‹ Recherches sur l'organisation du système vasculaire dans la sangsue médicinale et l'aulastome voraceChapitre 4 sur 11 · REMARQUES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

REMARQUES GÉNÉRALES

Sur les parties intérieures de la Sangsue et en particulier sur les organes excréteurs, considérés autrefois comme servant à la respiration.

Une précaution indispensable pour étudier avec facilité les organes intérieurs de la Sangsue, est, ainsi que l’a recommandé Kuntzmann, de la débarrasser avant tout du sang à demi coagulé qui remplit, dans la plupart des cas, les poches intestinales. Pour arriver à ce résultat, Kuntzmann soumettait les individus qu’il destinait à ses recherches, à un jeûne prolongé. Mais il est à la fois plus prompt et plus sûr de laver à plusieurs reprises l’intérieur du tube digestil par des injections répétées d’eau pure. Il est bon, avant d’entamer la peau de l’animal, d’attendre que toute roideur cadavérique ait passé ; les téguments deviennent ainsi plus souples et par conséquent plus extensibles.

Quand on est arrivé au point désiré, on insuffle de l’air dans le

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tube digestif, de, manière à le distendre modérément ; cela fait, on étend l’animal sur une lame de liège, où il est maintenu par de fines épingles, entamant le bord libre des deux ventouses, puis on pratique une incision longitudinale dans toute l’étendue de la ligne médio-dorsale; cette incision doit être faite avec beaucoup de précaution, afin de ne point intéresser la paroi intestinale; on redouble ensuite ces précautions lorsqu’il s’agit de disséquer la peau et de la rejeter sur les côtés. Quand cette opération a réussi, on voit apparaître l’ensemble du tube digestif avec ses dilatations ampullaires.

Le prototype de cet appareil peut être conçu comme un canal médian, étendu directement de la bouche à l’anus. Dansl’Aulastome que nous considérons en premier lieu, ce canal médian est étranglé d’espace en espace et ces étranglements séparent des dilatations qui lui donnent une apparence moniliforme ; elles se succèdent sans interruption de la bouche à l’anus; toutefois, leur série peut se partager au moins en quatre régions principales, savoir : 1° la région stomato-pharyngienne ; 2° la région œsophagienne (région stomacaledes auteurs); 3° la région gastro-iléale ; k° enfin, la région anale.

Ces quatre régions sont séparées les unes des autres par des étranglements plus marqués que ceux qui distinguent, dans chacune d’elles, ses dilatations successives.

a) . Les caractères distinctifs de la région pharyngienne consistent surtout dans l’épaisseur de ses parois d’un blanc presque nacré, dans les plis longitudinaux de sa surface intérieure, enfin dans l’extrême richesse de son système musculaire composé de muscles constricteurs, de muscles dilatateurs et de muscles lon gitudinaux, d’où résulte surtout le mouvement des petites mâchoires. Les muscles dilatateurs consistent en une multitude de fibres se portant de la face externe du pharynx à la peau, et formant, par leur entrelacement, une sorte de feutre, dans les mailles duquel sont compris de nombreux éléments glandulaires (glandes salivaires ou pharyngiennes).

b) . La région œsophagienne est décrite en général sous le nom d 'estomac, dénomination évidemment peu exacte; ses nombreuses

poches jouent le rôle de réservoirs alimentaires, et peuvent en conséquence être assimilées à une succession de jabots; elle pourrait donc recevoir avec justesse le nom d 'Ingluvies. Elle comprend, dans YAulastoma, neuf dilatations successives ; ces dilatations croissent assez régulièrement de la première à la septième inclusivement (en les comptant à partir du pharynx) ; au delà, elles décroissent ; la huitième, en effet, diminue sensiblement, et la neuvième est la plus petite de toutes.

c) . La région gaslro-iléale a, dans YAulastoma, des proportions inusitées ; elle commence par une chambre énormément dilatée, et qui, d’après la configuration de ses lobes, semble résulter de la fusion de deux poches primitivement distinctes. A partir de ce point, on compte quatre chambres alternativement étroites et larges. Un canal, légèrement flexucux et fort étroit, sert de transition entre celte troisième région et la région anale.

d) . La quatrième région (gros intestin, rectum) est vaste et pyriforme; elle s’atténue en pointe jusqu’à l’anus où l’intestin se termine.

A ces régions principales, il faut ajouter deux cæcums très grêles situés symétriquement aux deux côtés de la région gastrointestinale. Ils commencent au-devant de l’estomac, sur les parties latérales de la neuvième dilatation œsophagienne, et se prolongent en arrière jusqu’au point où le rectum commence. Ces faits sont connus de tous les anatomistes.

Les différentes régions que nous venons d’indiquer ne sont pas uniquement distinguées par des étranglements accusant des séparations plus tranchées; elles présentent, en effet, des particularités de structure fort apparentes, et d’où résulte pour chacune d’elles une physionomie tranchée.

En effet, la région pharyngienne, ainsi que nous l’avons dit plus haut, a des parois très musculaires, et des plis longitudinaux la divisent à l’intérieur; la région œsophagienne, au contraire, a des parois minces peu musculaires et très peu riches en vaisseaux. Sa face interne est revêtue d’un épithélium délicat et, à l’exception des cloisons qui séparent les loges, ne présente ni valvules,

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ni plis. Les cæcums latéraux, qui dépendent de la dernière loge œsophagienne, offrent une structure analogue.

La troisième région (gastro-iléale) est exceptionnellement riche en vaisseaux ; mais son principal caractère est un grand repli ou valvule qui la divise intérieurement, à partir du point où elle commence jusqu’à sa terminaison, en décrivant une spire à tours fort serrés. Nous donnerons en conséquence à celle valvule le nom de valvule spiroïde.

Cette valvule disparaît, en s’éteignant graduellement, au commencement du canal étroit qui sépare la troisième région de la quatrième; celle-ci est absolument dépourvue de valvule, et très peu riche en vaisseaux.

Ces parties ne se distinguent pas seulement par leur situation respective ou par leur structure propre, mais encore par les modifications successives qu’y subit le bol alimentaire. Les matières ingérées s’accumulent dans la région œsophagienne , et la parcourent sans subir d’altérations notables; elles se dissolvent au contraire, et changent de couleur dans la région gastro-intestinale ; enfin, dans la région anale, elles deviennent presque absolument noires.

Le tube intestinal de la Sangsue médicinale s’éloigne peu, eu égard aux conditions générales de structure, de celui de YAulastome. Il en diffère toutefois quant aux proportions réciproques des parties; en effet, dans cette dernière espèce, les parties médianes l’emportent singulièrement sur les appendices latérales, tandis qu’au contraire, dans les Sangsues, les parties médianes sont au minimum , les appendices latérales présentant, en revanche, un développement énorme.

La disposition réciproque des chambres peut cire aisément aperçue sur une Sangsue insufflée et desséchée avec les précautions que nous avons plus haut indiquées ; il suffit pour cela de l’ouvrir largement sur l’un de ses côtés. Les parois des dilatations voisines, en s’adossant, constituent des cloisons à doubles lames, qui divisent en dix loges distinctes la région œsophagienne ; la dernière de ces loges s’atténue à sa partie postérieure, et s’ouvre dans l’intestin gastro-iléal par une extrémité infundibuliforme, que

Brandt a parfaitement représentée. Cet intestin est fort étroit; son diamètre égale tout au plus celui d’une plume de corbeau; mais, en revanche, les dilatations latérales de la dernière chambre œsophagienne se prolongent sur ses côtés en deux cæcums très vastes qui, s’accolant l’un à l’autre au-dessous de l’intestin , forment une cloison médiane qui divise jusqu’à son extrémité postérieure la chambre viscérale.

Les cloisons qui séparent les chambres œsophagiennes traversent la chaîne nerveuse, un peu en arrière des ganglions nerveux. Leurs parties latérales s’inclinent assez fortement en arrière; toutefois l’ensemble monte presque verticalement de la face ventrale à la face dorsale. Toutes ces cloisons sont percées vers leur centre d’une ouverture elliptique, dont le grand axe est vertical. A quelque distance du bord de cette ouverture, les cloisons, qui sont situées entre l’organe copulateur mâle et l’intestin gaslro-iléal, présentent de chaque côté une bride verticale, assez saillante, sur leur face postérieure. Cette bride, qui semble indiquer une subdivision des chambres postérieures, a des rapports intéressants, et mérite pour cette raison de recevoir un nom. Nous lui donnerons celui de bricle de la cloison.

L’anneau qui sépare le pharynx de la chambre œsophagienne antérieure, peut être sans aucun doute assimilé aux cloisons que nous venons de décrire. Nous en dirons autant de celui qui sépare le pharynx de la bouche et sur lequel apparaissent les trois disques odontophores; nous le définirions volontiers une cloison armée. Au delà de cette cloison est la cavité buccale proprement dite. Elle est revêtue de peau, et celte raison seule nous empêche de la ranger au nombre des chambres intestinales.

L’intestin gaslro-iléal est fort étroit et disparaît en quelque sorte entre les deux cæcums. Il commence par une petite dilatation, où l’on distingue deux lobes latéraux, assez nettement indiqués, disposition qui rappelle sous des proportions, il est vrai, fort réduites, ce que nous avons déjà vu dans l’Aulastome. M. Brandt a donné de cette dilatation une fort bonne figure. Le reste de l’intestin se prolonge sans étranglements sous la forme d’un tube cylindrique jusqu’à la dilatation pyriforme du rectum;

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nue valvule spiroïde fort accusée se développe dans toute sa longueur aux dépens de sa paroi interne. Celte valvule, ainsi que nous l’avons vu dans l’Aulastome, ne se prolonge point dans le rectum qui s’ouvre au-dessus de la ventouse postérieure par un anus extrêmement étroit.

Les grandes poches œsophagiennes ne méritent pas mieux le nom d’estomac dans la Sangsue médicinale que dans l’Aulastome. Le sang que l’Hirudinée a sucé, s’y accumule, s’y condense, mais sans y subir d’altération notable; au bout de plusieurs mois, il conserve encore la propriété de rougir au contact de l’air. L’altération, au contraire, est évidente dans l’intestin gastro— iléal . Le sang y subit des changements incontestables; de rouge qu’il était il devient d’un brun verdâtre, et les fèces sont de couleur noire.

Les différences que présente la constitution de l’intestin dans les Aulastomes et les Sangsues, s’accordent d’une manière fort intelligible avec les différences de mœurs qui distinguent ces deux groupes. Dans les Aulastoma , les dilatations de Yingluvies sont peu accusées, les cæcums qui le terminent sont extrêmement réduits; en revanche la région gastro-iléale présente un développement énorme, et le rectum s’ouvre par un anus très large. L’absence de réservoirs suffisants, le développement des parties où la chylification s’opère, tout indique une digestion rapide; de là sans doute cette voracité proverbiale de l’Aulastome qu’on voit faire une guerre acharnée aux Lymnées, aux Planormes, aux Lombrics, et s’attaquer le cas échéant à sa propre espèce. J’ai pu souvent m’en convaincre, en voyant successivement disparaître des Aulastomes que j’avais parqués dans des bocaux soigneusement fermés, à l’aide d’une gaze à mailles serrées. Pendant l’été et jusqu’au milieu du mois d’octobre l’Aulastome mange tous les jours une fois au moins, et deux fois peut-être, à l’aurore et au crépuscule.

Les forces digestives sont beaucoup moins actives dans la Sangsue médicinale, et les repas sont séparés dans cette espèce par de longs intervalles; ici, en effet, les chambres de l’ingluvies l’emportent singulièrement en capacité sur l’intestin gastro-iléal; ce dernier, réduit à un tube grêle, n’épuise qu’avec une extrême

lenteur la provision de sang condensé que la Sangsue accumule dans de vastes réservoirs. Je supposerais d’après cela que l’accroissement est beaucoup plus lent dans les espèces de ce genre que celles du genre Aulastoma.

Je voudrais compléter ce que je viens de dire sur l’intestin de la Sangsue, en déterminant d’une manière précise les rapports qui existent entre les dilatations intestinales et les divers segments de l’animal. Dans la partie moyenne du corps celte détermination est aisée; il y a en effet une chambre œsophagienne pour chaque segment ; mais elle est fort difficile en avant, où les ganglions nerveux se rapprochent, où le nombre des anneaux composant les zooniles diminue, où tout indique en un mot une condensation et une modification profondes de toutes les parties de l’animal.

Des organes compris entre la peau et le canal intestinal.

Ces organes sont :

1° La chaîne nerveuse,

2° Les organes génitaux mâles et femelles,

3° Les organes excréteurs ( segmentai organs, Williams).

La chaîne nerveuse comprend, outre l’anneau œsophagien et son ganglion inférieur, vingt et un ganglions nerveux. Ces ganglions sont plus rapprochés les uns des autres aux deux extrémités de la série que dans sa région intermédiaire. Le premier touche au ganglion sous-œsophagien qu’on pourrait à bon droit considérer comme le premier ganglion de la chaîne ventrale. L’avantdernier louche au ganglion de la ventouse postérieure, c’est-à-dire au dernier ganglion de cette chaîne (1). Deux cordons longitudinaux, très rapprochés l’un de l’autre, les unissent en passant de l’un à l’autre; il naît de chaque ganglion, deux pairs de nerfs. La première paire plonge immédiatement dans la paroi inférieure du corps; les nerfs de la paire supérieure montent vers la paroi dor-

(1) Brandt et Ratzeburg, Medizinische Zoologie, Band II, Tab. XXIX, B, fig. 1.

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sale, en cheminant l’un à droite et l’autre à gauche dans l'intérieur d’un vaisseau qui suit le bord de l’ouverture ovalaire des cloisons dans l’épaisseur desquelles il est logé.

Le pore génital mâle, en laissant de côté le ganglion sous-œsophagien, a au-devant de lui cinq ganglions et par conséquent quatre zooniles pour le moins. 11 y a six ganglions au-devant du pore génital femelle.

La structure des ganglions a été étudiée avec un grand talent parle docteur Cari Bruch (2). Mon but n’est pas d’y insister ici; je passerai également sous silence les nerfs viscéraux dont on doit surtout la connaissance aux savantes recherches de mon excellent ami M. le professeur Faivre. Mon but en disant un mot de la chaîne nerveuse est seulement d’aider à mes descriptions ultérieures, en indiquant les rapports que scs ganglions affectent avec les cloisons intestinales.

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