‹ Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les veines, et particulièrement sur cette questionChapitre 33 sur 46 · EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE PAR DES EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX VIVANS · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE PAR DES EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX VIVANS

D'après les expériences sur les cadavres, on voit que l'introduction de l'air dans une veine blessée près de la partie supérieure de la poitrine est un phénomène physique et presque de pure mécanique, c'est un mécanisme de soufflet, opéré par une pression extérieure sur les cavités droites du cœur.

Le phénomène est le même sur les animaux vivans ; c'est, je pense, le jeu de la poitrine seul qui détermine l'aspiration de l'air. Je me suis du reste assuré de ce fait par des expériences directes, et que je vais rapporter.

EXPÉRIENCES SUR LES CHIENS

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire ; on a ensuite ouvert le côté droit du thorax; tant que cette ouverture était béante, l'air ne s'introduisait pas dans la veine; mais dès qu'on la fermait, le phénomène recommençait.

Sur un petit chien, on met à découvert, à 4 heures 20 minutes, la veine jugulaire droite à la partie supérieure du cou; le flux et le reflux se font apercevoir. En pressant la poitrine pendant l'expiration, le sang reflue très haut.

A 4 heures 29 minutes, on ouvre la veine jugulaire près de la faciale. Écoulement de sang qui a une coloration différente lorsqu'il vient du bout inférieur ou du bout supérieur.

A 4 heures 34 minutes, on découvre la jugulaire à un pouce de la poitrine; en bouchant les narines de l'animal, il fait une forte inspiration et la veine s'aplatit et se plisse. On aperçoit deux mouvemens dans la veine, l'un produit par l'inspiration et l'expiration, l'autre oscillatoire, produit par la contraction

de l'oreillette droite. Plus la respiration est étendue, plus le flux et le reflux sont évidens.

A 4 heures 43 minutes, on pique la jugulaire près de la poitrine, bruit de lapement très fort. Ce bruit cesse bientôt, et reparait avec une grande intensité lorsqu'on bouche les narines. En pressant le ventre et la poitrine de l'animal, on fait sortir, par l'ouverture faite à la jugulaire, de l'air et du sang.

A 4 heures 45 minutes, la respiration s'accélère. Agitation. On met à découvert le côté droit du thorax. L'air ne s'introduit pas par l'ouverture béante de la veine. En bouchant l'ouverture de la poitrine, le bruit caractéristique de l'introduction de l'air dans les veines se fait de nouveau entendre, soit qu'on mette l'animal debout, soit qu'on le couche horizontalement; en fermant l'ouverture de la poitrine, le bruit cesse et reparait encore, comme précédemment.

17 minutes après l'ouverture du côté droit de la poitrine, l'animal meurt à la suite de mouvemens convulsifs.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la veine jugulaire droite d'un chien ; ouverture du côté droit de la poitrine ; tant qu'elle est béante l'air n'entre pas dans la veine ; mais dès qu'on la ferme, il s'introduit avec bruit de lapement. Après avoir répélé plusieurs fois cette expérience, l'animal est mort. Les cavités droites du cœur seules étaient remplies de sang écumeux.

Sur un chien de petite taille, on a mis à découvert la veine jugulaire droite, et on a remarqué que la compression delà poitrine augmentait l'étendue du reflux du sang, tandis que lorsqu'on rendait l'inspiration plus grande en bouchant les narines de l'animai, la veine se plissait, s'aplatissait en ruban et devenait blanche.

A 4 heures 37 minutes, on a ouvert celte veine dans le milieu de sa longueur. Aucun phénomène n'a eu lieu; un instant

après, on l'a ouverte plus bas, dans le point où avait lieu le reflux du sang, et aussitôt le bruit de lapement s'est fait entendre, l'animal s'est agité. En bouchant les narines, ce bruit a augmenté de force, et pendant l'expiration il sortait, par l'ouverture de la veine, de grosses bulles d'air.

A 4 heures 40 minutes, on'a ouvert le côté droit de la poitrine, afin de faire voir que l'entrée de l'air dans une veine n'a lieu que par l'aspiration exercée par la dilatation des parois thoraciques. Eneffet, tant que cette ouverture était béante, l'air n'entrait pas dans la veine; mais dès qu'on la fermait avec la main, il s'introduisait avec bruit de lapement.

A 4 heures 45 minutes, l'animal est mort.

Autopsie. Le cœur était dilaté comme dans les précédentes expériences. A l'ouverture des cavités droites, il en est sorti du sang écumeux.

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure d' la veine jugulaire droite; on ouvre ensuite le côté droit de la poitrine; tai>. que celte ouverture est branle, l'air n'entre pas dans la veine; mais dès qu'on la ferme il s'y introduit avec bruit, même après qu'on a lié la racine du poumon. On ouvre ensuite la veine cave supérieure , le côté droit de la poitrine élanl ouvert ; l'air ne s'y introduit pas, il n'en sort que du sang.

Sur un jeune chien braque, de moyenne taille, on met à découvert la veine jugulaire droite à sa partie supérieure. La faciale est également mise à nu el on la pique ; la coloration du sang est à peu de chose près la même, soit qu'il vienne du bout supérieur,, soit qu'il vienne du bout inférieur. Le flux et le reflux du sang sont évidens dans cette veine. Ensuite, on isole dans la plus grande partie de son étendue et de son calibre la veine jugulaire ; dans l'inspiration elle s'aplatit beaucoup et se fronce. L'animal est mis dans la position verticale et on ne voit plus le flux et le reflux du sang. On re-

met ('animal clans la position horizontale et on pique la jugulaire très près de la poitrine, dans le point ou on aperçoit les mouvemens du sang, produits, l'un par la respiration, l'autre par l'oreillette droite. Le bruit de lapement se l'ait entendre plusieurs fois. On remet l'animal dans la position verticale et alors le bruit est plus manifeste.

On ouvre le côté droit de la poitrine et pendant que cette ouvertureest libre, l'airne s'introduit pas par la veine; mais dès qu'on la bouche, on entend de nouveau le bruit de lapement caractéristique. Un instant après, on lie la racine du poumon, on ferme la poitrine de ce côté et les mêmes phénomènes ont lieu. Enfin, pendant que l'animal vit encore, on met à découvert la veine cave supérieure et on la pique. Il en sort du sang par un jet continu, et on ne voit rien qui annonce qu'il s'y introduise de l'air; l'animal meurt un instant après.

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