RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS DE LA PREMIÈRE PARTIE
Après avoir montré que, dans certaines conditions tout au moins, la croissance est uniquement limitée par l’appauvrissement du milieu en un ou plusieurs aliments, divers types d'expériences nous ont permis de conclure que le rendement est indépendant de la dilution des aliments en général et de la concentration de la source ternaire en particulier. Il ne varie pas non plus au cours de la croissance. Aussi trouve-t-on entre la concentration initiale de l’aliment qui joue le rôle limitant et la croissance totale des cultures, une relation linéaire qui permet une mesure particulièrement précise et commode du rendement. Cette relation a pu être utilisée pour la détermination du rendement sur différents hydrates de carbone. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les résultats sont remarquablement constants, à quelques exceptions près; et il semble qu’en général, dès lors que la molécule est attaquable, elle est intégralement utilisable.
Dans tous les cas étudiés, le rôle des toxines ou des déchets du métabolisme comme facteurs limitants était nul. D’une manière générale leur importance comme facteur d’arrêt de la croissance est certainement moins grand qu’on ne le croit le plus souvent.
Si le rendement est indépendant de la dilution des aliments, le taux de croissance au contraire en dépend. Mais cette relation, loin d’être linéaire comme l’impliquent la plupart des théories de la croissance, est d’allure hyperbolique. Le taux de croissance tend très rapidement vers une limite qui est atteinte dans certains cas avec des concentrations très minimes d’aliment. La valeur de ce taux de croissance limite n’est pas constante, mais au contraire caractéristique de l’aliment considéré : elle varie dans des proportions considérables suivant la nature de la source ternaire. Ces résultats indiquent que le taux de croissance doit dans une large
mesure dépendre de l’activité des enzymes qui attaquent les substrats ternaires. Il n’existe pas, en revanche, de corrélation apparente entre la valeur du taux de croissance limite et la structure chimique des hydrates de carbone offerts comme source ternaire.
On doit se demander si le rendement global de la croissance exprime bien le rendement des synthèses, ou si au contraire on ne doit pas, dans l’évaluation de ce dernier, tenir compte de la ration d’entretien. Le seul fait que le rendement global ne varie pas, alors que le taux de croissance varie en fonction de la dilution des aliments, indique déjà que la ration d’entretien doit être extrêmement faible. On peut essayer de l’évaluer en ralentissant expérimentalement le taux de croissance. Même dans ce cas, cependant, on ne parvient pas à mettre en évidence une ration d’entretien mesurable.
D'autre part, les expériences relatives à la croissance totale des cultures en fonction de la concentration initiale de l’aliment ne permettent pas non plus de mettre en évidence une « concentration d'entretien » permettant l’entretien mais non la croissance des cultures. En d’autres termes, il semble difficile de faire apparaître, tout au moins par l’étude du rendement matériel de la croissance, une dépense de source carbonée qui soit réellement indépendante de la croissance. En tous cas le rendement brut paraît bien être indépendant du taux de croissance.
L'expérience montre également que le rendement matériel ne varie pas sensiblement au cours de la croissance et n’est pas plus élevé pendant la « phase d’adolescence » dont un certain nombre d’auteurs croient avoir démontré l’existence.
L'étude du rendement en fonction de la température indique que celui-ci augmente sensiblement quand la température diminue. Cette modification ne peut être due qu’à une modification du rendement des synthèses, puisque la ration d'entretien est certainement négligeable.
L’« accroissement critique » du taux de croissance en fonction de la température paraît être sensiblement le même en présence de différentes sources ternaires. Il ne semble pas que la valeur du taux de croissance soit déterminée par une réaction unique assez lente pour imposer son rythme à toute la chaîne des réactions de synthèse.
Ces différents résultats ont été acquis par l’étude particulière de certaines phases de la croissance. Formulés en une expression ana-
lytique, ils permettent de reconstituer la courbe de croissance. La loi de croissance ainsi établie est pratiquement identique à celle qu'a formulée Teissrer. Contrairement à la loi logistique, la plus communément admise, elle s'exprime par une courbe fortement dissymétrique. Cette dissymétrie n’est d’ailleurs pas caractéristique de la croissance limitée par l’appauvrissement en aliments. On montre facilement qu’elle doit se retrouver dans bien d’autres cas.
Il semble, en définitive, que la croissance des cultures bactériennes, tout au moins dans certaines conditions expérimentales, facilement réalisables d’ailleurs, obéisse à quelques lois très simples. Dans ces conditions, et dans ces conditions seulement, l’analyse des courbes de croissance permet de définir et de mesurer certaines constantes physiologiques essentielles. Peut-être le résultat le plus notable de ce travail sera-t-il de permettre d’utiliser avec plus de sûreté et de précision les courbes de croissance pour l’étude de la physiologie bactérienne.
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