‹ Recherches sur la faune ancienne des iles MascareignesChapitre 4 sur 9 · X!X 12. - ART · texte numérisé non relu

X!X 12. - ART

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mont arqué en dehors, comme chez le Savacou, et l’extrémité articulaire inférieure est large et aplatie.

Je n’ai pu observer aucun des os de l’avant-bras; mais le métacarpien donne pour l’aile exactement les mêmes indications que l’humérus (1), il dépasse à peine celui du Bihoreau à manteau.

Ce Héron diffère trop de tous ceux que nous connaissons pour qu’il nous soit permis d’hésiter à le rapporter à une espèce disparue. A Madagascar et dans les îles Mascareignes on a signalé un certain nombre de grandes espèces d’Ardéidés: on y a tué le Héron cendré, le Héron pourpré, l’Aigrette ; on comprend aussi que le Héron Goliath d’Afrique puisse y être transporté par les vents. V Ardea atricollis s’y rencontre souvent aussi, de même que le Bihoreau à manteau. Mais ce sont les seuls qui, par leurs dimensions, peuvent être comparés à notre espèce nouvelle que j’appellerai Y A. megacephala , et nous venons de voir qu’ils s’en distinguent par des particularités très-importantes. Quant aux autres espèces, elles sont toutes de taille inférieure ou de formes très-grêles qui les excluent aussitôt de toute comparaison. 11 est étonnant qu’une espèce de Héron ait ainsi disparu à une époque très-rapprochée de nous, qu’elle ait été localisée dans une îleaussi petite que Rodrigue, et qu’elle n’ait pu traverser les bras de mer qui séparent cette dernière des autres Mascareignes ou de Madagascar pour aller de là gagner l’Afrique. Cependant nous savons que si certaines espèces de ce groupe sont pour ainsi dire cosmopolites, il en est d’autres qui ne s’écartent jamais beaucoup de leur lieu d’origine, et l’on comprend que VA. megacephala, dont la tête, extrêmement lourde et grosse, et les ailes courtes, étaient une entrave pour le vol, n’ait pu entreprendre des voyages aussi lointains et n’ait pu échapper aux causes de destruction qui le menaçaient.

(1) Voy. pl. ih, fig. 13.

OISEAUX DES LES MASCAREIGNES

Dimensions des principaux os de l’Ardea megacephala.

Tâte osseuse.

Longueur totale...,..,... . 0,154

Longueur de la mandibule supérieure . 0,094

Largeur de la mandibule supérieure à sa base. 0,022

Largeur de l'espace interorbitaire . 0,022

Largeur du crâne au niveau des apophyses postorbitaires . . . 0,040

Ecartement des apophyses mastoïdes . 0,040

Longueur de la mâchoire inférieure . 0,147

Tarso-mètatarsien.

Longueur totale . 0,095 0,162

Largeur de l’extrémité supérieure . 0,014 0,014

Largeur de l’extrémité inférieure . 0,0135 0,014

Largeur du corps de l’os . 0,006 0,006

Tibia.

Longueur totale . 0,140 0,210

Largeur de l’extrémité inférieure . 0,013 0,012

Largeur de l’extrémité supérieure . 0,014 0,013

Largeur du corps de l’os . 0,006 0,0065

Fémur.

Longueur totale . 0,090 0,092

Largeur de l’extrémité inférieure . 0,015 0,016

Largeur de l’extrémité supérieure . 0,014 0,016

Largeur du corps de l’os . 0,0062 0,007

Sternum.

Longueur totale . 0,064 0,088

Largeur en avant . 0,035 0,048

Largeur en arrière des facettes costales . 0,026 0,036

Largeur au bord postérieur . 0,027 0,035

Coracoïdien.

Longueur totale . 0,059 0,067

Largeur de l’extrémité inférieure . 0,017 0,018

Humérus.

Longueur totale . 0,118 1,180

Largeur de l’extrémité supérieure . 0,020 0,027

Largeur de l’extrémité inférieure . 0,0165 0,024

Largeur du corps de l'os . 0,007 0,011

u. i*n. *m ai: i:im'Aiii)K.

Métacarpe.

Longueur totale . 0,062 0,098

Largeur de l’extrémité supérieure . 0,012 0,017

Largeur de l'extrémité inférieure . 0,007 0,011

Une nouvelle preuve de la véracité de Léguât et des changements considérables survenus dans la faune ornithologique de l’île Rodrigue depuis deux siècles seulement, m'a été fournie par les os des Oiseaux de nuit dont j’ai constaté l’existence. Aujourd’hui on ne connaît dans cette localité aucun oiseau de proie ; mais, lorsque Léguât y séjournait, les Rapaces nocturnes étaient en assez grand nombre pour aider activement à la destruction des Rats dont l’île était infestée.

« Pour les détruire, dit-il, nous n’avions que le secours des » Hiboux et de nos trébuchets. Avec cela nous les bannîmes en » assez peu de temps de notre quartier : mais, il est vrai, qu’il » en revenait quelquefois des peuplades qui nous occupaient de » nouveau. »

M. E. Newton a retrouvé dans les cavernes de Rodrigue quelques os à l’aide desquels nous pouvons nous rendre compte de la taille et des affinités decesStrigides. Ces ossements se rapportent à deux espèces. L'une d’elles, dont je n’ai sous les yeux qu’un tibia (1) et un tarso -métatarsien (2), est assez nettement caractérisée ; elle me paraît appartenir au genre Chevêche ou Athene. L’os du pied est à peu près de la taille de celui du Hibou brachyote, mais plus élargi et moins excavé sur sa face antérieure; en cela et par la compression de la trochlée digitale externe, il se rapproche des Chevêches. D’ailleurs les proportions relatives de l’os du pied et de ceux de la jambe sont les mêmes que chez ces oiseaux ; le tibia est court et robuste: il ne dépasse guère que d’un tiers le tarso-métatarsien, à peu près comme chez les Chevêches. La crête sur laquelle s’articule le péroné est forte et s’étend fort loin sur le bord externe de l’os. Ladiaphyse est large

(1) Voy. pl. 11, fig. 2 et 2a.

(2) Vnv. pl 11, fig. 2b à 2p.

OISKAUX DSS ÎLIiS MASCAREIGNES. 13

et presque droite ; l’extrémité inférieure porte deux condyles symétriques et séparés par une gorge profonde.

J’avais pensé que peut-être ces os se rapportaient à Y Athene superciliaris de Vieillot, qui se trouve à Madagascar, où il a aussi été décrit par M. Schlegel sous le nom d’A. Polleni ; mais les tarses de cette espèce sont beaucoup plus courts, de même que ceux du Ninox madagascariensis , Bonap. Il est donc probable que cette Chevêche constitue une espèce nouvelle ; peut-être vit-elle encore aujourd’hui à Rodrigue? Je proposerai de lui donner le nom de S trix [Athene] murivora.

L’autre espèce est moins bien caractérisée. Je n’ai pu en étudier jusqu’à présent que le tibia (I), qui est à peu près de la longueur de celui du brachyote, mais s’en distingue par sa forte courbure interne et par le développement en largeur de son extrémité inférieure, qui paraît se dévier en dedans, rappelant beaucoup par ces deux caractères la disposition que présente l’os de la jambe des grand Ducs, dont il semble être en quelque sorte la réduction. La crête péronéale est moins saillante et moins prolongée que celle de Y Athene murivora , et elle rappelle davantage ce qui existe chez les Bubo. Je serais donc assez disposé à considérer ce Hibou comme devant se rapprocher des grands Ducs ; mais n'ayant eu, pour établir cette détermination, qu’un seul os, je crois prudent, avant de donner un nom spécifique à cet oiseau, d’attendre que de nouvelles recherches nous aient fait connaître quelques autres pièces de son squelette. J'ai comparé ce tibia à celui du Bubo madagascariensis , mais ce dernier en est bien différent par sa grandeur et par sa force.

Dimensions du tibia.

Longueur totale .

Athene

murivora.

Strix sp.

Olus

brachyotus.

Longueur mesurée de l’extrémité supérieure au bout de la crête péronière . .

Largeur de l’extrémité inférieure .

Largeur de l’extrémité supérieure .

Largeur du corps de l’os .

(1) Voy. pl. 11, fig. 3.

ALPSI. MILAP EDWARDS,

Dimensions du tarso-métatarsien.

Athene

'Oins

murivora.

S'.rix sp. brachyotus.

Longueur totale de l’os .

Longueur de l’extrémité supérieure. . . .

Largeur de l’extrémité inférieure .

Largeur du corps de l’os .

Les autres oiseaux terrestres dont Léguât fait mention comme vivant à Rodrigue, sont des Pigeons, des Perroquets et une espèce unique du groupe des Passereaux. Si les Pigeons n’ont pas entièrement disparu de cette île, ils y sont devenus extrêmement rares, carM. E. Newton, malgré ses recherches, n’a pu en voir un seul individu ; mais leur existence passée est démontrée par les ossements qui ont été trouvés associés à ceux du Solitaire, de l’Erythromaque, des Itérons et des Hiboux dont je viens de parler. Ces débris m’ont permis de constater que jadis il y avait là deux espèces de Colombes. L’une, dont j’ai pu étudier l’os du pied (1), est évidemment le Turtur picturatus , qui habite actuellement Madagascar et l’île Maurice, et c’est probablement à elle que se rapporte le passage de Léguât où ce voyageur dit : « Les Pigeons • » sont un peu plus petits que les nôtres; tous de couleur gris- » ardoise ; toujours fort gras et fort bons ; ils perchent et nichent » sur les arbres et on les prend très-aisément. Ils sont si peu fa- » rouches, qu’il y en avait toujours une cinquantaine autour de » nous, quand nous étions à table, parce qu’ils avaient pris goût » à la graine de nos melons. On les prenait quand on voulait, » et nous leur attachions quelquefois aux jambes de petits » morceaux d’étoffe de diverses couleurs, afin de les reconnaî- » tre. Ils ne manquaient pas de venir à tous nos repas : nous » les appelions nos poules. Ils ne nichent jamais dans l'isle, » mais dans lesislotsqui en sont proches. Nous avons jugé que » c’étnit pour éviter la persécution des rats, dont le nombre est » très-grand dans l’isle, comme je le dirai dans la suite, mais » qui ne passent jamais dans les islots. »

(1) Voy. pi. 12, fig. 2.

oiseaux des îles Mascareignes.

La seconde espèce de Colombe n’a pas été signalée par Léguât. Je n’ai pu en étudier qu’un sternum (1) en très-bon état et trèsdifférent, non-seulement de celui des Turtur , mais aussi des Vinago et des Erythrœna. ïl appartient à une espèce de petite taille à peine plus grande que le C. tympanislria, mais évidemment beaucoup mieux conformée pour le vol. En effet, le caractère le plus saillant de ce sternum consiste dans la largeur du bouclier, dans l’étendue des échancrures latérales, et dans la forme du brechet, dont l’angle antérieur se prolonge très-peu en avant. Les rainures coracoïdiennes sont grandes et peu obliques. Les branches lalérales se détachent de l’os en arrière des facettes costales; elles sont très-divergentes et se portent plus directement en dehors que cela n’a lieu chez les autres représentants de la même famille; il résulte de leur position que les échancrures qu’elles limitent en avant sont très-étendues. Les branches latéro-inférieures sont également très-divergentes et la lame médiane du bord postérieur est remarquable par son élargissement. Le brechet est médiocrement saillant; son angle antérieur est trèsarrondi et ne s’avance pas au niveau de l’apophyse épisternale, ainsi que cela a lieu d’ordinaire chez les Colombes. Par toutes ces particularités, auxquelles doit s’ajouter l’aplatissement général de l’os, qui, en effet, n’est presque pas incliné en forme de toit, on voit que la Colombe de Rodrigue s’éloigne non-seulement des Erythrœna et des Turtur, mais aussi des Vinago. Par sa forme'générale, par le peu de saillie et la direction du brechet, il présente certaines analogies avec les Pigeons essentiellement arboricoles, tels que les Carpophages ; mais chez ces derniers, l’espace réservé sur les bords latéraux du sternum aux facettes costales est toujours beaucoup plus étendu, les branches latérosupérieures sont plus fortes et elles naissent plus en arrière, de façon que les échancrures latérales sont plus petites.

Jusqu’à présent je ne connais aucun genre de la famille des Colombides dont le sternum puisse être rapproché de celui trouvé récemment à Rodrigue, et, suivant toutes probabilités, ce débris

(1) Vov. pl. 12, fig. 1.

A&PSfl. SIULSiB'] EDWAtlUK .

fossile indique encore là une espèce perdue que je désignerai sous le nom de Çolumba rodericana.

Longueur totale du sternum . 0,043

Ecartement des cornes liyosternales . • . 0,019

Distance entre la corne hyos.ternale et l’échancrure postérieure . 0,030

Largeur minimum du corps de l’os au milieu des échancrures latérales . 0,013

Largeur minimum de la lame médiane postérieure . 0,010

Les Perroquets observés par Léguât étaient de médiocre grosseur ; leur plumage était vert et bleu. Ils étaient très-abondants, et la chair des jeunes avait un goût agréable. J’ai pu voir, d’après les manuscrits de Pingré conservés à la bibliothèque Sainte-Geneviève et qui m’ont été très-obligeamment communiqués par M. Ferdinand Denis, qu’en 1761, époque à laquelle cet astronome visita l’île Rodrigue pour y observer le passage de Vénus, ces oiseaux commençaient à devenir rares. Cependant ils ne paraissent pas avoir entièrement disparu, car dernièrement M. Newton est parvenu à se procurer un Perroquet qui, suivant toutes probabilités, est un représentant de l’espèce observée par Léguât, car plusieurs ossements trouvés dans les cavernes de File s’y rapportent évidemment (1). Cet oiseau, bien distinct de tous les Psittaciens actuels, a été décrit par M. Newton sous le nom de Palœornis exsul. Le même ornithologiste a constaté que X Agapornis cana , petite Perruche commune à Madagascar et à Maurice, habite actuellement Rodrigue; mais les colons assurent qu’elle est d’origine étrangère et ajoutent qu’elle a été apportée par un navire américain venant de Madagascar. Quant au grand Perroquet fossile de Rodrigue, que j’ai déjà fait connaître précédemment sous le nom de Psittacus rodericanus , il ne peut être rapporté ni à Y Agapornis cana , ni au Palœornis exsul , et fournit une preuve de plus, des changements survenus dans la faune de cette île.

En 1867, lorsque j’ai donne la description d’une portion de

(1) Voy. pl. 13, fig. 1 à U-.

OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES. 17

la mandibule supérieure du Psittacus rodericanus , je résumais de la manière suivante mon opinion sur les alfinités zoologiques de cet oiseau : « Si je ne craignais de dépasser les conclusions » légitimes que l’on peut tirer de l’examen d’un fragment si mi- » nime du squelette, je serais donc disposé à inscrire cette espèce » éteinte, dans nos catalogues ornithologiques, sous le nom » à' Eclec tas rodericanus; mais si l’articulation maxillo-palatine, » offre beaucoup d’analogie avec celle des Loris , la forme du » bord tranchant de la mandibule est bien différente. Celui-ci, » au lieu d’être très-faiblement sinueux près de sa base, présente » en arrière de la pointe une échancrure profonde qui rappelle » un peu la disposition propre des Kakatoès. Aussi je crois pré- » férable d’employer une désignation moins précise, et, en l’ap- » pelant Psittacus rodericanus , j’entends indiquer seulement que » le Psittacien des cavernes de l'ile Rodrigue est une espèce nou- » velle voisine des Loris, mais participant cependant à quelques- » uns des caractères du groupe des Kakatoès. » Les réserves que je faisais relativement à la place zoologique que doit occuper cet oiseau se sont trouvées justifiées par la découverte de nouvelles pièces du squelette. J’ai reçu dernièrement de MM. Newton une mandibule supérieure complète (1) et un bec inférieur (2) qui proviennent évidemment du Psittacus rodericanus, et dont l’état de conservation laisse peu à désirer. Le bec supérieur, sur lequel l’articulation maxillo-frontale est complètement intacte, bien que présentant une certaine analogie de formes avec ce qui existe chez les Loris, s’eu distingue par sa brièveté, par le développement du bord préhensile et par l’étendue des trous incisifs. 11 offre quelques caractères qui le rapprochent des Palœornis.

Ainsi, lorsqu’on le compare au bec du Palœornis Alexandrie on voit que la voûte buccale a presque la même forme, mais que l’articulation palatine est plus profonde, le septum nasale est plus large; cependant, s’il n’y a pas une complète analogie, il y a au moins beaucoup de ressemblance de formes. Il en est de

)1) Voy. pl. 13, fig. 2, 2a, 2b.

(2) Voy. pi. 13, fig. 2c, 2d, 2e.

ALPIN. MISA*-: EDWARDS.

môme pour la mandibule inférieure. La région mentonnière, qui, à d’état frais, est recouverte par l’étui corné du bec, est plus étendue, plus avancée et plus large que chez les Palœornis; une arête longitudinale mousse sépare en dessous sa portion médiane de ses parties latérales. Les branches maxillaires sont extrêmement élevées au niveau du sillon limitant en arrière le bec corné, puis elles s’abaissent graduellement vers la portion articulaire; la surface glénoïdale, destinée à recevoir l’os tympanique, est moins oblique que chez les Eclcctus et les Palœornis ; enfin, l’angle postérieur en est plus développé transversalement. Le cadre sublingual est beaucoup plus élargi en avant que chez les Loris , et se rapproche davantage de la forme que l’on remarque chez les Palœornis. Je ne m’étendrai pas davantage sur les particularités que présente ce bec, car j'ai déjà insisté longuement sur les différences de conformation qu’il offre dans les divers groupes naturels de la famille des Psittacides, et je me bornerai à renvoyer le lecteur à ce mémoire.

Les deux mandibules du Perroquet de Rodrigue suffisent parfaitement pour indiquer les affinités de cette espèce, et nous montrent que, bien que se rapprochant des Lorinœ , cet oiseau avait, avec les Palœornis , d’incontestables affinités. Aussi je proposerai d’établir pour lui, à côté de ces derniers, un petit groupe générique portant le nom de Necropsittacus.

Longueur totale de la mandibule supérieure . 0,045

Largeur de l'articulation fronto-maxillaire . 0,025

Hauteur de la mandibule (au niveau de l’articulation palatine) . 0,922

Largeur au niveau de l’articulation palatine . 0,020

Longueur totale de la mandibule inférieure . 0,056

Largeur au niveau de l’articulation . 0,046

Longueur de la surface mentonnière . 0,022

11 est difficile de savoir si les petits oiseaux que Léguât compare aux Serins vivent encore à Rodrigue.

M. Ed. Newton n’a rencontré dans cette île que deux Passereaux qui, bien que ressemblant beaucoup à des espèces malgaches, en diffèrent assez pour être inscrits dans nos catalogues

OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES

sous des noms particuliers. L’une de ces espèces ou races particulières est un Foudia (1), l’autre un Drymoica (2), et ils se font tous deux remarquer par un chant fort agréable. Or, Léguât dit positivement que les petits oiseaux de son île ne chantaient pas. Il me parait donc probable que ce n’était ni le Foudia flavicans, ni le Drymoica rodericana. L’introduction de ces oiseaux peut être de date récente, et j’incline à penser que les Passereaux observés par Léguât ont subi le même sort que les Solitaires et les Érythromaques.

Les Pintades n’existaient pas àRodrigue à l’époque où Léguât nous a fait connaître avec tant d’exactitude les productions de cette île ; mais depuis, ces oiseaux y ont été introduits, et maintenant ils y vivent à l'état sauvage. Ainsi, le colonel Dawkins rapporte qu’on n’y trouve que des Perroquets et une Pintade (3). Maison ignorait l’espèce à laquelle appartenait ce dernier oiseau. Les ossements que M. Newton a découverts me permettent de résoudre cette question : J’ai pu examiner presque toutes les pièces du squelette à l’exception de la tète, et je suis disposé à croire que c’est le Numida mitrata de l’Afrique centrale, et non le N. tiarata , qui maintenant vit dans l’île Rodrigue. C’est en effet une espèce de très-grande taille, à pattes longues et fortes, il sternum très-développé et dont la trachée ne se replie pas dans l'os furculaire, comme cela a lieu chez le Numida cristata, chez le N. Verreauxii et chez le N. Pucherani.

Longueur du tarso-métatarsien de la Pintade . 0,083

— du tibia . 0,125

— du fémur . 0,092

— du bassin . 0,107

Largeur du bassin au niveau des cavités cotyloïdes . 0,042

Longueur du sternum . 0,124

— de l’humérus . 0,087

Enfin, pour terminer ce qui est relatif aux animaux terrestres

(1) Foudia flavicans (Ibis, 1865, p. 148).

(2) Drymoica rodericanus (Ibis, 1865, p. 150).

(3) Voy. Procecd. Zool. Soc., part. 1, p. 31. — Voyez aussi d’Heguerty, Soc. des sc. et belles-lettres de Nancy, 1751. — Strickland, Ann. and May. of nat. Hist., 1849, 1. III, p. 138. — Ed. Newton, Ibis, 1865, p. 153.

ALI»Sf. SULKi: KBWARIIS .

dont on a trouvé des débris dans les cavernes de Rodrigue, je dois citer quelques ossements de Mammifères. J’y ai reconnu le Chat domestique, un très-jeune Porc, un Rat, non pas le Surmulot, mais le Mus alcxandr inus, et de nombreuses Roussettes.

Léguât nous parle de ces dernières dans les termes suivants :

« Les Chauves-Souris volent de jour comme les autres oi- » seaux ; elles sont de la grosseur d’un bon poulet, et ont chaque » aile longue de près de deux pieds. Elles ne perchent pas, mais » s’accrochent par les pieds aux branches des arbres, la tête » pendant en bas, et comme leurs ailes sont aussi fournies de » plusieurs crochets, elles ne tombent pas aisément quand on les » a frappées, elles demeurent toujours attachées par quelque » crochet. Quand on les voit d’un peu loin pendantes et enve- » loppées de leurs ailes, on les prend plutôt pour des fruits que » pour des oiseaux. Les Hollandais que j’ai connus à bile Mau • » rice en faisaient un mets précieux et les préféraient au gibier » le plus délicat. Chacun a son goût; pour nous, nous trouvions » dans celui-ci je ne sais quoi qui ne nous accommodait pas, et » comme nous avions beaucoup de choses que nous trouvions » meilleures, nous ne mangions pas de ces vilaines bêtes. Elles » portent leurs petits avec elles et ne les abandonnent que lors- » qu’ils peuvent voler. Nous avons remarqué qu’elles en avaient » toujours deux. »

Pingré, qui toucha à Rodrigue en 1761, lors de son voyage pour l’observation du passage de Vénus, nous donne aussi quelques détails sur les Roussettes. J’ai pu consulter son manuscrit à la bibliothèque Sainte -Geneviève. A la page 185 on y lit :

« Les Chauves-Souris sont mises par les naturalistes au nom- » bre des Quadrupèdes; celles que j’ai vues à Rodrigue étaient » de la grosseur d’un Pigeon, mais plus longues. La tète ressem- » ble assez à celle d’un Renard. Le poil est roux, plus foncé sur » la tête et sur le cou que sur le reste du corps ; les ailes sont » d’une couleur de gris foncé ; étendues ou déployées, elles peu- » vent avoir chacune un pied ou un pied et demi d’envergure. » Ces Chauves-Souris ressemblent d’ailleurs à nos Chauves- » Souris européennes; elles sont fort grosses. »

ARTICLE Nu 3.

OISEAUX DES ÎLES MASCAREIGNES. 2l

Ces animaux vivent encore, à ce que l’on m’a assuré, à Rodrigue, maisje n’ai pu avoir aucune indication sur l’espèce à laquelle ils appartiennent. Ce ne peut être le Pteropus Edwardsii de .Madagascar, qui est beaucoup plus grand ; ce n’est pas le Pteropus vulgaris de l’île Maurice, dont on retrouve de nombreux ossements enfouis pêle-mêle avec ceux du Dronte et dont la taille est aussi beaucoup plus élevée. La Roussette de Rodrigue est d’une petite taille, et je suis disposé à croire (pie c’est le P. rubrkollis , car ses os ont exactement les mêmes dimensions.

Roussette Roussette de de

l’ile Rodrigue, l’ilo Maurice.

Longueur de la mâchoire inférieure . 0,038

— de l’humérus . 0,085 0,108

— du radius . 0,115 9.147

— du fémur . 0,040

— du tibia . 0,054

Je ne parlerai que peu desOiseaux de mer qui fréquentent les côtes de Rodrigue, car ce sont toujours les mêmes espèces qui vivent aujourd’hui et qui y vivaient il y a deux siècles. On y voit, comme du temps de Léguât, des Frégates, des Fous, des Phaétons, des Pétrels. La collection de M. E. Newton comprend un nombre très-considérable de débris du Paille-en-queue ( Phae ton candidus ), à l’aide desquels on pourrait reconstituer, à peu près complètement, une dizaine de squelettes; nous savons que ces oiseaux sont encore très-abondants dans les mêmes parages, et Léguât nous les décrit avec beaucoup d’exactitude dans le passage suivant :

« Le Paille-en-queue, de la grosseur d’un Pigeon, est tout » blanc et a le bec court et fort. Il a une plume de la queue » longue d’un pied et demi, d’où il a pris son nom.

» Ces oiseaux nous faisaient une plaisante guerre, ou plutôt ils » faisaient la guerre à nos bonnets. Ils nous surprenaient par » derrière, et nous les enlevaient de dessus la tête; et cela était » si fréquent et si importun, que nous étions obligez d’avoir tou- » jours des bâtons pour nous défendre d’eux. Nous les préve- » nions quelquefois, lorsque nous apercevions devant nous leur

4LÏ»H. IIILÜ'K EDWARDS.

» ombre, au moment qu’ils étaient prêts à faire leur coup. » Nous n’avons jamais pu savoir de quel usage leur pouvaient » être des bonnets, ni ce qu’ils ont fait de ceux qu’ils nous ont » attrapez. »

A ces ossements de Phaétons sont mélangés de nombreux débris d’un Procellaria que je n’ai encore pu identifier, faute de matériaux de comparaison suffisants, et quelques os d’un Puffin, qui n’est probablement pas différent du Pufftnus aterrimus.

Je n’ai reconnu parmi la masse d’ossements fossiles de Rodrigue qu’un seul fragment d’humérus de Frégate et un os tarsométatarsien du Fou pêcheur {Sula piscator ) (1). Ces oiseaux abondent cependant dans ces mers, et Léguât nous dit :

« Les Fous, les Frégates et les Paille-en-queue, et peut-être » quelques autres oiseaux de mer qui ne vivent que de poisson, » font pourtant leurs nids sur les arbres. . . . Les Fous viennent » se reposer la nuit dans file, et les Frégates, qui sont plus » grands et qu’on appelle ainsi parce qu’ils sont légers et admira- » blement bons voiliers, les attendent tous les soirs au guet, sur » la cime des arbres; ils s’élèvent fort haut et fondent sur eux » comme le Faucon sur sa proye, non pour les tuer, mais pour » leur faire rendre gorge. Le Fou, frappé de cette manière par » le Frégate, est obligé de rendre le poisson qu’il a dans le jabot, » et le Frégate ne manque pas d’attraper ce poisson en l’air. Le » Fou crie et fait souvent difficulté d’abandonner sa proye, mais » le Frégate, plus hardi et plus vigoureux, se moque de ses cris, » s’élève et s’élance de nouveau, jusqu’à ce qu’il l’ait contraint » d’obéir.

» Le Frégate est noirâtre, de la grosseur d’un Canard; les » ailes extraordinairement étendues. C’est une espèce d’oiseau » de proye, puisqu’il en a les griffes, et que son bec long d’un » demi-pied est un peu crochu par le bout. Les vieux mâles ont » une espèce de chair rouge comme une crête sous la gorge, » comme en ont nos Coqs.

» Les Fous ont été nommés ainsi, parce qu’ils viennent se

(1) Voy. pl. 11, fig. 5.

OISEAUX DES îl.ES MASCAREIGNES.

» jeter inconsidérément sur les vaisseaux, et qu’ils s’y laissent » prendre innocemment. Leur simplicité est si grande, qu’ils » jugent d’autrui par eux-mêmes, et qu'ils ne prennent par les » hommes pour des animaux malfaisans. Ils ont le dos châtain, » et le ventre blanchâtre; le bec pointu, long de quatre pouces, » fort gros vers la tête et un peu dentelez sur les cotez, les » jambes courtes, les pieds à peu près en pieds de Canard et » d’un jaune pâle. »

C’est en comparant la faune sédentaire telle qu’elle est aujourd’hui aux espèces que révèlent les ossements extraits du sol des cavernes, et que Léguât avait observés, qu’il est possible de constater qu’en moins de deux siècles des changements trèsconsidérables se sont accomplis dans la composition de cette faune riche jadis, et aujourd’hui remarquablement pauvre. La végétation y a changé aussi le caractère, car les beaux arbres dont parle Léguât ont pour la plupart fait place à des broussailles. Mais ces modifications ne sont dues ni à une catastrophe géologique, ni à des phénomènes météorologiques particuliers, car le climat n’a pas varié. Les traditions locales attribuent la destruction des bois à de grands incendies allumés par l’homme, et c’est aussi l’influence soit directe, soit indirecte de celui-ci, qui me paraît avoir déterminé l’extinction des espèces animales dont je viens de parler. Léguât fut un des premiers qui abordèrent à Rodrigue; les animaux aborigènes s’y multipliaient en paix ; ils n’avaient encore pour ennemis que les Rats, dont l’introduction, due aux navigateurs, était probablement récente, et les oiseaux étaient si peu craintifs, que souvent ils se laissaient prendre à la main. Aussi les matelots des navires en relâche à Rodrigue ne manquèrent jamais de leur faire une chasse active. Enfin l’œuvre de destruction commencée par les marins et par les Rongeurs que nos navires ont transportés partout, s’acheva, sans doute, lorsque les Européens eurent établi à Rodrigue une petite colonie d’esclaves nègres maigrement entretenus. Le climat de Rodrigue n’est pas devenu contraire à la propagation des espèces animales, puisque des oiseaux de basse-cour, des Pintades intro-

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duites par les colons, s’v reproduisent bien, et vivent même à l'état sauvage.

La perturbation due à la présence de l’homme semble avoir suffi pour faire disparaître de la surface du globe la plupart des oiseaux sédentaires dont Rodrigue était probablement le dernier refuge. D’ailleurs l’homme aété la cause directe et indirecte de beaucoup d’autres phénomènes du même ordre, et l’influence qu'il a exercée sur la distribution géographique des espèces animales est plus considérable qu’on ne le suppose généralement.

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