‹ Recherches sur l'organisation du système vasculaire dans la sangsue médicinale et l'aulastome voraceChapitre 6 sur 11 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

DU SYSTÈME VASCULAIRE ET DES MOUVEMENTS DU SANG DANS LA SANGSUE MÉDICINALE ET DANS L’AULASTOME VORACE.

11 y a dans la Sangsue médicinale quatre grands vaisseaux longitudinaux, savoir :

1° et 2° Deux vaisseaux latéraux , parfaitement symétriques, étendus dans toute la longueur de l’animal et communiquant l’un avec l’autre, aux deux extrémités du corps. Bibiena (1) s’en attribue la découverte, mais à tort; il est certain que Schacht (2) les avait indiqués quinze ans avant lui. Depuis cette époque tous les observateurs en ont reconnu l’existence.

3° Un vaisseau dorsal, étendu de la bouche à l’anus, simple eu avant, divisé en arrière en deux troncs parallèles. Dillenius, dans son travail intitulé De Hirudinibus (3), semble avoir connu ce vaisseau; il dit en effet : Est demumvena manifesta ab ore ad

omnem ventrem protensa; hœc plerumque uno prœcipuo canali

vel in duos mox divisa constat. Évidemment, cette description s’applique beaucoup plus au vaisseau dorsal qu’au ventral. Aussi nous ne saurions approuver la critique de Bibiena quand il accuse Dillenius d’avoir pris la moelle pour une veine.

Les descriptions de Schacht, de Dillenius et de Bibiena étaient fort incomplètes. Cuvier donna des vaisseaux latéraux et du vaisseau dorsal une indication moins obscure d’après des injections mercurielles, que le Muséum de Paris possédait encore en 1827, suivant M. Rodolphe Wagner. Il a vu le premier les brandies latéro-abdominales qui unissent l’un à l’autre les deux vaisseaux latéraux. Ces deux vaisseaux communiquent en outre par des

(1) Comment. Inst. Bonon ., 1791, t. VII, p. 63.

(2) Dissertatio inctuguralis Zoologico-medica de Hirudinibus, Hardervici,

(3) Acad, natur. curios., cent. 7 et 8, p 338, 1719.

P. GRytTIOLET.

bronches dorsales. Le travail de Cuvier, bien supérieur à celui de Bibiena, présente cependant de nombreuses lacunes (1).

k° Un vaisseau ventral. Thomas a connu ce vaisseau (2), mais il le considérait comme étant simplement une enveloppe de l’axe nerveux abdominal. Johnson le premier reconnut qu’il contenait du sang, et lui assigna sa fonction véritable (3) , observation qu’ont vérifiée après lui Brandt, Muller et M. Moquin-Tandon. Johnson admettait donc l’existence de quatre vaisseaux longitudinaux dans la Sangsue. Toutefois, longtemps après la publication de son livre d’habiles auteurs méconnaissaient encore l’existence d’un vaisseau ventral (ft).

Je vais essayer de décrire ces quatre vaisseaux en insistant surtout sur leurs relations réciproques, la connaissance de ces relalations étant indispensable pour établir une théorie quelconque du mouvement du sang, dans les Hirudinées que nous considérons ici.

A. — Des vaisseaux latéraux.

Ces vaisseaux sont les plus considérables par le volume et par leurs fonctions; leurs parois, bien que fort transparentes, sont robustes et contractiles; les fibres musculaires qui les enveloppent sont disposées en une suite d’anneaux très rapprochés les uns des autres, et larges d’environ 0mn>,035. Cette structure est fort apparente dans toute la longueur de ces vaisseaux.

Ils présentent leur plus grand diamètre vers le tiers postérieur du corps; toutefois ils s’atténuent à leurs extrémités où ils s’anastomosent réciproquement, entourant l’ensemble du tube digestif d’une ceinture elliptique. La plupart des auteurs qui ont étudié la

(1) Bulletin des sciences, an X (1802) p. 121.

(2) Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des Sangsues, p. 86. Paris,

(3) A Treatise on the médicinal Leech, 1 8 1 6, p. 115.

(4) Blain ville, article Sangsce du Dictionnaire des sc. nal . , t. XLVI1, 1827, p. 205.

circulation dans les Hirudinécs, sc sont enquis surtout des mouvements que le sang exécute dans ces grands vaisseaux. Bibiena dit fort bien en parlant d’eux : & Sunt autem liæc (venæ) canales duo, » quos tenuissimæ efficiunt membranæ et quorum forma incedentis » vermiculi imaginera æmulatur (1). « En effet, ils ne s’étendent point de la tête à l’anus en ligne droite, comme les a figurés M. Brandt(2), mais en ondulant de la façon la plus régulière cl la plus élégante ; ils forment ainsi dix-neuf arcs sortants et dix-lmit arcs rentrants; une ligne idéale, passant transversalement par les ganglions nerveux, coupe les vaisseaux vers le milieu des arcs sortants; le sommet des arcs rentrants correspond au milieu de l’intervalle qui sépare deux ganglions nerveux consécutifs.

Les branches qui naissent des vaisseaux latéraux sont de deux ordres: les unes naissent sur leur coté interne, les autres au coté externe; les premières naissent du sommet des courbes rentrantes par un tronc fort court qui se divise presque aussitôt en deux branches divergentes qui, s’anastomosant d’un côté à l’autre sur la paroi abdominale, au-dessous du vaisseau ventral, établissent dans toute la longueur du corps une communication directe entre les deux vaisseaux latéraux; ces branches, en rampant sur la paroi ventrale de l’animal, circonscrivent des losanges à bord onduleux qui ont été bien connus de Cuvier; les troncs qui leur donnent naissance sont de chaque côté au nombre de dix-huit ; Dugès leur a donné le nom de branches latéro-abdominales.

Les branches qui naissent au côté externe des vaisseaux latéraux sont alternativement longues et courtes ; les courtes naissent des arcs sortants un peu en arrière de leur sommet; ils s’épuisent dans la partie moyenne du flanc de l’animal ; nous les désignerons sous le nom de branches latéro- latérales. M. Brandt dans son travail, si estimable d’ailleurs, n’en fait aucune mention.

Les longues branches (branches latéro-clor sales, Dugès) naissent de la partie antérieure des arcs sortants et s’élèvent, en décrivant quelques flexuosités en dehors et un peu en avant de l’extrémité

(1) Loc. laud., p. 71 .

(2) Medizinische Zoologie, t. II, tab. XXIX, B, fig. 8.

P. GRUIOI.ET.

verticale des anses mucipares; un peu au-dessus du sommet de ces anses, leurs troncs se divisent en deux rameaux qui se rapprochent tous deux de la ligne médio-dorsale, et n’ont toutefois, suivant la remarque très juste de Cuvier, aucune relation directe avec le vaisseau dorsal ; ces deux rameaux divergent en ondulant, l’un est antérieur et l’autre postérieur.

Jamais les rameaux qui appartiennent aux branches latéro-dorsales situées au-devant de l’intestin gastro-iléal, ne s’anastomosent de droite à gauche et les deux côtés du corps demeurent à cet égard complètement indépendants ; cette séparation est en quelque sorte absolue ainsi que nous le dirons dans un instant.

Les choses diffèrent pour les branches latéro-dorsales qui naissent au niveau de l’intestin gastro-iléal ; les rameaux postérieurs de ces branches suivent la loi commune, et, nés d’un des côtés du corps, s’épuisent dans le même côté, sans contracter avec les rameaux symétriques aucune anastomose ; mais il n’en est point de même des rameaux antérieurs; ceux-ci s’anastomosent, d’un côté à l’autre, par une large arcade au-dessus de l’intestin gastroiléal. Faisons remarquer que ces arcades n’ont aucune communication directe avec le vaisseau dorsal ; cinq paires de branches latéro-dorsales concourent à leur formation. C’est sans doute à ces larges anastomoses que Cuvier faisait allusion lorsqu’il faisait communiquer les deux vaisseaux latéraux par leurs branches dorsales; toutefois M. Brandtena donné le premier une description précise.

La structure des branches latéro-latérales et latéro-dorsales est fort semblable à celle des vaisseaux latéraux d’où elles proviennent, et leurs parois présentent les mêmes anneaux musculaires, mais avec moins de richesse et de développement ; elles fournissent des réseaux très riches à la peau, aux anses et aux vésicules mucipares, aux testicules et à l’intestin gastro-iléal ; elles ne donnent point de ramifications apparentes aux parois des poches de l’ingluvies.

Réseaux cutanés. — Ils naissent de toutes les branches que nous venons d’indiquer, et forment, de la face profonde à la face superficielle de la peau, trois couches successives.

a). La couche profonde est divisée en quatre bandes longitudinales; deux de ces bandes situées au côté dorsal, sont les plus

considérables; elles tirent leur origine des branches lotéro-latérnles et latéro-dorsales.

Les deux autres bandes sont beaucoup moins riches; elles sont situées au côté ventral, à droite et à gauche de la chaîne nerveuse; elles naissent des branches latéro-abdominales.

Ces longues bandes vasculaires sont depuis longtemps connues, maison ignorait leur signification véritable ; les tubes qui les composent par leur enchevêtrement, avaient étc pris pour des canaux hépatiques, et M. Brandi admettait leurs relations avec la cavité digestive.

Ces tubes naissent, en réalité, des branches que les vaisseaux latéraux envoient à la peau; ils sont extrêmement tortueux, s’anastomosent de la façon la plus compliquée, et présentent à tout moment des dilatations variqueuses. Des vaisseaux nombreux, courant sur la face profonde des réseaux qu’ils constituent, y naissent de certains points pour se terminer à d’autres. De l’entrelacement de ces éléments vasculaires résulte un tissu velouté, chargé de cellules graisseuses fortement colorées. Cette apparence, les dilatations et les flexuosités des vaisseaux composants, m’ont porté à donner à cet ensemble, d’une extrême richesse, le nom de réseaux variqueux. On peut injecter ces réseaux, et, quand l’injection a bien réussi, leur aspect est vraiment admirable.

Les cellules graisseuses qui les recouvrent sont directement attachées à la paroi des vaisseaux composants ; elles enferment un contenu granuleux de couleur brune et un noyau diaphane et brillant. C’est à elles qu’est due surtout celte teinte noirâtre qui caractérise le tissu feutré ou velouté dans les Sangsues, et surtout dans les Aulastomes où elles sont exceptionnellement abondantes. Les vésicules qui les contiennent sont fort minces, adhérentes aux parois des tubes variqueux et si riches en vaisseaux, qu'elles paraissent au premier abord être enveloppées ou même remplies par l’injection, quand celle-ci a suffisamment pénétré.

Ces vésicules graisseuses n’ont aucun canal excréteur. Les tubes auxquels on assignait ce rôle sont de véritables vaisseaux sanguins, et les liquides les plus fluides qu’on pousse dans leur inté-

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rieur ne refluent jamais dans la cavité intestinale, alors même que l’injection les a complètement remplis et distendus.

il est donc impossible, malgré la grande autorité de Blainville et de M. Brandt, de conserver l’ancienne opinion, et de faire de ces réseaux variqueux un système de tubes biliaires, car, d’une part, leurs communications avec les grands vaisseaux sanguins et les réseaux sanguins cutanés sont évidentes , mais il est, en outre, absolument impossible de découvrir les prétendus canaux , au moyen desquels ils s’ouvriraient dans la cavité digestive.

b) . Réseau intermédiaire . — Ce réseau, par la couleur brune de ses parois et par certaines varicosités, conserve de grandes analogies avec le réseau variqueux sous-culané; il est compris dans l’épaisseur des couches musculaires qui doublent la peau. Les vaisseaux qui le composent proviennent du système des vaisseaux latéraux par des branches directes, et communiquent d’autre part avec le réseau variqueux. Ils forment, en s’anastomosant dans l’épaisseur des couches musculaires, des réseaux superposés de plus en plus fins, et dont la disposition est telle, que, sur une coupe transversale, le profil de la peau présente plusieurs étages successifs d’arcades vasculaires. D’une manière générale, ces réseaux deviennent d’autant plus déliés, qu’ils se rapprochent davantage de la superficie de la peau. Toutefois, quelle qu’en soit en effet la finesse, elle est loin d’égaler l’infinie délicatesse du dernier réseau qui en émane et étale à la surface de la peau ses mailles microscopiques.

c ) . Ce dernier réseau, réseau cutané superficiel , n’a été, à ma connaissance, indiqué par aucun anatomiste. Les vaisseaux, extrêmement déliés qui le composent, naissent immédiatement des extrémités de certaines ramifications des réseaux intermédiaires, et s’anastomosant de toutes parts, constituent dans leur ensemble une fine dentelle, à mailles polygonales, apparente surtout à la partie supérieure des anneaux. Le diamètre des vaisseaux composants égale 0,nrn,003 à 0m‘",005 ; le diamètre des mailles égale 0'",n,020 à 0m,n,(!/i0. Ce réseau superficiel est donc l’un des plus fins qu’on puisse étudier et injecter ; sa régularité, non moins que

sa richesse rappellent absolument la disposition des réseaux respiratoires dans les animaux vertébrés.

On distingue encore à la superficie de la peau, sur les parties latérales des anneaux, de petites branches superficielles verticales. Ces petites branches se ramifient à leurs deux extrémités; elles établissent une communication plus facile entre les réseaux cutanés de la face ventrale et ceux de la face dorsale. Il est peut-être inutile de leur donner un nom , mais si on le jugeait nécessaire, on pourrait les désigner sous celui-ci : branches verticales superficielles.

Les réseaux superficiels sont plus abondants sur la surface saillante des anneaux que dans leurs interstices ; mais un fait plus remarquable est la séparation presque complète des réseaux du côté droit, et de ceux du côté gauche sur la ligne médio-dorsale. Cette séparation va au point qu’une injection heureuse, poussée dans un vaisseau latéral, remplit exactement les réseaux cutanés dorsaux du côté correspondant, et laisse le côté opposé absolument vide, s’arrêtant sur la ligne médio-dorsale comme sur une barrière fatale. Ce fait a pour cause la rareté et la finesse des réseaux cutanés, dans cette partie de la peau qui recouvre la gouttière où se trouve logé le vaisseau dorsal.

En regardant les réseaux superficiels comme le siège véritable de la respiration, nous nous rattachons aux idées de notre illustre maître M. de Blainville et à l’opinion de Brandt. C’est par une erreur évidente que le système des tubes excréteurs et les poches muqueuses qui les terminent, avaient été considérés comme des spiracules ou des poumons, leurs orifices ayant été parfois comparés aux stigmates des Insectes. Cette fausse interprétation a été fort savamment relevée dans ces derniers temps (1).

Les anneaux du corps des Sangsues sont donc leurs véritables organes respiratoires ; ils doivent être considérés comme les analogues des grands lobes cutanés des Branehellions. Cette analogie me semble, en effet, mise hors de doute par les belles recherches

(1) Cf. Moquin-Tandon, Monographie, 2e édit . p. 1 28 ; Claparède, Recherches anal, sur les Annélides. etc., 1861, p. 29.

P. GRITIOLtT.

de M. de Qualrefages (1) et de M. Franz Leydig (2) sur l’anatomie des Branchellions. Toutefois, dans ce dernier genre, le système des vaisseaux, tel qu’il est décrit par ces auteurs, a une disposition très différente de celle que présentent les Sangsues et les Aulastomes.

Tels sont les réseaux cutanés qui dépendent du système des vaisseaux latéraux dans les espèces que nous étudions ici, et sans doute aussi dans le genre Hœmopis. Ajoutons encore certaines branches très finement ramifiées qui se portent soit dans la ventouse buccale, soit dans la ventouse pédieuse ; elles proviennent des arcades anastomotiques, qui unissent aux extrémités de l’animal les deux grands vaisseaux latéraux.

Ramifications des branches latéro-abdominales . — Nous avons fait remarquer, il y a un instant, que les branches latéro-abdominales, simples d’abord, se divisaient presque aussitôt en deux rameaux divergents. La partie supérieure ou verticale des anses mucipares est située un peu en arrière de ce point. Quant à la partie horizontale, elle se porte en avant et se termine en se recourbant sur le tronc originel. Il y a donc une sorte de juxtaposition entre les organes mucipares et les branches latéro-abdominales.

Leur tronc lui-même fournit à la branche antérieure de l’anse un vaisseau ascendant ; la poche muqueuse reçoit ses vaisseaux de sa bifurcation postérieure.

Ces vaisseaux de la poche muqueuse ont en général deux origines : un premier vaisseau se porte immédiatement sur leur partie antérieure, le second vaisseau se divise en deux ramuscules; l’un de ces ramuscules rampe au coté interne de la poche et s’y ramifie, le second va au delà, donne à la peau de petites branches capillaires qui affectent souvent la forme variqueuse, et se termine en s’anastomosant avec la division antérieure de la branche latéro-abdominale, qui vient après celle que l’on considère.

(1) Ann. des sc. nat., 3e série, t. XVIII, pl. 7, fig. 1.

(2) Anatomisches ilber Branchellion und Pontobdella, in Zeitsch. fur wiss. Zool., drilter Band, 31 5, 1851.

Ces deux vaisseaux sc divisent sur les parois de la vésicule en un réseau très riche, mais à mailles relativement assez larges. De ce réseau, qu’on peut très facilement injecter, liait un petit tronc qui marche d’arrière en avant parallèlement au tube excréteur des anses mucipares, et se divise à la manière d’une veine porte en donnant deux rameaux qui s’épuisent dans le bord de leur branche postérieure de l’anse.

L’anse reçoit donc deux rameaux sanguins du vaisseau latéral, l’un direct, qui arrive à sa branche antérieure, du tronc des branches latéro-abdominales voisines, l’autre indirect, qui naît du réseau capillaire de la vésicule et se porte sur sa branche postérieure. De ees sources, résulte sur la paroi même de l’anse un réseau très délicat, mais si riche, que je ne puis comprendre comment M. Williams a pu refuser des vaisseaux au tissu de ses organes segmentaux dans les Hirudinées. En effet, les injections les moins réussies le pénètrent; toutefois, ses mailles sont les plus fines, après celles du réseau cutané superficiel. Il est remarquable par certains rameaux qui rampent à sa surface, et s’y épuisent par leurs deux extrémités.

Les branches latéro-abdominales fournissent encore aux épididymes, aux ovaires, aux organes copulateurs mâle et femelle. Nous dirons dans un instant d’où proviennent les vaisseaux des testicules.

Les réseaux des anses mucipares communiquent soit avec les réseaux cutanés dorsaux, soit avec le vaisseau ventral.

La première communication est établie par des ramifications tortueuses qui rampent sur la périphérie de l’anse, serpentent à la face inférieure du réseau variqueux et se terminent soit dans ses mailles, soit dans la profondeur de la peau, soit enfin dans les réseaux superficiels. Une de ces ramifications, semblable à une veine porte, croise la division postérieure des branches latérodorsales, et se termine au-dessus d’elle en pénétrant dans les réseaux cutanés.

La seconde communication est établie par une suite de vaisseaux qui a échappé aux recherches de M. Brandt, et sur lesquels nous demandons la permission d’insister ici. Ces vaisseaux, corn-

P. (.RITIOLET.

pris chacun entre les deux branches des anses, naissent de leurs réseaux capillaires dans toute leur étendue, se recourbent avec elles, et, arrivés à leur extrémité, s’inclinent parallèlement aux appendices cæcales qu’ils accompagnent, en se dirigeant avec elles au-dessus des testicules; arrivés à ce point, ils se dilatent en trois ou quatre petites poches semblables à des cœurs moniliformes, puis se rétrécissent de nouveau, se recourbent légèrement et aboutissent au vaisseau ventral, un peu en arrière du renflement qui loge le ganglion nerveux correspondant. Ces vaisseaux et leurs renflements moniliformes n’existent point sur les anses mucipares situées en avant du premier testicule; mais en arrière de ce point, toutes les anses en sont pourvues, même les deux dernières, qui ne correspondent à aucun testicule; en conséquence, leur existence n’est point subordonnée à celles de ces derniers organes.

Brandt a le premier aperçu les petits cœurs moniliformes et constaté leurs relations avec le vaisseau ventral , mais il les considérait comme de simples dilatations vasculaires; il n’a point connu d’ailleurs le vaisseau qui les unit au réseau capillaire des anses mucipares. Ils présentent le plus souvent trois ampoules successives. De l’ampoule moyenne naît un vaisseau très remarquable qui monte verticalement dans l’épaisseur des cloisons de l’i nglu vies, et se ramifie dans les réseaux respiratoires supérieurs : nous lui donnerons le nom de branche cardio-dorsale. Outre celte branche, les cœurs fournissent aux testicules des vaisseaux qui s’étalent sur leurs parois en un réseau simple à mailles polygonales. Ces réseaux aboutissent, d’autre part, soit aux réseaux variqueux inférieurs, soit aux réseaux respiratoires inférieurs. Rappelons ici une branche noueuse, émanée des réseaux variqueux, qui serpente en se ramifiant quelquefois sur la face supérieure des testicules. Ce fait avait inspiré à Brandt l’idée que ces derniers organes communiquent dans la Sangsue avec les tubes hépatiques. Je ne discuterai point cette opinion singulière; elle tombe d’elle-même, d’après la détermination nouvelle que nous avons donnée des réseaux variqueux.

B. — Da vaisseau ventral.

Le vaisseau ventral a des parois minces et résistantes : elles sont parcourues par de longs tubes remplis de pigment, qui leur donnent une couleur foncée et fuligineuse. Johnson a fait voir le premier que ce vaisseau renferme dans son intérieur la chaîne nerveuse à laquelle il sert d’enveloppe. Il présente d’espace en espace des dilatations qui correspondent aux ganglions nerveux de la chaîne. De chacune de ces dilatations naît de chaque côté un vaisseau qui monte verticalement dans l’épaisseur du limbe des cloisons de l’inglu vies, et se termine dans les réseaux respiratoires supérieurs. Dans la région du corps qui correspond à l’intestin gastro-iléal, ces vaisseaux montent sur les côtés de l’intestin proprement dit, et sont compris avec les branches cardio-dorsales dans l’épaisseur d’une cloison médiane, qui résulte de l’adossement des deux grands cæcums collatéraux. Dugès, qui les a connues, les a désignées assez exactement sous le nom de branches abdomino -dorsales; mais il admettait à tort qu’elles communiquent avec le vaisseau dorsal.

Parallèlement à ces branches, presque à la base des cloisons, on remarque d’autres vaisseaux ascendants; ceux-ci vont des réseaux respiratoires inférieurs aux réseaux respiratoires dorsaux. Brandi les a le premier fait connaître sous le nom de vaisseauoo courts. Il fait remarquer avec justesse qu’elles sont situées chacune vers le milieu de l’intervalle qui sépare deux paires de branches abdomino -dorsales.

Ces trois branches ascendantes, les branches abdomino -dorsales, les branches cardio-dorsales et les vaisseaux courts de Brandi, sont les seules origines des réseaux vasculaires des parois de l’ingluvies. Au-devant de l’intestin gastro-iléal, elles marchent parallèlement dans l’épaisseur des cloisons transversales de l’ingluvies, les premières vers le bord libre de ces cloisons, les secondes vers leur milieu, les troisièmes vers leurs bases. Au niveau de l’intestin, elles passent, ainsi que nous l’avons dit, dans

P. GKilTIOIiET.

l’épaisseur de la cloison médiane <jue forment, par l’adossement de leurs parois internes, les deux cæcums postérieurs. Les branches cardio-dorsales manquent dans toutes les cloisons qui sont situées au-devant du testicule antérieur.

0. — Des vaisseaux de l’intestin gaslro-ileal, et du vaisseau dorsal proprement dit.

Les vaisseaux de l’intestin médian naissent exclusivement des grandes arcades anastomotiques que forment au-dessus de lui les divisions antérieures des branches latéro -dorsales correspondantes.

Ces arcades, au nombre de cinq, que Brandt a le premier fait connaître, sont les seules voies par lesquelles les deux vaisseaux latéraux communiquent l’un avec l’autre au côté dorsal de l’animal. Chacune d’elles fournit deux troncs qui descendent parallèlement, l’un à droite et l’autre à gauche de l’intestin médian, et se terminent sur chacun de scs côtés en constituant par leurs anastomoses réciproques un vaisseau longitudinal presque rectiligne ; ce vaisseau, symétriquement répété à droite et à gauche de l’intestin, donne des rameaux nombreux à sa paroi. On pourrait lui donner le nom d’artère collatérale.

Brandt a fort bien connu la disposition que nous venons d’indiquer, mais il n’a pu découvrir les ramifications ultimes de ce système collatéral. J’ai été assez heureux pour les injecter d’une manière parfaite. Elles naissent d’espace en espace à de petits intervalles, et plongent immédiatement dans la paroi intestinale. En les poursuivant avec attention, on les voit se glisser dans l’épaisseur'de la valvule spiroïde qui divise l’intestin dans toute sa longueur, et se terminer enfin dans un vaisseau qui suit d’une extrémité à l’autre le bord libre de cette valvule. De ce vaisseau (vaisseau marginal de la valvule spiroïde), naît un réseau fort élégant qui se répand sur toute l’étendue de la valvule et sur les parois intestinales. Ce réseau est délicat, mais les petits courants qui le composent ont, relativement aux réseaux cutanés superficiels et aux réseaux vasculaires des anses mucipares, un assez grand diamètre.

SYSTÈME VASCULAIRE DES SANGSUES. ü 3

Ils débouchent à la base de la valvule par des rameaux plus larges, dans deux vaisseaux médians longitudinaux, situés immédiatement l’un au-dessus, l’autre au-dessous de l’intestin gastroiléal. Ces deux vaisseaux sont très remarquables : l’inférieur communique en avant de l’ampoule gastrique avec le supérieur par deux branches symétriques qui entourent d’un anneau la partie étranglée qui termine l’ingluvies en avant de l’estomac.

Le vaisseau supérieur, simple en avant, se divise en arrière en deux vaisseaux parallèles qui descendent sur les côtés du rectum et viennent s’unir aux angles postérieurs de cette ampoule du vaisseau ventral qui loge le dernier ganglion nerveux. Il y a donc en arrière une communication directe entre le vaisseau ventral et les extrémités postérieures du vaisseau supérieur de l’intestin; or, celui-ci communique directement avec le vaisseau dorsal par son extrémité antérieure ; je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de celte relation.

Du vaisseau dorsal.

Le vaisseau dorsal est donc en continuité évidente avec le vaisseau médian supérieur, intimement lié à la paroi intestinale d’où il émane. Il s’étend ainsi au-dessus du tube digestif dans toute la longueur du corps. Il ne communique point avec le vaisseau ventral par l’intermédiaire des branches abdomino-dorsales , comme l’avait cru Dugès, mais seulement par ses extrémités postérieures unies à la dilatation qui loge le dernier anneau nerveux. Né pour ainsi dire des réseaux vasculaires de la valvule spiroïde, il ne donne aucune branche à l’ingluvies, mais dans toute la longueur du corps il envoie d’espace en espace des branches considérables à la peau.

Ces branches naissent à angle droit du vaisseau dorsal dans toute sa longueur, de la bouche à la ventouse postérieure ; elles se succèdent à des intervalles assez réguliers ; les unes croisent la division antérieure des branches latéro-abdominales; les autres descendent dans les intervalles laissés libres par ces derniers vaisseaux.

P. OR.ITIOLET.

On en compte au moins trente-deux de chaque côté, Elles ondulent à la face inférieure des réseaux variqueux supérieurs et semblent s’y épuiser, mais en réalité leurs ramifications traversent ces réseaux sans s’y arrêter, s’anastomosent fréquemment entre elles dans l’épaisseur de la peau et se terminent dans les réseaux cutanés superficiels.

Ainsi le vaisseau dorsal sert d’intermédiaire entre les réseaux sanguins de l’intestin gastro-iléal et les réseaux respiratoires, et il ne communique avec le vaisseau ventral que par son extrémité postérieure; toutefois cette relation directe établit entre ces deux vaisseaux un rapport évident, tandis qu’au contraire ils semblent l’un et l’autre être complètement séparés du système des vaisseaux latéraux, avec lesquels ils n’ont d’autres communications que celles qui résultent de leurs rapports communs avec les différents réseaux capillaires.

Cette description générale s’applique également à l’Aulastome et probablement aux espèces du genre Hœmopis. Elle ne concorde en aucune manière avec celle que MM. de Quatrcfages et Franz Leydig ont donnée du système vasculaire des Piscicoles, des Clepsines et des Branchellions; je ne la crois pas davantage applicable aux Néphélis et aux Trochètes. On observe en effet de grandes variétés dans l’organisation du système vasculaire dans ces différents genres, et ces variations dans un même type ne permettent pas peur le moment de tracer des formules générales. Je me bornerai donc à la discussion des faits que j’ai moi-même observés; dans ces limites je pourrai défendre mes conclusions avec plus de certitude.

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