‹ Recherches sur la faune ancienne des iles MascareignesChapitre 2 sur 9 · ANN. SC. NAT. — XIX. ART. N · texte numérisé non relu

ANN. SC. NAT. — XIX. ART. N

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en cloute. Cependant les assertions de ce naturaliste méritaient d’être accueillies avec confiance; car les débris appartenant à des espèces éteintes, et découverts depuis quelques années dans les terrains meubles de file Rodrigue, doivent être considérés comme autant de témoins irrécusables de l’exactitude de ses observations.

Les intéressantes recherches de MM. Strickland et Melville (1), puis de MM. Newton (2), sur l’oiseau que Léguât appelait le Solitaire, commencèrent la réhabilitation scientifique de ce voyageur, et, dans un mémoire publié il y a quelques années, j’ai montré que conformément à ses assertions, il y avait jadis à Rodrigue de grands Perroquets dont l’espèce n’existe plus aujourd'hui ni dans cette île, ni sur aucun autre point du globe.

Les ossements dont l’étude m’a fourni ces résultats ne sont pas les seuls fossiles qui prouvent l’existence d’une faune ornithologique éteinte récemment sur cette terre isolée. Les fouilles pratiquées sous la direction de M. Édouard Newton ont ramené au jour beaucoup d’autres débris analogues, et les pièces recueillies de la sorte ayant été généreusement mises à ma disposition par le frère de ce naturaliste, M. Alf. Newton, professeur d’anatomie comparée à l’université de Cambridge, j’ai pu constater qu’à coté des Solitaires et des grands Psittaciens dont je viens de parler vivaient autrefois plusieurs autres oiseaux se rapportant à des types zoologiques que Léguât avait observés à Rodrigue en 1691, mais qui n’y existent plus de nos jours.

Parmi les ossements recueillis dans les cavernes à côté des débris île Pezophaps ou Solitaire, j’ai remarqué d’abord un sternum (3), un fragment de crâne (h) et un tarso -métatarsien (5) ou os du pied, qui provenaient évidemment d’un

(1) The Dodo and Us Kindred , 1848, p. 46.

(2) On the Osieology of the Solitaire or Didine Bird ofthe island of Rodriguez ( Pro ceedings of the Royal Society, 1868, p. 428, et Philosophical Transactions, 1869, p. 327).

(3) Voyez pl. 12, lig. 4.

(4) Voy. pl. 12, fig. 3.

(5) Voy. pl. 11, fîg. 1.

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OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES. O

oiseau de la taille d’une petite Poule, mais ressemblant beaucoup à l’Ocydrome de la Nouvelle- Zélande, et, comme celui-ci, incapable de voler.

L’os du pied est un peu plus petit que celui de rOcydrome; il est aussi plus élargi vers son extrémité inférieure, mais ses caractères essentiels sont les mêmes. Je ne m’étendrai pas sur les particularités anatomiques qu’il présente, car dans un travail précédent j’ai établi avec soin les traits distinctifs des différentes espèces de Rallides fournis par la conformation de cette partie du squelette. Je ferai remarquer seulement que ce métatarsien ressemble à celui d’un des anciens oiseaux de l’île Maurice,

X Aphanapteryx, par l’absence du pont osseux qui bride le tendon du muscle extenseur commun des doigts : caractère qui éloigne notre oiseau fossile de l’Ocydrome austral. La poulie digitale externe est aussi plus écartée de la poulie médiane que chez ce dernier. Or, j’ai fait remarquer que l’écartement de ces poulies est d’autant plus grand dans cette famille, que le mode de locomotion de l’oiseau est plus terrestre. Ainsi chez les Foulques cet espace interdigital est très-étroit, chez les Râles il est plus considérable, chez les Tribonyx il augmente encore; enfin chez les Ocydromes et les Aphanapteryx il atteint son maximum. Le métatarsien du Rallide dont l’étude nous occupe ici appartient donc à un oiseau coureur, et l’on peut inférer aussi, de la conformation de cet os, que cet oiseau était incapable de percher sur les branches des arbres, car les surfaces d’insertion des muscles propres des doigts sont trop peu indiquées et les poulies digitales sont placées sur des plans très- différents, dispositions qui ne se rencontrent pas d’ordinaire chez les espèces arboricoles. Notre Rallide fossile se tenait donc continuellement ii terre.

Le sternum trouvé à Rodrigue montre aussi, par sa conformation, que cet oiseaudevail être sinon complètement apténien, du moins incapable d’un vol soutenu (1). Par ses caractères généraux cet os ne diffère pas du sternum de l’Ocydrome, et

(1) Yoy. pl. 12, %. üi

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