NISUS BRUTUS
Pollen, in litteris: voir Schlegel, Contributions, 1. c., p. 80.
Cette espèce n’a été observée jusqu’aujourd'hui que dans l’île de Mayotte. Nous répétons ici ce que nous en avons dit dans nos Contributions.
Elle s'éloigne de toutes les autres par son système de coloration, ainsi que par sa tête et son bec très grands pour la petite taille de l'oiseau. Elle est reconnaissable, au premier coup d'oeil, à la teinte d’un roux foncé, qui se montre sur toutes les parties inférieures en guise de bandes transversales sur un fond blanc, tandis qu’elle occupe en outre les côtés de la tête, pour se répandre de là sur le front, les sourcils et la nuque, et se confondre avec le brun-gris roussâtre des autres parties supérieures. C’est avec les Nisus tinus, minullus et erythropus la plus petite espèce du genre. Elle a les doigts passablement allongés et grêles, et les pennes mitoyennes de la queue pourvues d'environ six bandelettes foncées.
Mesures prises sur deux mâles et trois femelles: aile 5 pouces 2 lignes à 6 pouces; pointe de l’aile 12 à 15 lignes; queue 4 pouces 4 lignes à 4 pouces 10 lignes; longueur du bec depuis l'angle de la bouche 8 lignes et demie à 10 lignes; hauteur de la mandibule supérieure 3 à 4 lignes; longueur du tarse 1 pouce 9 lignes à 2 pouces 1 ligne; longueur du doigt du milieu sans l'ongle 12 à 13 lignes.
Queue très peu arrondie. Quatrième rémige dépassant de quelques lignes la troisième et la cinquième, qui sont à peu près d'égale longueur. Les quatre premières rémiges échancrées à leur barbe interne. Bec d’un bleu d’indigo peu foncé passant, après la mort, en partie au jaunâtre; pieds et iris de l'oeil jaunes; ongles noirs.
Parties supérieures de l'oiseau d'un brun grisätre tirant un peu au roussâtre, mais passant plus ou moins complètement dans cette dernière teinte sur le dessus du cou, le front, la région sureiliaire et les côtés de la tête. Teinte du fond des parties inférieures d'un blanc passablement pur, passant au grisâtre sur le dessous de la queue, tirant au roussâtre sur les jambes et souvent aussi sur la gorge. Le dessous, depuis la gorge jusqu'à l'anus, est orné de bandes plus ou moins serrées d’un roux foncé ou plutôt d'un roux-brun rougeâtre. On voit des bandes semblables, mais souvent plus étroites, sur la face externe des jambes; mais les souscaudales n’en offrent que rarement des traces. Les pennes caudales sont pourvues de bandes noirâtres peu larges, visibles tant à la face supérieure qu’à la face inférieure de la queue et dont le nombre est environ de six sur la paire mitoyenne de ces pennes. Les couvertures inférieures des
ailes sont d’un blanc roussâtre et souvent pourvues, chacune, d’une tache rousse. Les rémiges sont, à leur face inférieure, d’un blanc légèrement lavé de roussâtre, mais passant au gris noirâtre à la partie terminale de ces pennes: on voit encore, à leur barbe interne, des bandes noires peu larges et environ au nombre de sept sur les plus longues rémiges.
J'ai découvert cette nouvelle espèce en 1864 dans l’île Mayotte, où elle porte le nom de Ketsi-ketsi. Elle fréquente la lisière des bois, où elle aime à se percher sur les branches mortes des arbres. Elle n’est nullement farouche, laisse approcher l’homme sans méfiance, reste à le regarder stupidement, quoique avec des yeux ardents et en tournant continuellement la tête, se borne à faire un petit saut quand le coup du chasseur a manqué, et attend tranquillement jusqu'à ce qu'un autre coup de fusil vient l’abattre. On la rencontre presque toujours par couples, et perchés l’un près de l’autre, ce qui fait que souvent on peut tuer d’un seul coup de fusil le mâle et la femelle. Elle fait la chasse aux petits reptiles comme des scinques, ainsi qu'aux gros insectes et parfois aux nectarinia’s et zosterops qu’elle saisit au vol. Le cri qu'elle fait entendre par intervalles est analogue à celui de notre épervier. Nous avons observé le Nisus brutus, le plus fréquemment , dans les forêts de la baie de Jongony dans la partie Sud-Ouest de Mayotte, près de la plantation de cannes à sucre de M. Chaulier, qui nous a accordé, pendant plusieurs semaines, l'hospitalité la plus franche et la plus sincère.
NISUS MORELII.
Nisuoides Morel, Pollen, in litteris.
Cette espèce de petite taille, tout en se rapprochant des autres éperviers par son organisation, ses formes et son système de coloration, s’en éloigne par les bords de sa mandibule supérieure parfaitement droits en arrière du crochet. Il offre, dans le vivant, un autre caractère très saillant, c’est à dire que l'iris de l'oeil est d’un blanc pur.
Les individus de cette espèce connus jusqu’à ce jour ont été rapportés par M. Lantz, de Tintingue à la Côte Est de Madagascar.
Voici la description du mâle cédé par le Musée de Saint-Dénis dans l’île de la Réunion au Musée des Pays-Bas.
Aile 5 pouces 8 lignes; pointe de l'aile 14 lignes. Queue 4 pouces 9 lignes. Tarse 1 pouce 9 lignes. Doigt du milieu 44 lignes.
Quatrième rémige, qui est la plus longue de toutes, dépassant de 3 lignes la troisième et la cinquième. Queue légèrement arrondie.
Bec et ongles noirs. Pieds jaunes. Iris de l'oeil blanc.
Dessus de l'oiseau couleur d’ardoise tirant, en général, un peu au brun pourpré, mais les plumes sont blanches à leur partie basale, et ce blanc est interrompu, sur les
scapulaires, par des bandelettes foncées. Les pennes de la queue offrent des bandes alternes noires et d’un brun pourpré. Les bandes noires, plus étroites que les bandes brunes, sont au nombre de neuf sur les pennes mitoyennes, et distribuées de la sorte que l’on en compte cinq en arrière des couvertures supérieures de la queue. Les côtés de la tête sont un peu moins foncées que le dessus, et on voit une tache blanchâtre, mais mal déterminée sur le haut des freins. Les parties inférieures sont d’un blanc lavé plus ou moins de roussâtre, notamment sur la gorge, le jabot et la face inférieure des ailes. Cette teinte est cependant interrompue par des taches et bandes noirâtres ou brunes et distribuées de la manière suivante. On voit une raie couleur de schiste le long de la ligne médiane de la gorge; les plumes en moustache sont pourvues, chacune, d'une tache longitudinale couleur de schiste; le jabot, la poitrine, les flancs et le ventre sont ornés de bandes d’un brun noirâtre; il existe des bandelettes semblables sur les plumes des jambes, et d’autres bandelettes, mais très clair-semées sur le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue; les couvertures inférieures des ailes offrent des taches transversales noires, et on voit, dans toute l'étendue de la face inférieure des rémiges, des bandes foncées un peu plus larges que la teinte du fond.
Ce petit épervier, découvert par mon ami M. Lantz dans les environs de Tintingue à la Côte Est de Madagascar appartient au nombre des plus remarquables. J'en ai pu examiner, pendant mon séjour dans l’île de la Réunion, huit individus que ce voyageur infatiguable avait rapportés de Madagascar. J'ai dédié l’espèce à M. Morel, directeur du Musée de Saint-Dénis, qui a bien voulu me permettre de la faire connaître. Suivant M. Lantz cet épervier est nullement farouche et facile à tuer. Il fréquente de préférence, comme ses congénères, la lisière des forêts où il fait la chasse aux petits oiseaux et aux reptiles. Semblable aux chouettes, il a l'habitude de lever la tête en alongeant le cou et de la retirer ensuite.
CIRCUS MAILLARDIL
J. Verreaux, dans Maillard, Réunion, 1862; Sclater, Ibis, 1863, p.163, pl. 4. — Circus melanoleucus, Hartlaub, Madagascar, p.21, nec auctorum.
Tous les individus que les naturalistes ont pu obtenir jusqu'aujourd’hui de cette espèce, sont originaires de l'île de la Réunion et de celle d’Anjouan (voir Sclater, Ibis, 1864, p. 298); et c'est d’après un mâle adulte tué à la Réunion que M. Hartlaub a fait la description de son Circus melanoleucos, espèce Indienne très différente par ses pieds et ses formes en général grêles, par son cercle facial très développé et par ses teintes, notamment par le noir uniforme occupant tout le jabot et la gorge. (Ceci prouvé, on ne peut pas admettre l'existence du Circus melanoleucos dans l’île de Madagascar.
M. J. Verreaux (dans Hartlaub, Madagascar, p. 24) cite encore le Circus ranivorus
comme provenant de Madagascar. Ne serait-ce pas plutôt le Circus Maillardi, dont le système de coloration au premier plumage offre une grande affinité d'avec celui du Circus ranivorus, et dont l'existence à Madagascar est plus que probable, puisqu'il habite aussi l'île d'Anjouan.
Nous avons enfin obtenu de M. Verreaux, sous le nom de Circus Maillard, un oiseau tué à la Nouvelle Calédonie. Cet oiseau a été décrit par Gurney (Proceed. Zool. Soc. London, 1865, p. 823, pl. 44), sous le nom de Circus Wolf. Il est, en effet, très différent du Circus Maillardi de la Réunion; mais je crois que le jeune individu figuré par Gurney se rapporte au Swamp-hawk de l'Australie, Circus assimilis de Gould (nec Jardine), et que l'adulte figuré par Gurney appartient au Circus spilonotus (voir Swinhoe, Ibis, 1863, pl. 5) lequel, à son tour, n’est autre chose que le conspecies du Circus cyaneus observé en Amérique, au Japon, aux Philippines et à la Chine, et qui est connu depuis Linné sous le nom de Falco hudsonius (voir Circus cyaneus hudsonius, dans Schlegel, Muséum, Circi, p. 2).
Ces indications sufiiront pour démontrer que la connaissance exacte des busards exige une étude très approfondie et des collections très étendues.
Ne possédant que quatre individus de ce Circus Maillardi, nous ne sommes pas à même d'en établir les caractères d’une manière complète. (C’est toutefois une espèce assez distincte de toutes les autres, très reconnaissable, au plumage parfait, à ses teintes, mais rappelant, au premier plumage, celles du Circus aeruginosus ou rufus. Quant à ses formes, le Circus Maillardi offre des ailes beaucoup plus courtes que l’aeruginosus, ses tarses sont également plus courts, le bec, par contre, est plus ramassé et le cercle facial un peu plus développé.
Voici les principales mesures de nos individus du Circus Maillardi. Aile 12 pouces 4 lignes à 12 pouces 10 lignes; pointe de l'aile 26 à 28 lignes; queue 8 pouces 8 lignes; hauteur de la partie cornée de la mandibule supérieure 5 lignes et demie; tarse 2 pouces 10 lignes à 2 pouces 11 lignes; doigt du milieu 18 à 19 lignes.
Cette espèce découverte dans l’île de la Réunion se tient de préférence dans les grands ravins des montagnes, le plus souvent le long des hauts rochers de basalt qui se trouvent dans ces lieux. Elle a l'habitude de monter très haut dans l'air en traçant des cercles. Elle fait de préférence la chasse aux pigeons sauvages, qui se tiennent dans ces lieux et qui nichent dans les fentes des roches escarpées des montagnes. Elle prend également les perdrix et enlève les poulets. Faute de mieux, elle se contente aussi de rats et de souris. Quelquefois, elle a même la hardiesse d’attaquer de grosses poules qu’elle emporte aussitôt dans l'air hors de la portée du fusil, ce qui rend sa chasse très difficile. Aussi est-ce toujours par hasard qu’on la surprend. Les créoles attrapent ces voleurs de poules d’une manière particulière. A cet effet, ils attachent, après l'avoir enlevé à sa mère, un poulet, au moyen d’une corde, à un piquet, de la sorte qu'il ne peut se
remuer que dans un espace restreint. Ils placent ensuite, autour du poulet, de petites branches bien garnies de glu. Aussitôt qu'un pied jaune ou papange, ce sont les noms que les créoles de la Réunion donnent au Circus Maillardi, se présente, il est attiré par les cris que pousse le poulet abandonné de sa mère. A l'instant même le voleur se lance sur le pauvre oiseau, mais au moment où il le saisit, ses ailes se trouvent garnies des branches gluantes qui l’empèchent dès lors de prendre l'essor. Depuis le mois d'Avril jusqu’au mois de Septembre, ces oiseaux descendent des montagnes dans les plaines. Cette époque coïncidant avec celle de l'ouverture de la chasse à l’île de la Réunion, les chasseurs les surprennent facilement quand ils poursuivent le gibier blessé dans les savanes.
HALIAËTUS VOCIFERATOR.
Haliaëtus vociferoides, Desmurs, Revue z0ol., vol. 8, p. 175; et Iconographie ornithologique, pl. 7; Hartlaub, Madagascar, pl. 16.
Cet oiseau représente à Madagascar l'Haliaëtus vocifer de l'Afrique. Il offre en général beaucoup d’aflinité avec cette espèce Africaine, mais il s’en distingue par des modifications très considérables dans les couleurs du plumage, notamment par la face inférieure de ses rémiges ef ses grandes couvertures alaires inférieures teintes de gris. Quant aux caractères que les naturalistes ont empruntés des teintes des joues et de la queue, il est bon de faire observer que ces teintes varient avec l’âge et que ces caractères ne sont, par conséquent, pas applicables à tous les individus. Les individus, par exemple, qui ont servi de type à l'espèce, portent évidemment une livrée en partie imparfaite, puisque la paire mitoyenne de leurs rectrices est encore noire, tandis que les autres rémiges ont pris la teinte blanche. Or, quiconque a tant soit peu étudié les lois que j'ai établies sur les changements des couleurs qui s'opèrent dans les vieilles plumes, sait que chez les aigles à queue foncée dans les jeunes, blanche dans les adultes, cette dernière teinte est constamment produite, par un changement graduel du noir au blanc, ainsi que cela a également lieu dans les mouettes et dans d’autres oiseaux.
Nous possédons de cette espèce le mâle adulte tué sur le nid, et son jeune, étant une femelle, prise du nid, et morte en captivité, à l’âge d’un an, au point d’entrer en mue.
Le mâle adulte présente les détails suivants. Aile 18 pouces 4 lignes; pointe de l'aile 16 lignes, queue 8 pouces 8 lignes; hauteur de la mandibule supérieure derrière son feston 9 lignes; tarse 3 pouces 4 lignes; doigt du milieu 26 lignes.
Bec noir; iris de l'oeil couleur de saumon; pieds grisâtres.
Plumes du dessus de la tête et de la nuque d’un brun passant au blanc à leur partie terminale. Au dessus et en arrière des yeux une large raie surciliaire brun-noire. Région des oreilles blanche. Plumes de la gorge et des moustaches roussâtres, mais à tiges noires. Manteau, dos, suscaudales et face supérieure des ailes d’un brun foncé interrompu,
sur chacune des petites couvertures alaires, par une tache médiane d’un roux-rouge. Plumes du jabot et des jambes, ainsi que les axillaires et les petites et moyennes couvertures inférieures de l'aile brunes, mais également pourvues d'une large tache longitudinale, occupant le milieu de la partie terminale des plumes, et teinte de rouxrouge. Poitrine, ventre et plumes des flancs d’un brun un peu moins foncé que celui des parties supérieures. Plumes souscaudales et pennes de la queue d'un blanc pur, mais offrant, par-ci par-là, notamment sur la paire externe des rectrices, quelques restes de la teinte brune qui occupe ces parties dans l’habit imparfait. Grandes plumes sous-alaires et la plus grande partie de la face inférieure des rémiges d’un gris noirâtre marbré de blanchâtre.
Dans le jeune oiseau, c’est le brun qui domine sur toutes les parties du plumage ; mais toutes les plumes sont bordées de brun clair; celles de la tête, du cou et du jabot sont ornées d’une large tache longitudinale d’un roux-rouge; cette dernière teinte domine même complètement sur la gorge, et la région des oreilles est d’un gris brunâtre. L'iris de l'oeil est brun, le bec noir, la cire et les freins sont noirâtres et les pieds grisâtres.
Après la première mue, les souscaudales et les pennes de la queue sont en partie marbrées de gris blanchâtre, et ne prennent que successivement la teinte blanche.
Cet aigle n’est pas rare dans les parties de la Côte Nord-Ouest de Madagascar, que nous avons parcourues. On le voit souvent, tantôt planer dans les airs à perte de vue, en décrivant des cercles et en faisant continuellement entendre les sons criards de Kwauw- Kwauw, tantôt se lancer sur les gros thons qui sautent hors de la surface de la mer. L'Ankway, c'est le nom qu'il porte chez les Antancars et Sakalaves du Nord, fréquente surtout les emhouchures des rivières, pour y faire la pèche à la mer montante. C'est au grand matin qu'il quitte ses petits pour retourner vers le soir en leur apportant leur nourriture qui consiste ordinairement en poissons. Pendant la chaleur du jour, on le voit encore souvent perché sur les branches des paletuviers qui bordent la mer ou les embouchures des rivières. Ces oiseaux construisent leur nid dans les arbres les plus élevés des forêts s'étendant le long des bords de la mer ou des rivières. (Ces nids, d'une circonférence considérable, sont construits de fortes branches d'arbres. Étant un jour à la chasse, nous aperçûmes un de ces nids dans un arbre tellement élevé, qu'il était impossible de l’atteindre en grimpant même à l’aide d'échelles de corde. Il ne nous resta que d’abattre l'arbre, ce qui fut exécuté par les indigènes avec beaucoup d'habileté. Nous trouvâmes dans le nid un aiglon, assez avancé dans son développement pour pouvoir quitter le nid dans peu de jours. Le nid avait un diamètre de plus de trois pieds. L'intérieur en était parsemé d’une quantité considérable d’arêtes et de crânes de gros poissons. Pendant que l'on abattait l'arbre, les parents de l’aiglon s'étant aperçu de loin qu’on allât déloger leur petit, vinrent à son secours en poussant de grands cris
et en passant de si près des têtes des travailleurs, que ceux-ci craignaient d’être attaqués à GC
chaque instant par les redoutables griffes des aigles. Ce ne fut que lorsque nous eûmes abattu le mâle que sa compagne quittait ces lieux pour ne pas y revenir. L’aiglon qui. fut élevé par nous avec des poissons, de la viande et des rats, est arrivé sain et sauf en Europe, grâce aux bons soins de l’aimable commandant de la corvette Dupleix, M. E. Conrad. Mort depuis, cet individu fait actuellement partie du Musée des Pays-Bas.
MILVUS AEGYPTIUS.
Cette espèce, assez connue et très caractérisée, à l’âge adulte, par son bec jaune, est commune à la Côte-Est de Madagascar et très commune à Mayotte. Les individus de ces deux localités ne se distinguent en rien de ceux des autres contrées qu'habite l'espèce et qui sont toutes les parties de l'Afrique, l'Asie mineure, la Grèce et la Dalmatie.
C'est loiseau de proie le plus commun de Madagascar ainsi que de Mayotte. On le voit presque toujours en société des corneilles, se nourrissant comme celles-ci, des ordures que l’on trouve partout près des demeures des indigènes, surtout dans les lieux où on abat les boeufs. Ce milan est, en outre, grand voleur de poulets et de pigeons; aussi, dès que les habitants des villages en aperçoivent un, ils se mettent unanimement à crier: Papango! Papango! nom que porte chez eux l'espèce. À l'approche de l'oiseau, les cogs crient pour avertir les poules, qui se sauvent à l'instant avec leurs petits, tandis que les pigeons abandonnent leur cage pour voler en bande serrée au dessus du milan. Cet oiseau est, du reste, très utile par la destruction qu'il fait des rats, des souris, des couleuvres, des scinques ou autres animaux nuisibles. J'ai souvent rencontré ces oiseaux de proie dans les endroits où les indigènes brülaient une partie de la forêt, planant à une certaine hauteur dans l'air au dessus de la place où on défrichait les broussailles, afin de faire la chasse aux petits animaux qui, étant mis à découvert, cherchent à se sauver. Cette espèce niche à Madagascar.
BUTEO BRACHYPTERUS.
Von Pelzeln, dans Hartlaub, Madagascar, p. 15; Ibis, 1862, pl. 8. — Buteo tachardus, Hartlaub, L. c. (nec auctorum recent).
Il paraît que cette buse est propre à l’île de Madagascar. L’individu décrit par Hartjaub sous le nom de Buteo tachardus appartient à notre espèce et non pas au Buteo desertorum, espèce de l'Afrique et des bords du Wolga inférieur, à laquelle les naturalistes modernes ont très mal-à-propos appliqué l’épithète de tachardus, puisqu'elle est très différente, et du Buteo brachypterus et du Tachard de Levaillant (Falco tachardus, Daudin) qui repose évidemment sur un individu de la bondrée (Pernis apivorus): voir Schlegel, Muséum, Buteones, p. 5.
Le Buteo brachypterus offre, comme on sait, un système de coloration assez simple. Il paraît encore, à juger de l'inspection d’une dizaine d'individus, que les teintes et leur distribution sont beaucoup moins variables dans cet oiseau que cela a ordinairement lieu dans les autres espèces. Il y a jusqu'aux jeunes pris du nid qui, sous le rapport des teintes, ne diffèrent guère des adultes, et il en est encore ainsi des deux sexes.
Cet oiseau est reconnaissable à ses ailes assez courtes. Il rappelle sous ce rapport le Buteo pennsylvanicus de l'Amérique, dont la taille est toutefois beaucoup moins forte.
Voici les principales mesures prises sur nos individus. Aïle 41 pouces 2 lignes à 12 pouces 8 lignes; pointe de l'aile 29 à 31 lignes; queue 7 pouces à 7 pouces 10 lignes; tarse 2 pouces 10 lignes à 3 pouces; doigt du milieu 16 à 18 lignes.
Cet oiseau de proie connu chez les Antancars et Sakalaves du nord sous le nom de Tinoro a été d’abord observé par nous dans l’île de Madagascar, dans les environs du village Ampassiména dans une forêt de paletuviers vis à vis de l’île de Nossi-faly. Dans ce temps nous le crûmes très rare, parce que c'était le seul individu, que nous avions pu nous procurer pendant nos premières excursions dans ja grande île Africaine. Plus tard, lorsque nous pénétrâmes dans l’intérieur de l’île, cette espèce devint plus commune. (C'était surtout dans les environs de Syrangene que j'ai pu faire des observations sur sa manière de vivre. La ponte a lieu vers le mois d'Octobre et elle construit son nid sur des arbres élevés. Le nid du Tinoro rappelle par sa forme celui des corbeaux, mais il est moins concave et plus grand, construit de fortes branches et garni de feuilles sèches et vertes. Il paraît que la ponte de ces buses est de 3 à 4 oeufs, du moins j'ai trouvé une fois trois petits dans un nid de cette espèce. Il est facile de découvrir le nid de ces oiseaux, parce qu'ils ont l'habitude de pousser, à l’approche de l’homme, des cris plaintifs et monotones que l’on entend à plus d'un quart de lieue de distance et, qu'arrivé sur les lieux, le couple vient à la rencontre de la personne qui s'approche. Quand on s’avance davantage, ils ont même l’audace de voler de très près au dessus du passant. Leur vol est majestueux, ils planent presque continuellement en montant dans l’air à une hauteur considérable, toujours en criant et en traçant des cercles. Le cri de ces oiseaux est très perçant et fait involontairement penser à celui d’un nourrisson. Îls vivent principalement de petits mammifères, tels que des rats et des souris, puis des reptiles, des caméléons et des lézards, ainsi que de gros insectes, tels que coleoptères, sauterelles et cigales. Le Dicrurus forficatus porte une haine particulière à cette buse, la poursuivant toujours quand il l'aperçoit.