Annales de l’Institut Pasteur, juillet
ANNALES DE L’INSTITUT PASTEUR
pendant une heure, dans une solution d’acide lactique au dixième. Le sac (A) fut introduit dans le flanc droit; le sac (B), contenant le virus imprégné d’acide lactique, dans le flanc gauche. 24 heures après, on put facilement observer une petite tumeur du côté gauche, tandis que le flanc droit paraissait normal. On sacrifia alors l’animal par le chloroforme, et les tissus environnant le point d’inoculation furent examinés sur des préparations étalées et sur des coupes.
Autour du sac A, il y avait de nombreux leucocytes, dont beaucoup contenaient des bacilles ainsi qu’un assez grand nombre de bacilles libi’es. Les muscles environnants étaient presque normaux et il n’y avait pas d’œdème notable.
Du côté opposé, le liquide entourant directement le sac ne contenait que très peu de leucocytes dont la majorité était vide, et dans le sac même il n’y avait que très peu de leucocytes qui ne contenaient pas de bacilles. Les muscles environnants étaient enflés, mous, gélatineux et laissaient échapper une grande quantité d’un liquide où fourmillaient des bacilles libres, mais très peu de leucocytes. Les muscles du flanc gauche avaient cet aspect sur toute l’étendue limitée par la ligne médiane, l’aine et l'épaule, et contenaient des bacilles innombrables.
J’ai montré que les toxines sécrétées par les bacilles de Chauveau avaient une propriété chimiotaxique positive. D’autre part, M. Roger a prouvé que si les toxines du bacillus Chciuvœi étaient injectées dans les veines en même temps que le virus était introduit sous la peau, la maladie se terminait par la mort, même chez les lapins réfractaires.
Les résultats de M. Roger sont parfaitement exacts, mais il ne faut pourtant pas en conclure que les leucocytes soient paralysés par les toxines injectées dans les veines.
En premier lieu, les toxines contenues dans le liquide près du point d’inoculation, loin de paralyser les leucocytes, exercent une action stimulante sur ces cellules. — De plus, les expériences suivantes prouvent que les toxines, sécrétées par le bacille de Chauveau, et introduites dans les veines, ne paralysent nullement les leucocytes.
Un lapin fut inoculé dans le flanc avec 10 gouttes du liquide exsudatif pris au point d’inoculation d’un cobaye, mort après
avoir été inoculé avec le bacillus Chauvœi. L’inoculation simultanée des toxines et des bacilles n’avait aucunement paralysé les leucocytes, car l’animal ne mourut pas.
Un autre lapin fut inoculé dans les veines avec 10 gouttes du même liquide, sans aucun résultat apparent. Ici aussi il paraît ne pas y avoir eu de paralysie des leucocytes, quoique les bacilles et les toxines aient été injectés en même temps.
Un troisième lapin fut inoculé avec 5 gouttes du même liquide dans les muscles de la jambe droite, et 5 gouttes dans les veines. 15 heures après, cet animal fut trouvé mort avec une énorme tumeur au point d’inoculation du virus. Ce point, soigneusement excisé et durci, ainsi que la rate, le foie, les reins, les poumons et le cœur, furent examinés sur des coupes colorées par le carmin et la méthode de Gram.
On trouva alors qu’au point d’inoculation les fibres musculaires étaient séparées par le liquide exsudatif, contenant par endroits une quantité énorme de bacilles, mais pas un seul leucocyte.
Le cœur, les reins et les poumons ne contenaient pas de bacilles. Dans la rate on en trouvait quelques-uns, tous dans de grands macrophages, et en voie de dégénérescence. Les cellules hépatiques n’en contenaient pas, mais les grands macrophages qui sont toujours présents dans les vaisseaux du foie et les mierophages renfermaient souvent un grand nombre de bacilles. Nulle part je ne parvins à trouver des bacilles libres dans le sang.
Il ressort clairement de ces expériences que quoique les leu cocytes ne fussent nullement paralysés, puisqu’ils absorbaient les bacilles contenus dans les vaisseaux, ils ne traversaient pas les parois vasculaires pour détruire les bacilles qui se trouvaient dans le tissu sous-cutané.
A quoi attribuer cette inactivité des leucocytes? .l’avais d’abord pensé, guidé en cela par les belles recherches de MM. Charrin et Gley1, à des modifications vasculaires, mais je dus bientôt me convaincre que les leucocytes, quoique se refusant d’émigrer pour combattre les bacilles au dehors des vaisseaux, sortaient promptement s’ils avaient un autre objet