée avec Jacques Desbaies pour la prébende de St-Gilles , en révéché de Coutanc^s. Peu de temps après, cette chapelle fiit coniérée de nonveia
Nous ne saurions dire si , dans Torigine , les deux bénéfices étaient distincts. Ils l'étaient certainement au Xy siècle.
De 1505 à 1533, tout au moins, Robert Benest, curé de Yeulettes , fut administrateur du collège des Bons-Enfants. A cette dernière date, il eut une contestation avec Gaspard , curé de St-Vigor de Rouen. La sentence de Toflicial (du 23 décembre 1533) , qui mit fin au débat, déclara que Tadministrateur, ses écoliers et ses domestiques, devaient être considérés comme vrais paroissiens de St-Vigor et astreints , en celte qualité, à remettre au curé les offrandes de la chapelle, à lui payer les droits paroissiaux , notamment la dime des fruits , des grains et des autres choses décimables du jardin (1).
Bcnesteut pour successeur, à la cure de Veu- Icltes et au collège des Bons-Enfants (& des noues d'aoAt 153&) , un nommé Guillaume Le Yavas-
à maître Jean Le Cornu»^ en faveur de qui Du Val TaTait résignée. Nous pouvons citer encore Ivon Kaldavet, qui l*écliaugea avec Gilles Bosquier pour la cure de Cérences. — Arch. de rarcbevèché , comptes du secrétariat.
(1) Arcli. dé la S.-Inf. F. des Feuillants.— Pièce imprimée, intitulée: « Faict touchant radminislration du collège des Bons-Enfants , de laquelle Messieurs les Commissaires du Bureau prétendent demander compte à maistre Jean Bebout, à quoj ledit Bebout soustient n*estre tenu pour les raisons cj-après représentées, t
seur, que nous voyons remplir encore cette charge le 10 juillet 1556. Il avait alors avec lui douze ou treize petits enrants, pris dans les faniilles pauvres de la ville, quMI nourrissait et entretenait à l'aide de quêtes qu'eux-mêmes faisaient dans les églises les dimanches et Têtes à la suite des trésoriers des Tabriques. Malheureusement ce quMIs recueillaient de la sorte n*était pas versé entre les mains de Tadministrateur, mais était remis, en conséquence de Tusage qne nous avons signalé, à Tadjudicataire, lequel était tenu, toutefois , d'en faire état.
L'objet de ce collège paraît avoir été dès lors restreint à l'instruction des pauvres enfants mendiants, et même d'un petit nombre, à en juger par le chiffre que nous venons d'indiquer.
D'après cela, on serait porté à conjecturer que ces quêtes n'étaient plus du goût du public. Leur produit, diminuant, aurait naturellement forcé de n'admellre qu'un petit nombre de pensionnaires. Là n'est pas cependant )a véritable cause de la décadence du collège des Bons-Enfants, eu tant qu'établissement d'instruction charitable. Loin qu'on négligeât de procurer les premiers éléments de rinstruclion aux enfants pauvres, il faut reconnaf tre qu'on ne s'en était jamais plus activemcut occupé. Un système plus satisfoisaott plus large.
avait été organisé à Roaen , et c'était uniquement pour cela que Tancien collège perdait de jour en jour quelque chose de cette sympathie générale qui s'attache aux œuvres utiles et forme leur meilleur appui»
Dans le courant du XYP siècle» en eflbt, des écoles gratuites de grammaire Turent établies dans les divers quartiers de la ville de Rouen. Ce Tut désormais en leur Tavbur que se firent les legs dont jusque-là le collège des Bons*Enrants avait été Tobjet.
Il Tut question pour la première fois do ces écoles populaires au chapitre de la cathédrale, le 28 décembre 1518. Le chanoine Bapaumes annonça que Messieurs de la ville se proposaient d'ériger quatre sièges d'écoles de grammaire dabs les quatre quartiers de la ville, de construire des maisons à cet usage , d'aOecter des gages aux professeurs et d'en confier la nomination à Messieurs du chapitre, si ceux-ci l'avaient pour agréable. On trouva que cette aflaire intéressait directement le chancelier, chargé par son titre de la surveil-r lance des écoles, et, comme il était absent, on lemit à un autre jour l'examen do la proposi-* lion (1). Nous ne voyons pas ce qui fut conclu.
(i) Arcb. de laS.-Iof. F. du chapitre, Reg. capitul., SSdéc. 1518, i*» d S jaDf. 1619.
Il est probable que ce projet Tut abandonné pour un temps. Mais on ne tarda pas à y revenir.
Un conseiller-clerc au Parlement , Guillaume Tulles, avait laissé aux pauvres par testament une somme de 6,000 liv. La Cour, ayant à en déterminer l'emploi, décida qu'elle servirait à subvenir à des écoles pour les petits enrants; <f que, chaque jour, il seroit célébré une messe dans ces écoles , et qu'à la Gn d'icelle seroit dict ung De profundis par les petits enfants et ung Pater nosfer pour l'âme du feu conseiller Tulles, t Le président Feu, homme d'un rare mérite, présidait l'assemblée ; il sut faire valoir tout l'intérêt de cette œuvre appropriée aux besoins et aux tendances de l'époque. • Les enfants qui seront entretenus aux dictes escoles pourront, disait-il, parvenir à grand fruict. Souvenons-nous de Bartbole et autres grands personnaiges, parvenus de petits commencements à grande perfection. Les aucuns pourront être instruicts en théologie, en droict civil et canon et autres sciences dont la République chrétienne pourra recevoir grand fruict. » Tous les magistrats se cotisèrent , à son exemple, pour l'établissement des nouvelles écoles (1). Avec de tels secours et un si puissant
(1) Mt Floquet , Uisivirê duParUmtnt </« NormandUt U II, pw I9&.
patronage, il était impossible qu'elles fussent à Tavcnir abandonnées; elles Turent confiées aux soins du Bureau des pauvres valides et dotées par la générosité des bourgeois de la ville (1). A la Gu du XYl' siècle , nous pouvons constater de la manière la plus positive Texistence de quatre écoles, une par cbaque quartier, ainsi qu'on Tavait projeté en 1518. Denis de La Fontaine, chanoine de Rouen , dans son testament de Tan 1580, donne 12 liv. pour que les c paouvres petits enrants des escolles des quatre quartiers assistent à son inhumation. » Jean Hermier, chapelain du collège du Pape et de THôpital du Roi , dans un acte de 1612, exprime le désir que les quatre écoles des pauvres soient représentées à ses obsèques (2). EnGn , en 162/i , Marie Martel , veuve d'Antoine Rome , sieur de Laigle ,
(i) Un règlement de PHôtcl-de- Ville de Rouen, au sujet des pauvres, homologué au Parlement de Normandie, le 27 juin 15^3, contient la di^posilion suivante : % Art. 18. ^ Item pour dresser et duyre les enfans dès leur âge puérile à bonnes mœurs et savoir lire et escripreet que, par ce moyen, ils soient plus tost et plus agréablement reçus à servir, est ordonné qu*il sera advi*>é et délibéré en THostel-Commun de la lille de certain lieu ou lieux pour recueillir les enfans de Taumûne, tant fils que filles, depuis T^ge de 5 ans, pour illec cstre instruits en bonnes vie et mœurs et à lire el escripre par maistres et maistresses qui seront députés. • Arch. du Palais-dc-Jusiice de Rouen, Reg. d'audleucet civiles ( Note communiquée par M. E. Gosselin >.
(2) Arch. de la S.-Iat F. du chapitre.^
priait ses exécuteurs testamentaires d*appeler à son convoi • les quatre religions mendiaDDes avec les quatre escholes des pauvres (1). • Nous rap« pellcrons quelques-unes des donations qui furent faites en leur faveur*
Enole du quartier 3fartamvi/le. — Robert La fiiflc donne à la communauté des pauvres de la ville deux maisons situées dans la rue du Figuier, pour en Taire les écoles à Tusage des pauvres* En considération de cette donation , La Biffe fut dispensé de Tobligation de faire la recette des pauvres, charge qui, dans toutes les villes^ .passait poar fort onéreuse (3).
Ecole <lu qusriier Beêtmoisine. — Nicolas de Bauquemarc donne 60 liv. peur un jnaltre qiri montrera gratuitement à lire et à écrire aux enfants pauvres dudit quartier, et 15 liv. pour leur fournir les livres nécessaires. Le fliattre sera obligé de dire uuff messe basse , avec le psaume De pro/undis ^ tous les dimanches, en Téglisc St-Laurent, dans la chapelle où le dona-
(I) Arch. de la S.-Inf. F. des Ursulines de Rouen.
{2) Arch. des hospices de Rouen. — RauUin Ballaio , prêtre^ dlé comme précepteur des enHsots de l^école du quartier MartaiaviUe, It 16 ioOt 1620.
leur sera Inhumé. Les enrants y assisteront. De plus, tous les jours où il y aura classe, ils réciteront ensemble, à cinq heures, le Safve h l'intention (le leur bienfaiteur (19 février 1578). Comme on le voit par cette fondation , le maître (le celte école devait être prêtre ; le droit de le nommer était réservé à la famille de Bauquemare. Le il décembre 1626, on installa un chapelain présenté par demoiselle Hippolyte de Bauquemare (1).
Ces écoles remplissant l'objet principal du collège des Bons-Enfants , il était opportun et môme indispensable, pour qu'il pût subsister, qu'il se transformât. D'établissement d'instruction primaire à l'usage des enfants pauvres , il devint établissement d'instruction supérieure et remplaça, pour un temps, l'école de grammaire, dont nous avons signalé la décadence dès le XV* siècle. Mais, avant d'en arriver à un pareil changement, on avait dû s'occuper de la réforme de la maison au point de vue de l'administration des biens.
Une sentence du bailli, rendue le 5 avril t5/i9, à la requête du cardinal de Vendôme , avait ordonné que la ferme des aumômes fût proclamée
(1) Aicb* det bospieet de Roueo.
par les paroisses de la ville et adjugée an plus offrant, et que Le Yavasseur rendit compte de son administration. Cette sentence fut loin de satisfaire ce dernier, qui en appela au parlement de Normandie. Six années s'étaient écoulées , et il n*avait point encore été statué sur cet appel. Ce ne Tut que le 18 décembre 1556 qa*uu arrêt vint conGrmer la sentence du bailli. Mais la Cour, usant de la Taculté qu'on lui reconnaissait alors, sortit de Tcspëce qui avait été soumise à son examen : elle prononça formellement la destitution de Le Yavasseur et permit à Tarcbevèque de nommer à sa place un personnage capable, mailre es arts , et qualifié , selon le concile de Vienne, pour avoir la charge et administration du collège , « instruire les enflans en bonnes meurs, lettres et érudicion. • Le nouvel administrateur devait être astreint à faire bon, loyal et entier inventaire des choses appartenant audit collège et à ladite administration , et à rendre compte par chacun an au Bureau estably par la Court pour les paovrcs de la ville, présent et assistant Tuu des grands-vicaires de Tarchcvôque. » Déplus, la Cour délégua deux de ses membres, MM. L'Huillier et de Bordeaux, pour procéder, de concert avec le procureur général , à la réformation du collège et entendre le compte de Tadminislrateur
destitué. Le choix du successeur de Le Vavasseur révèle tout à la Tois et le changement survenu dans la nature de renseignement du collège des Bons-Enfants , et le danger nouveau auquel se trouvait exposée l'instruction publique.
L'archevêque avait nommé c maître Jean Aubery, clerc, avocat en la Cour, homme très-versé es lettres grecques et latines, i Celui-ci prit sous lui des régents et inaugura un nouveau système d'enseignement qui Tut accueilli avec faveur (1) ; mais, ayant adopté, dans les troubles de Tannée 1562, le parti de la religion prétendue réformée, il abandonna le collège et la ville de Rouen, c Lors de l'émotion et révolte de la ville , la chapelle dudit collège fut ruinée et démolie en dedans, les images briséez comme es autres temples et églises, ladite chapelle convertie à y faire de la poudre à canon pour estre proche du rempart, la maison occupée par les soldats , et à la prise de la ville du tout saccagée sans y rester aucuns meubles, lettres ni enseignemens. •
A peine la ville était-elle réduite c et l'orage des troubles écarté » , que le vicaire général du cardinal de Bourbon, Jean Bigues, nomma à la
(i) Mémoire précité, intitulé : e faict touchant l^administratlon do collège dei Bon»-Enfans. »
place vacaute le curé de St-Vigor, Jacques Bunel, en Fastreignant aux couditious imposées par Farrét du 18 décembre 1556. Cette nominatioD porte la date du 10 mars 1562. Dès Taunée suivante , Bunel était à son tour destitué, n'étant, dit le Faction de Beliourt, de qualité requise pour enseigner : ce qui revient à dire quMl manquait des connaissances nécessaires.
Il fut remplacé presque immédiatement par Geoffroy Halley, que nomma directement le cardinal de Bourbon. Halley enseigna, pendant vingtquatre ou vingt-cinq ans, sans aide ni subvention du Bureau ni de la ville. C'était pour le Bureau une charge déjà trop lourde que c de subvenir à la nourriture de tant de pauvres que le déluge des guerres avoit plongés en extrême nécessité » ; et les échevins, de leur côté, avaient assez à faire que de songer à la restauration des ruines publiques et au rétablissement de leur police. Force fut donc à Halley de supporter tous les frais exigés « pour Tentretenement du collège et pour les gages de ses régents. • 11 s'y prit, du reste, de manière à gagner la confiance générale , et se maintint au rang du professeur le plus distingué et le plus estimé de la ville, malgré les difficultés de toute sorte qu'il eut à surmonter.
Sous son administration, le collège des Bons*
Enrants faillit être supprimé. On songeait alors ù une organisation plus complète des études , et cette noble préoccupation était plus vive et plus constante que ne paraissait le comporter la situation politique du royaume, déchiré par la pire des guerres civiles , la guerre de religion. Notre province nous présente un remarquable exemple de cette tendance universelle. Conformément à la demande des gens des Trois-États, réunis dans la Convention du mois de novembre 1565, Charles IX , par lettres-patentes , en forme d'édit , données à Moulins en février 1566 , céda à la ville de Rouen l'Hôpital du Roi , • pour audit lieu « ériger un collège fourni d'hommes de sçavoir, <t bonne vie et conversation , lesquels interrogez « et approu vez. • . • , en présence des conseillers (' écbevins de cette ville, seroient instituez par ù le cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen, a ou ses vicaires et successeurs , auquel collège 1 tous écoliers indifféremment pourroient affluer i pour y estre instruits aux lettres et bonnes a mœurs. » Comme il fallait un dédommagement aux chapelains de THôpital du Roi , on proposa de leur attribuer, en échange, le collège des Bons- Enfants pour qu'ils pussent y exercer l'hospitalité à l'égard des pauvres passants, que continuaient d'ailleurs de recueillir deux autres hôpitaux affee*
tés à cet usage particulier; l'hôpital de Saint- Vivien et celui de Sainl-Marlin-du-Bout-du-Pont. On ne paraissait pas croire à T utilité de conserver pour rinstruction publique le collège des Bons- Enfants. On en parlait comme d*un établissement suranné et qui ne pouvait être rappelé à la vie. Par bonheur pour le collège , les chapelains sentirent bien qu'ils perdraient infiniment au change, et ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour qu'on les laissât tranquilles chez eux. Ils prétendaient qu'ils hébergeaient parfois jusqu'à près d'une centaine de pauvres , qu'il leur fallait de plus des appartements pour huit chapelains , pour quatre clercs et pour deux servantes. Comment trouver à loger tant de monde aux Bons-Enfants , dans un bâtiment aussi étroit que délabré ? Leurs plaintes furent écoutées , et, bien qu'un arrêt du Parlement, du 7 mai, eût ordonné l'enregistrement des lettres-patentes de Charles IX, ils se maintinrent en possession de l'Hôpital du Roi , et Halley put continuer ses cours au collège des Bons-Enfants.
Il fut bientôt secondé, de la manière la plus heureuse, par ses deux gendres, Behourt et Martel.
Le premier était clerc et originaire de la ville de Rouen. Après avoir obtenu le grade de mattre es art9 à l'Université de Paris, il revint dans sa
ville natale, c prit maison devant Sainte-Marie* la-Petite , où, enseignant avec grand soin , diligence et assiduité, il eut jusqu'à quarante pensionnaires des meilleures maisons de la ville. • Ce Alt alors , pour emprunter les termes du Factum, que Halley, c au décours de son âge, voyant Behourt au croissant de sa force et crédit, et reconnaissant qu'il en auroit du support pour Tentretenement dudit collège, luy fit ofTre et promesse de sa fille en mariage et résignation dudit collège, ce qui fut accepté par Behourt et effectué, le collège repeuplé et remis en pleine vogue des lettres plus que jamais , les escholiers de l'un et de l'autre estant assemblez en un gros de plus de cent pensionnaires. » Quand la vieillesse condamna Hallcy au repos , il n'eut pas de peine à faire nommer son gendre à l'administration du collège et au bénéfice de la chapelle (8 juin 1586) (1). La provision fut pure et simple , sans aucune mention d'inventaire à dresser ni de compte à rendre , f et si d'autre charge que d'enseigner luy enst été baillée , Behourt affirmait qu'il ne Teust jamais acceptée, estant la seule profession qu'il prétendoit faire, au calme, repos et tranquillité des lettres. »
(1) Arch. de Tarcbey^é. Ref^istre du secrétariat, 1000*1604.
Le second gendre de Hallcy, qui fut également associé à renseignement du collège des Bons- Enfants, était Louis Martel, avocat au Parlement de Paris.
Ce collège prospérait de nouveau , grâce à leurs efforts et à leurs talents réunis, lorsque survinrent des circonstances imprévues, qui faillirent y faire cesser complètement les études. Les Rouennais , qui tenaient pour la Ligue , avaient jeté bas tout ce qui , sur la rive gauche de la Seine, dans le faubourg de St-Sever , pouvait servir aux opérations de Tennemi. Les Emmurées, obligées d'abandonner leur couvent en ruines , obtinrent du duc de Mayenne , à titre d'indemnité , le collège des Bons-Enfants pour s'y établir provisoirement. Mais la volonté du lieutenant-général de TÉtat n'était ni si absolue ni si respectée qu'on dût s'y conformer sans réclamation. Les difficultés que les religieuses rencontrèrent près du Parlement et de la ville les empêchèrent de profiter du don qui leur avait été fait ; le collège des Bons-Enfants demeura à Bebourt, et l'on aflecta, pour un temps, au logement des Emmurées, l'hôtel de St-Wandrille. Un arrêt de la Cour , rendu le â octobre 1592 , fournit une preuve encore* plus claire de la sympathie qu'on avait pour Bebourt. Cet arrêt ,
en autorisant rétablissement des Jésaites à Rouen, portait que ce serait c sans préjudicier toutes fois l'institution et establissement et entretenement du collège des Bons-Enrants et autres collèges et escoUes de la dite ville» >
Il était à prévoir, cependant, que ce collège ne pourrait subsister longtemps , comme ne répondant plus au bat qui l'avait fait établir, et ne se soutenant que par le mérite exceptionnel de son directeur. Pendant longtemps, le nombre de ses écoliers avait été assez considérable pour lui permettre d'entretenir quatre régents. A l'arrivée des Jésuites, le nombre en ayant diminué sensiblement , deux ré(tents suflirent , et bientôt il n'y en eut plus qu'un seul, Louis Martel probablement, qui bientôt même ne trouva plus à s'employer. Bchourt le déclare lui-môme dans son Factum. Pour attirer les élèves, il fit afficher aux carrefours et publier aux prônes, par la permission de M. Guyjon , grand-vicaire , que son enseignement serait gratuit , « pour inviter chacun plus tôt à y envoyer, »
Enfin , c pour toujours utiliser le collège et le retenir en réputation , Behourt, pendant plusieurs années , lut , sans aucune convention de prix, les Institutes de droit civil à quelques jemies hommes, qui, au période de leurs estudes d*hu«-
manités et philosophie, désiroient d'estre initiez à la jurisprudence. »
Faute d'écoliers, il lui fallut bien pourtant abandonner cet établissement, et le seul embarras fut de savoir à qui cette dépouille appartiendrait définitivement. Les concurrents ne manquèrent pas. Dans les premières années du XYIP siècle , elle fut réclamée par les Ursulines, qui s'étaient introduites timidement à Rouen , et il faut convenir qu'en les accueillant dans cette ancienne maison d'enseignement gratuit et populaire , on ne se fût pas trop écarté du but des fondateurs, puisque ces religieuses annonçaient, comme objet principal de leur profession , l'instruction charitable des jeunes filles pauvres. L'archevêque s*était montré favorable à leur demande, mais il fut contrarié dans ses vues par le Conseil de la ville de Rouen, plus ou moins justement alarmé du nombre des communautés qui s'étaient multipliées dans son enceinte, « ce qui, disait-il, depuis un petit nombre d'années , avait fait évacuer plus de àOO maisons. » Cette fois encore, il mettait eu avant l'intérêt de l'instruction , comme il l'avait fait quand il avait prétendu s'approprier l'emplacement de l'école de grammaire , qu'il avait jaissée tomber, faute de secours. Mais il était clair qu'en invoquant une considération de cette na-
ture, il manquait de sîDcérité. Beliourt, dans son Factum , aflSrme que , pendant toute la durée de son enseignement, qui ne fut pas sans éclat, il n'avait été ni soulagé ni subvenu, • quoyque pour ce subjet il eût présenté, en divers temps, à Messieurs de la ville plusieurs requestes, espérant qu'à rimitation des plus petites villes de France, et spécialement de cette province, qui logent, entretiennent et gagent, du public, principal et régens , on luy feroit quelque subvention pour Tentretenement de l'exercice qu'il ne pouvoit plus faire n'ayant plus de pensionnaires ; ses requestes n'avoient eu aucun effect ; ains au lieu de subvention et récompense on luy demandoit compte. »
La délibération suivante , extraite du registre de l'Hôtel-de-Ville de l'année 1615, témoigne assez de la divergence qui existait entre l'archevêque et le Conseil de ville au sujet de l'usage auquel il fallait affecter le collège des Bons-Enfants.
c Conclu, attendu que M. le coadjuteurny autre personne n'a pouvoir , de son propre mouvement et autorité, admettre ny introduire en cette ville aucun ordre ni établissement de religion nouvelle , compagnie et société , et que la place en laquelle les Ursulines prétendent s'établir appartient à la ville , que défenses seront faites en clammr de haro , en la présence du sieur maître
des ouvrages , de faire aucune démolition... et que requeste sera présentée à la Cour pour empescher ledit establissement et tous autres, et en cas qu'il y ait aucunes des dictes Ursulines qui ayent pris possession de la place et collège des Bons-Enfants , seront prises les clefs de la dicte maison et mises en seure garde. »
Le 19 mai de la même année, les écbe?ios décident qu'on sMn formera de deux hoounes pour mettre audit collège, < Tun desquels enseignera les principes et commencemens pour la jeunesse, Tautre les Institutes. ■
Pendant que les conseillers de la ville étaient en quête de précepteurs « Tarchevéque François de Harlay songeait à disposer du collège des Bons- Enfants de la manière la plus favorable au public. Les Ursulines, après y avoir été quelque temps installées, ou du moins après avoir fait les dispositions nécessaires pour s'y loger, n'avaient pas tardé à y renoncer, parce qu'elles avaient en vue un emplacement plus avantageux. Des religieux de l'ordre des Feuillants, alors dans toute la ferveur de leur récente réforme , avaient quitté leur monastère de Notre-Dame-de-Nazareth et étaient venus se fixer à Rouen, dans une ancienne bôteU lerie de la rue des Bons-Enfants , désignée sous le nom de la Petite-Notre-Dame ; ils s'étaient vus
honorés de la bienveillance toute particulière du cardinal de Joyeuse, qui était un homme de progrès et qui désirait sincèrement la réforme du clergé séculier et régulier de son diocèse. Les heureux elFets qu'il était permis de se promettre de leur bon exemple et le souvenir de son prédécesseur décidèrent Mgr de Harlay à leur faire don du collège des Bons-Enfants « en tant quMl lui en appartenoit » (20 mai 1616). De son côté, Louis XIII, sur la recommandation de son favori, le maréchal d'Ancre , le leur concéda « en tant qu'il étoit en sa donation ou qu'autrement il avoit pouvoir et droict d'en disposer » (4 juin). Ces réserves étaient faites en faveur de la ville, qui se prétendait propriétaire de cet établissement , sans toutefois pouvoir en fournir de preuves. Un an après, elle ne considérait point sa cause comme absolument perdue, ainsi qu'on peut en juger par le rapport que M. d'Olivet, premier échevin, présenta, en assemblée générale, de tout ce qui s'était passé pendant les trois dernières années de son échevinat (A juillet 1617) (1). Le passage que nous allons citer nous fournit des renseignements nouveaux sur la manière dont les Oratoriens s'établirent à Rouen.
(i) Ârch« municipales de Rouen. A. 23« f* 180.
c Saiyant la résolution prise en rassemblée de HM. les YiDgt-Qoatre du Conseil , le 2â* joar d*a?ril 1615, nous nous sommes ressaisis de la maison et jardin appelé le coU^ des Bons- Enfants « appartenant à la ?ille, que Mons. de Harley, nostre archevesque, YOuUoit entreprendre pour y mettre les Ursulines, ce que nous avons empescbé et aCn de la faire habituer et avoir régens pour instruire la jeunesse, ainsi quMl a esté de tout temps désigné, pour y parvenir, avons fait faire plusieurs proclamations en divers temps aux prosnes des paroisses et plusieurs affiches par les carrefours.
c Se sont présentés les presbtres de TOratoire qui s'estoient submis , suivant leur requeste présentée à la dicte ville , délibérée en rassemblée de MM. les Vingt-Quatre, le 18 mai 1616, d'instruire la jeunesse eux-mêmes à leurs despens jusques à les rendre capables de la quatrième classe, et soubz cette espérance ils ont obtenu lettres du Roy pour leur establissement ausqueles n'avons donné aucun empeschement , ains nous rapportant à la Court de les recevoir, et en cas qu'elle les trouvast raisonnables, que ce fust aux chaînes cy-dessus, et néantmoins la dicte Court, sans faire droict à nostre desclaration , a permis leur establissement ; qui est une surprise que les
dits presbtres de POratoire ont fait à la dicte ville, qui a empescbé autres précepteurs d'eux y préseoter. >
Le reste du compte-rendu du conseiller d*01ivet constate que la ville, dans un intérêt de conservation, afin d'empécber les dégradations, démolitions et voleries commises à Tbôtel des Bons-Enfants, avait autorisé Pierre Le Boucber , Tun des capitaines des bourgeois, à y établir sa demeure (1).
En 1618, la ville persistait encore dans sa lutte contre les Feuillants. Le 23 février de cette année, elle délibéra sur les requêtes présentées par maître Pierre de La Ruelle et Louis Le Forestier, qui demandaient à être chargés du soin d'instruire la jeunesse dans les lettres latines au collège des Bons-Enfants. Elle nomma ce dernier principal, à cbarge par lui d'obtenir l'agrément de l'archevêque, auprès de qui elle s'engageait à faire les démarches nécessaires. Mais l'archevêque ne voulut point se prêter à cet arrangement ; le collège des Jésuites était en voie de prospérité, et il lui parut inutile d'en soutenir un autre qui lui fit concurrence. C'est, sans aucun doute, au même motif et aux conseils de l'archevêque qu'il faut
(i) tl se rétira quelque temps après, en faisant don aux ^euillant^ de ce qu*ib pouvaient lui de? oir pour répantions.
attribuer le parti que prireut les Oratoriens de renoncer à renseignement dans la ville de Rouen. Le cardinal de Bcrulle le déclare formellement dans une lettre adressée par lui à Richelieu ; et cette décision dut lui coûter d'autant moins que, dans son plan primitif, Féducation de la jeunesse n'était pas Tobjet principal de sa Congrégation. Le Parlement entra, à cet égard, facilement dans les vues de l'archevêque ; par arrêt du 3 avril de cette même année, il confirma aux Feuillants le collège des Bons-Enfants , conformément auK lettres du Roi. On trouve le récit de ce nouvel échec qu'eut à subir le corps de ville dans un rapport présenté par M. Le Vavasseur, premier échevin , au moment où cessèrent ses fonctions : « Le départ de Louis XIII de Rouen semble avoir emporté avec soy tout le bonheur de la ville. Car Sa Majesté n'en estoit guères éloignée que nous feusmes aussitost assailliz de toutes partz. D'un costé , les Pères Feuillants nous firent signifier un don du Roy obtenu par eux du collège des Bons-Enfants et assigner à la Cotirt pour estre présents à la vérification de leurs lettres et y prester nostre consentement, et bien que remontrâmes lors à la Court que la place n'appartenoit pas à la ville seulement, mais à toute la province (cette seconde prétention était encore moins sou-
tenable que la première, et on ue voit pas que les États de Normaudie en aient fait mention dans leurs cahiers) , laquelle place nos Roys avoient donnée pour rinstructiott de la jeunesse, que de ce collège, comme d*uue pépinière, avoient été tirés de grands personnages , qui avoient rempli le siège de la justice en ce Parlement et en toute la province, et que partant nous supplions la Court de le conserver en son entier à Teflect de long temps destiné, duquel le public avoit reçeu de si grands fruicts , néantmoins la dicte Court envoya les Feuillants en la possession dudict lieu duquel ils jouissent à présent. «
Cet arrêt clôt l'histoire du collège des Bons- Enfants, qu'un nom de rue seulement rappelle encore ; car la maison des Feuillants fut détruite à l'époque de la Révolution, quand on ouvrit la rue de Lémery.
Au milieu de tous ces changements, qu'étaient devenus Behourt et Martel? Depuis quelques années déjà, dans le procès de la ville contre les Feuillants et les Ursulines , ils étaient hors de cause. Behourt avait accepté de ces dernières une indemnité de 900 liv. , moyennant quoi il s'était désisté de ses droits en leur faveur. C'est ce qui explique pourquoi la ville , lorsqu'elle songea à organiser un cours d'études au collège des Bons-
EnYants, dut chercher un autre que lui pour remplir les fonctioDS de principal , auxquelles il était naturellement désigné.
Mais , pour avoir abandonné le collège des Bons-Enfants, ni Behourt, ni Martel, suivant toute probabilité, ne renoncèrent à renseignement ; il n*en faut pour preuve que le titre de professeur de bonnes lettres en la ville de Rouen, pris par Martel dans un texte de 1619 que nous avons cité. Tous deux continuèrent même à résider sur la paroisse de St-\igor , et ce fut là qu'ils moururent, Bebourt en 1621 ou 1622, et Martel au mois d'août 1627 (1).
(i) Les actes de Télat civil de la paroisse de St-Vigor, consenrés au greffe du Tribunal civil et à THôtel-de-Ville de Rouen sont loin de former des séries complètes. Malheureusement, les plus grandes lacunes sont pour Tépoque qui nous intéresse; Nous signalerons cependant le baptême d'un c fils à maître Geofroy Halle », Jacques, le dernier jour de février 1576 ; celui de Jean-Baptiste , fils de maître Jean Behourt; parrains, Jean Behourt, maître Geoffroy Ualley ; marraine, Catherine Grenon , le 17 juin 1589 (greffe du Tribunal) ; le mariage de Marie Behourt avec Louis Loudet, il janvier 1610 (Arch. de THôtel-de- Ville )• A défaut des actes de Tétat civil , les comptes de la paroisse St-Vigor, déposés aux archives départementales, nous fournissent des renseignements asseï complets sur lés femilles Halley, Behourt et Martel. 1597. « Pour Tinhumation de Fenliint de Monsieiir Martel , xv s. i —1598-1599. « Le trésorier se charge de la somme de 10 liv* A s. 6 d. par luy reçeus de la dame des Boos-Enftints pour 19 livres et demie de fil, à 11 s. la livre. ■—1616. c Reçea pour le fils de la femme de Monsieur Martel, 8 U t. s Ces termes pandMcnt indl*
L'un ei Tautre laissèrent la réputation de professeurs éminents , et le talent que déployèrent les Pères Jésuites dans leur enseignement , lorsqu'ils furent chaînés du collège de Rouen, n'empêcha pas de rendre justice au mérite de leurs savants émules.
On connaît, de Behourt : i*" une édition abrégée du Despautère, qu'on appelait généralement alors le Petit'Behourt , ouvrage qui eut le plus grand succès dans les écoles , dont il a paru un grand nombre d'éditions et que l'auteur dédia aux Pères Jésuites , comme témoignage des bons rapports qu'il avait avec eux ;
qaer qae Martel n'était pas alors à Rouen. — 1622-1623. c De la fille
de Monsieur Martel (décès), Il 12 s. • ~ 1627. t Le Deufviesme d'aoust
audit an^ reçeu pour rinhumation de M* Loys Martel, lx s. i Martel
avait fait à la fabrique de St-Vigor un legs de 6G Uv. 5 s., que sa
veuTe, la fille de GeoUroy Ualley, fut obligée de payer. On ?oit la
signature de Martel aux comptes de 1602, 1603, 1617, 1619. — 1611.
c Pour la fille de M. BehouU (décès), 30 s. > L'abbé Saas fait mourir
Behourt en 1620» C'est une légère erreur d'une année au moins,
puisque son inhumation est indiquée dans le compte de Pâques 1621
à 1623 : ■ Reçeu de M. Behoult, iiii liv. i Un compte entier est écrit
de la main de Behourt. 11 est intitulé : c Ensuict le compte que tient
et rend maître Jehan Behourt , principal des Bons-Enfants, thrésoriet
du bassin de l'œuvre de la paroisse de St-Vigor de Rouen, tant de la
recepte que mise par luy faicte en l'année commencée le lundy de
Pasquei dernier de mars 1603 et finie à semblable jour le lundy de
Pasques xii d'apvril 160â. » Les comptes de 1597, 1598f 1602, 1005^
1018, portent sa signature.
2"" L'Alphabet français , latin et grec , imprimé à Rouen chez Louis Londet , son gendre. 1620, 4n-18 (1) ;
â° Un livre intitulé : Puriores Sententiœ cwn dictis festivioribus in usum pueritiœ ex Ovidio excerptœ. Paris , 1621. Il est dédié à Tun de ses plus 'Chers élèves, Henri Gronlart, ^e son père, le savant et célèbre premier Président du Parlement, avait envoyé aux Bons-Enfants dès sa plus tendre jeunesse (2).
Il composa encore quelques tragédies, qui furent représentées par ses écoliers aux distributions de prix de son collège. Ce sont :
Polyxène (cinq actes, vers, chœurs), tirée du premier livre des histoires tragiques de P. Boisteau, dédiée à très-haute et très-illustre princesse Madame de Moutpensier , représentée le 7 septembre 1597;
Ésaii ou le chasseur (cinq actes , chœurs) j dédiée au duc de Mohtpensier, alors lieutenant du roi en Normandie, représentée le 2 août 1598 ;
Hypsicratée ou la magnanimité (cinq actes) , dédiée à Monseigneur Geoi^es de Hontigny, pré-
Ci) Bibl nat, X^ 1S68.
(S) Bonœ Pueritiœ cujus ordinibuê te pattr adMcrikirt Jmn d putro poluiu
sident au Pailement de Normandie , représentée dans le courant de Tannée 160i!i.
On doit, en outre, Ini attribuer un ouvrage ayant pour titre : Le Trésor d'éloquence^ avec une explication des mots difficiles. Rouen, 1619, in-8^ Nous ne pouvoàs rien citer de Martel , que le Père Pdibmeraye qualifie pourtant de Tun des plus iiavànts hommes de son siècle (1) , jugement qui se trouve reproduit dans V Histoire de Rouen ^ édition de 1727.
On peut juger, par ce que nous avons dit du collège des Bons-Enrants, d'après des documents authentiques , que Farin , généralement exact et précis, n'avait pas trop su en démêler l'histoire : ft L'an 1358, dit-il, le collège des Bons-Enfants fut institué à Rouen^ auquel la ville donna une grande place vuide proche les murailles et au même lieu oiisont maintenant les Pères Feuillans. On leur fit construire une chappellc et des classes séparées pour recevoir toutes sortes d'écoliers. Us vivoient en communauté, menoient une vie
(i) € Ce collège fut rendu célèbre, il y a bien 80 ans, par la per« sonne de feu Marlel , qui eu fut longtemps principal , et qui étoit sans doute un des plus savants hooimes de son siècle; il avoit pris pour sa devise: Illustra, Deus, oeuium, comme il paroit par les livres de son cabinet qui furent vendus après ^a mort » (Pommeraye, Histoire dt Véglist cathédrale de Rouen, p. 162}.
exemplaire et s'appliquoicnt sérieusement à leur chaîne, ce qui leur coucilia en peu de temps Famitié des bourgeois. Au reste , ils yivoient d'aumôues et assistoient aux convois des trépassez quand ils y étoient invitez. Ce collège estoit seulement pour enseigner la jeunesse qui estoit déjà avancée aux estudes , parce qu'il y avoit à Rouen une autre école publique et plus ancienne que celle-ci, pour donner la première teinture des lettres aux enfants. »
C'est précisément le contraire qu'il eût fallu dire. Lorsque florissait la grande école de grammaire , où la langue latine était enseignée , le collège des Bons-Enfants n'était que pour la jeunesse pauvre, et Ton n'y enseignait qu'au-dessous du Donnest, pour me servir des termes employés dans les documents du KIY"* et du XY* siècle. Ceux des pensionnaires qui voulaient un enseignement plus élevé étaient obligés d'aller le chercher autre part. Dans ces temps-là , le collège des Bons-Enfants était peut-être moins un établissement d'instruction publique qu'un peusionnat, organisé à l'instar de ceux de Paris, où l'on ne trouvait que le vivre, le couvert, la vie en commun et une austère discipline pour les mœurs ; les cours se faisaient ailleurs , soit à l'école capitulaire, soit dans des écoles élénaen-
taires. Aussi avons-nous vu le chapitre de la cathédrale faire un reproche à Grenier d'empêcher les Bons-Enfants de venir suivre les cours de grammaire. II en était de même, comme nous Pavons fait remarquer , à THôpital du Roi , où Ton entretenait par charité de pauvres écoliers, mais sans leur procurer l'instruction. Ce ne fut qu'assez tard, et lorsque l'École de grammaire fut tombée en décadence , que la maison des Bons- Enfants devint un collège dans le sens que nous attachons à ce mot, et qu'on y enseigna les humanités. Ce changement ne fut point antérieur an milieu du XYP siècle, bien qu'il y ait lieu de supposer que, sous le principalat de Grenier, des tentatives aient été faites pour établir aux Bons* Enfants des cours d'humanités.