COAGULATION DU SANG DANS LA SÉRIE ZOOLOGIQUE
Les expériences ci-dessus rapportées ont été presque exclusivement faites avec du sang de mammifères, principalement avec du sang de cheval, de chien, de bœuf. J'ai vérifié la plupart des faits que j'ai signalés avec du sang de chevreau, de lapin, de cobaye, de chat. Je n'ai trouvé aucune différence importante : il n’y a qu'une variable, c’est la quantité minima des oxalates ou fluorures à employer pour rendre le sang incoagulable : etce fait est facile à comprendre ; cela tient à la richesse du sang en sels de calcium ou d’une façon générale en sels métalliques.
Il n’en est donc pas du sang oxalaté comme du sang peptoné. L'injection de peptones dans les veines ne réussit à rendre sûrement le sang incoagulable que chez le chien ; chez le lapin l'action des peptones est tout à fait incertaine. Au contraire, l’oxalate alcalin ou le fluorure alcalin rend incoagulable le sang de tous les groupes de vertébrés.
J'ai vérifiéle fait pour le sang de poule pris comme type de sang d'oiseau — pour le sang de grenouille parmiles batraciens ; pour le sang de carpe parmi les poissons. Je n'ai pas cru devoir multiplier outre mesure les vérifica-
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tions sur d’autres espèces animales. Les expériences faites dans tous les cas ont toujours donné le même résultat : la décalcification a toujours rendu le sang non spontanément coagulable : l'addition d’un sel de caleium au sang décalcifié y a toujours fait apparaître un caillot.
On sait que le sang des crustacés décapodes, du homard par exemple présente au point de vue de la coagulation des analogies frappantes avec le sang ou la lymphe des vertébrés.
Le sang de homard extrait de l'organisme ne tarde pas à former un léger coagulum fibrineux, comme la lymphe des vertébrés. L’addition de sels neutres, chlorure de sodium, sulfate de sodium, sulfate demagnésium s'oppose à l'apparition de ce coagulum. On peut précipiter dans le plasma magnésien de homard par les procédés ordinaires (saturation de sel marin) une substance fibrinogène présentant les caractères du fibrinogène des vertébrés. Cette substance fibrinogène ainsi préparée correspond à la plasmine de Denis, et comme cette dernière elle se dissout dans l’eau pour bientôt donner spontanément un coagulum. Purifiée par précipitations et redissolutions successives cette substance fibrinogènene coagule plus spontanément, mais coagule par addition de sérum sanguin ou de fibrinferment.
J'ai répété sur le sang de homard les expériences de décalcification par l’oxalate de potassium. Jai vu que le sang de homard oxalaté ne coagule pas spontanément, mais donne un coagulum fibrineux quand on ajoute un
petit excès de sel calcique.
en
Cette expérience établit encore un nouveau caractère commun au sang des vertébrés et au sang des crustacés décapodes.
On peut conclure de tous ces faits que toutes les fois qu'un liquide de l'organisme coagule par formation de fibrine, c'est qu'il renferme des sels calciques ; — le même liquide décalcifié par un procédé quelconque ne coagule plus spontanément : mais il a conservé la faculté decoaguler pourvu qu’on ajoute un composé calcique.