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les muscles pectoraux qui s’y insèrent ne peuvent avoir que trèspeu de force ; il présente d’ailleurs différentes particularités de structure qui le distinguent de celui de tous les Rallides connus. Chez l’Ocydrome, le bouclier sternal est très-étroit dans sa portion moyenne, où il paraît étranglé; il s’élargit beaucoup en avant, et se termine en arrière et latéralement par deux branches grêles légèrement divergentes et dépassant le bord latéral ; enfin la carène médiane est faible et peu saillante.
Ces particularités se retrouvent chez l’oiseau de Rodrigue, mais elles y sont moins franchement accusées, et rappellent un peu ce qui existe chez les Tribonyx: l’os est moins étranglé et ses bords latéraux sont plus droits et plus parallèles; ils porten nue facette costale de plus; le brechet est un peu plus fort, p us arqué en dessous ; les échancrures latérales du bord postérieur sont plus larges, plus profondes; enfin, les stylets qui les limitent en dehors sont presque droits.
L’examen de cet os montre bien que les muscles de l’aile devaient présenter bien peu de force'; et que notre Rallide devait être sinon complètement terrestre comme l’Ocydrome, du moins presque incapable de s’élever dans les airs. Je ferai aussi remarquer que si l’os du pied est un peu plus petit que son analogue chez l’espèce néo-zélandaise, le sternum est presque aussi développé; ce qui indique encore une prédominance des organes du vol chez l’oiseau de Rodrigue, comparé à l’Ocydrome.
Aujourd’hui il n’existe à Rodrigues aucun oiseau ayant la moindre ressemblance avec les Ocydromes ou les autres espèces de la même famille ; mais tous les caractères ostéologiques que je viens de signaler s’accordent très-bien avec l’idée qu’on peut se former de certains oiseaux qui habitaient en grand nombre cette île, il y a deux siècles, et que Léguât signale sous le nom de Gelinotes (1). Ceux-ci n’étaient évidemment pas des gelinottes,
(1) « Nos Gelinotes sont grasses pendant toute l’année et d’un goût délicat. Elles sont toutes d’un gris clair, n’y ayant que très-peu de différence de plumage entre les deux sexes. Elles cachent si bien leurs nids, que nous n’avons pu découvrir, ni par conséquent goûter de leurs œufs. Elles ont un ourlet rouge autour de l’œil, et leur ARTICLE N° 3.
OISEAUX DES iEES MASCAREIGNES.
et ils ne pouvaient appartenir à ce groupe zoologique, car ils avaient, au dire de Léguât, le bec long, droit et pointu à peu près comme celui des Ocydromes, et de même que ces Hall ides ils 11e volaient presque pas; particularité qui ne s’observe chez aucun autre oiseau dont le bec est conformé de la sorte. Ils ressemblaient aussi aux Ocydromes par une singularité physiologique, l’antipathie pour la couleur rouge : « Si on leur pré- » sente quelque chose de rouge, dit Léguât, cela les irrite si » fort, qu’elles viennent l’attaquer pour tâcher de l’emporter,
» si bien que dans l’ardeur du combat on a occasion de les » prendre facilement. » Or, j’ai observé le même instinct chez les Ocydromes de la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle, et un voyageur anglais qui a habité longtemps la Nouvelle- Zélande, M. Slrange, nous apprend que la meilleure manière de faire la chasse de ces Rallides est de se placer à portée de leur vue en tenant à la main un morceau d’étoffe rousre; car aussitôt qu’ils l’aperçoivent, ils se précipitent dessus et se laissent tuer plutôt que de se détourner de l’objet qui excite ainsi leur colère (1). J’ajouterai que cet instinct a été constaté et utilisé de la même manière chez 1 ' Aphanapteryx , oiseau qui vers le xviic siècle vivait à l’île Maurice, mais dont l’espèce est aujourd’hui disparue.
Il me paraît donc très-probable que le Rallide dont les os se trouvent encore à Rodrigue est le même oiseau que celui que Léguât désignait sous le nom de Gelinote; et comme ses caractères anatomiques ne permettent de le ranger dans aucun des genres précédemment établis, je le désignerai sous le nom
Erythromaque , afin de rappeler l’une des particularités de ses mœurs indiquée par ce voyageur. La description que donne Léguât nous apprend aussi que l’Erythromaque avait un plu—
bec, qui est droit et pointu, est rouge aussi, long d’environ deux pouces. Elles ne sauraient guère voler, la graisse les rendant trop pesantes. Si on leur présente quelque chose de rouge, cela les irrite si tort qu’elles viennent l’attaquer pour tâcher de l’emporter; si bien que dans l’ardeur du combat on a occasion de les prendre facilement. » (Léguât, t. I, p. 103.)
(1) Voy. Ibis, 1869, t. V, p. 463.
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mage gris dans les deux sexes et un ourlet rouge autour de l’œil. ‘
Les différents os que nous avons pu étudier nous indiquent les proportions relatives des parties principales du corps, et grâce à la description de Léguât, nous pouvons combler les lacunes que l’examen paléontologique seul laisserait subsister, et caractériser ainsi l’oiseau de Rodrigue :
Famille des OCYDROMIDÉS.
Genre ERYTHROMACHUS.
ERYTHROMACHUS LEGUATI.
Pattes fortes , disposées pour la course et d'un quart à un cinquième plus courtes que chez f Ocydrome ; les trois doigts antérieurs bien développés, le quatrième très-petit. Corps moins massif que chez ce dernier , à ailes un peu plus développées, mais ne pouvant pas servir au vol. 1 été petite; bec rouge, droit, pointu et d'environ 0m,06. — Un ourlet rouge autour de l'œil ; plumage d'un gris clair.
Cet oiseau devait se nourrir de vers, d’insectes et de mollusques.
La forme du bec de cet oiseau ne permet pas de le placer dans le même genre que X Aphanapteryx, qui d’ailleurs devait avoir un aspect très-différent, dû non-seulement à la forme de ce dernier organe, mais aussi à des pattes plus hautes. Doit-on l’identifier avec l’oiseau dont parle Sir Th. Herbert, qu’il appelle a J/en, et dont il donne une figure grossière dans la relation de son voyage entrepris en 1G2G. Mais cet oiseau fait partie de la faune de Maurice; car Sir Th. Herbert ne s'est pas arrêté à Rodrigue, et, ainsi que l’a fait remarquer avec beaucoup de raison Strickland, c’est probablement celui dont parle Léguât sous le nom de Gelinotc de Maurice (1).
J’ai exposé dans un travail précédent, publié sur le même
(1) Léguât, t. Il, p. 71.
OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES. 7
sujet, les raisons qui m’empêchent d’adopter le genre Aptornis de M. de Sélys-Longchamps. Je n’y reviendrai donc pas ici ; il me suffira de dire que la caractéristique des Aptornis est trop vague et quelle peut s’appliquer indifféremment à plusieurs genres; qu’elle comprend des Colombides et plusieurs espèces de la famille des Hallides, très-différentes les unes des autres. Ce sont ces considérations qui m’ont déterminé à inscrire l’oiseau de Rodrigue dans nos catalogues zoologiques sous le nom d ' Erijthromachus Leguati.
Dimensions du tarso-métatarsien et du sternum de i.’Erytmuomaciius Leguati.
Longueur du tarso-métatarsien . 0,050
Largeur de son extrémité supérieure . 0,010
Largeur de son extrémité inférieure . 0,011
Longueur maximum du sternum . 0,049
Largeur en avant . 0,025
Longueur de la branche latéro-postérieure . 0,020
Largeur de l’os en arrière des facettes costales . 0,011
Les débris fossiles soumis à mon examen par M. le professeur Newton m’ont permis de constater aussi que la famille des Hérons, aujourd’hui inconnue à Rodrigue, était représentée jadis par une espèce particulière à tête grosse, à bec robuste et à pattes courtes; j’ai pu reconstituer presque eu entier le squelette de cet Échassier, et je ne douté pas que ce ne soit l'oiseau dont Léguât a parlé sous le nom de Butor.
« Nous avions, dit-il, des Butors aussi gros et aussi bons que » des Chapons. Ils sont plus familiers et plus aisés à prendre que » lesGelinotes. » Et ailleurs il ajoute: «Ils (les Lézards) servent » souvent de proie aux oiseaux, surtout aux Butors. Quand nous » les faisions tomber des arbres avec une perche, les oiseaux » accouraient et venaient les engloutir devant nous, quoi que » nous puissions faire pour les en empêcher; et lorsque nous en » faisions seulement le semblant, ils venaient de la même ma- » nière et nous suivaient toujours. »
Cet oiseau n’est pas un véritable Butor; mais sa tête est si volumineuse et ses pattes si courtes, que l’on comprend que
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Léguât l’ait rapporté à cette espèce. J’ai fait représenter clans les planches placées à la suite de ce mémoire la plus grande partie du squelette de l’un de ces oiseaux.
La tête osseuse est remarquable par ses formes massives et robustes (1); le crâne est remarquablement élargi en arrière, et les fosses temporales sont limitées par des crêtes très-saillantes, surtout celles de la région occipitale. La face supérieure du crâne est peu bombée, et l’espace interorbitaire est large, mais faiblement déprimé sur la ligne médiane. Le bec est robuste, presque droit, élargi à sa base et arrondi en dessous; les narines sont grandes et précédées d’un large sillon s’étendant assez loin en avant.
ïl est impossible de confondre ce crâne avec celui des Butors, chez lesquels le bec, relativement grêle, dépasse à peine la longueur de la portion crânienne de la tête, et chez lesquels cette dernière partie est très-resserrée dans la région temporale.
Chez les Bihoreaux, les caractères de la tète sont aussi bien différents, car la face supérieure, ce que l’on appellerait le chanfrein chez les Mammifères, au lieu d’être aplatie et de suivre une ligne presque droite, est fortement arquée en dessus et déprimée dans la région frontale. Les orbites sont trèsprofondément échancrées en dessus; l'espace occupé par les os lacrymaux est très-petit, et le bec, au lieu d’être droit, est légèrement courbé.
Le crâne fossile de Rodrigue présente donc bien les caractères des Hérons, mais il se distingue, par son apparence massive, de toutes les espèces connues. Chez les Hérons cendré, pourpré, Goliath et chez les Aigrettes, la tête est plus étroite, plusallongée, le bec moins conique et moins fort. Chez le Héron à cou noir (. Ardea atricol/is ), espèce qui habite aujourd’hui Madagascar, le bec ressemble beaucoup à celui de notre espèce fossile, mais il est plus long et moins élargi à sa base; l’espace interorbitaire est beaucoup plus large, tandis qu’au contraire la portion postérieure du crâne est plus étroite et plus allongée, ce qui donne
(1) Voy. pl. \U, fig. 1 et 2 ARTICLE .N° 3.
OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES
ii la tète osseuse un tout autre aspect. Certaines espèces de r Amérique, le Héron honoré entre autres, VArdea lineata, ressemblent un peu à l’espèce de Rodrigue par la forme robuste de la tête. Mais jamais cependant on n’y retrouve le même développement dans la région crânienne.
Les pattes, relativement à la tète, sont extrêmement courtes, et je crois que sous ce rapport il n’y a pas un seul Héron qui puisse être comparé à celui de Rodrigue. Cependant l’os tarso-métatarsien (1) présente tous les caractères des Ardea , et s’éloigne des Butaurus par l’égalité relative qui existe entre les poulies digitales, tandis que chez les Butors la troublée interne est déjetée en dedans.
Le tibia (2) est gros et court ; il dépasse le tarso-métatarsien d’un tiers environ, comme cela a d’ailleurs lieu d’ordinaire chez les Hérons ; mais le fémur est au contraire très-développé (3), il est aussi grand quecelui du Héron cendré: ce qui nous montre que le corps de l’animal était volumineux et que le raccourcissement des pattes ne porte que sur leur extrémité. Nous trouvons d’ailleurs des rapports semblables chez les espèces de cette famille dont les pattes sont courtes. Ainsi le fémur du Butor ordinaire est au moins aussi grand que celui du Héron cendré et du Héron pourpré ; chez les Bihoreaux, l’os de la cuisse est aussi très-développé.
Le sternum est faible et petit relativement à la taille de l’animal (h) ; il n’appartenait évidemment pas à un oiseau à ailes puissantes comme le Héron cendré, le Héron pourpré ou les Aigrettes; il est beaucoup moins allongé que chez le Butor, mais les coracoïdiens sont très-longs et grêles. Aussi les ailes soutelles courtes et assez faibles; l’humérus (5) est à peine plus grand que celui du Bihoreau à manteau, il est notablement plus grêle et plus court que chez le Butor; le corps de l’os estlégère-
(1) Voy. pl. 14, fi». 3 à 6.
(2) Voy. pl. 14, fig. 7 et S.
(3) Voy. pl. 14, fig. 9, 10 et 11.
(4) Voy. pl. 14, fig. 14.
(5) Voy. pl. 14, fig. 12.