CHAPITRE II
CAPILLAIRES ET LACÇUNES
Bien que mes recherches soient surtout anatomiques, je n'ai pas voulu laisser de côté une question qui a passionné pendant longtemps et passionne encore les zoologistes. Je veux parler de l'existence des lacunes et des capillaires chez les Lamellibranches.
Dans le foie, et à propos de lAvicule, j'ai déjà montré comment une artériole capillaire passe aux lacunes conjonctives. Je rechercherai ce passage dans les autres organes turgescibles. Auparavant, il ne sera pas sans intérêt de rappeler sommairement les diverses opinions qui ont eu cours, et qui appartiennent à deux périodes distinctes : la première va jusqu'à von Hessling (1859), et la deuxième s'étend de von Hessling à nos jours. Dans la première, on faisait surtout de la grosse anatomie; dans la deuxième, on a utilisé le microscope pour des recherches particulières et histologiques.
Pour Carus (26, 1834), de larges mailles vasculaires remplaçaient le système capillaire, tandis que Pappenheim et Barthelen (91) admettaient de vrais capillaires dans les Gastéropodes, et que Deshayes (34), dans la Cyclopedia, semble être du même avis.
Robin (109), dans son rapport à la Société de biologie,
sur le Phlébentérisme en 1851, rejette au sujet des lacunes interstitielles l'opinion de Milne Edwards, et il est d'avis qu'il y a, dans l’Anodonte, un réseau capillaire à parois propres.
Pour Keber (65, 1851), le système circulatoire est bien fermé, mais il ne précise pas son opinion sur les capillaires.
Langer (70), peu après, fut plus affirmatif. Pour lui, les capillaires sont fermés, et même il dit avoir rempli, dans tous les organes, un réseau toujours identique dans les parties turgescibles.
L’Anodonte perlière, pour von Hessling (56), possède un système circulatoire complètement indépendant. se composant d’artères, de veines et de capillaires.
Le perfectionnement apporté aux méthodes de recherches devait amener des idées plus précises et des résultats nouveaux.
Eberth (36), Auerbach et Aeby (1) sont les premiers qui aient vu l’endothélium des vaisseaux des Mollusques et qui aient montré que ces vaisseaux ont des parois propres.
Legros (72) note un réseau capillaire dans l’Ostrea.
En 1871, Flemming (42), le premier, montre que la présence d’un endothélium distingue le vaisseau de la /acune. Il admet encore des lacunes faisant suite à des artérioles.
Kollmann (66) ne se range pas à son avis. Il suppose le système circulatoire composé d’artères, de capillaires, et de veines collectrices dans lesquelles tombe le sang des lacunes. Nous verrons dans un instant que ces deux auteurs appellent /acunes des choses différentes.
Sabatier (113) a ramené la question des capillaires à sa véritable importance, et a donné des définitions exactes.
Dans l’Avicule, j'ai montré qu'il y a des vaisseaux qui peuvent être appelés capillaires, mais ils sont arborescents,
(1) Auersacm, Süzungsb. der Schlesischen Gesellschaft fuer vaterl. Kultur. 1865. Azpy, Centralblatt fuer medic. Wissenschaft. 1865.
c’est-à-dire que ce sont les ramifications ultimes des artères. J'en ai vu, dans le foie, dont le diamètre n’excédait pas 12v. Le tissu musculaire y faisait défaut : seule, la couche conjonctive interne et l’endothélium y persistaient. IL était facile de s’en rendre compte après des imprégnations au nitrate d'argent.
A leur extrémité, l’endothélium cessait peu à peu. tandis que les parois conjonctives donnaient des traïnées allant s'attacher aux tuniques conjonctives des lobes hépathiques, en laissant entre elles des fenêtres par où le liquide sanguin se répand dans les lacunes viscérales. C'était d'autant plus facile à apercevoir dans mes préparations que l’on voyait très bien cesser les contours des cellules endothéliales et que le nitrate, s’élant répandu par les fentes conjonctives dans les lacunes, avait légèrement coloré l’ensemble du tissu conjonctif endiguant les lacunes, ou plutôt dans lequel sont creusées les lacunes. Il m'a été impossible d'y distinguer aucune trace d’endothélium. J’admets donc que l'endothélium n'existe pas dans les lacunes et qu’il cesse au point où les capillaires artériels passent aux capillaires lacunaires.
On voit ainsi que l’on peut concilier jusqu'à un certain point toutes les opinions. Au point de vue anatomique, il y a des capillaires, mais ils sont uniquement artériels ; ils sont, de plus, arborescents ; ce sont les ramuifications très fines (12 &) des artères: leur diamètre est aussi faible que celui des capillaires en réseau des Vertébrés. Seulement dans les Bivalves les capillaires ne sont jamais en réseau, et de plus, au point de vue physiologique , ce ne sont pas de vrais capillaires : ce n’est pas là que se font les échanges entre le sang et les tissus.
Les capillaires artériels se continuent, comme je l'ai dit, par des lacunes creusées dans la substance conjonctive et très extensible d’ailleurs. Ces lacunes, lorsqu'elles sont très fines, peuvent être appelées capillaires lacunaires.