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TRAITEMENT DES CALCULS BILIAIRES

Nous ne parlerons dans ce travail que des deux principaux pigments biliaires ; le pigment jaune-orangé ou bilirubine et le pigment vert ou biliverdine; les autres matières colorantes les plus connues sont, au même titre que la biliverdine, et d’après les conceptions classiques, des dérivés de la bilirubine. : |

Par oxydation : bilicyanine, cholétéline.

Par hydratation simple : bilifuscine.

Par hydratation et oxydation : bilyprazine.

Par réduction et hydratation : hydrobilirubine.

I. Historique. — Nous étudierons d’abord la bilirubine qui pratiquement est obtenue à partir des calculs biliaires.

SrœpLer (1) qui lui a donné son nom l’a retirée des calculs biliaires d’après le procédé suivant : les calculs sont réduits en poudre et épuisés successivement par l'éther, l’eau et l'acide chlorhydrique étendu. Le résidu bien lavé est traité ensuite par du chloroforme bouillant : on élimine par distil-

(1) Sræpecer, Viert. d. nat. Gesell. in Zurich., 1, VIT, 1862.

lation l'excès de solvant et le résidu est traité par un excès d'alcool qui précipite la plus grande partie de la bilirubine. Pour purifier le produit obtenu on.le redissout dans Île chloroforme chaud et on le précipite à nouveau sous forme d’une poudre orangée analogue au sulfuré d’antimoine.

Tauprcaum (1) reprenant les travaux de SrœpLer indique aussi une technique d'extraction.

Les calculs finement pulvérisés sont lavés à l’eau bouillante à plusieurs reprises. La poudre obtenue est chauffée avec de l'alcool fort qui enlève différentes matières ainsi que la cholestérine. Le résidu est mis à digérer avec HCI froid, repris de nouveau par l'alcool et traité par l’éther. La poudre est alors traitée par du chloroforme bouillant. On distille la solution obtenue. Le résidu est filtré et lavé au chloroforme froid tant qu'il possède une couleur verte. Les liqueurs de lavages sont concentrées dans un appareïl à distillation et étendues enfin d’alcool qui précipite Ia bilirubine. Ces recherches restées classiques jusqu’en ces dernières années ont été reprises récemment lorsqu'on eut découvert l’existence entré le pigment sanguin et le pigment biliaire de relations ‘importantes à la fois au point de vue chimique et physiologique.

En 1901 Küsrer publie un long et remarquable travail sur la bilirubine qu’il complète en 1905 comme nous allons l’exposer plus loin.

En 1905 deux chimistes américains, Oxporr et Tespze (3), disposant de grandes quantitès de calculs biliaires provenant des abattoires de la maison Armour, à Chicago, donnent une méthode de préparation du pigment orangé de la bile.

Les calculs biliaires bien séchés sont réduits en poudre très fine, - épuisés à l'éther au soxhlet pendant 12 à 20 heures, séchés de nouveau et épuisés avec du chloroforme 30 à Lo heures.

(x) Taubicum, J.of the Chem. Soc., 1875, XIII et ibidem., 1876 etJourn. Prakt. Chem., t. CIV, p. 193.

(2) Onxor» and Trëpie, American chemical journal, 1905.

La matière débarrassée de chloroforme par évaporation en large surface est épuisée par de l’eau bouillante.

Par ces traitements successifs se trouvent éliminés les lécithines, cholestérines, bilirubine non combinée, bile concrétée et les autres pigments solubles dans l’éther, le chloroforme et l’eau.

Le résidu, de coloration rouge foncé, est mis en digestion plusieurs heures avec HCI très dilué, filtré et lavé jusqu’à ce que les eaux n'entraînent plus de chlore ou de chaux.

La poudre séchée est épuisée pendant 2 heures avec l’éther, 6 heures avec de l’alcool absolu, et avec le chloroforme jus: qu'à ce que ce solvant ne se colorent plus (125 heures environ); chaque 8 heures le choroforme est renouvelé.

On fait toutes ces manipulations à l'abri de la lumière (dans une chambre noire).

Les extraits chloroformiques sont concentrés au bain-marie par distillation de CHC/. L'addition d'alcool précipite la bilirubine qui est recueillie, bouillie plusieurs fois avec de l’alcool pour éliminer les pigments étrangers, bilifuscine, biliprasine, etc.

Les produits ainsi obtenus, bien que ne laissant pas de cendres par combustion, ne sont pas complètement solubles dans CHC/'; le résidu est d’aitleurs faible.

On fait bouillir la bilirubine avec de grandes quantités de chloroforme on filtre, on précipite par l’alcool et cela à deux reprises successives.

Le pigment est purifié par dissolution et cristallisation dans là diméthylaniline, comme l'avait indiqué déjà W, Küsrer.

Dans une expérience, 130 grammes de calculs biliaires séchés à 110°, ont donné d’après cette technique :

[AE à AV ALES PE NN ONE ETS RS 8 er.

— chloroformique. , . 5 gr. 2 SE DA QUEUX NS | Er 9,9 — chlorhydrique aqueux. 20 ET AC CP RER ee 1,1 = alcoolique Re 2

Bilirubine- et 0 22,0

Résidu (bilihumine) . , . 60

Les auteurs concluent, d'une longue série d'analyses de leur produit, à la formule C'SH'EN?0?.

La méthode de W. Küsrer (1) est un peu différente.

La poudre des calculs'est traitée par l'éther, l’eau, les acides étendus, chlorhydrique ou acétique, puis de nouveau par l’eau, l’éther et à froid par l’alcool, enfin par le chloroforme.

La bilirubine brute ainsi préparée est purifiée par broyage avec CHCP et lavage sur filtre à succion avec ce solvant.

On la soumet encore à une nouvelle extraction au chloroforme.

Enfin elle est bouillie avec de l’alcool absolu au réfrigérant à reflux. :

Ce traitement enlève la matière colorante verte qui souille souvent le pigment jaune orangé de la bile.

Dans une expérience portant sur 500 grammes de calculs de bœuf, Kusrer à séparé 64 grammes de bilirubine brute dont 13,5 de $-bilirubine.

Il établit, en effet, une distinction, basée sur des différences de solubilité dans le chloroforme, en bilirubines vraies et 6-bilirubines.

1. $-Bilirubines. — Ces substances représentent la partie la plus soluble dans le chloroforme ; elles sont amorphes, d’un vert noir à l’état solide. Elles fondent vers 60° et brûlent avec effervescence. Ce groupe lui-même n'est pas homogène ; en effet la solubilité varie suivant les échantillons ; dans tel cas, elle est d’une partie de matière pour 11,3 de CHCF à ro’, dans tel autre, seulement de 1 partie pour 43 de CHCF à ro!.

Les analyses élémentaires de ces divers produits ne sont pas concordantes.

W. Küsrer l'explique par des différences de composition et d'une façon plus précise par la présence de chlore en quantité variable. Cet élément a été retrouvé par lui dans des proportions allant de 0,275 à 3,36 et même à 4,6 0/0.

(1) W. Kusrer, Zeitschrift fur physiol. chem., 1901 et ibid., 1905,

. Küsrer a montré que certains réactifs dissolvent plus aisément les produits chlorés ; ce sont l'éther acétique, l’acétone bouillant, la pyridine, qui permettent ainsi de les isoler des substances non chlorées ou très pauvres en chlore.

Partant d'un mélange à 4,6 o/o de chlore on peut en séparer des produits contenant seulement 0,94 et 0,91 o/o de Cl.

Les 8-bilirubines sont donc, pour Küsrer, des produits artificiels résultant d’une chloruration plus ou moins avancée au dépens du chloroforme. |

Nous ferons remarquer, à ce sujet, que la présence de Cl tient peut-être plutôt à une addition de CHCF à la substance pigmentaire qu à une décomposition de ce solvant ordinairement si stable lorsqu'il est pur et anhydre.

2. Bilirubines. — De même pour la bilirubine vraie la solubilité oscille dans des limites assez larges. 1 partie de pigment exige 308 parties de CHCI* 1 — —— — 306 — | 1 — -— — 157 —

Exemples

Ce savant chimiste en conclut qu’il existe plusieurs bilirubines ou plutôt plusieurs états de polymérisation du même pigment. Ces condensations moléculaires se font progressivement; la cristallisation dans la diméthylaniline permettrait de réaliser la dépolymérisation. « Les parties très difficilement solubles dans le chloroforme, après cristallisation de la diméthylaniline, c’est-à-dire après chauffage à 190° se dédoublent et donnent en partie une modification très facilement soluble mais instable ».

C'est là, bien entendu, une conception purement hypothétique.

Il est plus raisonnable d'admettre, avec Kusrer lui-même, que ces différences ne tiennent pas seulement à la matière elle-même mais aussi peut-être à d’autres conditions ; et par exemple on comprendrait qu’une solution de bilirubine traitée par du chloroforme contenant des $-bilirubines soit apte. à dissoudre plus de bilirubine que le chloroforme.pur.

Pour Küsrer :« Même quand elle est pure, la bilirubine prépärée par.extraction avec lé chloroforme contient du chlore ».

Enfin « dans les solutions chloroformiques de bilirubine pure, mème ‘dans lé vide, et à l’abri de la lumière il sé fait utië pétite ts d’un Prat vert, très soluble dans l'acide acétique ». :

Telles sont lés principales conclusions des remarquables travaux de W. Küsrer. Nous réservons pour plus tard les belles recherches sur les acides hématiques, 6btenus par oxÿydation de la bilirubine.

JL. Calculs biliaires. — Nous avons utilisé pour nos recherches un mélange de calculs biliaires de veau et de bœuf ; la plupart ont été recueillis aux abattoirs de Paris; un certain nombre nous a été envoyé par notre ami M. le professeur Moyaxo de Saragosse, et par M. Masson, représentant au Havre de la maison Armour de Chicago.

Autrefois très fréquents ces calculs sont devenus très rares et leur prix a augmenté d’une façon extrême (plusieurs centaines, de francs le kilo, 1.250 francs, prix de la maison Swift and Co). La raison de cette rareté n ‘est pas d'ordre pathologique, mais plutôt d'ordre économique ; elle est en relation étroite avec l’abaissement de la durée d’exploitation des animaux de boucherie. Au lieu de conserver les bovidés mâles jusqu’à 8 et ro ans pour les travaux agricoles et les vacheslaitières jusqu'à 10 et 12 ans; on trouve beaucoup plus avantageux de les sacrifier jeunes, dès qu'ils ont donné leur rendement maximum. Les chances d'infections biliaires sont donc diminuées d'autant : or c’est précisément chez les vieux animaux qu'on trouve le plus souvent des calculs.

Chez les bovidés adultes, les calculs sont souvent volumineux, gros comme une noisette, parfois comme un petit œuf de poule. Dans une vésicule, il n'y a le plus ordinairement qu'une concrétion, La surface est tantôt lisse, tantôt irrégulière, muriforme. La couleur est rouge-orangée, ou orangéjaune rappelant le sulfure de cadmium, ou enfin un mélange des deux teintes,

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