DE L'AIR PAR UNE VEINE BLESSÉE
Dans les expériences de la première série, j'ai eu pour but de démontrer que l'air peut s'introduire spontanément par des veines blessées dans les régions cervicales, pectorales et axillaires même. Dans la deuxième, que la soustraction d'une certaine quantité de sang, avant l'expérience, accélère la mort.
Maintenant, je veux prouver que si on canalise les veines, c'est-à-dire si on leur substitue des tubes à parois inflexibles, on peut étendre le phénomène de l'introduction spontanée de l'air beaucoup au-delà de ses limites à l'état normal, comme on va le voir par les expériences suivantes.
Dans cette série, j'ai cru devoir ranger l'expérience indiquée par Méry, parce que, comme on le sait, le foie canalise la veine cave inférieure.
PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Introduction d'un tube de caoutchouc dans la partie supérieure de la veine jugulaire droite d'un chien ; entrée de l'air aussitôt que l'extrémité de ce tube est arrivée au point où a lieu le pouls veineux ; aspiration avec une seringue ; morl quelques minutes après ; à l'ouverture, le cœur était très -distendu ; les cavités droites renfermaient du sang écumeux ; les cavités gauches contenaient du sang rutilant; l'artère pulmonaire était pleine de sang trèsécumeux.
Sur un chien de moyenne taille, on ouvre la veine jugulaire droite, au tiers supérieur du cou. Du sang s'écoule par le bout inférieur, pendant l'expiration. L'introduction de l'air n'a pas lieu, parce que l'ouverture est faite trop haut. On introduit alors, par l'ouverture faite à cette veine, un tube de caoutchouc de 3 pouces 4 lignes de longueur et d'un calibre de 3 millimètres. Aussitôt que l'instrument a pénétré au niveau de l'endroit où s'opère le flux et le reflux du sang, lej phénomène de l'introduction de l'air se produit et la respiration ne tarde pas à s'embarrasser.
10 minutes après, on remplace le premier tube par un autre plus long et qu'on fait arriver jusque dans l'oreillette. Alors on cherche à aspirer l'air au moyen d'une seringue , et on retire une grande quantité de sang non écumeux, et environ un cinquième d'air en volume. L'animal avait perdu 3 à 4 palettes environ de sang. Au bout d'une demi-minute, on le met par terre, il se couche les pattes écartées, et n'a pas la force de remuer.
Bientôt apparaissent des mouvemens convulsifs, la respiration devient de plus en plus difficile et la mort a lieu.
Autopsie. — Distension des cavités droites du cœur. Le sang qui sort de ces cavités n'est pas sensiblement écumeux; celui de l'origine de l'artère pulmonaire l'est un peu.
INTRODUCTION SPONTANÉE. 55s
Aucune bulle d'air dans les cavités gauches ; le sang quelles contiennent est rutilant»
DEUXIÈME EXPÉRIENCE
Introduction d'air à l'aide d'un tube placé dans la veine jugulaire à la partie moyenne du cou ; introduction spontanée de l'air par une ouverture faite à la partie inférieure de la même veine ; raorl une heure dix-neuf minutes après. Les cavités droites renfermaient beaucoup de sang écumeux.
Sur un vieux cheval, on ouvre à 6 heures 28 minutes la veine jugulaire au milieu du cou, et on y introduit un tube à l'aide duquel le phénomène de l'entrée de l'air a lieu; à 6 heures 32 minutes, on voit de grosses bulles sortir pendant l'expiration, entre le tube et les parois de la veine.
A 6 heures 41 minutes, la respiration s'accélère un peu, après qu'on a, par la compression des naseaux, favorisé l'entrée de l'air.
A 6 heures 46 minutes, il urine.
A 7 heures 2 minutes , on fait marcher l'animal qui perd beaucoup de sang; sa respiration devient très accélérée.
A 7 heures 28 minutes, on a ouvert la même veine, à la partie inférieure du cou. Aussitôt l'air s'est introduit avec bruit, et à 7 heures 37 minutes l'animal est tombé, il a fléchi sa tête, puis il s'est étendu convulsivement, sa respiration est devenue suspirieuse, et il est mort, à 7 heures 47 minutes; 1 heure 19 minutes après le commencement de l'expérience, 19 minutes après l'introduction spontanée de l'air par la dernière ouverture faite à la veine jugulaire.
Autopsie. — Il y avait encore beaucoup de sang dans les vaisseaux.
La veine azygos , ainsi que les veines caves , renfermaient une grande quantité de bulles d'air.
Le cœur était moins distendu que dans d'autres expériences.
ôG INTRODUCTION DE l'AIR DANS LES VEINES.
Les cavités droites contenaient beaucoup d'écume ; le ventricule dececôté renfermait en outre beaucoup de sangliquide.
II y avait une petite quantité de bulles d'air dans les cavités gauches.
EXPÉRIENCE DE MÉKY
On trouve dans les mémoires de l'Académie des sciences, 1707, page 167, le passage suivant :
« Le ventre d'un chien (dit Méry), étant ouvert, si on pique » la veine cave au-dessus des artères émulgentes, avec la » pointe d'une lancette, on voit qu'à mesure qu'elle se vide de » sang, elle se remplit d'air qui, s'écoulant de ses racines dans » son tronc, va se rendre dans le ventricule droit du cœur. » Cet air forme dans son passage entre les gouttes de sang » qui y entrent avec lui des bulles d'autant plus grosses qu'il » reste moins de sang dans le canal de la veine cave, ce qui » continue pendant tout le temps que le chien respire et cesse * sitôt que la respiration vient à lui manquer. »
PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la veine cave inférieure au-dessus des émulgentes ; mort huit minutes après ; les cavités droites du cœur seules contenaient du sang mousseux.
Sur un lapin, on ouvre la veine cave inférieure au-dessus des émulgentes, et aussitôt un flot de sang s'échappe en nappe; puis l'air s'introduit pendant qu'on maintient l'ouverture béante.
8 minutes après, l'animal expire.
Autopsie faite immédiatement. — L'oreillette eUe ventricule droits sont pleins d'un sang rouge et mousseux. Il n'y a pas de sang dans les cavités gauches.
DEUXIÈME EXPÉRIENCE. '
Introduction spontanée de l'air par une ouverture pratiquée à la veine cave inférieure, au-dessus des émulgentes ; insufflation d'air dans la veine cave ; mort deux minutes après; les cavités droites du cœur seules contenaient du sang écumeux.
Sur un lapin, on ouvre la veine cave inférieure, un peu audessus des émulgentes. Un flot de sang s'échappe aussitôt en nappe et permet à peine à l'air de s'introduire par l'ouverture. On essaie de faciliter l'entrée de l'air qui s'introduit lentement et avec peine.
5 minutes après l'éventration, l'animal n'ayant pas succombé, on insuffle, avec untube, de l'air dans la veine cave supérieure, et 2 minutes après l'animal meurt.
Autopsie faite immédiatement. — L'oreillette et le ventricule droits sont pleins d'un sang rouge et mousseux. Il n'y a pas de sang dans les cavités gauches.