‹ Recherches sur la contagion des fièvres intermittentesChapitre 5 sur 16 · EXPOSITION · texte numérisé non relu

EXPOSITION

Augmeinter le nombre des maladies dlles contagieuses, est une entreprise dauUnt plus difficile et même périlleuse, que les auteurs modernes s’efforcent de prouver que fort peu de fièvres peuvent se communiquer ; mais quoique leurs assertions soient consolantes pour l liomme, cependant elles ne sont pas toujours d’accord avec ses intérêts , car l’observation les dément. Pour moi, j’aime mieux Jui montrer une affligeante vérité, qu’une erreur qui le flatte. Je sais que des médecins très -recommandables ont refusé d’admettre comme contagieux le typhus, la fièvre jaune, la peste même?; et lorsque ces maladies sont encore des sujets dç discussion , ne dois-je pas craindre que l’on taxe d’exagération et de futilité la proposition que je fais, de considérer les fièvres intermittentes comme contagieuses? ;

Convaincu qu’elles ont ce caractère , je ne céderai point à cette crainte , surtout lorsque , k l’appui de ce que l’observation m’en a démontré , je découvre la plus grande ressemblance entre ces fièvres et celle d’A^nérique ; quand je trouve ,

I®. Qu’elles ont une origine commune j

2®. Qu’elles se développent dans des circonstances pareilles;

5®. Qu’elles se ressemblent par leurs principaux symptômes ;

4^. Qu’elles ont la même marche ;

5°. Qu’elles se succèdent entre elles , ou qu’elles cohabitent dans les mêmes lieux ;

6®. Qu’elles attaquent l’homme dans les mêmes conditions d’âge , de sexe , de tempérament et d’habitude du climat 5

7®. Qu’elles frappent un grand nombre de personnes a- la- foi s 5 '

8®. Que le traitement en est le même ;

go. Et que, jusqu’à l’élatdes cadavres, tout établit entre elles une conformité qui doit nous porter à croire qu’elles se ressemblent aussi par leur action spéciale sur l’homme , et par conséquent qu’elles sont également contagieuses. Les détails qui vont suivre seront consacrés au développement de ces différentes propositions.

La tâche que nous entreprenons , toute grande qu’elle est, perdra du gigantesque qui d’abord

nous avait frappé en elle , lorsque , mettant de côté toute preVention , nous éviterons , surtout, de nous en rapporter à la réputation exagérée que les quatre maladies déjà désignées ont acquise par la terreur qu elles inspirent , ou par l'ignorance qui a trop souvent favorisé leurs progrès. Nous allons donc soumettre la lièvre intermittente et la lièvre jaune h un examen analytique et comparatif, persuadé que l’étude de la science médicale n’est point différente de celle par laquelle on procède dans les autres sciences, et que les individus dont elle s’occupe , s’il est permis de se servir de ce mot pour désigner les maladies , ne peuvent être Lien connus qu’en les comparant entre eux 5 que de leur dissemblance ou de leur ressemblance résulte la connaissance de leurs rapports naturels , et que ces derniers servent à les classer convenablement 5 de même que les traits physiques qui caractérisent les êtres de tous les règnes ayant été comparés , on a trouvé le rang que ces mômes êtres doivent occuper dans les classifications naturelles. Mais si, après avoir comparé les individus dont la pathologie s’occupe , nous leur trou-^ vons des ressemblances frappantes , pourquoi leur refuserions-nous des qualités également conformes? La nature qui préside à l’origine de ceux-ci , les lie par des rapports et par des qualités de famille, comme dans le règne végétal elle donne aux cru-

cifêres , aux graminées ^ aux solanées , etc. , des propriétés communes à tous les individus que la conformité des traits ou les rapports du physique ont fait réunir en une même famille. Par conséquent nous aurons beaucoup fait pour prouver que la fièvre intermittente est contagieuse, lorsque nous aurons démontré ses rapports et sa ressemblance avec d’autres fièvres qui se répandent par contagion.

Nous prévenons nos lecteurs , que dans ces recherches il ne s’agira que de la fièvre intermittente pernicieuse j celles qui ont un caraclère moins grave, n’étant que des variétés ou des degrés inférieurs de celle-ci J ne peuvent être prises pour type dans la comparaison que nous allons faire des fièvres des deux continens. D’après ces mêmes principes, nous n’en admettrons qu’une seule espèce désignée par les mots , fièi^re intermittente,

§. I. Origine de la Fièvre jaune et de la Fièvre intermittente.

Quoique la fièvre intermittente soit de tous les pays, cependant on doit la considérer comme appartenant plus particulièrement a la partie méridionale et occidentale de l’Europe. Elle y est la seule maladie endémique ou épidémique, de même que le typhus Test au nord, la peste en

Orient et la fièvre jaune en Amérique : et puisque ces trois dernières ont été appelées , par les auteurs qui en ont traité, typhus d’Amérique,, typhus d’Orient et typhus du Nord , nous donnerons ici , ainsi que nous l’avons déjà fait, le nom de typhus européen austral a la fièvre inlermillente pernicieuse, fondé sur ce qu’elle est la seule production morbifique territoriale du midi de l’Europe, c’èst-àdire celle qu’on y observe le plus communément. Nous avons fait voir qu’elle se lie avec le typhus du Nord et avec la peste 5 mais il ne nous a pàs été possible d’indiquer le point de contact quelle a avec la fièvre jaune , parce qu’elle en est séparée par rOcéan. Plus tard , nous trouverons le moyen d’associer la fièvre d’Amérique à la filiation continentale qui lie les trois autres fièvres. Dans ce moment nous nous bornerons à démontrer qu’elle tire son origine des mêmes causes locales que la fièvre intermittente.

La fièvre intermittente est endémique sur les bords de la mer, parce que les fleuves et les rivières, à leur embouchure, étendent leur lit, ou se répandent dans la campagne qu’ils couvrent de limon et qu’ils y forment des marais j ou bien parce que le terrain étant plus bas que le rivage, est submergé par les eaux qui y sont conduites par infiltration ou par les vagues , lors des gros temps; en sorte que les chaleurs survenant , dessèchent ces

marais, et remplissent Tair d emanalions exlrêmenieiU funestes.

On trouve aussi que la fièvre jaune est endémique dans les pays voisins de la mer. Selon le docteur Cailliol, deux condîlions sont nécessaires pour son développement, savoir le littoral de la mer et la chaleur de l’almosphère (i). Fdle sévit avec force au sud de l’Amérique septentrionale, tandis qu’elle est inconnue au Canada et dans le reste de cette portion de l’Amérique en tendant vers le cercle polaire. La nécessité des deux conditions voulues par le docteur Cailliol est démontrée, en effet, par Tobservation, qui nous apprend, d’une part, que la fièvre jaune n’existe pas k l’intérieur des terres , et de l’autre qu’elle s’éteint en pleine mer. La première de ces assertions est de l’auteur que nous venons de citer. Elle est confirmée pârdeHumboldt, qui assure « que dans les environs de Vera-Cruz » le vqmito (,ou la fièvre jaune ) ne s’est fait sentir

» que jusqu’à dix lieues de la côte, et qu’en

» Espagne, comme aux Etats-Unis, l’épidémie a » suivi les côtes maritimes et le cours des grandes » rivières(2). » La seconde assertion est de Lind (5), qui rapporte, que des hommes atteints de la fièvre*

(1) Traité de la Fièvre jaune. Paris , i8i5.

(2) Essai Politique sur la Nouvelle Espagne , etc. , tome IV. Paris , 1811.

(3) Essai sur les Maladies des Européens dans les pa^s chauds.

|âû'n'e en Amérique, ayant été mis a bord des vais» seaux et conduits en pleine mer, guérirent promptement, et que leur maladie perdit son caractère primitif. D’autres médecins ont attesté que la fièvre jaune ne se développe pas à bord des vaisseaux en pleine mer. Il est donc vrai que le terme moyen , ou la résidence naturelle de la fièvre jaune indiquée par les auteurs, est le littoral de la mer, ou celui des marais.

11 en est de même de la fièvre intermittente. » Il est digne de remarque , dit M. Moreau-de- )» donnes, que la sphère d’activité des miasmes » d’où proviennent les fièvres intermittentes, ne » s’étend point autant qu’on pourrait le croire, au- » delà des marais qui en sont le foyer (i). » Et en effet, l’action des miasmes des marais ne s’éloigne du rivage qu’à quelques lieues, à moins que les vents enserrés et dirigés par des chaînes de mon-

(i) M. le chevalier Moreau-de-Jonnès, officier des armées du Roi , ayant fait un séjour de plusieurs années à la Martinique , y a cultivé l’histoire naturelle avec succès , et s’est occupé de la fièvre jaune , moins en médecin qu’en historien. Nous avons de lui quelques mémoires que l’on ne consulte pas sans fruit. Ceux où je puiserai d’utiles documens sont : un Précis historique

sur l’irruption de la Fièvre jaune à la Martinique > en 1802 j et un Tableau du climat des Antilles» Voyez ces deux mémoires dans le Bulletin de la Société médicale d’ Emulation, Paris , i8i6 et 1817 î 2«. Monographie du Trigonocéphale des Antilles ^ ou Grande vipère for de lance ^ etc. Paris, i8i6j 3°. Essai sur î’JIj'giène militaire des Antilles, Paris , i8i6.

lagnes^ ne portent au loin cette influence délétère. On ne voit rinlermitlenle pernicieuse que sur les côtes de la mer, sur les bords des étangs et dans les pays à rizières. Cette fièvre est presque inconnue dans le haut Languedoc ; cependant, en 1782, au rapport du docteur Pujol, elle dépeupla plusieurs villages du Lauraguais, fît périr beaucoup de monde a Castelnaudary, et se convertit en une fîèvremiliaire, vulgairement appelée suelte, qui se montra sporadique pendant Thiver, mais qui, au printemps de 1785 , fut une épidémie des plus effrayantes, et que beaucoup de médecins virent se répandre par contagion. On l’attribua aux miasmes putrides que l’été extrêmement chaud de 1782 avait fait sortir des terres limoneuses qu’on avait retirées du canal du Languedoc. Le docteur Pujül assure que les ravages de cette épidémie ne s etendirent pas à l’intérieur des terres , à plus de dix lieues du canal (i).

Une courte énumération des lieux 011 la fièvre jaune est endémique , nous persuadera , peut-être, que le docteur Cailliot a été fondé à exiger les deux conditions précitées. Ces lieux, en effet, sont à peu de distance de la mer. Les plus mémorables sont le Mexique, d’où on la croit originaire, tout le littoral du golfe de ce nom , sur les bords duquel on trouve Pensacola et Vera-Cruz , villes qui

(1) Œuvres diverses de Médec» pratique s etc. Castres , 1802.

onl été ravagées souvent par la fièvre jaune. On cite encore l île de Cuba placée à l’entrée du golfe du Mexique , les Antilles dont l’insalubrité est avérée, parce qu’elles sont presque au niveau de la mer; Carlbagêne et l’isthme de Panama, qui ne le cèdent a aucun autre lieu ; enfin la nouvelle Grenade et la Guiane , dont les babitans ne doivent leur grande disposition à la fièvre jaune, qu’au souffle des vents chargés des effluves sortis de l’immense littoral des Antilles ou des eaux bourbeuses del’Orénoque. Si l’on en croit les voyageurs, c’est à ces contrées que se bornent les grandes apparitions de la fièvre jaune. Ce qu’on en voit au Brésil et aux États-Unis, n’est qu’une extension de son domaine, toujours en suivant les côtes maritimes.

La fièvre intermittente règne aussi dans les golfes et sur tous les littoraux. Néanmoins elle est fort peu a craindre sur une plage aride, recouverte de sable et coupée en droite ligne; tandis qu’on la trouve extrêmement dangereuse^ à partir du golfe de Lépante^ sur les bords de l’Adriatique, des lagunes de Venise, et des marais de Mantoue. Il en est de même du golfe de Tarente, des marais Pontins, du golfe de Terracine « et de l’embouchure du Tibre. Cette fièvre règne encore le long des golfes de Gènes et de Lyon, à Malaga, a Gibraltar, à Cadix, à Lisbonne, à Bayonne, à Roebefort, à Flessingue et dans la Hollande. 11 esta remarquer

qire dans Ions ces pays ]e liltoral de la mer est porté fort avant dans Imtérieiir des terres; que les plantes aquatiques s y accumulent avec la vase que les eaux y déposent, et qu’il est, le plus souvent, Lordé de hautes montagnes, de manière que l’air ne peut point y être renouvelé, ou que les brises de la pleine mer, ordinairement si favorables, ne peuvent y parvenir qu’avec beaucoup de difficulté.

Il y a une grande conformité entre les deux littoraux, que j appellerai , l’un à fièvre jaune ou d’Amérique, lautre a fièvre intermittente ou d’Europe. Voici comment je prouve cette conformité. Supposons une ligne droite tirée de la Floride à la pointe Saint-Iago de la Terre-Ferme dans l’Amérique méridionale, elle sera égale a quatre cent vingt lieues marines; au lieu que, entre ces deux promontoires, on auroit à parcourir deux mille lieues de littoral, et que les îles qui y sont interposées en offriroient tout autant. Supposons aussi , pour l’Europe, une ligne tirée du détroit de Gibraltar, à la pointe de la Grèce, vis-à-vis de l’ancienne île de Cythère, elle sera de quatre cent quatre-vingts lieues marines ; et si nous suivons le littoral de la mer entre ces deux points , nous trouverons que les sinuosités qu’il décrit, lui donnent une étendue de plus de deux mille lieues, les îles non comprises. Le golfe de Venise seul a près de cinq cents lieues de rivage. Voilà une

coliformUé de lieux qui-doit faire présiîmér une pareille conforniité dans les causes génératrices des maladies ^ui s y développent. Sî je cHercbe quelque pays qui ressembleà ces derniers /je ne trouve que rz^nglcterre en Europe, et Tes Indes orientales en 'iiVâis On y^observe des‘^rOduc‘tions morbifiques 'Tout CS pareilles. L’Anglebrre est féconde en'fîèVrës intermittentes , elles y isbnr, nôn- •.seulement é'ndéMqués, mais souvent épidémiques. Celle qui y régiia 'd’une manière générale en i558j -était, selon riiistorien Gilbert Burnel, aussi contagieuse que la peste (i). En Asie, une maladie qui n’est ni la fièvre jaune, rii^Tinlermittente , ni la peste, mais qui tient peut-être de toutes les trois, est ce fléau tant redouté aux Indes orientales, et qui, dans les îles de la Sonde particulièrement ^ cause la mort quelques heures après son invasion (2), Dans des lieux dont la topographie est pareille ^ nous avons trouvé des maladies qui ont entre elles beaucoup de rapports ^ nous verrons plus tard ,

(1) The Historj qf the Reformation etc. , the second édition, London , 'i683.

(2) Il n’est pas hors de propos d’ohserver ici que la fièvre jaune n’a été connue dès les premiers temps que sous le nom de fièvre de Siam. On n’a pu lui supposer une origine asiatique, sans avoir trouvé qu’elle ressemblait aux fièvres qui régnent en Asie. Malheureusement les mêmes médecins ifont point vu les unes et les autres sur les lieux; ce qui fait que nous sommes mal instruits sur les rapports qui existent entre elles.

quelles ne diffèrent qup par leur degré d’activité, et nous aurons lieu de -nous convaincre que ces degrés, peuvent être calculés d’après ceux de la latitude de ces mêmes lieux.

Le témoignage du vulgaire s’accorde avec l’opinion des Médecins observateurs. En Amérique , on connaît la fièvre jaune sous le, nom de fièvre des lacs, et le docteur Balljr voudrait qu’on la nommât typhus miasmatique ^ atavique ^ putride y jaune. M. Devèze nous dit qu’à Philadelphie, où il l’observa en 1795, elle ne pouvait être attribuée qu’à la saleté de la ville, aux eaux pluviales stagnantes, aux débordemens de la Delavvare, dont le lit a près d’un mille de large , et au limon que laisse la marée montante, Le soleil, dit-il, par son action sur ces matières pendant l’intervalle » d’une marée à l’autre , en dégage une quantité de miasmes putrides , qui répandent au loin une » odeur infecte (i). >» M. Moreau-de-Jonnès rapporte aussi qu’un régiment d’infanterie anglaise, fort de cinq cents hommes ^ en perdit trois cents dans un an, parce qu’il était en garnison à Montégo, au bord de la mer; et qu’un autre régiment placé à vingt milles de la côte, ne perdit qu’un homme en six mois. Voilà des preuves non douteuses de la funeste influence des émanations marécageuses* Nous savons , au contraire , par M. Leblond , que

(i) Dissertation sur la Fièvre jaune. Paris , 1804.

TîJe de la Trinité, quoique située sous le onzième degré de latitude, est très-saine, parce que le sol, qui est sablonneux et recouvert d’une couche végétale, laisse filtrer l’eau et n’est point limoneux. « Pendant un séjour de vingt mois, dit-il, je ny * ai observé aucune maladie bilieuse putride , » aucunes fièvres intermittentes, eompagnes insé- » parables des pays marécageux , et l’on n’y con- » naissait pas la fièvre jaune (i). » Selon le même auteur, la ville d’Auguslura, dans la Guiane espagnole , quoique placée sous la ligne , n’est pas affligée par la fièvre jaune, parce que le sol en est aride et rocailleux ; et selon M. Moreau-de- Jonnès, « les fièvres intermittentes sont presque » inconnues dans la partie septentrionale de la » Martinique, dont le sol, formé de la réduction » des pierres ponces, absorbe les eaux pluviales » et n’en laisse point de stagnantes. » On doit penser que la fièvre jaune y est, pour le moins, aussi rare que l’intermittente.

Tous les pays qui sont dans la même catégorie géologique, offriraient le même avantage, si la chaleur n’y trouvait des eaux et des marais à dessécher, car la chaleur sans l’humidité ne pourrait point engendrer ces maladies; elle réduirait à une dessiccation extrême les substances quelle toucherait, et ne les corromperait pas. C’est pourquoi dans

(i) Observations sur la Fièvre jaune. VdiYÏs , i8o5.

quelques contrées la peslecesse ses ravages pendanS la saison chaude , comme dans le Saïd ou la Haute - Egypte, tandis qu a cette même époque elle acquiert plus d’activilé dans d’autres lieux, comme dans la Basse-Egypte. Si les auteurs ne sont point daccord sur les temps de l’année qui arrêtent ou qui favorisent les progrès de cette terrible maladie, c’est qu’elle n’a pas, à cet égard ,.une habitude fîxe^ étant dépendante de la topographie des pays où elle règne j c’est-à-dire, qu’un pays marécageux sera propre à la peste pendant de grandes chaleurs, et non point un pays sec. Le docteur Paris dit que la cause de la peste est dans les exhalaisons putrides qui se mêlent à l’air, mais que ce germe ne peut pas se développer également dans tous les pays (i). Le vent du sud et l’air humide et chaud produisent le même effet , ainsi que les changemens brusques de la température; c’est ce qu’on lit dans la relation médicale de V armée d^ Orient ^ etc.^ par le baron Des-Genettes, et ce qui a été observé également par le docteur Pugnet, qui assure que la contagion pestilentielle se développa à Damiette, sous une température chaude , dans le voisinage de la mer, par les exhalaisons d’un vaste lac et des rivières, et enfin par les pluies répétées qui rendirent le pays excessivement humide. En parlant de la peste de Syrie , il ajoute : c( Il est inconcevable

(î) Mémoire sur la Peste. Avignon ,

» comLieii nos malades augmentent, lorsque Tat- » niosphère devient humide. » La .fièvre miliaire du Languedoc , ou suette , dont nous avons parlé d’après le docteur Pujol, maladie qui n’est pas rare en Angleterre, où elle est comptée au nombre des fièvres pestilentielles^ fut sporadique jusqu’au a4 mai, jour auquel le vent de sud'rouest ayant régné, elle acquit une telle force , queychaquejour, jusqu’au 5o du mois, elle frappait plus dé cent personnes à Castres , ma ville natale ,, dont la population n’est que de douze à treize mille âmes. . ^ 3 ,

Comme la peste et la fièvre jaune ÿ la fièvre intermittente est aussi le produit morbifique des pays humides ou marécageux. Lancisi noiis apprend qu’elle re'gna d’une manière « épidémique extrêmement meurtrière , à la fin du dix-septième siècle, après un débordement extraordinaire du Tibre,, En France, on la voit auprèsjdes marais de la. Provence, du Languedoc et( du Roussillop. Celle qui affligea Pithiviers et ses environs, en 1802, fut attribuée, avec juste raison, aux marais de nouvelle formation dont ce pays fut couvert par deS circonstances particulières. Enfin , il est généralement reconnu que celte fièvre est due aux émanations marécageuses; et sans cherchera le prouver par de nouvelles autorités , nous dirons qu’à cet égard elle soutient très-bien le parallèle avec la

fièvre jaune; Ce ^ui prouve que ces deux fièvres ont une origine commune.

S il fallait tirer de la nature des lieux un autre (l'art de ressemblance entre ces deux fièvres, nous le prendrions dans les traditions populaires qui , le plus souvent, n’expriment que des vérités confirmées ; savoir, l’appi éhension ou sont les étrangers qui , allant de Rome à Naples , traversent les marais PontinS, Ou bien ceux qui, descendant du plateau du Mexique pour aller à la mer, sont forcés de traverser le territoire aride et marécageux de Vera-Cruz. Les premiers sont pris de la fièvre intermittente , les seconds de la fièvre jaune : c’est ce dont j’ai- été convaincu à Rome, d’une part; et de J’autre, c’est ce que de Humboldt atteste avoir :^ài a Vera-Cruz. Ajoutons encore que les causes de ces deux maladies sont plus funestes la nuit que ie jour , dans le sommeil que pendant la veille, et quon recommande de ne traverser qu’avec beaucoup de précautions ces pays marécageux , soit d Europe, Soit d’Amérique. Toufle monde sait que les équipages des vaisseaux et les bateliers évitent de passer la nuit sur le rivage*, l’expérience ayant prouvé que sur nos côtes méridionales ils contractent la fièvre intermittente, et la fièvre jaune sur celles du Nouveau-Monde.

§. II. la Chaleur de V atmosphère ^ considérée comme cause ëa-âéi^eloppement de la Fièvre jaun^‘^et de V interinîtténte . ' ' .

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