B. — SYSTÈME VEINEUX
Le système veineux possède des voies bien plus difficiles à tracer. Comme souvent je n’ai pu les étudier complètement dans les différents types choisis, je vais en donner un aperçu général. Pour certains détails on n’aura qu'à se reporter à l'Avricula, la Pinna, VOstrea, etc. Les voies de retour du sang sont très complexes et mal définies. Il y en a peu qui ne soient très variables, suivant la force de l'injection et l’état de conservation de animal.
Les parois des artères, des oreillettes et de l'organe de Bojanus sont déjà très délicates, faut-il en conclure que les veines n’ont pas de parois propres, ou bien que ces parois existent, mais sont encore plus délicates, en sorte qu’on n’a pu les voir dans les petites veines. C’est lopinion de Leydig, mais il admettait en plus la concrescence de ces parois avec les organes voisins. Keber niait les lacunes, mais il admettait des élargissements vasculaires. Milne Edwards est le premier qui ait recherché la cause du gonflement dans la distension du système circulatoire.
Cette partie de mes recherches, purement anatomiques, a porté surtout sur la disposition et sur les relations des
Coupe
voies de retour entre elles et avec les organes de Bojanus.
L'injection du système veineux en un point quelconque peut amener la réplétion de tout le système. Pourtant. il est des endroits où cette réplétion totale s'obtient avec une facilité remarquable, par exemple lorsque l'injection se fait par les sinus des ganglions viscéraux.
J'ai constaté une variation assez grande dans le système veineux du manteau. Les Mytilidés forment un groupe bien homogène à ce point de vue. Le sang du bourrelet marginal remontant par les veines palléales ascendantes, dans le Lithodome, comme dans la Moule, tombe dans la veine horizontale du manteau (fig. 16) qui a un trajet sinueux, communique largement avec le sinus du muscle adducteur postérieur et, au bord, s’abouche avec le sinus marginal.
Dans la plupart des cas, on ne trouve aucune voie nette. Une injection remplit toutes les lacunes et donne au manteau l'aspect d’un sac rempli de matière colorée.
C’est dans les Asiphonés que j'ai pu montrer des veines bien endiguées. Dans l'Arca barbata, y a un premier pas de fait. L'injection de la partie antérieure du manteau montre un réseau arborescent dont les ramuscules se réunissent de proche en proche et forment un gros tronc qui débouche antérieurement dans l'oreillette. Mais dans lPAvicula et le Pecten maximus, la différenciation est complète, on trouve un vrai canal (je n'ai pu y trouver un endothélium) communiquant, il est vrai, largement avec les lacunes voisines. Il vient, dans le premier cas, se jeter dans la veine afférente de l'oreillette; dans le deuxième cas, il débouche dans l'oreillette. Les Mytilidés sont les seuls qui offrent un vrai sinus veineux sur tout le pourtour du manteau; il est caché sous Île rebord corné de la coquille. Il s’injecte très facilement, soit directement, soit par l'artère marginale dans le Lithodome. La membrane sécrétante de la coquille, qui se trouve à cet endroit dans les autres genres, est toujours
richement vascularisée, mais par des rameaux finement ramifiés allant de la base à la périphérie en s’anastomosant.
Dans le pied. les sinus antérieur et postérieur sont souvent invisibles sur une coupe transversale faite pendant la contraction (Pétoncele, ete.). Le sinus antérieur est plus en rapport avec la période d'établissement et d'état de la turgescence, tandis que le sinus postérieur est chargé d'amener le sang à l’organe de Bojanus lorsque l'érection va prendre fin.
Dans le Cardium et la Trigonia pectinata, j'ai fait voir que le sinus antérieur est très grand, très extensible, à plancher musculeux et qu'il joue un rôle considérable dans les mouvements du pied. Sa présence permet d’ailleurs cette courbure si accentuée du pied. 3
Dans le So/en, le sinus unique est central et médian ; il ne devient postérieur qu'au niveau des viscères.
Le sang des organes digestifs se porte dans un sinus médian sous-péricardique qui le conduit à l'orifice bojanien (fig. 26). Les veines de la glande hépatique sont des lacunes interlobulaires qui se jettent dans ce sinus en suivant les lacunes du tissu conjonctif. Mais une partie du sang peut aller directement dans les branchies en se mélangeant avec celui du sinus basilaire des palpes.
L’organe de Bojanus fait, à coup sûr, partie du système veineux. Ses canaux sanguins sont-ils des sinus, comme on l’a admis longtemps, ou bien sont-ce des vaisseaux ? C’est une question qui n’est pas encore suffisamment élucidée. Pourtant Kollmann et Eberth ont trouvé un endothélium dans le sinus inférieur de l'organe de l'Anodonte. Le sang y a sa composition chimique modifiée avant de se rendre aux branchies. Les vaisseaux bojaniens sont très variables. En tout cas, quand l’orifice bojano-pédieux existe, il débouche toujours dans un gros tronc transversal dont les deux branches latérales vont porter le sang aux deux organes (fig. 26). Une partie du sang purifié revient
directement au cœur, une autre partie va dans le sinus des ganglions viscéraux et de là dans les branchies, comme je l'ai fait voir dans la Lutraire.
Ce dernier sinus reçoit en outre le sang du sinus veineux de l’adducteur postérieur et du rétracteur.
Quant au sang des muscles antérieurs, il se mélange à la base des palpes avec:le sang de ceux-ci et arrive dans la branchie par le vaisseau afférent. La branchie reçoit donc surtout le sang de la partie la plus antérieure et celui de la partie la plus postérieure.
Je ne veux pas m'étendre plus longuement sur un sujet connu dans ses autres détails. J'ai voulu, dans mes recherches, préciser les rapports du système veineux du pied avec l'organe de Bojanus et avec le manteau. Je crois y avoir réussi, en sorte que j'ai pu donner l'explication naturelle et vraie de la turgescence du pied des Bivalves (Chap. IV). A propos de la Lutraire, jai parlé des siphons avec assez de détails pour que je puisse me dispenser de le faire à cet endroit.