DES
A.Ü nombre des époques où la médecine a perfectionné ses connaissances sur les grandes épidémies qui semblent s’établir à demeure dans certaines parties du nionde, sans doute on comptera celle où les armées françaises parcourant des régions lointaines , y ont éproiivé la funeste influence du climat. Dans ces circonstances , les médecins militaires ont pu observer et comparer les maladies qui sont particulières à certains pays , en établir les différences ou les rapports , et fixer notre opinion sur leur nature et sur leur caractère. Un travail qui ferait connaître les analogies qui existent entre ces maladies , servirait utilement la science; mais il ne peut être l’oeuvre d’un seul médecin. Aussi , sans avoir le dessein de l’entreprendre , j’ai cru ^ néanmoins , pouvoir parler des fièvres épidémiques
qui dépendent de l’influence du climat , parce qu’elles se rattachent par plusieurs points à la question dont je vais m’occuper. Ce que j’en dirai, quoique d’une manière générale, ne peut être jugé superflu. Il est d’autant plus nécessaire de connaître ces maladies , que souvent on les voit s’émigrer et porter la désolation dans des contrées oii elles avaient été inconnues. Déjà les descriptions qui ont été faites de quelques-unes d’entre elles, ont servi , non-seulement à guider les praticiens , mais encore à comparer les épidémies de divers pays , à éclairer sur leurs causes, et quelquefois à attribuer au même principe morbifique, des maladies que Ion croyait être d’une nature toute différente. Nous en avons un exemple dans la rfièvre jaune, qui, dès les premiers temps oii elle fut observée, passa pour une maladie sui geiiej'is ^ au lieu qu’aujourd’hui beaucoup de médecins la considèrent comme le maximum des fièvres bjlieuses (i).
Une telle opinion ne peut être désavouée par la philosophie médicale j elle émane de l’observation, et elle présente en outre le grand avantage de diminuer les craintes que la fièvre d’Amérique inspire, en la rattachant a un ordre de fièvres connu.
(i) Telle est l’opinion de Lind , de Pringle, de JeanHunter, de Franck , de Gilbert , de De Humboldt , de Pinkard , de Rush , de Chevalier , de Berthe, de Leblond, de Cailliot, etc. Le docteur Bally se borne à dire que cette fièvre a des affinités avec Ja |>€Ste , le typhus et l’intermittente pernicieuse.
Maïs 5 en considérant les lièvres intermittentes d’au** loinne , et en reconnaissant quelles sont essentiellement bilieuses, j'ai dû les voir naturellement comprises dans ridentité que les auteurs ont reconnue entre les maladies de l’ancien continent et celles du nouveau. Ce premier aperçu semble indiquer en elles quelque chose de contagieux;! , s’il est vrai que la fièvre jaune soit elle-même contagieuse. Celte question , qui est d’un très-grand intérêt, a été l’objet de mes recherches. Pour la résoudre , j’ai iduni les résultats de ma pratique dans les pays d’Europe qui sont considérés comme étant le domaine spécial des fièvres intermittentes,' aux observations des médecins qui ont vu là fièvre jaune en Amérique-. Èn procédant ainsi , je parviendrai , peut-être , a jeter quelque jour sur un sujet qui est encore fort obscur. A cet effet j’établirai plusieurs points de 'cdmparaison entre la fièvre intermittente pernicieuse et la fièvre jaune, afin de déterminer le degré de ressemblance qui existe entre elles.
Mais, pour qu’on ne puisse pas dire que j’ai pris pour fondement de ma théorie un principe qui n’est point consacré , je dois m’expliquer ici sur ce que je pense de la fièvre jaune. Beaucoup de médecins assurent qu’elle est contagieuse, d’autres soutiennent le contraire. Les faits qui militent en faveur de la première opinion , sont nombreux et déter-
niînans ; les faits contraires semMent n avoir été recueillis que pour soutenir une controverse : l’opinion publique , même, refuse de les admettre. De sorte que cette question, qui a été litigieuse pendant quelque temps, est résolue affirmativement aujourd’hui. La réserve que montrent les médecins qui en ont parlé dans le dictionnaire des Sciences Médicales y ne peut être prise en considération; car si l’on compte les suffrages parmi les. auteurs qui ont écrit sur la fièvre jaune, .d’après leur propre observation , on trouvera que la très-grande majo'* rite est pour la contagion. Aussi ne balancé-je pas a adopter ce dernier sentiment^jCn évitant, toutefois , d^’exposer les motifs qui m’y déterminent ; ce qui serait étranger à mon sujet. ' '
Avant de m’occuper des fièvres intermittentes d’une manière spéciale , je les présenterai sous un point de vue plus étendu qu’on- ne l’a fait ju^ua présent ; et pour cela j’exposerai mon opinion touchant l’action des miasmes sur l’homme, dans quelque pays qu’on le suppose placé. Cette opinion paraît vraie au premier abord ; il resté à savoir si les recherches eudiométriques et nosologiques ne parviendront pas à l’infirmer un jour. Dans l’état actuel de nos connaissances, elle ne peut être attaquée avec espoir de succès.