‹ Recherches sur l'organisation du système vasculaire dans la sangsue médicinale et l'aulastome voraceChapitre 3 sur 11 · DE LA FORME GÉNÉRALE DU CORPS DANS LA SANGSUE MÉDICINALE · texte numérisé non relu

DE LA FORME GÉNÉRALE DU CORPS DANS LA SANGSUE MÉDICINALE

Le corps de cette Hirudinée, n’étant soutenu par aucune charpente solide, a une forme très variable, suivant la nature des mouvements que l’animal exécute. Lorsqu’il nage avec rapidité, ou que, adhérent par sa ventouse pédieuse aux parois des vases, il balance son extrémité antérieure énormément allongée, on peut le comparer fort exactement à un ruban épais. S’il marche au contraire ou s’il est en repos, l’extrémité postérieure se renfle, tandis que l’antérieure s’atténue plus ou moins. Se contracte-t-il davantage , le corps tout entier prend à peu près la forme d’un gland. L’attitude la plus favorable à l’étude est celle de l’extension poussée aussi loin que possible. Afin d’obtenir plus complètement ce résultat et d’observer plus commodément , il est bon de tuer la Sangsue non avec l’esprit-de-vin qui fait contracter les vaisseaux et les durcit, mais avec de l’eau aiguisée avec de l’acide acétique. L’animal ainsi tué conserve toute sa souplesse, et peut être étudié avec la plus grande facilité.

On peut voir alors que le corps de la Sangsue a en réalité quatre faces : une face ventrale, une face dorsale et deux faces latérales. La face ventrale est plane, la dorsale est convexe ; ces deux faces sont les plus grandes, la dorsale surtout. Les faces latérales sont beaucoup plus étroites ; assez bien définies quand la Sangsue conserve encore un peu de vie, elles deviennent par degrés moins distinctes après la mort, les arêtes qui les séparent des faces ventrale et dorsale s’effaçant alors au fur et à mesure que le cadavre se ramollit davantage. Dans cet état de ramollissement, le corps a l’apparence d’un ruban terminé en arrière par un disque arrondi ; il est coupé en bizeau à sa partie antérieure, en sorte que la lèvre supérieure dépasse l’autre.

Ce long ruban est divisé dans toute sa longueur par des plis transverses fort réguliers, et qui divisent l’animal en une longue

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suite d’anneaux. Le nombre de ces anneaux est fort difficile et. peut être impossible à déterminer avec une exactitude rigoureuse, parce qu’ils s’atténuent se confondent, et sont à peine visibles aux deux extrémités de l’animal, aussi bien sur les lèvres que sur la ventouse pédieuse. Il est donc à peu près impossible de compter ces anneaux en procédant d’une extrémité du corps à l’autre. M. Moquin-Tandon en compte quatre-vingt-quinze ou quatrevingt-dix-sept, mais il laisse de côté les segments de la ventouse antérieure et de la ventouse pédieuse. Les auteurs varient beaucoup là-dessus, à tel point que Clesius en comptait cent huit et Brossât cent soixante-quinze. Ces derniers chiffres sont évidem ment exagérés; mais les nombres donnés par Caréna, Kunlzmann, Brandt, Spix, Johnson et quelques autres, quoique se rapprochant plus de la vérité, sont loin d’avoir une certitude suffisante. Celte question a cependant quelque intérêt, parce qu’elle a pour but de déterminer avec précision la position des porcs génitaux.

La chose importante dans cette recherche serait de partir d’un point fixe et nettement défini. Or, la plus grande incertitude régnant sur le nombre des anneaux aux deux extrémités de l’animal, il faudrait en conséquence pouvoir les négliger. En y réfléchissant un peu, le problème ne paraîtra pas absolument insoluble.

Quand on étale une Sangsue morte ou vivante, et qu’on la fait glisser sur sa face dorsale appliquée sur la convexité du doigt indicateur, on aperçoit, d’espace en espace, deux petites gouttelettes de liquide symétriquement accumulées sur le bord postérieur de certains anneaux. Ces gouttelettes s’échappent de petits orifices qui conduisent par un canal oblique et fort étroit, à certaines vésicules intérieures, dont nous parlerons dans un instant.

Ces orifices, ainsi que nous venons de le dire, sont disposés en paires symétriques, et ces paires sont séparées les unes des autres par des intervalles qui, à la partie postérieure du corps, comprennent régulièrement cinq anneaux. Or elles sont au nombre de dixsept, et par conséquent, si le nombre des anneaux compris dans ces intervalles est fixe entre la première et la dernière, il y a nécessairement quatre-vingts anneaux. Malheureusement ce chiffre n’est pas exact ; en effet, le nombre des anneaux varie à l’exlré-

mité antérieure de la série, où d’ailleurs les orifices sont très difficiles à discerner. Le seul point fixe, ou du moins le plus commode, se trouve dans la paire postérieure d’orifices qui est toujours distincte et facilement apparente.

Grâce à ce point fixe, il sera facile de déterminer avec la plus grande précision la position relative de deux orifices médians, situés l’un au-devant de l’autre vers le tiers antérieur du corps.

Le premier est percé sur le bord postérieur du cinquante-neuvième anneau, compté à partir de la paire postérieure d’orifices latéraux. Cet orifice est le pore de l’organe copulaleur femelle.

Le pore copulateur mâle est situé entre le soixante-troisième et le soixante-quatrième anneau ; ainsi cinq anneaux le séparent du pore copulateur femelle, au-devant duquel il est placé. Le premier est situé deux anneaux en arrière de la quatorzième paire d’orifices latéraux, le second, deux anneaux en arrière de la treizième.

D’après les points de repère que nous venons d’indiquer, si les intervalles qui existent entre deux paires consécutives d’orifices excréteurs comprenaient toujours cinq anneaux, le pore mâle serait séparé de la dernière paire en avant par dix-sept anneaux, et le pore femelle par vingt-deux. Mais il n’en est point ainsi ; l’observation démontre, en effet, que le nombre des anneaux intermédiaires décroît vers l’extrémité antérieure de la série ; c’est ainsi que le quinzième intervalle, compté d'arrière en avant, n’a que quatre anneaux, et le seizième trois seulement; dès lors, le nombre total des anneaux, compris entre les deux paires extrêmes d’orifices, n’est pas de quatre-vingts anneaux, comme on aurait pu l’admettre à priori, mais de soixante-dix-sept.

Cette manière de déterminer la position des pores génitaux dans la Sangsue médicinale, Y Aulastorne et VHœmopis, me paraît la [ilus légitime ou du moins la plus certaine. Nous partons, en effet, de points fixes bien définis, et nous pouvons en conséquence laisser de côté, sans aucun inconvénient, les parties indéterminées qui terminent aux deux extrémités du corps la chaîne des anneaux. Ouoi qu’il en soit, en arrière de la paire postérieure d’orifices, entre elle et l’ouverture anale, je compte six grands anneaux bien distincts , puis trois anneaux beaucoup plus étroits. L’anus est

P. GKVMOLET.

percé sur la ligne médiane, immédiatement derrière eux. En arrière de l’anus, j’en distingue six extrêmement réduits et presque effacés sur la ventouse postérieure, en tout quinze anneaux pour le moins.

Au-devantde la paire antérieure d’orifices, de ce point jusqu’au bord de la lèvre supérieure, j’en compte neuf ou dix. Si nous acceptons ce dernier chiffre, le nombre total des anneaux comptés d’une extrémité à l’autre de l’animal sera de cent, et ce nombre concorde assez bien avec celui qui a été donné par Spix (1).

Indépendamment des orifices latéraux ou médians, la surface de la peau présente certaines particularités qui peuvent fournir des éléments utiles dans la recherche des relations qui existent entre les organes intérieurs et les divisions extérieures du corps de l’animal.

En examinant attentivement la face dorsale d’une Sangsue on aperçoit souvent, d'une manière très nette, sur le dos de certains anneaux, deux points blanchâtres situés fort symétriquement aux deux côtés de la ligne médiane. En y regardantde plus près encore, on découvre bientôt que ces paires de points blanchâtres, étudiées dans la région moyenne du corps, se succèdent fort régulièrement de cinq en cinq anneaux. Il est dès lors intéressant de déterminer les relations des anneaux qu’elles caractérisent, avec ceux au bord postérieur desquels sont percées les paires d’orifices latéraux. Cette détermination est en général très facile. En faisant tourner l’animal sur son axe, on voit presque aussitôt que ces taches se trouvent précisément sur les anneaux qui suivent immédiatement chaque paire d’orifices latéraux.

Il est aisé de découvrir un rapport plus significatif encore, et qu’on peut constater avec la plus grande évidence sur une Sangsue desséchée après insufflation, et rendue transparente par l’application d’un vernis â l’essence. Sur un animal ainsi préparé on voit aisément que ces points ornent précisément les anneaux qui portent â leur côté ventral les ganglions de la chaîne nerveuse ; ces anneaux sont, si je puis ainsi dire, la tête de chaque Zoonitc,

(1) Darslellung, etc. , Isis , 1818, p. 602.

et la paire d’orifices latéraux en caractérise la limite postérieure. Or, aux deux extrémités du corps, les anneaux caractérisés par ces points dorsaux semblent se rapprocher davantage, le nombre des anneaux intermédiaires diminuant. Sur la lèvre antérieure, notamment, presque tous les anneaux présentent cette caractéristique. Il est donc probable qu’aux deux extrémités de l’animal, les segments du corps, c’est-à-dire les Zooniles se condensent, tendent à se confondre et deviennent moins distinctes. Ce fait semblerait indiquer que le ganglion pédieux du cercle œsophagien et le dernier ganglion delà chaîne, pourraient à la rigueur résulter de la condensation de plusieurs ganglions segmentaires, ainsi que cela a lieu pour le ganglion sous-œsophagien des Hélices et des Limaces.

Pour compléter ce qui est relatif aux organes superficiels caractéristiques de la Sangsue médicinale, je pourrais rappeler encore les dix points oculiformes que présente son extrémité antérieure; mais ils ont été étudiés tant de fois et si exactement décrits, qu’il me paraîtrait superflu d’v revenir ici.

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