‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 19 sur 46 · FAITS OBSERVÉS SUK LHOMME ET SUK LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

FAITS OBSERVÉS SUK LHOMME ET SUK LES ANIMAUX

tement après l'introduction de l'air dans le cœur, sont presque les mêmes que sur l'homme ; ils offrent la plus grande analogie. Quoique les animaux ne parlent pas, cependant ils expriment subitement la même angoisse d'une manière significative, par leurs cris et leurs mouvemens. Le signe le plus constant et le plus sûr, c'est l'accélération de la respiration qui indique promptement la gêne douloureuse et suffocante qu'éprouve l'animal. On voit bien qu'il existe un grand trouble dans la poitrine et que l'harmonie des deux fonctions qui ont lieu dans l'intérieur de cette cavité a été brusquement détruite.

Ces phénomènes ont été parfaitement décrits dans l'observation de M. Bouley.

La mort qui arrive, après l'introduction spontanée de l'air dans une veine voisine du cœur, a des caractères distincts qu'il n'est pas possible de méconnaître quand on les a bien observés. En effet, d'après les expériences et les faits constatés sur l'homme et sur les animaux, on voit bien que c'est un genre de mort tout particulier; on pourrait peut-être le confondre au premier abord avec la syncope, mais c'est autre chose, ou plutôt c'est une syncope d'un genre distinct. Dans la syncope ordinaire les phénomènes sont graduels, c'est une suspension instantanée de toutes les fonctions, c'est une mort apparente.

Dans la mort par introduction de l'air dans le cœur, l'intelligence n'est pas affectée d'abord ; le trouble ne vient pas d'en haut, il vient d'en bas, pour me servir des expressions de ma malade.

Dans une observation que je rapporterai à la troisième catégorie, le malade a éprouvé les deux accidens ; d'abord, l'introduction de l'air, et sept jours après une syncope, et on,

a pu constater que les deux phénomènes étaient fort différens.

Avant de savoir que l'introduction accidentelle de l'air dans les veines pût être une cause de mort subite pendant les opérations chirurgicales, on attribuait alors la mort à la syncope, à l'hémorrhagie et à la douleur; mais, il nous semble plus probable que, dans des cas analogues, c'est le plus souvent l'accident dont nous parlons qui a été méconnu, et ce qui tend à le prouver, c'est que depuis que la possibilité de cet accident est bien constatée, on ne trouve que peu ou point de ces morts subites par la frayeur, le spasme, etc.

Enfin [les lésions cadavériques jettent, à notre avis, le plus grand jour sur la question qui nous occupe; sans doute les expériences physiologiques sur le danger de l'introduction de l'air dans les veines ont d'abord éveillé l'attention des chirurgiens sur ce phénomène ; bientôt ils ont soupçonné que cet accident était possible, et enfin une autopsie est venue confirmer leurs soupçons.

On est donc redevable de ce fait important aux ouvertures de corps qui ont éclairé déjà tant de points obscurs de médecine et de chirurgie.

Dès qu'on eut trouvé de l'air dans les cavités droites du cœur, après avoir soupçonné l'accident, le faitde la mort par l'introduction de l'air dans les veines devait être établi par les expérimentateurs, puisque le même phénomène s'observe surlesanimaux qui périssent par l'introduction spontanée de l'air dansles veines. S'il restait des doutes dans un cas de mort subite, l'autopsie viendrait les lever, lors même qu'on n'aurait pas entendu de bruit et qu'on ne se serait pas douté de l'accident; si on trouve de l'air écumeux, rouge lie de vin, et en grande quantité dans l'oreillette et le ventricule droit, et dos bulles d'air dans les vei-

FAITS OBSERVÉS SUR l'hOMME ET SDR LES ANIMAUX. 141

nés caves et. l'artère pulmonaire, on peut dire hardiment que l'air a été la cause de la mort subite.

Les effets cadavériques de l'air dans le cœur ne sont pas aussi fugaces qu'on pourrait le supposer, car on les observe parfaitement longtemps après la mort; c'est ce dont je me suis assuré par des expériences directes. Par conséquent, on ne peut révoquer en doute les faits recueillis par les chirurgiens et les vétérinaires, car ils ont la plus grande analogie avec ceux observés sur les animaux soumis aux expériences, et remarquons que le fait de M. Bouley confirme pleinement ces réflexions.

En résumé nous pouvons dire, ce me semble, que les faits de celte première catégorie, rapprochés des résultats qu'on'peut obtenir à volonté sur les animaux, suffisent amplement déjà, je pense, pour établir, d'une manière incontestable, qu'il est fort difficile de trouver une analogie plus complète entre des faits observés à la suite d'opérations chirurgicales, et la répétition de ces mêmes faits, par l'expérimentation sur des animaux.

Remarquons ici, comme je l'ai déjà fait observer pour la torsion des vaisseaux sanguins, les hémorrhagies traumatiques et la mort par introduction de l'air dans les plèvres, qu'on ne peut récuser les expériences sur les animaux ; car, pour les esprits non prévenus, les organes lésés sont les mêmes; c'est le cœur, c'est le sang qui manque au poumon, et par suite au cerveau ; l'impression morale seule est différente ; tous les autres phénomènes sont les mêmes.

DEUXIÈME CATÉGORIE

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