CHOIX DES SUJETS D'EXPÉRIENCES
Parmi les sujets d'expériences qu'il était possible d'utiliser pour ces recherches, je dus dès le début faire un choix; car si de petits animaux tels que lapins, chiens, moutons et chèvres sont faciles à se procurer, ils présentent l'inconvénient de ne pouvoir être utilisés pour l'étude de la circulation lymphatique périphérique. Les canaux lymphatiques de la tête, de l’encolure et des membres, sont en effet de si petit calibre qu'il est fort difficile de les bien isoler, et souvent impossible d'y établir des fistules. Tous ces sujets ne se prêteraient qu'à des recherches sur le canal thoracique ou les ehylifères; je les laissai donc de côté, pour n’opérer ensuite que sur le cheval et le bœuf.
Chez le cheval et le bœuf, les lymphatiques périphériques ont toujours des dimensions telles, que connaissant leur situation anatomique, il est facile de les mettre à découvert, de les isoler, de leur appliquer des ligatures, d'établir des fistules, etc. L'intervention opératoire chez ces grands animaux ne présente d’ailleurs matériellement pas plus de difficultés que chez les petits; et grâce à la grande obligeance de mon ancien maître, M. le professeur Barrier, à qui je suis heureux de pouvoir témoigner ici ma plus vive reconnaissance, il me fut assez facile d'opérer sur un grand nombre de sujets destinés aux exercices pratiques d'anatomie dans notre école.
Pour que mes résultats fussent toujours comparables entre eux, et pour agir sur un territoire lymphatique déterminé, j'ai choisi l'extrémité céphalique. — Nous savons en effet, que tous les lymphatiques de chaque moitié droite et gauche de cette région se
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déversent dans le système veineux par l'intermédiaire d'un seul grand conduit (exceptionnellement plusieurs), satellite de la carotide et de la trachée. Dans toute la longueur de l’encolure, ce conduit collecteur est d’un accès relativement facile ; de telle sorte qu’en établissant une fistule et en recueillant la lymphe qui s’en écoule,
Fig. 1. — Répartition des lymphatiques de la tête et de l’encolure chez le cheval.
qu’en enregistrant les variations de cet écoulement sous des actions déterminées, on enregistre en même temps les effets des influences que l’on fait agir (fig. 1).
L'interprétation devient chose facile parce qu'il n’y a pas de chances d'erreurs ; les Ilymphatiques de l’encolure allant tous se déverser dans des troncs collecteurs satellites des artères cervicale supérieure, vertébrale, etc., collecteurs indépendants du satellite de la carotide.
J’ajouterai cependant que les lymphatiques des zones d'attache des muscles extrinsèques de la tête (attaches supérieures des muscles splénius, grand et petit complexus, mastoïdo-huméral, etc., muscles trachéliens, long du cou, sterno-maxillaire, etc.), satellites des divi-
LAON sions de la carotide externe, se déversent eux aussi dans le collecteur qui longe la carotide et la trachée. Ce fait me paraît avoir une grosse importance pour l'interprétation de l’expérience de Hamburger.
D'autre part, cette région céphalique est celle qui se prête le mieux à un travail isolé de celui du reste de l'organisme, et qui se prête le mieux aussi à un repos relatif durant un travail du corps et des membres.
J'avais donc de multiples raisons pour opérer sur cette région.
J'avais pensé un instant, à expérimenter de même sur les lymphatiques des membres, des membres postérieurs en particulier; le tronc collecteur principal se trouvant dans une situation souscutanée assez superficielle (satellite de la veine saphène) pour pouvoir être atteint sans difficulté.
Malheureusement j'ai dû y renoncer, parce qu'une partie des lymphatiques de la région postérieure et de la profondeur de la cuisse, pénètrent dans le bassin et se dirigent vers la région souslombaire, se trouvant ainsi en dehors des limites du champ d'action et pouvant servir de courant de dérivation, ce qui aurait faussé les résultats et les interprétations.
D'autre part, il eût fallu opérer sur l'animal couché; et il n’eût pas été facile de faire agir dans cette position certaines actions isolées. IL eût été impossible par exemple, de rechercher l'influence du travail musculaire sur la production de la lymphe.
Les mêmes inconvénients se retrouvaient toujours pour toutes les régions de l'organisme, sauf pour la région céphalique. Celle-là seule permettait de pouvoir étudier l’action du travail musculaire, l’action des. sécrétions, l’action du repos, de la vaso-dilatation, de la vaso-constriction, etc., etc.
Ce sont là les raisons qui m'ont guidé dans le choix du champ opéraloire, et qui m'ont poussé à limiter ce champ d'action.
Dans toutes mes expériences sauf une, j'opérai sur l'animal non anesthésié et en position debout, afin de rester autant que possible dans les conditions physiologiques et d'éviter des erreurs susceptibles de se rattacher à l’action d'anesthésiques, à l'influence de positions anormales du corps (sujet d'expérience maintenu en position décubitale) à l'influence de compressions, etc. Par des moyens de contention ordinaires, mais qu'il serait oiseux de rapporter ici, l’immobilisation relative des animaux en position debout est réalisable et les opérations peuvent être exécutées sans danger.
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Une incision de 20 centimètres de long environ, pratiquée au niveau de la gouttière jugulaire droite ou gauche, sur la limite du liers moyen et du tiers inférieur de l’encolure, met à découvert la grosse veine jugulaire (jugulaire externe). En déplaçant modérément cette jugulaire vers le haut et en tendant vers le bas les muscles trachéliens (sterno-maxillaire, sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien)
Fig. 2. — Lieu d'élection pour pratiquer les fistules lymphatiques ‘du cou. — La peau et le muscle peaucier étant incisés, les muscles + trachéliens déplacés vers le bas, on trouve dans la plaie : la jugulaire en haut, la carotide appliquée sur la trachée, le grand lym- \ phatique du cou, et le cordon vago-sympathique masqué par les | vaisseaux. \
on découvre un large champ losangique tapissé vers sa profondeur de tissu conjonctif, et traversé de haut en bas par le grand lymphatique collecteur de la région céphalique. On le découvre et on l'isole généralement sur la face latérale de la trachée. Il est facile ensuite de le lier, de le dénuder sur une hauteur déterminée et d'y établir une fistule.
Il est facile encore, sur un sujet ainsi préparé, d'isoler la carotide qui se trouve en dedans de la jugulaire, plus profondément dans le tissu conjonctif; de découvrir et d'isoler le cordon vago-sympathique qui est pour ainsi dire accolé à la face interne de la carotide (fig. 2).
Le siège de l’incision représente donc un véritable lieu d’élec-
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tion permettant d'agir à la fois sur le collecteur lymphatique, sur la circulation veineuse du champ en expérience par l'intermédiaire de la jugulaire, sur la circulation artérielle par l'intermédiaire de la carotide, et sur l'appareil vaso-moteur par l'intermédiaire du sympathique cervical. IL y avait par conséquent de gros avantages à pouvoir agir de cette façon, sans causer de grands traumatismes opératoires qui toujours peuvent amener une perturbation plus ou moins intense des grandes fonctions physiologiques.
Dans tous les cas j'ai opéré de la même façon. Toutes mes expériences sont comparables dans leurs résultats et je considère que pour une question aussi délicate, c’est la condition première absolument indispensable.
Voici maintenant mes expériences et les résultats obtenus avec le repos complet.
CIRCULATION LYMPHATIQUE PÉRIPHÉRIQUE AU REPOS PHYSIOLOGIQUE. INFLUENCE DES VARIATIONS DE PRESSION
Pour étudier la circulation lymphatique au repos, je ne me suis jamais servi que de sujets n’ayant pas mangé depuis plusieurs heures et restés dans l’inaction absolue depuis ce temps, afin d’éviter des erreurs possibles dues à des actions rétroactives de mastication, de sécrélion, de travail musculaire, etc. Dans ces conditions, et sans troubler l’état physiologique général, j'ai pu noter très exactement ce qu'étaient la production de la Iymphe et la circulation lymphatique durant le repos.
Les renseignements recueillis ont d'autre part cet avantage de fournir des repères primitifs permettant de noter les modifications qui pourront se produire dans telles et telles conditions à venir, car ce sont ces mêmes sujets qui ont servi pour l'étude, des influences du travail, des sécrétions, des actions vaso-motrices, etc.