I. Archives de Colmar, AA. Paix provinciale
Les difficultés des villes entre elles étaient également prévues; elles devaient être réglées par le jugement du bailli provincial et de la confédération, sinon par l'intervention de la force commune.
Si un bourgeois de l'une des villes venait à manquer au magistrat ou à la commune, il en sera puni par l'exil, sauf à la ville qui l'aura prononcé à rendre compte au bailli provincial et à ses confédérés. S'il est prouvé que le bourgeois est coupable, on lui infligera telle peine que de raison, et tant qu'il n'y aura pas satisfait, il ne pourra être reçu bourgeois, ni même admis à résider dans aucune des villes confédérées. Mais s'il est reconnu innocent, le bailli provincial et les villes s'entremettront auprès de celle qui l'aura condamné injustement, pour le faire rentrer dans tous ses droits.
Tels sont les points principaux de la charte commune des dix villes impériales. Les cités auxquelles elles s'appliqua , y perdirent une partie de leur autonomie, mais ce fut plutôt au bénéfice de leur association que du souverain.
Du reste malgré les précédents de l'alliance, on ne peut douter qu'elle ne soît due à un proprio motii de Charles IV, s'appropriant et développant une organisation qui avait déjà fait ses preuves. Le diplôme du 28 août en fait foi, et ce qui prouve qu'il n'est pas dû aux sollicitations des villes, c'est qu'elles l'insérèrent textuellement dans un instrument en forme de traité, daté du mardi après la Saint-Matthieu (23 septembre) i354, qui donna à ce lien le caractère d'un véritable contrat. Mais malgré leur commune mouvance de l'Empire, toutes ne montrèrent pas le même empressement à obéir aux injonctions du roi des Romains. En effet, quoique
dans l'original la place des sceaux de Haguenau et de Wissembourg soit réservée, jamais les lemnisques où ils devaient être appendus ne les ont portés. On remarquera que ni l'une ni l'autre de ces villes n'avait fait partie des alliances spontanées antérieures. Cependant le mandement du 28 août les liait au même titre que le reste de la Décapole, et il suffît pour les y maintenir.
OUS pouvons maintenant reprendre notre , récit au point où nous l'avons laissé.
Le dimanche Esto mihi (16 mars) i356, le bailli provincial Burcard, burgrave de Magdebourg, « considérant qu'il a reçu mission de l'empereur de prévenir et de détourner, en Alsace, tous les dangers qui menaçaient l'Empire ou ses ressortissants, et préoccupé des désordres qui avaient déjà eu lieu à Colmar, ou qui pouvaient encore y survenir, » institua, par forme d'injonction à la ville, un pouvoir nouveau, qu'il importe de bien connaître (i\
C'était un collège de vingt-trois membres, les vingt premiers nommés chacun par l'une des vingt tribus ; deux autres pris dans la noblesse par le conseil; ces derniers devaient être «deux hommes d'honneur, les plus pacifiques qu'il se pourra. »
Les vingt-deux ainsi nommés, aidés du conseil, se choisiront un chef ou président tiré du sein de la commune, chargé de convoquer le collège, qui lui devra obéissance en tant qu'il sera besoin.
I. Archives de Colmar, AA. Modifications à la constitution du corps municipal.
Tous les bourgeois indistinctement devront prêter serment aux Vingt-trois.
Après cela n'est-il pas singulier que les attributions d'un pouvoir évidemment permanent aient un caractère purement transitoire ? Son action se limitait aux interrègnes. Pendant toute leur durée, le collège devenait une sorte de comité de salut public, •investi d'une véritable dictature. La moindre résistance à ses ordres était punie d'un exil perpétuel, de la perte de tous les droits à Colmar, de la confiscation de tous les biens, meubles et immeubles, moitié au profit de l'empereur, moitié au profit de la ville qui devait jurer de retenir sa part, et de ne point l'abandonner au coupable. L'autorité des Vingt-trois n'expirait que le jour où le nouvel empereur choisi par les électeurs, d'après les prescriptions de la Bulle d'or, était reconnu (empfangen) comme tel par les villes libres et les villes impériales.
Après avoir prescrit des mesures pour éviter les vacances au sein du collège, le bailli provincial mande expressément aux nobles habitant Colmar ou qui viendraient à l'habiter, de jurer obéissance aux Vingt-trois et d'appendre leur sceau à son ordonnance, s'ils ne veulent encourir les peines édictées. Il ordonna également que chaque année, au renouvellement du magistrat, le conseil et la communauté prêteraient serment de maintenir l'institution des Vingt-trois.
Suivant toute apparence, les Vingt-trois étaient nommés à vie, et la charte nous a conservé les noms des bourgeois qui furent investis pour la première fois de cette magistrature, et la désignation des vingt tribus qui les ont nommés. Il n'est
pas toujours facile de trouver une interprétation plausible à des noms de professions mal déterminées ou inconnues aujourd'hui. Je vais cependant essayer de le faire, car il me semble que, même incomplètement comprise, cette nomenclature a son intérêt.
Ce sont : i° les négociants (undern Koufflûten) dont le représentant porte un nom qui nous a déjà occupé, Burklin Rebmann ;
1^ Les marchands de vin (iindetm mnlûten) ;
3° Les laboureurs (undern ackerlûten) ;
4"* Les marchands de grains (undern kornlûten) ;
5" Les vignerons ;
6** Les faucheurs (undern medern) ;
7" Les boulangers ;
8** Les tanneurs;
9" Les cordonniers ;
10** Les bouchers ;
11** Les maréchaux, représentés par maître André Gloggener, le fondeur de cloches que d'intéressantes recherches de feu M. Schnéegans et la belle étude de notre regretté Ch. Gérard nous ont fait connaître (i).
12** Les jardiniers ;
i3° Les meuniers ;
i4^ Les marchands ou épiciers (undern Kremet^en);
i5^ Les fourreurs ;
i6" Les tonneliers.;
17° Les tailleurs de pierre ;
18" Les drapiers (undern gratûchern) ;
I. Maître André de Colmar. Revue d'Alsace, i85i, p. 5io. Ch. Gérard, Les Artistes de TAlsace au moyen-âge, t. i'^ p. 329.
19** Les pêcheurs ;
20"* Les tailleurs.
Nous trouvons également dans cette ordonnance rénumération des nobles alors domiciliés à Colmar. Ils sont au nombre de trente : douze chevaliers et dix-huit écuyers, en y comprenant ceux qui, n^étant pas présents à Colmar lors de la rédaction de Pacte, y adhérèrent par lettres d'attache. Il y avait deux Schultheiss, un Mittelnheim, sept Wittenheim, un Nortgasse, deux Morschwiller, un Girsberg, un Ruest, deux Bebelnheim, deux Isenburg, un Sulzbach. Les autres appartiennent à des familles moins connues.
Il est facile de comprendre qu'un nombre pareil d'hommes habitués au maniement des armes, disposant d'une clientèle dévouée, fortement soutenus au dehors, et si étrangers aux intérêts plébéiens, ait été souvent un danger pour la ville et ait obligé les bourgeois aux plus grands efforts pour assurer leur prépondérance.
iu commencement de l'année i358 de nou- . veaux troubles éclatèrent.
La Corofiica quœdam, que nous avons *déjà eu occasion de citer, p. 34, note i, sur cette période de l'histoire de Colmar, les mentionne dans les termes suivants :
« En l'an où l'on compta i358, beaucoup de membres des familles patriciennes (geslecht) de Colmar, nobles et roturiers, avaient fait société ensemble ; ils se donnaient le nom de Scheppelet^, et ils renversèrent violemment le conseil ; voilà pourquoi ils
furent expulsés par le duc Rodolphe d'Autriche, qui était un ennemi de V Empire (i).
Telle fut en effet la violence du soulèvement que les pouvoirs municipaux n'y purent résister et, ainsi que la Chronique l'affirme, le grand bailli Rodolphe IV l'Ingénieux, duc d'Autriche, accourut à la tête de ses vassaux et des contingents de la Décapole. Colmar subit un nouveau siège et, d'après les expressions du titre que nous allons analyser et les actes de justice accomplis par le duc Rodolphe, il est permis de croire que la ville tombée aux mains des révoltés se défendît contre le bailli provincial, qui n'en aurait obtenu l'entrée que par la force. Le jugement rendu par le duc Rodolphe nous fait connaître les fauteurs de la révolte: sur les trente nobles qui avaient donné leur adhésion à l'ordonnance de Burcard de Magdebourg, il figure dans cette liste sept chevaliers, quatorze écuyers, de plus vingt-six bourgeois affiliés à la noblesse. Les Wittenheim, cette famille si redoutable pour la ville, qui lui avait déjà fait la guerre en i353 et qui formait évidemment le noyau de toute opposition, sont au nombre de huit, parmi lesquels se trouve Kuntz de Wittenheim, dit Alber, l'un des deux nobles pacifiques que l'on avait Jugés dignes de faire partie du collège des Vingt-trois. Après ce groupe, il faut nommer trois Schultheiss, un Nortgasse, un Westhaus, un Herkheim, un Blienswiller, deux Isenburg, un Ruest. Et ce ne furent pas les seuls : un document postérieur fait connaître vingt-deux autres noms, parmi lesquels un chevalier et vingt écuyers, qui partagèrent l'exil prononcé contre les premiers,