‹ Recherches sur la faune de Madagascar et de ses dépendances (volume 2)Chapitre 12 sur 33 · SP EE EE · texte numérisé non relu

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préparation des animaux tués, et le fils était le.seul parmi les naturels qui osàt prendre des reptiles ou plutôt des serpents, car les habitants du pays en ont généralement peur puisqu'ils les considèrent comme Fadi (saints). Les malgaches de ces contrées leur donnent pour ce motif, le nom de Bibi!) ce qui signifie bête malfaisante. Cet homme était donc pour nous une acquisition de grande importance mais malheureusement cet auxiliaire indispensable pour nos recherches herpéthologiques avait le défaut assez grave de fréquenter trop souvent et trop longtemps les belles malgaches ce qui nous causa tant de désagréments pendant nos excursions que nous fûmes obligés plus tard de refuser ses services à notre grand regrel. Enfin, j'étais très content d’avoir trouvé des agents pour mes explorations et je me hatai de me diriger à Nossi-Bé afin d'arranger les affaires pour notre future campagne.

Je restai encore quelques jours à Nossi-Faly pendant lesquels je fis avec mes hommes nouvellement acquis des recherches sur la Faune de cet île qui comme J'ai déja dis fut assez pauvre en espèces. Le fils montra son zèle avec la capture de reptiles, d'insectes, de erustacées, d’échinodermes et de coquilles ainsi que de quelques plantes pour mon herbarium, tandis que le père m'accompagna à la chasse. Par les soins du premier j’obtenais plusieurs Caméléons (Chamaeleo verrucosus) et (Chamaeleo pardalis), Lézards , Hemidactylus platycephalus, Pachydactylus cepedianus Scincus bilineatus et une nouvelle espèce nommée par le voyageur Alfred Grandidier, Gongylus Polleni. Plusieurs Serpents ou Couleuvres parmi lesquels Pelophilus madagascariensis, Heterodon madagascariensis, Herpetodryas quadrilineala, Dipsas colubrina et Dipsas Gaimardii et aussi de Grenouilles et de Rainettes comme Rana mascareniensis, Polypedates Goudotii et Hyperolius madagascariensis ?). Parmi les Insectes plusieurs Libellulae dont une nouvelle Libellula Selika ainsi que de Lépidoptères *), Coleoptères, Blattae “), Orthopthères 5), Juli ‘), Scolopendres ‘), Scorpioni *) et Arachnides *). Dans une excursion que je fis avec lui au bord de la mer nous trouvâmes plusieurs Crustacées "), Echinodermes et Conchylae !) plus de 350 échantillions de ces dernières. Parmi les premiers les espèces nouvelles Palaemon mayottensis ), Palaemon madagascariensis Ÿ), Palaemon parvus *), Thalamita Helleri, Calappa gallus, Neptunus madagascariensis et Oreaster muricalus.

Les Caméléons que les malgasches nomment Tarendro se liennent ordinairement immobiles comme étant cloués sur les branches touffues des broussailles le plus souvent dans les malvacées tournant les yeux avec une vivacité dans la tête, regardant de (ous cotés.

1) Plus tard on me donna aussi ce beau titre et je n'en fus pas satisfait. Lorsque j'en demandai la raison on me dit que c’était un titre d’honneur , attendu que les malgaches donnent actuellement ce nom aussi à un être extraordinaire d'une nature supérieure, auquel on n’ose pas plus toucher qu'au serpent. J’admirai la malice des malgaches car c’est un vrai calembour.

2) Voir la partie III.

3) Tsi-pelapelak. 4) Kalalou. 5) Valala. 6) Ankudiavitsh. 7) Trambu.

8) Hala. 9) Vankohe et Tsoha. 10) Drakak et Fozalangha. 11) Ankura. 12) Tsivaki.

Voir pour les Insectes, Crustacées, Echinodermes ct Conchylae, la partie V.

Mon garçon les saisissait sans le moindre obstacle par le cou entre le pouce et le doigt. Pendant la capture, l'animal ouvrait largement la bouche, en lançant sa grande langue et en courbant la queue en cylindre, changeant la couleur de gris en noir, de sorle que la longue tache blanchâtre qui se montre sur Îles flancs disparaissait. Pendant cette pénible opération en touchant la bête il sentait comme un morceau de glace. De la même manière il s’emparait de Lézards (Anfsantsa), de petits Serpents (Bibilava), de Grenouilles (Sahona) et de Rainettes (Vontohely). La masse d'Hemidactyles platycephales qui se trouvaient dans les cases en y chassant les Mouches (Lalitsh), les Moustiques (Muku), les Punaises (Kunau) et les petits Cancrelas (Kalalou) lui donnait l’occasion de me procurer un grand nombre. Îl capturait les Pachydactyles sur l’écorse

des arbres, les Scinques et Gongyles sous les pierres et

dans l'herbe, ainsi que les

Serpents et s’'emparait des Pelo-

phyles en leur passant un lacet par la tête en le tranglant

NN par le cou Il trouva les

AN

NE

Grenouilles ainsi que les Ecrevisses et Libellules dans un petit cours d’eau dans le voisinage

du village, tandis qu'il s’'emparait des Rainettes dans les bana-

niers (Katakata) et les arbres

à voyageur (Antanra). Il avait une répugnance pour les Cent-

pieds, les Scorpions et les Araig-

nées et il fit plus d'éclat de

a Cor Er) celte capture que de celle des

Serpents et des autres reptiles.

En lui demandant la cause il me disait qu'il craignait la mordure et la piqure de ces

insectes, surtout celle du Maru-tangha ') qu’il n'osait pas toucher. Je ne saurais dire de

qu’elle espèce d’araignée il avait tant de peur, si c'était le Latrodectus Menavodi ou la Tho-

misus foka, deux espèces découvertes et décrites par mon ami le docteur Auguste Vinson ?). NE to us de bras; animal qui à Beaucoup de pattes.

2) Dr. A. Vinson, Voyage à Madagascur ].c. p. 184—186. pl. IV, fig. 3 et 4 Voir aussi, Auguste Vinson, Aranéides des îles de la Réunion, Maurice et Madagascar. l'aris 1863, pages XLV et 119.

Les noms malgasches des Araignées vénimeuses désignées par Vinson sont pour la première Meénavoudi et pour la seconde Foque ou Foka, dont les mordures sont mortelles.

Aussi mon Edward était très adroit à prendre des oiseaux vivants, ainsi il avail attrapé dans une appareil de son invention une quantité de Cailles Turnix nigricollis, nommées par les malgasches Xibu 1). J’aimais déjà beaucoup ce garçon plein de zèle pour l'histoire naturelle et je comptais sur lui pour mes voyages futurs, mais comme j'ai déja dis, il aimait trop la distraction de la nature qui m'occasionnait plus tard lant de mécontentements. Si le proverbe est juste! ,,celui qui aime les femmes, aime la nature ,” alors, Edward l'avait pris pour son devise. Enfin je ne pourrais raconter lous les histoires à ce sujet et je me consolais avec la pensée que les hommes se ressemblent partout s'ils portent un Simbu on une Soutane, surtout ceux qui comme lui élail un fils d’un père Jacob. Il était le contraste de son père, mari fidèle et bon père de famille, et de sa mère, femme travailleuse, soignant ses enfants avec une tendresse louchante et la fierté avec laquelle elle me montra ses jumeaux, deux gentils garçons de huit ans qui se ressemblaient comme un gout d'eau, me donnait l'exemple d’une bonne mère. Ces garçons, étaient coifés d'une singulièré manière, ayant les têtes lout rasées, excepté une mèche, tressée sur le sommet de la tête en forme de corne. Ils aidaient leur mère, dans la fabrication de poterie, en rouiant l'argile. Le père de mon garçon se nomma Zoudze; avant qu'il entra dans mon service, il faisait la chasse aux sangliers (Sus larvatus)?), après le moisson de riz à Madagascar, souvent en compagnie de son voisin. Cet homme qui au lieu d’avoir comme lui une femme travailleuse et une nombre d'enfants, vivait en société d’une grande meute de chiens de chasse ressemblant au premier coup d'oeil aux Chacals (Canis aureus), vilains et maigres chiens #). Ils avaient le poil ras et la couleur brune jaunâtre, plus claire sous le ventre. Le museau était allongé et pointu et les oreilles droites et longues. La queue assez longue et pourvue d’une petite panache de poil ras et portée en l'air. Les jambes étaient minces et longues, en comparaison du corps. Ordinairement ils eurent presque cinquante centimètres de hauteur et mesuré du museau jusque la pointe de la queue, une mètre de longueur. Ils avaient les yeux petits et vifs, les oreilles subtiles mais peu de flair. Leur voix était un hurlement plaintif, pouvant se traduire par les voyelles oua, oua, oua. En chasse, ils étaient courageux el infatigables en courant avec le museau en l'air, plutôt pour voir et entendre, que de flairer et en boyant sans cesse. Ils étaient très craintifs de mon chien un beau braque écoissais et se sauvaient avec la queue entre les jambes devant lui en hurlant. Les chiens sont connus à Madagascar sous le nom d’Amboa, c'est au dire, ceux qui sont habitués à la chasse des sangliers, les autres qui n’ont pas celle qualité sont désignés sous

1) Voir la partie II. p. 121 et 122.

2) Voir, vol. I. Reise in Ost-Afrika du Baron de Decken, p. 154. 3) Voir, p. 177, de l’ouvrage de Paul du Challiu, L'Afrique sauvage.

le nom de ÆKiva. Il arrive souvent que les chiens malgaches, qui du reste sont peu fidèles à leur maitre désertent dans les forêts et vivent en état marron ‘). L’infidèlité parvient je crois par les mauvais soins que les malgaches ont ordinairement pour leurs chiens leur donnant peu de nourriture. Ils vivent en grande partie d’ordures, qu'ils cherchent partout dans les villages et se régalent de temps en temps aux rats, aux tendracs, aux poules, aux reptiles et même aux poissons el aux crabes dont ils s'emparent avec adresse ne pouvant pas vivre du peu de riz cuit ou de manioc qu'on leur donne. Du reste les malgaches ont généralement grand peur des chiens et surtout les antalottes qui les détestent; ce ne sont que les chasseurs de sangliers qui les entretiennent et je n’ai jamais vu chez les malgaches qui n’exercent pas cette chasse des chiens de luxe ou de garde. Du reste je ne conseille pas de se servir de chiens de chasse dans les tropiques comme à Madagascar, ils perdent trop vite le flair pour la chasse aux cailles, aux perdrix, et aux pintades et ne pouvant généralement pas observer les mouvements du chien par la broussaille ou les hautes herbes ils devienent inutiles et gênants. La chasse sans chiens et sans hommes est du reste toujours le plus préférable et lucrative, non seulement pour le naturaliste mais pour tous qui aiment à faire des hécatombes dignes d’un vrai chasseur ?) comme on apprendra par la suite de mes excursions. Mon Zoudze et son compagnon se vantaient beaucoup de leurs chasses et me racontaient beaucoup de détails et d'aventures à ce sujet et me promettaient de l'accompagner un jour. J'étais bien content d'y assister, de plus que j'étais curieux de savoir, comment ils se servaient de leurs chiens, qui n’avaient point l'apparence de chiens de chasse. A mon séjour à Ambassuana ils me promettaient d’arranger une chasse aux sangliers et nous verrons comment ils l’excersaient.

Mes lecteurs se rappelleront que j'avais promis au capitain Dolt du navire Maria Heydoorn que je tâcherais d'obtenir pour lui du Roi Indryvouts une cargaison de riz. Fidèle à cetle promesse je priai S. M. Indryvouts de lui procurer, si possible dans le plus bref délai, ce cargaison, en lui faisant entrevoir, outre un beau profit pour ses hommes, un joli cadeau du capitaine et l'espoir d'entrer aussi à l’avenir en relation commerciale avec l'Allemagne. Le Roi fut très content de cette communicalion et me promit de faire tout son possible pour engager ses sujets à fournir du riz ne sachant pas s'ils pourraient procurer pour le moment toute une cargaison. Mais le temps de la livraison était trop proche et la plus grande difficulté consistait en ce que M. Dolt avait besoin de riz pilé et que ce travail demandait trop de temps pour le satisfaire. Lorsque j’eus pris mes renseignements je fus surpris de l’arrivée du batiment en rade de Nossi-faly. Je me hatai de me diriger à bord, pour complimenter le capitaine et avoir le plaisir de l’introduire auprès de S. M. Malheureusemént M. Dolt était

1) Voir Voyage de Leguével de Lacombe, I]. c. Voir vol. I. Reise in Ost-Afriku du Baron de Decken, pr. 155 et mes Notes,

resté à Nossi-Bé, le navire étant conduit par son pilote. À bord se trouvait un courtier antalot, bon serviteur du Chérif Kalyfan d’Ambanourou. Il me comuniqua que le capitaine le rejoindrait dans quelques jours et que pendant ce temps il devait faire des achats parmi les indigènes. Comme mon départ était fixé pour le lendemain, j'avais l'espoir de revoir M. Dolt à Nossi-Bé pour lui communiquer mes démarches auprès de S'° M. Indryvoutz à qui du reste j'avais recommandé l’entreprise ci-dessus.

Je partis alors dès le grand matin de Nossi-faly, lorsque favorisé par un bon vent nous arrivâmes près du fort Tafondrou où nous fumes tout à coup surpris en entendant un coup de canon tiré par ses batteries. Ignorant la signification de ce signal nous allions continuer notre route, lorsqu'un boulet venant ricocher à peu de distance de notre canot nous avertit que ce salut bizarre s’adressait à nous, ce qui nous fit arborer pavillon. En même temps nous vimes arriver du fort une chaloupe armée qui nous enjoignit de mettre en panne. Ne nous occupant pas de cet ordre, les soldats qui montait la chaloupe nous forcèrent à obéir en nous mettant en joue à une portée de fusil; mais comme de notre côté l'attitude était identique, ils n’osèrent commercer une lutte avant de nous avoir encore sommé d’abord. Voulant éviter ce retard inutile, afin de profiter du bon vent qui nous poussait nous dirigeames notre embarcation vers eux pour obtenir une explication. Les soldats furieux de notre résistance, nous ménacaient de faire feu dans le cas où nous aurions refusé de les suivre, ne devant disaient-ils qu’exécuter leur consigne, qui était de nous amener vivant ou mort devant leur commandant. Nous n’aurions pas été aussi obstinés , s'ils n’avaient pas été des nègres brutales et si nous n'avions pas craint le mauvais exemple de noirs commandant à des blancs en présence de nos serviteurs indigènes. Cet incident nous causa d'autant plus de peine, qu'arrivés devant l'officier, celui-ci nous dit comme excuse que ne sachant pas où nous allions et n'ayant pas reconnu notre pavillon il nous avait soupconné d'être des contrebandiers; nonobstant il nous fit remarquer le tort que nous avions eu de résister à l’autorité, ce qui dans certains cas aurait pu nous être fort préjudiciable. Je lui fis observer qui J'avais passé quelque temps auparavant sans difficulté ; mais il me répondit qu'il voyait pour la première fois notre canot et qu’à dater de ce jour je n'aurais plus besoin d’être soumis à la visite douanière. J'appris de même que cette mesure avait été motifié par l'habitude qu'ont les arabes de faire de la contrebande assez souvents avec des canots européens. Les pirogues malgasches doivent toujours aborder à Tafondrou !) quand elles y passent pour faire examiner leur chargement qui peut subir une contribution. Nos n’étions pas contents de ce retard désagréable ni des promesses de l'officier du fort qui ne pouvait pas répondre de son successeur de sorte que j'en du faire part au commandant de Nossi-Bé pour être garanti à l’avenir. Aussi comme nous avions perdu beaucoup de temps nous éprouvâmes à notre retour un contre

1) Le mot Tafondrou est plutôt Tafunru, ce qui signifie en langue malgasche Canon.

courant si violent entre Tafondrou et l'ilôt Nossi-varou à 1 noeud Æ& vers l’est, qu'il nous fut impossible de poursuivre notre voyage pour Nossi-Bé. Plusieurs avirons se brisèrent contre les flots et désespérés de ces efforts inutiles et craignant d’être repoussés vers notre point de départ nous fûmes bien aises d'atteindre en dérivant la côte de l'île Nossi-Kumbà 1) où nous dûmes passer la nuit jusqu'au moment où le jusant eut lieu pour gagner Hell-ville. Si nous avions eu le temps, nous serions restés un ou deux jours pour explorer les parties boisées des ravins environnants de cette île, de plus que les cases du côté où nous abordâmes étaient rares. Nous aurions dû faire notre installation sur le côté opposé de l’île où il y avait plusieurs grands villages et dans les environs une végétation assez riante dans les vallons, tandis que les parties élevées de l’île sont arides. L’iîle Nossi-Kumba est renommée parmi les marins et les colons pour son eau excellente qui descend de plusieurs ravins. Aussi les colons de Nossi-Bé après avoir eu une forte fièvre s’y rendent après leur convalescence pour y passer quelque temps. A entendre son nom de Nossi-Kumba ?) qui veut dire île des singes fut très boissée et habitée par beaucoup de makis (Lemur). Dès le grand matin nous partimes pour Hell-ville où en arrivant je me bhâtai de communiquer au commandant l'évènement qui avait retardé notre retour. Monsieur le commandant fut ému par ma déclaration d'autant plus qu'il avait ordonné à l'officier supérieur de la garnison de faire passer librement notre canot et de n’entraver d'aucune manière mes excursions. Je fus satisfait de cette explication d'autant plus qu'il m’assura de porter ma plainte au commandant de la garnison. Plus tard je dus payer cruellement la plainte que j'avais faite, puisque le commandant du fort Tafondrou ayant reçu des observations très désagréables de son chef, me témoigna depuis ce temps une animosité terrible.

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