FRS
ns rent la nourriture à plusieurs reprises.
Ze à AE ; ee. Je voyais avec plaisir que ces petits
oiseaux étaient plus courageux que les grands. (Ces gourmands atten-
Le Papango (Milvus parasyticus).
daient souvent avec patience que les petits se fussent emparés de leur butin.
La vue de ces oiseaux de proie m'avait occupé pendant une demi-heure; le sommeil
1) Voir Partie II, p. 44 et Partie I, p. 86. 2) Idem p. 32, pl. XI. fig 1 et 2.
s'empara de moi; je me retirai alors dans ma case pour me livrer à la sieste avant de reprendre le déballage de nos colis. Les jours suivants se passèrent à arranger nos armes de chasse et nos ustensiles de préparation, enfin nous nous livrâmes à tout ce qui pouvait nous être utile dans nos explorations. Le capitaine Dolt nous fut très utile grâce à ses connaissances maritimes; il pouvait nous aider à nous procurer nne bonne embarcation pour faire nos traversées de Nossi-Bé à Madagascar. C’est pourquoi je l’invitai à nous accompagner à Ambanourou où le Chérif Kalyfan possédait entre autres un excellent canot, qui provenait d’un navire américain. Kalyfan avec son ambition pour le commerce et son désir de nous être agréable me le vendit à un prix modéré, et j'acceptai après l'avoir fait examiner et approuver par notre ami Hambourgeois. Cependant il y avait quelques réparations à faire, d'autant plus que nous devions l’arranger pour la navigation à la voile. Je souhaitais que les charpentiers des navires Antalots d’Ambanourou fissent ce travail, mais Kalyfan lui-même me conseilla de faire des démarches auprès de M. le commandant, pour que ces réparations se fissent par des charpentiers du gouvernement, dont c'était la spécialité, tandis que les ouvriers arabes ne sont capables que de construire des boutres, espèce de navires arabes grossiers, mais très forts et d’un jaugeage moyen de 40 tonneaux. Ils sont plus hauts à l'arrière qu'à l'avant, lequel est couvert et sert de cabine. Le mât se trouve presqu’au milieu du bateau et le gréement est très simple. La voile est une pièce carrée de raban; elle est très forte et attachée à une longue vergue courbée et mince, qu’on peut hisser ou faire tomber à volonté et dresser selon le vent. L’équipage est ordinairement composé, suivant la grandeur du boutre, d’une douzaine de nègres de la côte de l'Afrique orientale, qui sont presque tou- Jours les esclaves du propriétaire du navire. Îls sont originaires de Mosambique, de Sofala, de Zanzibar, de la
grande Comore et
principalement de
Kiloa, situé non Join de Zanzibar sur la Un boutre arabe vu à l’intérieur.
côte du continent africain. Les propriétaires de boutres sont presque toujours à bord en qualité de capitaines; ils ont leur domicile à Zanzibar, à Mayotte et dans les autres
iles Comores; à Mourousang, à Mouzangaie et dans d’autres lieux de la côte ouest de Madagascar; à Mascate, à Bombay et dans d’autres villes de l’Inde. Ces navigateurs sont en même temps des négociants d’une habileté incroyable, qui ont en mains la plus grande partie du commerce du canal de Mosambique et des côtes d'Afrique, qui bordent l'océan indien et des îles Comores, qui se
trouvent dans cette
mer presque tou-
jours calme. Dans
le cours de notre
Un boutre arabe vu à l’extérieur. relation nous aurons
occasion de parler
de la navigation et du commerce actif de ces gens à Madagascar et sur la côte d’Afrique, de la nature des exportations et des importations, afin que nos navigateurs et commerçants puissent tirer profit de la connaissance des grands avantages qu'offrent une navigation et un commerce pareil par un cabotage continuel, qui règne depuis des siècles dans ces parages parmi les peuples arabes. Mes visites à Ambanourou me donnèrent la ferme conviction que ces gens gagnent une masse d'argent, vu l'ignorance des Européens et Américains, pour ce qui concerne les affaires commerciales dans les pays mentionnés ci-dessus, et la confiance qu'ils savent inspirer d’une manière incompréhensible aux indigènes des contrées, qui sont le théâtre de leurs opérations commerciales. J’obtins de M. le commandant la permission de faire réparer et arranger mon canot, et dans cet intervalle nous fimes de petites excursions dans le voisinage de Hell-ville, dans lesquelles nous fimes une petite collection d'oiseaux, de reptiles et d'insectes, qui appartenaient à des espèces connues dans la science. Quelques jours après l’achat de notre canot, auquel nous avions donné le nom de Schlegel”, en l’honneur de notre savant ami, Monsieur le professeur Dr. H. Schlegel, Directeur du Musée Royal des Pays-Bas, le 20 Août, nous reçûmes de M. le commandant l'invitation d’aller avec lui faire une visite au roi de Nossi-Mitsiou S. M. Tsimiaar, qui était venu avec sa suite à Nossi-Bé. M. le commandant voulait nous présenter à ce souverain Antancar, afin que, si nous avions l'occasion d’aller dans ses états, nous fussions sûrs d’un bon accueil et qu’il nous accordât sa protection dans les explorations que nous pourrions faire dans ces parages. Lorsque nous fûmes présentés au roi, M. le commandant fit le plus grand éloge des Hollandais, vanta leur courage et leur esprit entreprenant, en racontant quelques épisodes de leur
glorieuse histoire. Le roi nous reçut cordialement et avec des égards, et écouta avec intérêt le discours de M. le commandant; enfin il lui dit naïvement qu'il ne connaissait pas ce peuple célèbre, n’en ayant jamais entendu parler auparavant, qu'il ne connaissait que des blancs qui se nommaient Anglais et Français, ignorant qu'il y eût encore d’autres peuples européens, et qu'il était content de voir en nous des représentants d’une nation si honorée par les Français; que comme les Français étaient ses amis et alhés, il était naturellement l’ami de leurs amis et les estimerait aussi comme eux. Le récit de quelques actes de bravoure de nos anciens héros, Tromp et de Ruijter, charma beaucoup Sa Majesté, qui lui-même était d’un caractère belliqueux. Pendant cette présentation solennelle, nous eûmes le temps de regarder attentivement ce souverain, entouré de ses dignitaires et de plusieurs personnes de sa suite, parmi lesquelles se trouvaient quelques musiciens, qui faisaient entendre des airs monotones exécutés sur le tam-tam, et au moyen de timbales, de hoboés et de violons de leur propre fabrication imités des violons européens. La figure du roi Tsimiaar était imposante et sa taille gigantesque, son regard était plein de vivacité et le sourire qui plissait de temps en temps ses grosses lèvres faisait deviner que, sous des formes grossières, il cachait un bon coeur. Il porta une petite barbe de cheveux crépus et avait la tête rasée, suivant la mode arabe, couronnée par une calotie rouge (Aufia). Son habillement consistait dans une longue chemise blanche, bordée sur l'ouverture de la poitrine avec de soie rouge. Un /amba malgache de vives couleurs couvrait avec une certaine élégance son épaule gauche. Ses Jambes étaient tout a fait nues, les pieds couverts de sandales richement bordées de fils d’or et dans les mains il tenait devant lui un large sabre courbé dont la garde et le fourreau étaient incrustés de pierres précieuses. L’audience que nous accorda Sa Majesté noire ne dura qu’une demi-heure, après quoi nous nous retirâmes avec M. le commandant, dans la conviction que si nous arrivions un Jour à Nossi-Mitsiou, elle nous donnerait tous les secours dont nous aurions besoin dans notre mission difficile. Au moment où nous nous rebrions, le commandant nous fit part que S. M. Tsimiaar était venue pour célébrer l’anniversaire de S. M. Napoléon II, mais qu'il avait ignoré la date juste. Son cortège était composé de plusieurs pirogues, qui à son arrivée composaient une vraie flotülle. Après sa visite à Nossi-Bé, le Roi Tsimiaar se rendit à Ambanourou pour rendre visite au Chénif Kalyfan. Là il fait ordinairement quelques achats avant de retourner dans ses états, n’oubliant pas d’emporter le pension que le gouvernement français lui paie annuellement, comme rachat de ses prétentions sur Nossi-Bé. Le mois d’Août s’écoula pendant l'emballage des objets dont nous aurions besoin pour notre excursion à Madagascar et pendant la réparation de notre canot. Aussitôt que tout fut en bon état, nous entreprimes notre voyage, après avoir pris congé de nos amis Dolt, Verger et O'Neill, en leur disant adieu pour quelques semaines, laissant la surveillance de notre demeure à M. Verger, qui s'était chargé de veiller à nos effets pendant notre absence.