Archives de Colmar, AA. Ibidem
latin et attendit patiemment une autre occasion d'agir.
?N 1469, se prévalant de ses droits de grand- |bailli d'Alsace, Frédéric le Victorieux entre- I prit la réforme de l'abbaye de Wissembourg, *où les mœurs s'étaient extrêmement relâchées. Il prétendit y introduire d'autres moines ; mais les bourgeois de Wissembourg prirent fait et cause pour les anciens religieux, et ne reculèrent même pas devant les menaces de guerre de Frédéric. La ville subit un siège auquel elle résista avec succès, et son adversaire qui jusque-là n'avait jamais traité, avec ses ennemis qu'après les avoir battus, accepta la médiation des autres villes de la Décapole, qui s'entremirent pour rétablir la paix entre Wissembourg et leur grand bailli. Elle fut définitivement signée à Guermersheim, le 6 mai 1470 (i).
Ce fut alors que, reprenant ses vieux plans, l'empereur intervint. Hors d'état d'agir par lui-même, il trouva un instrument docile dans la peronne de Louis le Noir, comte de Veldenz, un consin-germain et un vassal de Frédéric le Victorieux, mais son implacable ennemi dans toutes ses guerres, toujours félon à son suzerain et toujours vaincu.
Pendant qu'en sa qualité de capitaine de l'Empire, il soulevait les bourgeois de Wissembourg et leur persuadait de rompre le traité qu'ils venaient de conclure avec l'électeur palatin, Frédéric III décla-
I. Strobel, Geschichte des Elsasses, t. III, pp. 262 et sqq. Hsusser, 1. c. pp. 384 et sqq. J. Rhcinwald, l'Abbaye et la ville de Wissembourg, pp. 129 et sqq.
rait ce prince déchu du grand bailliage d'Alsace et, par deux mandements successifs, Tun du 17, l'autre du 24 décembre 1470, il enjoignit aux villes qui en dépendaient, de reconnaître à sa place le comte de Veldenz, et de mettre leurs contingents à sa disposition (i).
Nonobstant cette mise en demeure, la Décapole ne crut pas qu'elle pût violer ses engagements antérieurs avec l'électeur palatin. Ses envoyés se réunirent à Strasbourg, le 24 février 1471, sur la convocation du chef-lieu ; au cours de la délibération, les avis se partagèrent. Tandis que la majorité de la diète, sur les instances de Fancien grand bailli, décidait l'envoi d'une députation à l'empereur pour lui faire des représentations, Haguenau opina pour une soumission sans réserve à la volonté impériale. Wissembourg se rallia au même avis, et cette scission se maintint à la diète de Nuremberg et à celle de Ratisbonne, que l'empereur avait réunies, pour obtenir la participation de l'Empire à ses entreprises contre l'électeur palatin. Cette attitude des deux villes fit échouer toutes les tentatives d'accomodement.
Le sort des armes rétablit du moins l'accord entre l'électeur palatin et son compétiteur. Louis le Noir fut battu et contraint de signer la paix, le 2 septembre 1471, à Heidelberg. Mais l'empereur ne transigea point. Il repoussa toutes les avances que Frédéric le Victorieux ne cessa de faire, jusqu'à sa mort, arrivée le 12 décembre 1476, pour rentrer en grâce auprès de la majesté impériale, et pour recouvrer le
I. Archives de Colmar, AA. Rapports politiques de la Décapole avec TErapire.
grand bailliage d^ Alsace, qu'il considérait à juste titre comme une partie du patrimoine de sa famille, tant que l'Empire n'aurait pas racheté Toffice qu'il lui avait engagé un jour dans sa détresse.
Son neveu Philippe l'Ingénu qui lui succéda, ne fut guère plus heureux. Il n'obtint l'investiture du grand bailliage qu'en i486, en récompense de l'appui qu'il avait prêté à l'élection et au couronnement de Maximilien I", comme roi des Romains et futur empereur d'Allemagne.
1 OUS avons vu qu'à Colmar le renouvelle- , ment du magistrat et du conseil ne pouvait ' I se faire sans la participation du grand bailli. Les atermoiements des villes, pour ne pas dire leur refus de le reconnaître comme tel, ne permirent pas à Louis le Noir de venir présider à cette importante opération, pendant le peu de temps où il prétendit remplir son office. Plus tard l'électeur palatin, révoqué par l'empereur, n'était plus, en dépit de sa victoire, légalement qualifié pour donner l'investiture souveraine aux représentants de la cité, et il en résulta qu'à partir de l'époque normale du renouvellement, dimanche Exaudi (3 juin) 1470, les mêmes officiers municipaux durent rester indéfiniment en fonctions.
Cette situation ne pouvait se prolonger sans de graves inconvénients, et la ville fut la première à les ressentir. La vacance du grand bailliage offrait de grandes difficultés, et elle s'adressa une première fois à l'empereur pour les aplanir. Elle en obtint, datée de Gratz, 20 août HyS, l'autorisation de
passer outre au renouvellement des offices municipaux ; en même temps Frédéric III délégua son féal Conrad-Frédéric de Rathsamhausen, pour recevoir l'hommage que la ville devait rendre à cette occasion à Pempereur et à l'Empire (i).
Mais ce biais ne convint pas aux intéressés et, sur leurs représentations, le souverain leur bailla, à Gratz, un second diplôme daté du 12 décembre 1^79, par lequel il constitua le prévôt pour son mandataire, en l'autorisant à constituer le corps municipal au lieu et place du grand bailli, et à l'investir de toutes les grâces, franchises, privilèges, bonnes coutumes, droits de haute et basse justice, dont la ville jouissait du temps des grands baillis, après qu'elle aura prêté entre ses mains le serment d'être fidèle et soumise à l'empereur et à l'Empire, et d'acquitter toutes les prestations qui leur sont dues (2)-
La difficulté était tournée, et après dix ans d'attente, le dimanche après la Saint- Jean, (25 juin) i48o on procéda au renouvellement (3).
Le grand bailli n'était pas seulement délégué pour conférer aux magistrats municipaux la part de pouvoirs qu'ils avaient à exercer au nom de l'Empire. L'exemple de Colmar nous a appris, et j'y ai déjà insisté, que bien souvent l'avoué était dans le cas de recourir à la force pour protéger les dix villes et leurs ressortissants. Même quand l'ordre régnait dans l'intérieur des murs, les insultes, les
1. Archives de Colmar, BB. Renouvellement du corps municipal.