INFLUENCE DES INJECTIONS INTRAVASCULAIRES DE TOXINES
Il est établi d’une façon générale que les toxines microbiennes provoquent des troubles vasculaires variés s’accompagnant souvent de leucocytose et de diapédèse des globules blancs. Sans vouloir interpréter dès maintenant les résultats obtenus, je m'étais demandé si les toxines en injections intraveineuse auraient une influence sur la circulation lymphatique.
Charrin et Athanasiu avaient déjà indiqué une action lymphagogue marquée (Société de Biologie, 2 juillet 1896), mais ils opéraient sur le chien et recueillaient l'écoulement du canal thoracique. Le foie dont le rôle antitoxique à tant d'importance pouvait donc être mis en jeu, et j'étais en droit de me demander si l’action serait encore sensible sur les Iymphatiques périphériques. Dans leur expérience, Charrin et Athanasiu injectaient des toxines obtenues par culture microbienne en bouillon peptone. Or la peptone ayant elle-même des propriétés lymphagogues, il est évideut que l’action des toxines pures restait indécise.
Je choisis deux toxines à effets vasculaires opposés : l’une, la tuberculine, augmentant la tension sanguine; l’autre, la toxine diphtéritique à action hypotensive; et voici les résultats obtenus :
Cheval n° 10, fournissant 4 gr. 50 de lymphe au repos durant une période de dix minutes. Injection intraveineuse de 4 centimètres cubes de toxine diphtéritique à 11 heures du matin, puis de 4 centimètres cubes à 1 heure 1/2 du soir.
Écoulement durant une période de dix minutes.
À ! heure du soir 2 grammes.
A 2 heures — 3 grammes.
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À 3 heures du soir 4 grammes.
A & heures — 3 grammes.
Diminution graduelle à partir de ce moment.
Quoique hypotensive, la toxine diphtéritique suractive donc le cours de la Iymphe, au point de le rendre trois fois plus abondant qu’à l’état normal.
Cheval n° 8, donnant au repos 2 grammes de lymphe durant une période de dix minutes. Injection intraveineuse de 6 centimètres cubes de tuberculine à 1/10. On attend une demi-heure, on recueille et on obtient 5 grammes en dix minutes.
La tuberculine hypertensive agit donc comme la toxine diphtéri-.
tique hypotensive, elle provoque une accélération de la circulation lymphatique.
Vache n° %, tuberculeuse, donnant au repos 2 centimètres cubes de lymphe en dix minutes. |
A 3 heures du soir, j'injecte dans la jugulaire 10 centimètres cubes de tuberculine à 1/10.
À 4 heures du soir on obtient 4 grammes de lymphe.
A heures — — 9 grammes —
A 9 heures — — 12 grammes —
Le lendemain matin, à 8 heures, le cours lymphatique est redevenu normal, on n'obtient plus que 2? grammes durant une période de dix minutes.
Le cours lymphatique à donc été ici six fois plus rapide qu’au repos. Il est vrai que la dose de tuberculine injectée était une dose forte, et que la bête d'expérience était une tuberculeuse, c’est-à-dire un sujet extrêmement sensible à l’action de la tuberculine.
Le phénomène d’accélération dans la circulation lymphatique sous l'influence de ces toxines me paraît tout à fait comparable à celui qui se produit sous l’action des lymphagogues du premier groupe d'Heidenbain {extraits de muscles d’écrevisses, de sangsues, d’anodontes, etc.). La question de pression ne joue aucun rôle dans les cas visés et le phénomène de sécrétion de l’endothélium me paraît plus que problématique.
L'action certaine, indéniable de ces poisons microbiens, c'est Paction toxique générale sur tous les tissus et c’est à cette action toxique que j'estime qu'il y a lieu de rapporter la modification de la circulation lymphatique.