‹ Recherches Sur La Coagulation Du SangChapitre 18 sur 22 · LEONE · texte numérisé non relu

LEONE

permis d’abaisser autant la quantité de chlorure de calcium. Il est vrai qu'on peut dire que la paraglobuline dissoud, elle aussi, un peu de l’oxalate de calcium.

Je me suis assuré, d'autre part, que la solution de paraglobuline employée donnait un léger précipité par loxalate de potassium, c’est-à-dire renfermant des composés calciques.

J'ai véritié pour Île fibrinogène de Hammarsten cet entraïnement des composés calciques par les précipités albuminoïdes déterminés dans les liqueurs sanguines. Toutes les fois que les substances fibrinogène et fibrinoplastique sont préparées en partant du sang, elles renferment des composés calciques ; toutes les fois qu'elles sont préparées en partant des transsudats, elles ne renferment pas de composés calciques.

C'est pour cela que le fibrinogène de Schmidt ne coagule pas par addition du fibrinferment seul, et qu'il faut lui ajouter de la substance fibrinoplastique préparée en partant du sérum, c’est-à-dire renfermant les sels de calclum.

Tous les précipités floconneux déterminés dans les liqueurs sanguines entraînent des sels de calcium; tous ont la propriété fibrinoplastique. Hammarsten l’a bien démontré pour la caséime. Il prépare la caséine par précipitation par l'acide acétique, redissolution dans la soude, reprécipitation par acide acétique, épuisement par alcool et éther. Cette caséme n’a aucune propriété fibrinoplastique. C'est de la caséine débarrassée de sels de calcium, comme Hammarsten la préparait dans les expé-

riences qu'il a faites sur la caséine et le labferment (où il avait besoin de caséine débarrassée de sels calciques). Mais si, après avoir étendu du sérum de cheval de 9 volumes d’eau, précipité la paraglobuline par l'acide acétique, 1! ajoute la solution sodique de caséine, et s'il en précipite cette caséine par l'acide acétique, le précipité gélatineux obtenu, dissous dans le chlorure de sodium à 1 0/0, accélère la coagulation du fibrinogène et augmente la quantité de fibrine produite, c’est-à-dire se comporte comme la paraglobuline (Untersuchungen über die Faserstoffgerinnung).

Hammarsten, en remplaçant la substance fibrinoplastique par le chlorure de calcium au point de vue des actions fibrinoplastiques, a d’ailleurs démontré, mais sans s'en apercevoir, le rôle essentiel des composés calciques.

La formation de la fibrine nécessite bien trois substances, comme le prétend Al. Schmidt, une substance fibrinogène, une substance fibrinoplastique et un fibrinferment ; mais la substance fibrinoplastique n’est pas la paraglobuline, c’est un composé calcique.

3c. Théorie de Olof Hamimarsten.

La théorie de Hammarsten se résume ainsi : Sous l’influence du fibrinferment le fibrinogène se dédouble en deux substances, la fibrine qui se dépose et une globuline qui reste en solution.

Hammarsten dit qu'il à pu préparer un fibrinogène et un fibrinferment tout-à-fait débarrassés de paraglobuline

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qui ont donné de la fibrine sans l’intervention de quelque autre substance. J'ai montré comment l’oxalate ou le fluorure alcalin permettaient de démontrer pour les produits de Hammarsten la nécessité d’un sel de calcium.

J'ai vérifié directement que le fibrinogène préparé selon la méthode de Hammarsten renfermait des sels de calcium dont il était difficile de la débarrasser.

Mais, c’est encore le fibrinferment de Hammarsten qui contient des sels de calcium. C’est grâce à ces impuretés que ce ferment a pu coaguler le fibrinogène de Schmidt. Ce fibrinferment est préparé en partant du sérum sanguin ; ilest entraîné par la formation dans ce sérum d’un épais précipité de magnésie. Or il semble que tous les précipités floconneux quise forment dans les liqueurs sanguines entrainent lessels deCalcium. Si la dialyse à laquelle Hammarsten a soumis sa solution de ferment n’a pas supprimé ses propriétés, c'est vraisemblablement que cette dialyse n’était pas suffisamment prolongée.

En ajoutant du fibrinferment de Hammarsten, au fibrinogène de Hammarsten oxalaté ou fluoré je n'ai jamais pu obtenir de fibrine ; — mais en ajoutant à ce mélange un peu d’un sel de calcium, la fibrine se montrait toujours.

D'autre part Hammarsten a constaté que la quantitéde fibrine produite dans une solution de fibrinogène va en augmentant avec la proportion de fibrinferment employée (Ueber den Faserstoff und seine Entstehung aus dem Fibrinogen) ce qui est contraire à la notion du ferment pur.

La théorie de Hammarsten est donc incomplète en ce

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u'elle néglige les sels de calcium; maisl’auteur a raison e] quand il n'attribue aucun rôle essentiel à la paraglobuline.

4°, Théorie de Freund.

Cette théorie n’est examinée ici que parce que Freund fait jouer un rôle capital au phosphate de calcium dans la coagulation. Elle est pour ainsi dire la contre-partie des théories de Schmidt et de Hammarsten.

Freund (Ueber die Ursache des Blutgerinnung — Medic Jahresber. Wien 1888) considérant que la fibrine renferme toujours des cendres qui sont généralement formées de chaux, de magnésie à l’état de phosphates, a été conduit à penser que les phosphates alcalino-terreux jouent un rôle dans la coagulation. -

Il admet que c'est le passage à l’état insoluble du phosphate de calcium qui est la cause, et la seule cause de la coagulation, qu'il est inutile de faire intervenir un ferment quelconque. — Dans le sang les sels calciques seraient contenus dans le plasma — les phosphates alcalins dans les globules; ces derniers hors des vaisseaux laisseraient transsuder leurs phosphates solubles, d’où résulterait la formation de phosphate caleique en quantité trop grande pour rester dissous. Le précipité de phosphate calcique entraînerait la fibrine.

J'ai établi qu'il était possible, en faisant passer dans de l’eau tenant en suspension du phosphate tricalcique

—— un courant de gaz carbonique de déterminer la formation d’un phospho-carbonate de calcium assez soluble, dissociable à une température peu élevée. On peut par exemple obtenir la dissociation de ce composé à 20° par un courant d'air prolongé passant dans sa solution.

La quantité de gaz carbonique des tissus et liquides de l'organisme est telle que sa tension empêche la dissociation de ce composé à la température du corps. Ine serait donc pas impossible à priori que le liquide sanguin abandonné à l’air ne perdit son gaz carbonique, et par là ne laissât déposer du phosphate calcique moins soluble. La lenteur du dégagement de gaz carbonique correspondrait bien à la lenteur de la coagulation spontanée. — D'autre part leretard de coagulation ou la non-coagulation de ces liquides à très basse température correspondrait à une non dissociation du phospho-carbonate.

Mais si à des transsudats non spontanément coagulables (sérosité péritonéale du cheval) on ajoute du phosphocarbonate de calcium, on ne peut jamais y faire apparaitre une coagulation, en déterminant le dépôt de phosphate de Calcium, soit par le vide, soit par un courant de gaz inerte.

Je n'ai jamais pu non plus obtenir de formation fibrineuse en produisant par un procédé quelconque un dépôt de phosphate de calcium dans le plasma sanguin débarrassé de fibrinferment. |

Quand à la conception de Freund sur ledépôt de phosphate de caleium dans le sang, elle n’est pas admissible. On ne saurait admettre en effet que dans le sang puis-

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sent exister en présence deux corps capables de se combiner qui resteraient séparés. Si le plasma renfermait des sels calciques à un état autre que le phosphate, siles globules renfermaient desphosphates alcalins, il y aurait nécessairement combinaison chimique, et formation de phosphate de calcium dans le sang circulant. A moins que le phosphateou le calcium ne soient engagés dans une combinaison quelconque plus stable que le phosphate de calcium ; mais alors cette combinaison ne se détruirait pas dans le sang hors des vaisseaux.

On comprend bien que toute l’hémoglobine reste dans le globule, car elle secomporte comme une teinture, mais il est impossible d'admettre que les phénomènes chimiques qui s’accomplissent dans les tissus vivants, soient d’une nature spéciale.

Il serait d’ailleurs toujours possible en saturant le sang de gaz carbonique d’empêcherle dépôtde phosphate de calcium — Dans ces conditions la coagulation devrait être empèchée. Il n’en est rien: Le gaz carbonique retarde seulement la coagulation de sang parce qu'il s’oppose à.la mise en liberté rapide du ferment ; mais ilne retarde nullement la coagulation du plasma.

D'autre part Strauch (Controlversuche zur Blutgerinnungstheorie von Freund 1889 Dorpat) a montré que les liquides séreux tout à fait débarrassés de ferment ne coagulent pas par le chlorure de calcium et le phosphate de sodium ; — que, si Freund avait obtenu dans ces conditions un coagulum, c’est que les liquides sur lesquels il

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opérait élaient spontanément coagulables ; que la coagulation était tout simplement accélérée par l'addition des sels de calcium,

CASÉIFICATION.

Dans une note publiée dans les Archives de physiologie (ET juillet 1890), M. Pagès et moi avons insisté sur la différence qu'il convient d'établir entre la précipitation de la caséme, la coagulation de la caséine, et la caséification de la caséine.

Du lait traité par l’acide acétique donne un précipité de caséine ; — du lait bouilli avec du sulfate de magnésium donne de la caséine coagulée ; — du lait traité par le labferment donne du caséum. ”

La caséification est un phénomène complexe, essentiellement caractérisé par une transformation moléculaire d’une substance albuminoïde, la caséine, et formation d’un composé alcalino-terreux insoluble, le caséum,

On peut appliquer ces considérations au fibrinogène. Le fibrinogène est précipité à froid par le chlorure de sodium ; — il est coagulé par une température de 58° ; — il est caséifié par le fibrinferment en présence des sels de calcium.

Il y a caséification du fibrinogène, car il ÿ a transformation chimique de ce fibrinogène, et formation d’un

composé calcique insoluble, la fibrine.

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I ne faudrait pas dire que le sang coagule quand il est extrait des vaisseaux ; il faudrait dire qu'il se caséifie. Le fibrinogène est l’homologue de la caséine, — le fibrinferment du labferment, — la fibrine, du caséum ; — la globuline de Hammarsten coagulable à 64° est l’homologue de la substance albuminoïde du lactosérum.

Le caséum est un composé calciquecomme la fibrine ; — le caséum ne se forme que si le lait renferme des sels de calcium solubles, de même que la fibrine ne se forme que si le sang renferme des sels de calcium solubles. Le caséum correspond à l’un des termes du dédoublement du fibrinogène.

Le caséum et la fibrine se rétractent en expulsant un sérum clair ; cette rétraction est favorisée par la richesse du liquide en sels solubles.

Les sels alcalino-terreux, et en particulier les sels de calcium qui sont nécessaires à la caséification rendent ce phénomène d'autant plus rapide qu'ils sont plus abondants, sans dépasser une certaine limite.

Le gaz carbonique qui favorise au plus haut point Ja caséification du lait favorise légèrement le phénomène chimique de la caséification du sang.

Cependant il y ades différences àsignaler :

Le labferment peut transformer la caséine, la dédoubler, en l'absence des sels de calcium ; le fibrinferment n'agit sur le fibrinogène qu’en présence des sels de calelum (ou de strontium). Desortequ'il n’existe pas de substance homologue du caséogène qu'on puisse préparer.

En second lieu il ya 4 caséums correspondant aux 4

el es métaux alcalino-terrenx ; il n’y a que 2 fibrines ; les composés barytique et magnésien n'existent pas.

Malgré ces différences il y a trop d’analogies entre la caséification du lait etla coagulation du sang, pour ne pas rapprocher ces deux phénomènes l’un de l’autre. Il faudrait même pour bien marquer cette ressemblanceles désigner par un même mot : le sang se caséifie comme le lait se caséifie. La fibrine est un caséum. Il y ades caseincaséums ; et 1l y a des fibrincaséums.

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