‹ Recherches sur la bileChapitre 39 sur 62 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

TAUROCHOLATES

1. Historique. = En déhors de la bile cristallisée de PLATTNER qui estun mélange dé glycocholate et de taurocholate alcalins, il semble bien qu'avant Parke On n'ait pas obtenu à l’état cristallisé les taurocholates et l'acide taurocholique de la bile.

Cet auteur, qui était un élève de Horpr-SEÿLER, prépara à partir de la bile de chien des cristaux qu'il regardait comme étant des cristaux d'acide taurocholique.

Il partait de la bile décoloréé de cet animal, dont il faisait une solution aqueuse qu'il traitait, suivant la technique de STRECKER, par de l’acétate de plomb ammoniacal. Le précipité obtenu était bouilli avec de l'alcool absolu. La solution alcoo= lique était saturéé d'hydrogène sulfuré pour précipiter la totalité du plomb. Après filtration du sulfure de plomb, Parke concentrait la liqueur alcoolique qui était alors additionnée d’éther en éxcès. Le précipité éthéré d’abord visqueux. se transformait lentement, mais incomplètement, en aiguilles brillantes. Parke ne put isoler ces cristaux de leur gangue amorphe. Sous l'influence de la dessication, toute cristallisaüon disparaissait. Pour lui, néanmoins, ces aiguilles soyeuses étaient bien des cristaux d’acide taurocholique ; ils donnaient par hydrolyse de l’acide cholalique et de la taurine.

HammarsTEN critiquant les expériences de cet auteur lui reproche de n’avoir pas indiqué la teneur en soufre de ces cristaux. Il doute qu'il ait eu en main le véritable acide tau-

rocholique ordinaire cristallisé à l’état pur, et pénse que dans la masse partiellement amorphe il devait exister à côté de l’acide taurocholique M un autre acide soufré, L'atrde taurocholéinique.

Ce savant physiologiste, dans une longue série de remarquables travaux, étudie de nouvelles méthodes de préparation des acides biliairés, en s’appuyant sur Îles résultats obtenus par TENGsTRÔM dans la séparation des glycocholates et des taurocholates sous l’influence des sels.

Nous avons vu déjà lé rôle dé certains sels des métaux lourds, acétate neutre et acétate basique de plomb, alun de potasse, chlorure ferrique. Nous insisterons ici sur ce fait inattendu que l’action d’autres sels, en particulier des sels neutres alcalins, peut être différente suivant la base métallique et suivant qu'on les met en présence de solutions de sels biliaires ou dé bile nature. TENGsrRÔM, dans ces essais, se servait de solutions à 2 0/0 de sels biliaires. En ajoutant à ces solutions des sels neutres alcalins, jusqu’à saturation, il obtenait les résultats suivants : |

Le chlorhydrate d’ammoniac, le nitrate et le sulfate de potassium ne provoquent aucune précipitation.

Les deux sels biliaires sont au contraire insolubilisés par le nitrate de soude ; il se forme une gelée compacte, impossible à filtrer ét à laver.

Le chlorure de potassium précipité abondamment les taurocholates, pas du tout les glycocholates.

Les acétates de sodium et de potassium précipitent seulement les taurocholates.

Les carbonates alcalins, de même que les sulfates d'AzH et de magnésie insolubilisent les deux sels biliaires.

C’est le rôle du chlorure de sodium qui est le plus intéressant. Dans des solutions séparées de glycocholates et de taurocholates, le sel ajouté à saturation provoque un double précipité, comme l'avait déjà constaté PrLücer.

Sur un mélange des deux sels biliaires faits dans les proportions de r à 4, 2 à 3, 3 à 4, il se produit également un prés

cipité, mais d'autant plus abondant que la teneur en taurocholate est plus élevée.

Les résultats ne sont pas les mêmes si l’on opère sur la bile nature. En effet, l'addition de sel marin à des biles riches en sels soufrés, tantôt précipite ces sels, tantôt au contraire les laisse en solution. Par exemple, les biles de bœuf, de chien, de petite morue (Dorscu) se comportent très diffféremment.

Tandis que les deux premières ne donnent aucun précipité, celle de morue précipite abondamment.

TenGsrrôm (1) en tire cette conclusion (sans autre démonstration) que celte différence tient à la différence des taurocholates contenus dans chacune de ces biles.

Ces résultats incertains l'ont conduit à fixer une technique spéciale pour chaque bile.

1. Bile de petite morue, — On traite directement cette bile par une solution saturée de sel marin; du premier coup il se produit un abondant précipité amorphe presque blanc ; les pigments passent dans le filtrat et avec eux à peine 0,12 0/0 de sels biliaires. Te précipité recueilli sur filtre est lavé avec la solution salée saturée, puis pressé, séché et enfin dissous dans l'alcool fort pour éliminer la presque totalité du sel marin. Le taurocholate isolé à l’état amorphe contient 5,95 o/o de S (dosage par calcination en présence de KOH et AzO'K).

2. Bile de bœuf. — La bile doit être précipitée d’abord par l’acétate neutre de plomb, puis par le chlorure ferrique. Dans le filtrat, l’excès de Fe?CF est insolubilisé par du carbonate de soude qui lui-même est saturé par l’acide chlorhydrique. C’est alors que dans la liqueur filtrée on ajoute le sel à saturation. Le taurocholate précipite, mais est légèrement souillé de glycocholate. Pour le purifier, on peut à plusieurs reprises le dissoudre dans l’eau, puis le traiter avec Fe?CIlf, Co*Na?, HCI et le reprécipiter par le chlorure de sodium.

TenGsrRÔM a isolé, par cette longue suite de manipulations,

(1) TenGsrrôm, loco citato.

un produit contenant 5,94 o/o de soufre, ce qui pour lui, correspondait à une teneur de 99,4 0/0 de taurocholate. |

HamMaRsTEN (1) à son tour a appliqué la technique de son élève à la bile de bœuf, de morue (Dorsex) et de chien, en lui faisant subir des modifications de détail.

La bile de bœuf, après un traitement par l’acétate de plomb, et le chlorure ferrique, est précipitée non par le NaCI, mais par le chlorure de potassium. On dissout 34 grammes de KCI dans 100 centimètres cubes d’eau, puis on verse dans la solution biliaire chauffée presque jusqu’à Pébullition. La liqueur est filtrée chaude, par refroidissement le taurocholate précipité en gros flocons. La teneur en soufre s’élève à 5,79 0/0, il serait impur et contiendrait de petites quantités de faurocholéinate.

La bile de morue est soumise à l’action du chlorure ferrique avant la précipitation par le sel marin.

-3. Bile de chien. — La bile de chien est recueillie dans un excès d’alcool en vue de sa conservation. Au moment de l'emploi on filtre et sèche au bain-marie. Le résidu est dissous dans l'alcool fort et cette solution additionnée d’éther en agitant. Les sels biliaires sont ainsi précipités. On les redissout dans l’eau, et on traite par Fe?Clf puis par NaCI.

On sépare ainsi une matière d’odeur écœurante, de saveur très amère en même temps que douce. HAMmaRsTEn croit à l’existence de deux acides: acide taurocholique ordinaire de saveur amère et acide taurocholéinique de saveur plutôt douce. |

Par une série de précipitations ménagées à l’aide de Fe?Cl° il serait arrivé à séparer la matière en deux portions; les premières contiendraient l'acide ordinaire, les autres l’acide taurocholéinique.

Il ne s’agit là, à notre avis, que d’une hypothèse qui est restée et devait rester non vérifiée, étant données les faibles quantités de bile traitée (HamwarsreN ne disposait que de 100 centimètres cubes de bile de chien à la fois).

(1) HammARsTEN, /0c0 citato.

Le taurocholate amorphe étant isolé par la méthode de Texcsrrôm, Hamwansten prépare l'acide à l’état cristallisé, en. utilisant la technique de PLarrner dans ses grands traits.

Les taurocholates de bile de chien elsurtout de petite morue, se prêtent à cette cristallisation, ceux de bile de bœuf ne lui: ont donné que des insuccès.

Nous décrirons rapidement le procédé d'HommaRsrTEN pour la bile de morue. | |

On part du taurocholate amorphe réputé pur, contenant,

5,9 0/0 de soufre, alors que la teneur du sel théorique doit être de 5,96 0/0. On en fait une solution à 2 0/0 dans de l’eau chlorhydrique à 2 0/0 également d’acide ; on ajoute du chlorure de sodium finement pulvérisé. Il se fait très vite un faible précipité d'acide taurocholique ou de son sel de soude. On filtre et on additionne d’éther en agitant vivement. |

Après quelques heures il se fait des aiguilles blanches et la masse entière, le lendemain, est transformée en cristaux. Ceux-ci sont filtrés sur trompe et pressés entre des doubles de papier. La liqueur qui passe cristallise à nouveau si on la traite comme plus haut.

Si on dissout ces cristaux dans l’alcool aqueux et qu’on ajoute à la solution de l’éther jusqu'à opalescence on obtient une abondante cristallisation qui peut être renouvelée plusieurs fois par additions d’éther suivies de filtration. Les cristaux isolés de ce milieu alcoolique aqueux sont stables à l'air. Si au contraire on se sert d’alcoal absolu on constate que. l’addition d’éther donne non pas un précipité cristallin, mais. un précipité amorphe qui, abandonné à lui-même, ne se modifie pas. Cette substance est également stable à l'air, peut être desséchée, pulvérisée et conservée ainsi ; elle est comparable, d'apès l'auteur, aux substances cristallisées de Pare, C'est. l'acide taurocholique amorphe ; ilest très soluble dans l’eau et l'alcool; sa réaction est très acide, brûlé il ne laisse presque pas-de cendres.

On peut donc obtenir ainsi l'acide bites SnfTEà sous dde formes, amorphe ou cristallisé.

D'après Hammarsrex les différences de forme tiennent à l'absence ou à la présence d'eau dans les liqueurs mères de cristallisation ; en effet, si on prend de l'acide amorphe, qu’on le dissolve dans l'alcool absolu et qu'on y ajoute une petite quantité d'eau avant l’éther, on obtient des aiguilles cristal- Hnes. Au contraire, si à une solution alcoolique d'acide eristallisé on ajoute de l’éther sans eau il se fait un précipité amorphe.

Hien ce spy des prismes à ee fash RARE Run at se est lente, des aiguilles lorsqu'elle est rapide. :

La présence nécessaire d’eau pour ohtenir l’acide cristallisé,: la légère perte de poids (2 à 3 0/0) par dessiecation et chauffage à 80° ont fait conclure à Hamwarsren que l'acide taurocholique possède une molécule d’eau de cristallisation d’où la formule, selon cet auteur :

CHENSOT + H°0.

IL. Bile de chien. Saponification spontanée du taurocholate: — Nous venons d'analyser les différentes méthodes de préparation du sel biliaire soufré. Toutes sont basées sur des précipitations fractionnées de la bile nature, avec toutes ses impuretés, par des réactifs minéraux : acétate de plomb, chlorure ferrique, alun, chlorures alcalins.

Non satisfait des méthodes trop particulières de nos devanciers, nous avons cherché une technique plus générale complétant le mode de traitement de la bile exposé au chapitre premier.

Nous nous sommes adressés à la bile de chien, très riche en

taurocholate.

. Grâce à la grande obligeance de M. GrosPERRIN, surveillant du service sanitaire, nous avons pu disposer de grandes quantités de ce produit. Les chiens sacrifiés à la fourrière municipale étaient autopsiés uniquement pour l’extraction de la vésicule biliaire.

La bile de 1.100 animaux, recueillie dans ces. conditions

a donné un volume de 9 litres 8r2, c’est-à-dire 8 ce. 92 par vésicule.

La récolte de cette énorme quantité de bile a duré trois mois. ,

Le produit de chaque jour était versé dans un flacon de cinq litres contenant 150 centimètres cubes de chloroforme pour empêcher la putréfaction. On procédait chaque fois à une vive agitation pour bien saturer le liquide de chloroforme.

La bile recueillie en février, mars et avril 1903, a été conservée dans un endroit frais jusqu’en 1907. Elle ne présentait aucune modification sensible au moment où nous nous en sommes servis ; sa coloration seule avait changé, passant du jaune-brun au vert foncé.

Nous avons appliqué au traitement de cette bile notre méthode générale comprenant la séparation des matières grasses, des mucines, des sels, des matières pigmentaires et l’isolement des sels biliaires.

On prend un litre de bile qu’on épuise avec de l’éther; on évaporé à sec au bain-marie puis à l’étuve à 4o° et on reprend par de l’alcool méthylique fort. On constate alors que le résidu est beaucoup plus important qu'avec de la bile fraîche du même animal, et posséde des caractères spéciaux. Au lieu d'être dur, compact, légèrement élastique, il est au contraire tendre, friable, très léger. Sa coloration est gris verdâtre et non brunâtre. Examiné attentivement il possède des reflets brillants.

Au microscope on aperçoit au milieu d’amas amorphes, de petites aiguilles prismatiques, les unes très minces, d’autres plus épaisses fortement applaties sur deux faces latérales opposées et terminées par des sections obliques. Ces cristaux polarisent activement la lumière. Après de multiples essais de solubisation, l'épuisement par l’eau nous a permis de les séparer.

Le résidu biliaire insoluble dans l’alcool méthylique est donc versé dans de l’eau distillée et chauffé quelques instants au bain-marie. On filtre la liqueur chaude, il passe un liquide

coloré en brun, répandant une odeur fade et sur filtre reste une matière amorphe, brun verdâtre de consistance caoutchouteuse. \

Après concentration, il se dépose par refroidissement, de petits cristaux semblables aux aiguilles qui viennent d’être décrites ; on le recueille sur trompe; une nouvelle évaporation donne encore une deuxième récolte de cristaux etc. jusqu'à épuisement. Dans les eaux-mères s’accumule une substance brune qui, par dessiccation, donne des croûtes pailletées d’une matière appartenant au groupe des mucines ou pseudo-mucines.

Le poids de matière cristallisée s'élève à 22 gr. pour un litre de bile.

Nous avons cherché à en déterminer la nature.

Soumise à la calcination, elle devient amorphe, blanchit et noircit sans fondre, puis brûle en charbonnant abondamment. Au début de la combustion on perçoit un faible dégagement d’anhydride sulfureux. Il ne reste aucune trace de cendres. Chauffée en présence de potasse solide elle dégage de l’ammoniac. Saveur légèrement salée.

Dosage de l'azote (méthode de KseLpHaL)

Page 1