‹ Recherches sur la circulation des lamellibranches marinsChapitre 20 sur 66 · FAMILLE VI · texte numérisé non relu

FAMILLE VI

PECTINIDÉS

PECTEN 0. F. Mull.

Mes recherches se sont portées surtout sur les espèces faciles à se procurer : P. jacobaeus L., P. maximus L. et P. varius L. |

Pour bien comprendre la structure anatomique des Peignes, il faut, à cause de leur asymétrie, les ramener à la position conventionnelle qu'on donne aux autres Lamellibranches. On voit alors que le Pecten qui paraït si anormal se rattache facilement au type Lamellibranche normal.

Le cœur du Peigne est logé entre la masse viscérale et l’adducteur unique. Ses deux oreillettes sont placées en avant du ventricule (fig. 28, V, O), par suite de la rotation que le musele subit autour de son axe et vers l’avant. Les organes ne cessent pas de s'attacher sur le muscle : ils sont entrainés dans le mouvement. en sorte que leur position relative seule varie. Mais cette rotation se complique d’un mouvement de translation en avant, en même temps que l’axe du muscle s'incline dans le sens antérieur. Ces divers mouvements amènent la masse viscérale au-

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dessus et en avant du péricarde, les oreillettes en avant du ventricule et les organes de Bojanus en avant des oreillettes. De plus, par suite de l'inclinaison du muscle, les deux branchies, la bosse et le rectum viennent s’y attacher suivant une ligne héliçoïdale.

Fig. 28. Circulation du P. maximus.

12. Artère des ganglions et de la bosse de Polichinelle. 13. Veine palléale droite.

Ces mouvements attribués au muscle sont bien l’expression exacte de la vérité, car dans l'animal ainsi modifié, on retrouve tous les rapports et toutes les connexions des organes entre eux, observés chez les autres Lamellibranches. Les oreillettes communiquent encore entre

elles. mais antérieurement: la cavité commussurale des deux cavités des organes de Bojanus est reportée en avant de la poche péricardique : et les orifices péricardobojaniens, dont l'existence et la position sont constantes dans ce groupe, existent non seulement dans le Pecten, mais ils sont encore placés dans la position qu'ils doivent prendre dans l'hypothèse de ces mouvements. c’est-à-dire qu'ils se trouvent sur la paroi dorsale et dans les deux coins les plus antérieurs de la poche péricardique, au fond d'un entonnoir assez profond.

L'organe central de la circulation a été décrit ailleurs (31), aussi ne m'y arrêterai-je pas. Le ventricule forme une masse raccourcie dans le sens antéro-postérieur, qui est le sens supéro-inférieur (fig. 28. V). en sorte que, comme dans l’Avicule, il y a un rapprochement de l'origine des deux aortes, antérieure et postérieure (fig. 28, 1. 2). Le ventricule s’allonge du côté des oreillettes : elles s'y ouvrent par deux orifices à valvules. Des imprégnalions au nitrate d'argent m'ont permis de voir dans le ventricule un bel endothélium. mais sans caractères spé- Caux.

Les deux oreillettes sont larges et d’inégale grandeur (fig. 28, O). La gauche est la plus petite : leur couloir de communication est antérieur. Leur partie antérieure est lisse; mais la postérieure, la plus rapprochée du ventricule, porte de nombreux diverticules en doigt de gant colorés par la glande péricardique décrite par Grobben.

Quoique je n’aie pu en prouver l'existence dans le Peigne, il est probable que la face interne est tapissée par un endothélium : j'ai montré qu'il existe dans les mêmes organes de la Pholade (fig. 2.)

Etudions séparément le système aortique antérieur et le postérieur.

L'aorte antérieure est représentée par lartère qui. naissant au-dessus du rectum. remonte la masse viscérale avant de longer la charnière (fig. 28, 12). Très large à son

origine, elle est fermée par une valvule semi-cireulaire fixée à la face antérieure et sur les côtés. Elle donne immédiatement une branche de chaque côté aux faces supérieure et latérale du péricarde, puis quelques artères peu importantes. jusqu’à son passage dans la dépression correspondant au ligament. Elle vascularise la membrane cardinale et envoie une artère à chacun de ses deux lobes placés à gauche et à droite du ligament. C'est à ce niveau qu'elle émet le tronc important viscéro-pédieux (fig. 28, 3): puis continuant sa course en diminuant beaucoup de diamètre, elle donne au manteau, et un peu en avant de la masse viscérale, une longue branche très ramiliée et beaucoup de petites jusqu’au moment où elle se divise en deux artères qui suivent le bord du lobe palléal droit et celui du lobe gauche (fig. 28. 7, 77).

Le tronc viscéro-pédieux (fig. 28.3). un peu oblique vers l'avant. envoie en premier lieu une grosse branche à l’œsophage postérieur, à l'estomac (fig. 28. Æ), au foie et au péricarde. Puis il descend à droite de l'œsophage. et donne une forte artère (fig. 28. 4) dont les deux branches vascularisent. celle de droite un tentacule et le palpe correspondant externe, et celle de gauche la partie moyenne de la lèvre avec ses petits tentacules, le gros tentacule latéral et le palpe gauche externe. Il en naît ensuite une artère importante intestino-génitale dont nous nous occuperons dans un instant (fig. 28, 6). La lèvre inférieure reçoit des artérioles partant de la pédieuse et qui remontent avant d'arriver à leur champ de distribution. La partie moyenne de cette lèvre est vascularisée par un rameau spécial.

L’artère pédieuse (fig. 26, 5). à ce niveau presque superficielle, descend dans le pied dont elle suit le bord supérieur. À l'extrémité elle se bifurque en deux branches à peu près égales, qui, devenant récurrentes, émettent de nombreux ramuscules aux bords de lentonnoir pédieux (fig. 29). L’artère viscérale, intestino-génitale est très intéressante à étudier. Après un court trajet elle arrive sur

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l'estomac tubulaire : un de ses rameaux va jusqu'à l'estomac proprement dit, tandis qu'elle se divise en deux : une

Fig. 29. Entonnoir pédieux du Peigne.

branche suit la paroi interne et inférieure de l'estomac tubulaire, auquel elle donne un réseau très fin, tandis que d'autres artérioles se répandent dans la glande génitale. Elle se termine en réseau au point où le tube intestinal se recourbe vers l'arrière. L'autre branche de la viscérale suit la paroi supérieure de l'estomac tubulaire, donne chemin faisant quelques artérioles à la masse génitale et, arrivée au niveau du milieu du muscle, elle envoie une forte branche à l'intestin récurrent et à la glande femelle. Les ramifications des deux branches de la viscérale se rencontrent sur la courbe extrème de l'intestin.

Le tronc aortique postérieur est très développé. Il commence sous le rectum par un renflement (fig. 28, 2) et, après un trajet très court, il envoie une artère postérieure, passe à droite de l’intestin, puis revient en avant dans la membrane qui réunit les deux lobes palléaux: il lui donne quelques ramuscules et se bifurque en deux branches qui se rendent dans les deux lobes du man-

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teau (fig. 28. 8, 8°). Ce tronc représente bien l'aorte postérieure. On le retrouve encore dans l’Avicule où les deux artères musculaires se prolongent en outre dans la partie postérieure du manteau si développée avant de déboucher dans la circumpalléale. D'après ce que l’on voit dans le Peigne, l'artère communicante. quoique très importante, ne peut done être l'aorte postérieure. Celle-ci est représentée par le tronc qui, dans l'Avicule. remonte au raphé et donne les deux marginales postérieures (fig. Z. 2).

La circumpalléale (fig. 28, 9) d’un calibre d'abord assez petit. s’élargit au point où le manteau réfléchit son bord vers l’intérieur : elle s’aplatit et se place sur la face externe, mais en dedans de la membrane secrétant la coquille. Le uerf cireumpalléal en suit la ligne médiane. Si on l'ouvre dans la partie large, on y trouve deux séries d'orifices en boutonnière . visibles à l'œil nu et espacés d'environ un millimètre. Dans les individus étalés, ces boutonnières sont largement ouvertes afin de faciliter le passage du sang. Une rangée d'orifices est percée dans la paroi interne de l'artère. Ils donnent directement dans les lacunes situées entre les faisceaux musculaires radiaux du bourrelet marginal et de là dans les lacunes palléales d’où le sang vient tomber dans la grande veine palléale. La deuxième série de perforations est située dans la paroi supéro-externe de l'artère cireumpalléale. Toutes conduisent le sang dans des artérioles qui passent en dedans des tentacules palléaux avec les lacunes desquels elles communiquent avant de se ramifier à la surface de la membrane réfléchie. Elles forment près du bord libre un lacis vasculaire très remarquable et très complexe qui. par la finesse de ses ramuscules, peut être comparé à un réseau capillaire. La partie du sang hématosée en cet endroit se rend, par les lacunes de la surface qui regarde le manteau, dans la grande veine palléale.

Avant de remonter à droite du rectum. l’aorte postérieure donne naissance à un gros tronc postérieur, dont

2e,,06472 une branche accompagne le rectum à gauche jusqu'à l'anus (fig. 28, 20), tandis que le tronc principal (fig. 28, 11) s'enfonce dans l’adducteur après avoir envoyé un rameau spécial à la partie postérieure du muscle, partie séparée sur la droite du corps de l'animal par un diverticule de la cavité palléale.

L'arière musculaire projette des ramuseules entre tous les faisceaux et dans tous les plans tout en continuant son chemin dans le muscle qu'elle traverse à peu près suivant un diamètre. Elle décrit une légère courbe pour venir aux ganglions viscéraux qu'elle laisse en avant d'elle, elle se déverse alors en partie dans les sinus voisins, puis elle se rend dans la bosse de Polichinelle, formée uniquement par la glande femelle ; elle en suit l’arête supérieure, en se ramifiant peu et en ne donnant aucune branche à l'intestin récurrent très rapproché en cet endroit. Elle ne se termine qu'à l'extrémité ultime de la bosse (fig. 28, 12). Je n'ai trouvé le fait précédent que dans le Pecten; jamais l'aorte postérieure n’envoie une artère à la bosse. Pourtant. il est intéressant de constater que partout l'artère musculaire, avant d'entrer dans le muscle, donne une faible branche aux ganglions viscéraux. Dans ce cas, c’est encore elle qui leur envoie du sang, mais à cause de la rotation du muscle sur lui-même, rotation qui éloignait les ganglions viscéraux du cœur et qui aurait nécessité un allongement considérable de l'artère des ganglions, elle ne les vascularise qu’à sa sortie du muscle.

Le système veineux peut se diviser -en deux parties, communiquant dans l'organe de Bojanus : le système veineux palléal (fig. 28, 13) et le système veineux viscéral.

Le premier est surtout représenté par une grande veine palléale offrant antérieurement deux grosses branches afférentes et qui débouche directement dans l'oreillette. Dans le lobe operculaire, cette veine est très rapprochée du bord du muscle, tandis que dans l’autre lobe sa courbe

est bien plus accentuée et sx concavité est plus prononcée : elle s'éloigne du musele (fig. 28. 13). Dans l’espace qui la sépare de l'adducteur, on trouve la petite veine palléale : elle correspond exactement à l'insertion du support branchial. L'importance de ce système veineux dans le groupe des Bivalves, croît à mesure que le manteau se développe davantage ; il peut être formé par des canaux nettement limités. par des veines en un mot, communiquant largement avec les lacunes du manteau. (Pecten, Avicula, Pinna).

Le sang revenant du pied, du muscle et des viscères s’amasse dans l'organe de Bojanus. Le sang des viscères tombe dans deux sinus très visibles, limités dans une grande partie de leur trajet par la masse hépatique et par son enveloppe soudée au manteau. Le foie est pour ainsi dire comme moulé sur ces sinus. YŸ a-t-il une paroi propre et un endothélium ? Je n'ai pu m'en assurer. Lorsque les sinus sont ouverts, on y aperçoit des orifices qui correspondent à des sinus plus petits s’enfonçant et se divisant de plus en plus dans la masse hépatique.

De chaque côté, on trouve deux sinus principaux qui viennent du foie : l’un, situé au-dessus de la poche péricardique, se dirige en arrière pour recueillir le sang de la partie postérieure du foie, l’autre, en avant, remonte à la charnière où il se divise en trois branches dont le trajet n'a rien de particulier. Réunis à leur sortie du foie, ils reçoivent alors un sinus venant de la glande génitale et du pied, et ensemble ils débouchent dans les vaisseaux de l'organe de Bojanus, après avoir formé une petite dilatation ampullaire. :

Le sang de l'adducteur s’amasse aussi dans un grand sinus et vient de là se mélanger au sang veineux viscéral.

I y a done une séparation nette entre les deux systèmes, et l’on voit que le sang hématosé dans le manteau ne passe pas dans l'organe de Bojanus, mais se rend directement dans les oreillettes.

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