I. Bouchard, Inc. cit. Page
-. Charrin, la Maladie pyocianique.
ANNALES DE L’INSTITUT PASTEUR
chambre antérieure de l’œil. Dans les deux cas, l'iris fut légèrement lésé, et une petite quantité de l’humeur inoculée s’échappa au moment où l’on retirait l’aiguille.
Le lendemain, à 2 heures, le premier lapin était mourant. L’examen de l’œil inoculé démontra une faible inflammation de l’iris, strictement limitée au point où l’aiguille l’avait lésé. La cornée n’était que légèrement opaque, et le liquide de la chambre antérieure contenait une culture pure du bacille pyocyanique, ainsi qu’une très petite quantité de leucocytes. Il n’y avait pas de conjonctivite. L’état de l’œil de l’autre animal était très difféférent. On y voyait tous les symptômes classiques d’une iritis intense : la cornée était opaque, la chambre antérieure était remplie de leucocytes émigrés dont beaucoup contenaient une quantité de bacilles, et la conjonctive était visiblement congestionnée. L’animal avait l’air tout à fait bien portant, était vif et ne semblait pas souffrir. Il fut sacrifié par le chloroforme.
On ne trouva de bacilles dans aucun de ses organes; les humeurs du foie, du poumon, du cœur, des reins, etc., ensemencées sur gélatine, ne donnèrent pas de cultures.
M. Charrin a démontré qu’une culture du bacille pyocyanique, injectée sous la peau d’un lapin, provoque une forme plus lente de la maladie, qui peut durer 4 à 5 jours. J’injectai 2 centimètres cubes de culture du bacille pyocyanique sous la peau à la base de l’oreille d’un lapin, et, G heures après, j’inoculai, ainsi qu’à un témoin, uue goutte de la même culture dans la chambre antérieure. Tandis que chez le témoin il survint aussitôt une inflammation de l’œil, celle-ci fut ajournée chez l’autre lapin. L’exsudation leucocytaire n'était que peu marquée le second jour ; elle augmenta légèrement pendant le troisième et le quatrième, et ce n’est que dans la septième journée qu’elle s’éleva au même degré d’intensité que chez le témoin.
Après celle expérience, je voulus naturellement voir si l'inflammation produite par le bacille pyocyanique était retardée ou supprimée dans le cas où l’animal avait une maladie infectieuse pendant laquelle les leucocytes sont inactifs, comme le charbon par exemple. Je pus m’assurer que les leucocytes du cobaye ou du lapin, qui ne sont pas en état d’englober une seule bactéridie charbonneuse, émigraient librement et englobaient
de nombreux bacilles pyocyaniques quand on injectait sous la peau d’un animal charbonneux une culture de ce microbe. Je reviendrai sur ce fait important en terminant mon article.
Étudions maintenant ce qui arrive quand on entrave l’émigration leucocytaire chez un animal inoculé avec le charbon symptomatique. M. Arloing a démontré le premier que le charbon symptomatique ayant perdu sa virulence, peut être renforcé par l’addition d’acide lactique, et attribue ce phénomène à l’action directe de l’acide sur le virus. MM. Roux et Nocard1, qui répétèrent cette expérience, expliquèrent le fait par l’action directe de l’acide sur les Lissus.
Dernièrement, MM. Vaillard et Vincent3 ont avancé que, chez les animaux inoculés du tétanos, l’acide lactique augmentait la virulence du microbe de Nicolaïer, et MM. Massart et Bordet 3 ont prouvé que cet acide a une propriété négativement chimiotaxique.
Je suis arrivé aux mêmes conclusions que ces savants mais par une autre voie. J’introduisais deux petites pelotes de coton sous la peau d’un cobaye; mais, tandis que l’une d’elles était stérile, l’autre avait été plongée pendant 2 heures dans une solution d’acide lactique au dixième. Les pelotes furent retirées après 6 heures, leur contenu étalé sur des lamelles qui furent séchées soigneusement et colorées par le bleu de Loeffler. Le résultat obtenu fut très intéressant : car tandis que la pelote normale contenait des leucocytes, l’autre, qui avait été plongée dans l’acide lactique, n’en contenait absolument pas.
Depuis cette expérience, j’ai examiné une série de corps qui possèdent tous la chimiotaxie négative. Je citerai l’iode, le sublimé, l’acide phénique, la térébenthine, le xylol.
Il restait encore à prouver que l’action de l'acide lactique est la même si on injecte le charbon symptomatique en même temps.
On introduisit deux petits sacs en papier ouverts à une extrémité et contenant chacun 0er,005 du 1er vaccin du charbon symptomatique; mais tandis que l’un (A) ne contenait pas d’acide lactique, l’autre (B) avait été plongé, ainsi que la poudre,
-I. Annales de l’Institut Pasteur, 1887, p. 257.