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F1G. 33. — Croissance d’une culture de B. subtilis en milieu synthétique, en présence d’un mélange de saccharose et de dextrine, le milieu contenant 0,15 p. 1.000 de chaque sucre.
Nous avons vu (chap. IV) qu’en présence de certains mélanges de glucides on obtient une courbe de croissance normale, dont le taux maximum est intermédiaire entre les taux correspondant à chaque constituant du milieu. Le rendement global correspond également à la moyenne des rendements de chaque constituant. En étudiant des mélanges de saccharose et de dextrine j’eus la surprise de constater que la croissance s’exprimait dans ce cas sous une forme complètement aberrante : elle se décomposait en deux poussées bien
distinctes, comprenant chacune toutes les phases d’une croissance normale. Ces deux poussées étaient séparées par une phase de décroissance extrêmement accentuée (fig. 33).
La première hypothèse qui vient à l’esprit en présence d’un tel phénomène, c’est que la souche utilisée n’est pure qu’en apparence, et qu’elle contient en réalité deux races, dont l’une assimile le saccharose, l’autre la dextrine. Il n’est pas utile de décrire les nombreux essais qui furent réalisés pour vérifier cette hypothèse. Nous verrons qu'elle tombe d'elle-même devant l’ensemble des faits. Contentons-nous de souligner que tous les essais de séparation sur milieux solides, de sélection par passages répétés sur saccharose et sur dextrine demeurèrent infructueux et que toutes les souches isolées à partir de la souche primitive se montrèrent identiques à celle-ci dans toutes leurs propriétés, en particulier par celle de donner lieu au phénomène de diauxie, en présence de mélanges de saccharose et de dextrine. Enfin on retrouvait le même phénomène avec des souches de B. subtilis d’origine différente.
Avant d’aller plus loin on doit se demander s’il n’existe pas dans la littérature mention d’un phénomène analogue. On est évidemment tenté d’y appliquer l'expression d’« attaque différentielle » employée depuis PASTEUR pour désigner les cas où un microorganisme manifeste une « préférence » pour l’un des constituants d’un mélange d’isomères optiques. Outre que les courbes de croissance correspondant à ces cas ne sont pas connues et qu’il n’est pas question ici d’isomérie optique, nous aurons l’occasion de montrer que le terme même d’« attaque préférentielle » ne peut s’appliquer au cas qui nous occupe. On connaît cependant quelques courbes de croissance présentant plusieurs « eyeles ». RicHarps (1932) a étudié avec précision les causes qui donnent cette apparence à la croissance de certaines souches de levure. Son étude montre que le phénomène tient à des influences complexes parmi lesquelles l’action toxique de l’alcool formé joue un rôle prépondérant. Le milieu d’ailleurs ne contenait qu’un seul sucre. Jacquor (1) a observé, avec des cultures d’Aspergillus, et j'ai eu moi-même l’occasion d'observer avec certaines souches microbiennes, que la phase de décroissance des cultures pouvait être suivie dans certains cas d’une
(1) Communication verbale.
Ne
légère poussée secondaire, représentant évidemment l’utilisation de certains produits de l’autolyse des ceilules. Ce phénomène se rencontre assez couramment et se manifeste en effet sous la forme d’un second « cycle de croissance ». Mais les courbes de croissance auxquelles il donne lieu ne sauraient se confondre avec une courbe de diauxie. La seconde poussée est toujours beaucoup plus faible que la première, ce qui est naturel, et le phénomène n’est nullement lié à la présence dans le milieu d’un mélange d’hydrates de carbone. Dans le cas qui nous occupe, le taux de croissance ne dépendant que de la concentration du milieu en aliment ternaire, aucune action toxique ou autre ne pouvant entrer en ligne de compte, il est évident que le phénomène ne peut être lié qu’à la nature des glucides en présence.