REFLEXIONS SUR LES FAITS IRRECUSABLES DE LA PREMIÈRE CATÉGORIE
Pour les dix faits de cette première catégorie, nous nous empressons de dire que nous ne regardons comme vraiment irrécusables que ceux de Beauchêne, Dupuytren, Delpech, de MM. Gastara, Ulrich, le deuxième deM. Roux, et celui de M. Bouley. Maintenant, si nous rapprochons les faits les plus coiicluans observés sur l'homme et sur les animaux, de ceux qu'on peut produire à volonté par des expériences, il est évident que nous trouverons que les phénomènes sont les mêmes sous le quadruple rapport, du bruit particulier de l'air, des symptômes qu'éprouve l'animal , du genre de mort et des lésions cadavériques.
Examinons d'abord le premier phénomène : Le bruit que fait entendre l'air, en pénétrant par une veine ouverte accidentellement ou à dessein, est le môme sur les
FAITS OBSERVÉS SUR l' HOMME ET SUR LES ANIMAUX. 137
animaux que sur l'homme ; c'est une espèce de sifflement particulier que produit toujours l'air lorsqu'il pénètre dans une cavité par une ouverture étroite, et comme il se mêle souvent au sang, alors il détermine presque toujours une espèce de glouglou, de claqclaq, ou de lapement. Du reste, on conçoit que le bruit doit être différent, suivant que l'air entre seul, ou mélangé avec le sang.
Dans le fait de Beauchêne, on compare ce bruit « à celui que produit l'air, lorsqu'il entre par une petite ouverture, dans la poitrine d'un animal vivant. »
Dans celui de Dupuytren « on entendit un sifflement prolongé, analogue à celui qui est produit par la rentrée de l'air dans un récipient dans lequel on fait le vide. »
L'opérateur s'arrête un instant étonné et dit : « Si nous n'étions aussi loin des voies aériennes, nous croirions les avoir ouvertes. »
Dans le troisième fait, qui est de Delpech , ce chirurgien dit : « Un bruit de succion, un fort reniflement se fit entendre très-distinctement et à plusieurs reprises pour les 'assistans même les plus éloignés. Chacun conçut le soupçon que la plèvre pouvait être ouverte. »
Dans l'observation de M. Castara on dit: «tTout-à-coup nous entendîmes un bruit particulier, une sorte de glouglou caractérisé par plusieurs claquemens précipités qui semblent s'élever du fond de la plaie. »
Dans le fait d'Ulrich, on dit : « Les assistans croient avoir entendu un sifflement à l'instant où le vaisseau a été coupé. Bientôt du sang écumeux coule par le bout inférieur. *
Lors même qu'on n'aurait pas entendu le bruit de l'air, le sang écumeux qui sort par le bout cardiaque de la veine ou--
verte suturait pour prouver incontestablement que l'air est entré dans la veine.
Dans le premier fait de 31. Roux, on dit : « La tumeur était presque détachée, lorsque tout-à-coup on entend un bruit particulier, une espèce de sifflement analogue au bruit que fait l'air, lorsqu'on en laisse pénétrer quelques bulles dans la machine pneumatique où on fait le vide. »
Remarquons que tous les opérateurs qui ont observé le phénomène du bruit de l'air qui entre dans une veine font à peu près les mêmes comparaisons, et que c'est exactement le même phénomène qui a lieu sur les animaux.
Observons, en outre, que c'est presque toujours à la fin des opérations graves qu'arrive l'accident d'une manière funeste, lorsque les malades sont fatigués, épuisés, et qu'ils font de grandes inspirations.
Après le bruit de l'air , viennent les symptômes subits qu'éprouvent les opérés sur lesquels l'accident dont nous parlons a lieu. Ces symptômes sont presque toujours les mêmes , et ils sont très caractéristiques. C'est un cri de désespoir, un pressentiment funeste, qu'ils expriment immédiatement après l'introduction de l'air.
Dans le fait de Beauchêne, le malade dit : « Mon sang tombe » dans mon cœur, je suis mort. »
Dans celui de Dupuylren , la malade s'écrie : « Je suis r> morte. j>
Et dans presque toutes les autres observations, c'est un cri de détresse analogue, et les malades éprouvent tous les signes «l'un grand trouble, d'une grande perturbation et d'une mort prochaine.
Les symptômes que l'on observe sur les animaux, immédia-