FR. POLLEN
LICHANOTUS BREVICAUDATUS. Les indigènes de Madagascar désignent cet animal sous le nom de Babakoto, ce qui signifie litéralement père-garçon (Baba, père; koto, garçon, enfant), et non pas sous celui d'Indri, comme l’a indiqué Sonnerat, auquel on doit la découverte de l'espèce. Le mot d’Indri est une exclamation que les malgaches, surtout les hova’s, poussent chaque fois qu'ils veulent faire porter l'attention sur un objet quelconque. Ce mot signifie: tiens, voici, regarde. Il est problable que les indigènes, en indiquant cet animal, dans la forêt, aux voyageurs Européens, ont prononcé les paroles: Indri ny izy: le voilà là bas. Jusqu'à présent, on n’a trouvé ce grand lémurien que dans l’intérieur de la partie orientale de Madagascar. Mon ami, M. le docteur Auguste Vinson, me fit part que, traversant la grande forêt d’Alanamasoatrao, il était assourdi, pendant deux jours, par les clameurs incessantes des Babakoto’s qui semblaient se tenir en bandes nombreuses, mais invisibles dans l'épaisseur des bois. Les naturels ont une vénération superstitieuse pour le Babakoto et le considèrent comme un animal sacré. Ils croient que leurs parents changent, après leur mort, en Babakoto’s, et que les arbres sur lesquels ces animaux vivent fournissent des médicaments infaillibles contre les maladies incurables. Aussi ont-ils soin de ramasser les feuilles de l'arbre sur lequel ils ont aperçu un de ces animaux pour s’en servir quand ils sont malades. Les indigènes de la grande île Africaine disent encore que c’est fort dangereux d'attaquer le Babakoto avec des sagaies, attendu que si on lui lance cette espèce de javelot, il la saisit au vol avant d’en être atteint et que lui, à son tour, la relance à coup sûr aux attaqueurs.
Ils racontent encore que, lorsque la femelle a mis bas, elle prend le petit dans ses bras pour le lancer à son mari qui se tient sur un arbre voisin, et que celui-ci le rejette à la femelle: si le petit ne tombe pas à terre après avoir subi cet exercice pendant une douzaine de fois, les parents l’élèvent avec le plus grand soin; mais au cas contraire ils l’abandonnent et ne se donnent pas même la peine de le ramasser. Dans certaines contrées de Madagascar, on dresse le Babakoto pour la chasse aux oiseaux, et on dit qu'il rend d'aussi bons services que les chiens. Les Babakotos, quoique frugivores, ne dédaignent pas les petits oiseaux, qu’ils attrapent avec beaucoup d'adresse pour leur manger la cervelle, Ces animaux ne se trouvent pas dans la partie Nord-Ouest de Madagascar; du moins les indigènes que j'ai interrogés à ce sujet m'ont assuré qu'ils ne l'avaient jamais vu, mais bien entendu en parler par les habitants de l’intérieur.
AVAHIS LANIGER. Ce lémurien appartient aux animaux les plus curieux de la grande île Africaine. Il paraît qu’il y est plus commun que ses congénères le Babakoto et le Simpoun, et qu'il fréquente les forêts de l’intérieur. L’Avahis laniger, connu chez les malgaches sous le nom de Ampongui ou Ampongo, est essentiellement nocturne; et il passe même toute la journée en état de torpeur. Mon ami, M. Lantz, en a tué près de Tintingue à la Côte Nord-Ouest de Madagascar, un individu dormant sur une branche d’arbre penchante au dessus d’une rivière. Suivant feu mon ami Ch. Coquerel, on le rencontre quelquefois dans la grande forêt de Tsatifoutt dans l’île de Sainte-Marie (Nossi-Bourrah). Jai vu au Musée de Port-Louis quatre individus de cette espèce, envoyés par feu le naturaliste anglais Gerrard qui les avait tués dans les environs de Tananarivo.
LEMUR vVaRius. Cette espèce n’a été observée jusqu’à présent que dans les forêts du centre de la grande île malgache, c’est à dire dans les contrées qui s'étendent entre Tintingue, Tamatave et Antananarivo. Elle s'y trouve par bandes considérables, vivant de fruits. Elle a le caractère farouche. Sa voix est très forte et s'entend de très loin. Le hurlement que ces animaux font entendre unanimement ressemble beaucoup à celui du lion; il est tellement effrayant qu'on tremble involontairement quand on l'entend. Il existe parmi ces Lémurs plusieurs variétés. Dans les uns, c’est le noir qui domine, dans d’autres le blanc. Il y en a même qui sont d’un blanc uniforme, et d’autres teints d’un noir uniforme. (uant à moi, je suis presque certain que le Lemur ruber des naturalistes n’est encore qu'une variété rousse du vari, parce que j'ai vu, au Musée de Saint-Dénis, un individu de cette soi-disante espèce dont le pelage changeait dans la livrée du vari. Il n’existe, dans les teintes, point de différence, ni suivant le sexe, ni suivant l’âge. Du reste, le Lemur ruber a les mêmes habitudes que le vari; ces animaux vivent et s’accouplent ensemble. C’est à tort que mon ami Ch. Coquerel, en parlant des makis dans les Notes Mammalogiques publiées dans la Revue et le Magasin
de Zoologie N°. 11, 1859, dit du Lemur ruber que c’est l’espèce la plus commune à Mayotte. Cet animal n'existe pas dans cette île, où l’on ne trouve que le Lemur mayottensis.
LEMUR CATTA. Cette espèce, si caractérisée par ses teintes, habite les forêts de la partie Sud-Ouest de Madagascar et elle n’a jamais été observée dans les autres parties de l’île. Les individus qu’on en a obtenu, venaient des provinces de Fehérénana, Mahafali et Machikore. Suivant feu Sganzin, elle se trouverait aussi dans la province d’Anossi, dans laquelle est situé le fort Dauphin. Ces makis vivent, comme leur congénères, en bandes considérables et ne s’en distinguent guère par leurs habitudes. Ils sont d’une douceur extrême et se lancent avec grâce et légèreté d’arbre en arbre. Le petit cri plaintif qu'ils poussent par intervalles, ressemble à celui de notre chat domestique. Dans la captivité, ce maki s'attache en peu de temps à son maître; du moins le jeune catta, que le quartier-maître avait à bord de la corvette française Dupleix sur laquelle je me trouvais, était tellement habitué à lui, qu'il le reconnaissait parmi tout l'équipage. Il aimait beaucoup à jouer avec le chien et les mousses du bord. Ce gentil animal protégait encore d’une manière toute particulière le petit singe d'un matelot le soignant comme son enfant en le léchant et le cajolant dans ses bras. Il sautait avec élégance et une agilité incroyables dans la mâture; souvent il avait l'habitude d'étendre les bras et de fixer les yeux sur le soleil, dès que ses premiers rayons venaient à poindre, soit en se dressant sur les pieds de derrière, ou en demeurant assis, mais tenant le torse droit. Dans d’autres moments, il approchait des cages aux poules, s'amusant à leur tirer la queue jusqu'à ce qu'elles commençaient à pousser des cris plaintifs.
CHEIROMYS MADAGASCARIENSIS, (Cet animal si curieux pour la science habite de préférence les forêts de bambous qui se trouvent dans l’intérieur de la grande île malgache. Suivant les indigènes, il est fort rare; vit solitaire ou par couples, mais jamais en bandes; est essentiellement nocturne et dort pendant toute la journée dans les touffes épaisses des gros bambous, au fond des forêts les plus impénétrables. C'est un animal que l'on ne découvre que par hasard et encore très rarement. Il se nourrit de la moëlle des bambous et des cannes à sucre, mais aussi de coléoptères et de leurs larves. Pour obtenir, soit le coeur des bambous et des cannes à sucre, soit des insectes, il ronge avec ses fortes incisives, une ouverture dans la tige de la plante et, en introduisant dans l'ouverture ainsi pratiquée le doigt du milieu qui est très mince, il en retire la substance végétale ou les insectes. Suivant mon ami M. Aug. Vinson, l’Aye-Aye qu'on à eu pendant quelque temps vivant au Musée de Saint-Dénis mangeait les larves d'insectes qui se trouvaient sous l'écorce de l’Acacia lebbeck, mais il rejetait ceux du Magnifera indica, Il était très friand de café au lait et d'eau sucrée qu'il buvait, en passant et repassant incessamment et avec une incroyable agilité son doigt du milieu, du
vase à la bouche. M. le professeur W. Peters dit, dans un mémoire fort intéressant sur cet animal, que le Dr. Gerstäcker à trouvé, dans l'estomac d'un Aye-Aye, des restes d'insectes appartenant aux familles Cucujini et Lamellicornia (Passandra et Dynastes). Voir W. Peters: ”Ueber die Säugethiergattung Chiromys (Aye-Aye), Abhandlungen der Kün. Academie von Berlin, 1865”. Le cri que l’Aye-Aye fait entendre pendant les nuits sombres est un grognement plaintif. Quand il est en colère, il souffle comme un chat en ployant ses grandes oreilles et en les couchant en plis sur la nuque. Cet animal, engourdi pendant la journée, est très actif durant la nuit. Dès le lever du soleil, il dort la tête abaissée entre les pieds de devant et s’enveloppant tout entier de sa large queue. A la nuit tombante, il sort de sa torpeur, grimpe en tout sens sur les arbres, s’élance avec l’agilité des makis de branche en branche en examinant soigneusement les ouvertures des vieux arbres afin d'y chercher sa nourriture; mais il se retire, avant que l'aurore paraît, au fond des forêts qu'il fréquente pendant la nuit, afin que les premiers rayons du soleil ne puissent l’éblouir. Le nom d’Aye-Aye, sous lequel Sonnerat a désigné cet animal de Madagascar, n’est qu’une exclamation que les indigènes font entendre quand ils voyent une chose bizarre.
GALIDIA ELEGANS et CONCOLOR. Ces animaux aiment à fréquenter les lieux marécageax couverts de fougères aquatiques et de jones. Ils y font la chasse aux râles et aux autres petits oiseaux aquatiques. Après la chasse ils se retirent dans les forêts situées à une certaine élévation. Souvent ils font aussi des irruptions dans les basse-cours des indigènes pour y massacrer des poulets dont ils sucent le sang, le plus souvent sans les manger, ou bien pour s'emparer des oeufs desquels ils sont très friands. Ils se nourrissent aussi de souris, de rats et de certains fruits, surtout de ceux du bananier. On sait que feu Bernier a découvert ces animaux dans la partie Nord-Est de Madagascar. Le Galidia concolor a les mêmes habitudes que le Galidia elegans; il habite les mêmes lieux, mais il est plus commun. Les individus décrits sous le nom de Galidia olivacea ne paraissent former qu'une variété de cette espèce. Je rapporte ici les observations que mon ami Ch. Coquerel a faites sur le Galidia concolor. Dans un des hôtels les plus fréquentés de Saint-Dénis, à Bourbon, il y en avait un complètement libre; on le voyait sans cesse courant de tous les côtés en poussant un petit gloussement analogue au cri de certains oiseaux. Il faisait une guerre continuelle à tous les insectes qu'il rencontrait, dévorant jusqu'aux Kancrelas. En très peu de temps, tous les rats de l'hôtel avaient disparu; il les poursuivait jusque dans les trous les plus étroits, leur suçait le sang, et leur mangeait la cervelle. Lorsqu'on lui donnait un oeuf, il commençait par exprimer sa satisfaction par des gloussements répétés, et le faisait rouler quelque temps devant lui à l’aide de ses pattes antérieures; puis il le poussait vers un arbre ou contre un mur, et se renversant sur le dos et saisissant l'oeuf avec ses quatre
pattes, il le lançait brusquement contre l'obstacle qu'il avait choisi, et cela souvent à plusieurs pieds de distance: après l'avoir cassé de cette manière, il en lappait le contenu avec la plus grande avidité. Il faisait une guerre acharnée à tous les chiens qui entraient dans l’hôtel et les poursuivait en leur mordant les jambes, et ceux même qui étaient de forte taille. Au bout de peu de temps, il flattait les habitués et jouait avec le chat de la maison. Quant à son maître, il le suivait partout”. Les malgaches donnent aux Galidies, aux Atilax et aux Galidictes le nom de Vontsira.
CENTETES ECAUDATUS. Cet animal se trouve en abondance, non seulement dans son pays natal, la grande île de Madagascar, mais aussi dans les îles de Nossi-falie, Nossi-bé et Saint-Marie. On le rencontre en outre à Mayotte, à la Réunion et dans l’île de Mauritius où il a été introduit Sa manière de vivre est très remarquable. La moitié de l’année il passe dans un profond sommeil. Ceci a lieu dans la saison froide et non pas durant la saison chaude, comme l'ont prétendu plusieurs naturalistes. C'est vers les mois de Mai et de Juin que ces animaux se creusent un trou, dans lequel ils dorment depuis le mois d'Avril jusqu'en Décembre, la tête fourrée entre les pieds de derrière. Ces trous sont souvent reconnaissables à un petit monticule de mousse ou de terre, comme cela se voit dans les taupinières. Pendant ce temps ils deviennent très gras et c’est alors que les naturels de Madagascar et les créoles de la Réunion les chassent avec ardeur à cause de leur chair qu'ils estiment beaucoup. Dans cette saison et plus particulièrement aux jours de fête, on trouve le bazar de Saint-Dénis bien garni de ces animaux, soit frais, soit boucanés. Les créoles qui habitent les montagnes descendent ordinairement le dimanche en ville, pour approvisionner le marché de ces animaux. Ils les vendent suivant leur grandeur et leur grosseur, souvent même pour le prix de deux francs cinquante centimes la pièce. Suivant certains amateurs, la chair de ces animaux est préférable à celle du cochon de lait, quoique d’autres prétendent qu’elle a un goût de musque. La chasse aux hérissons malgaches se fait avec des chiens dressés expressément pour cet exercice, mais le plus souvent on employe de vilains petits roquets qui cherchent avec ardeur leur retraite. Aussitôt qu'ils ont trouvé un asile de cet animal, ils creusent un trou et le retirent ivre de sommeil. Le chasseur le met aussitôt dans un sac, pour le tuer après. Le tangue, nom que cet animal porte dans son pays natal, est très fécond et met souvent de 42 à 16 petits au monde. Cette fécondité les sauve de disparaître de la terre, comme cela arrive avec tant d’autres animaux qui subissent une persécution continuelle. Les soins maternels du tangue sont vraiment admirables. Depuis le temps que les petits sont capables de suivre la mère dans la recherche de leur nourriture, elle les défend vaillamment contre toute espèce d'attaque, ne les abandonne jamais et se laisse plutôt tuer que de se séparer de ses enfants. Les tangues se tiennent de préférence sur les montagnes, dans les endroits couverts de mousse, de
fougères, de broussailles et de roches. Leur nourriture consiste principalement en vers de terre qu'ils déterrent à l’aide de leur museau pointu et de leurs pieds, à la manière des cochons. Ils dévorent aussi certaines racines, fruits et insectes. En captivité, ils mangent la viande crue, ainsi que les fruits du bananier, desquels ils sont très friands. Leur manière de vivre est plutôt nocturne que diurne. Ils dorment presque continuellement pendant le jour, tandis qu'ils sont très actifs pendant la nuit. J'ai souvent tenu ces animaux en captivité; ils aimaient à se rouler dans la terre que je leur donnais dans leur cage et dans laquelle ils fourraient le nez, en grattant avec les pieds, absolument comme font les cochons. Pendant la nuit ils brisaient souvent, avec leurs fortes dents, le treillage en fer de la cage et parvenaient ainsi à se sauver. Quand je leur donnais de la viande, ils se la disputaient souvent tirant tous ensemble des deux côtés d'un morceau, et ne lâchant prise que jusqu'à ce que le plus fort l'eût emporté et dévoré. Ces animaux sont assez sujets à varier. Dans quelques individus, la tête, l’entre-deux des épaules et le devant des flancs sont couverts d’épines très raides et dures, tandis que les autres parties supérieures du corps sont garnies de poils assez longs. Chez les jeunes individus, on remarque cependant que tous les poils des parties supérieures sont entremêlés d’épines d’une couleur blanchâtre, brunätre, ou bien d’épines qui montrent ces deux couleurs ensemble; il y en a aussi, où les épines blanches forment des raies irrégulières sur le corps; dans d’autres individus, les poils sont remplacés, sur toutes les parties supérieures du corps ou même sur les postérieures et les flancs, par des épines très raides. M. [sid. Geoffroy Sainte-Hilaire a donné à un individu couvert d'épines raides, le nom de Centetes armatus; je crois cependant que ce n’est autre chose qu'une variété du Centetes ecaudatus et non pas une espèce distincte. Le système dentaire est le même, et les autres différences sont faciles à expliquer en les portant sur le compte des variations que subissent ces parties, soit suivant l’âge, soit suivant les individus.
Preropus EpwaRpst. Nous avons trouvé cette espèce en abondance dans les iles de Madagascar et de Mayotte. Elle vit en compagnie et se tient de préférence sur de vieux arbres, aux branches desquels elle se suspend avec ses pieds de derrière. Ces animaux font souvent entendre un bruit épouvantable par leurs cris perçants et croassants, notamment dans le temps du rut. On les voit voler, soit pendant le jour, soit dans la nuit, mais de préférence quand il fait clair de lune. Leur nourriture consiste principalement en fruits du dattier sauvage; ils en consomment journellement en grande quantité, à juger de leurs ordures que l’on aperçoit partout dans les sentiers qu'on parcourt, et qui consiste presque totalement en grains de ce fruit. La chair des roussettes parait être excellente; ce ne sont pas seulement les indigènes qui l’aiment, mais aussi
certains Européens qui chassent souvent ces animaux pour cette raison. Ils deviennent
en peu de temps excessivement gras, aussi leur corps ressemble-t-il à un morceau de graisse, lorsqu'on en a enlevé la peau. Quant aux indigènes, ils n'ôtent jamais la peau à ces animaux. En les accommodant pour leurs repas, ils les rôtissent tels qu'ils sont, au dessus d’un feu chauffé de bois, les tournant à chaque instant, absolument comme de la viande rôtie à la broche. Il sera superflu de constater qu’un animal rôti de la sorte, offre une apparence dégoûtante pour un homme civilisé. On dit cependant que le goût de cette chair ressemble à celui de la chair du lapereau. Le vol de ces animaux est ient et interrompu à chaque instant par des coups d'ailes. Très souvent on les voit, vers le soir, quelquefois même au grand jour, se diriger, très haut dans l'air, de l’une forêt à l’autre; on croit alors voir un vol de corneilles. A Mayotte, j'ai encore observé, aux bords du lac de Combany, que ces animaux volent comme les hirondelles en rasant l'eau de leurs ailes. Ils sont très durs à abattre et il faut se donner de la peine pour tuer complètement un individu blessé. En les tirant au vol, on réussit presque toujours à les abattre. Lorsqu'on en veut tuer plusieurs, il suffit d’en blesser un de manière à ce qu'il tombe à terre en poussant des cris épouvantables; tous ceux qui se trouvent dans le voisinage se réunissent alors autour du chasseur, pour donner de l'assistance au blessé. On voit ces animaux pendant le soir voler à la manière des Chauve-souris le long des forêts des paletuviers qui se trouvent au bord de la mer et le long des rivières. Ils se tiennent de préférence dans les lieux isolés, surtout dans les petites îles boisées, inhabitées et situées à quelque distance de la côte. Les malgaches ont inventé une manière bien simple pour s’en procurer. Ils placent dans un arbre, chargé ou non des fruits que les fanys recherchent pour leur nourriture, deux longues perches attachées aux bouts des plus hautes branches. (Ces perches sont pourvues, de chaque côté, de poulies dans lesquelles ils passent des cordes attachées à un filet que l’on peut hisser et descendre à volonté. Aussitôt que l’un de ces animaux s'accroche dans les laçets, l’homme qui se tient au pied de l’arbre fait descendre le plus vite possible le filet. Cet animal se trouve aussi dans l’île de la Réunion, dans les vieilles forêts de l’intérieur; mais il y est très rare.
TAPHAZOUS LEUCOPTERUS. Nous avons plus particulièrement observé cette espèce dans les parties sous le vent de l'île de la Réunion, surtout sur le littoral de Saint-Paul, où elle vit de préférence dans les tamariniers et cocotiers. Elle sort vers le soir et est difficile à tirer à cause de la vitesse de son vol. Elle se nourrit de papillons et d’autres insectes nocturnes qu'elle prend au vol. Cette Chauve-souris est connue dans cette île sous le nom de Chauve-souris à ventre blanc. Elle a également été observée par nous dans l’île de Nossi-bé, ce qui fait supposer qu’elle se trouve encore à Madagäscar.
Dysopes. Cette espèce est très abondante dans l’île de la Réunion, où elle vit prin-
cipalement sur le littoral, se réfugiant pendant le jour dans les cavernes, les charpentes des maisons et les clochers. Elle est connue, dans cette île, sous le simple nom de Chauve-souris. On la voit voler, par bandes, le long des roches qui bordent les rivières, ou bien dans les places ouvertes, dans les rues des villes, et le long de la plage. Elles font souvent entendre le petit cri propre à ces animaux et ne sortent de leur asile, qu'à la nuit tombante. Une espèce qui a beaucoup d’analogie avec celle-ci se trouve à Mayotte et à Madagascar; elle a les mêmes habitudes, et aime surtout à choisir pour demeure les pigeonniers, vivant en très bon intelligence avec les pigeons.
SCIURUS MADAGASCARIENSIS. Cet animal est très rare à Madagascar et ne se trouve que dans l'intérieur de la partie orientale de l’île. Le Musée de Saint-Dénis possède un individu rapporté des environs d’Antananarivo, par un missionnaire jésuite. Les Betsimsaracs connaissent cet animal sous le nom de Hansirac.
GENRE Mus. Les mammifères les plus abondants dans l’île Malgache sont, sans contredit, les rats et les souris, connus chez les indigènes sous les noms de Valave et Sizi. Le rat et la souris les plus communs à Madagascar sont le Mus indieus et le Mus museulus. Ils y ont probablement été introduits par les navires de commerce. La quantité de ces animaux est si grande, qu’au soir on ne peut guère faire un pas sans en voir courir par centaines à la recherche de leur nourriture. Je n’oublierai jamais les tourments que nous ont occasionnés les rats pendant notre séjour dans les forêts s'étendant le long des bords du fleuve de Kongony. Leurs dents n’épargnaient rien et nous nous vimes souvent dans la nécessité de partager nos repas avec ces gourmands ennuyants. Îl arrivait même plusieurs fois qu'ils rongeaient, pendant la nuit, la plante des pieds de mes serviteurs malgaches, qui, plongés dans un sommeil profond, ne s’en apercevaient que le jour suivant par les douleurs brülantes occasionnées par ces plaies. Aussi les malgaches ont-ils soin de mettre en sûreté leurs provisions de riz, pour que ces animaux destructeurs n'y puissent toucher. C’est pour cela qu’ils placent leurs granges sur des pieux pourvus d’une planche circulaire, de la forme d’un fond de tonneau. Les rats et les souris n’abondent pas seulement à Madagascar, mais encore aux îles Mascarègnes et aux Comores. Aux Mascarègnes se trouvent en outre Mus rattus, Mus indieus et Mus sylvaticus. Ces animaux y font beaucoup de tort aux champs de cannes à sucre. Pendant l’époque de 1548 à 1664 il y avait tant de rats et souris dans l'île de la Réunion, que les premiers colons furent obligés de quitter l’île, en étant, pour ainsi dire, chassés par les rats. Il est fort probable que ce n’était que le rat noir qui existait alors à l’île de la Réunion, et qu'il ne se tenait que dans les parties cultivées,
c'est à dire le long du littoral. Quelque temps après, le surmulot des Indes, Mus indieus, Fe
fut transporté, par des navires, à l'île de la Réunion. Le rat noir battait alors en retraite devant son puissant congénère et était obligé de quitter les parties basses de l'île pour se réfugier dans les montagnes.
SUS LARVATUS. Les forêts de Madagascar fourmillent littéralement de Sangliers. Partout où l’on dirige ses pas dans ces contrées, les forêts sont intersectées d’un grand nombre de petits sentiers larges à peine d’un pied et parsemés de milliers d'empreintes des pieds de sangliers. Ces animaux vivent en bandes composées quelquefois, chacune, d’une vingtaine d'individus. Ces bandes sont toujours guidées par le mâle le plus vieux. La laie met ordinairement deux ou trois, quelquefois même jusqu’à neuf petits au monde. Les marcassins suivent leur mère jusqu'à ce qu’elle ne les allaite plus. Les sangliers se tiennent, pendant les grandes chaleurs du jour, dans les forêts marécageuses les plus impénétrables, qu'ils n’abandonnent que pendant la nuit, pour se rendre dans les champs cultivés de manioc ou dans les rizières où ils dévastent plus qu'ils ne mangent. J'ai vu plusieurs fois des champs de manioc dévastés par les sangliers, où il ne restait plus une seule racine de ces plantes utiles: partout ils avaient fouillé la terre avec une régularité telle, qu'on aurait cru y voir la main de l’homme déterrant systématiquement les racines. La chasse aux sangliers appartient au nombre des récréations les plus passionnées des malgaches. Ils les chassent avec des chiens qui ressemblent beaucoup, quant à leurs formes, au chacal. Ceux qui sont bons pour la chasse, s'appellent Amboa, ceux qui sont incapables, Kiva. Quoique les sangliers soient craintifs, ils sont pourtant à craindre quand on les attaque; ceci s'applique surtout aux mâles qui sont armés de fortes défenses. Blessés, ils se lancent avec fureur sur les chiens qu'ils réussissent souvent à éventrer. Les indigènes ne savent instruire ni conduire leurs chiens. Ils les excitent seulement en criant d’un ton particulier hé-houh et en frappant en même temps plusieurs fois sur leur cuisse avec le plat de la main. Îls tuent les sangliers avec leurs zagaïes, espèce de javelot qu'ils lancent quelquefois à une grande distance. Ils ne sauraient chasser le sanglier sans l’aide de chiens. Afin de rendre ces animaux capables pour cette chasse, ils ont soin de leur frotter, avec le sang d’un sanglier fraichement tué, la tête et les pieds et de faire boire, à chacun, quelques gouttes mises dans une cuiller de feuilles de ravinala; ils prétendent que cette précaution est nécessaire pour augmenter leur goût pour la chasse. Pour qu'une chasse au sanglier soit heureuse, il est nécessaire quon se rende dans la forêt avant l’aurore, car il est très rare de trouver des chiens malgaches qui fassent leur besogne dans l'après-midi. Les malgaches font la chasse au sanglier plutôt pour s'amuser que pour en tirer du profit. Beaucoup d’entre eux ont même une répugnance de la chair des sangliers. Ils craignent qu’en la mangeant, ils ne soient possédés par Agaths (le diable). A Madagascar on a tant de vénération pour les chasseurs aux sangliers qu'on leur offre souvent, partout où ils passent, des cadeaux.
Ils ont même le privilége de disposer, dans un pressant besoin, des choses qui leur sont nécessaires pour vivre. M. Leguével de Lacombe dit, qu'il existe à Madagascar une autre espèce de sanglier bien distincte du Sus larvatus. Suivant ce voyageur, elle serait plus petite, plus rare, plus maigre, plus féroce, à poil roux, et elle choisirait pour retraite les lieux les plus sauvages et les plus escarpés.
CÉTAcÉs. La petite espèce de Dauphin appelée Delphinus sao, n’est pas rare dans les mers de Madagascar où on la voit assez souvent sauter, plonger et nager avec une adresse étonnante et en bandes nombreuses. Ces animaux aiment beaucoup à poursuivre les poissons volants, et ils montrent dans cet exercice une rapidité extraordinaire. Les malgaches qui sont connus comme d'excellents harponneurs, les chassent en pleine mer dans leurs légers camphéares, espèce de longue pirogue. Ils font cette chasse principalement à cause de l'huile qu'ils tirent de ces animaux; cependant, ils en mangent avec plaisir certains morceaux. Je n'ai jamais eu le bonheur d'obtenir, soit la peau, soit le squelette, et pas même le cräne de cette espèce, vu que les harponneurs enlèvent la chair dès qu'ils en ont pris un et jettent le reste qui n’a pour eux point de valeur et qui chargerait trop leur cano. — Les baleines (Balaena australis) et les cachelots (Physeter macrocephalus) venant des mers australes, fréquentent aussi de temps en temps les côtes de la grande île Africaine, principalement en montant par le canal de Mossambique. Ce sont surtout les baleiniers Américains qui exercent la chasse aux baleines dans ces parages. Les malgaches n’osent jamais attaquer les baleines et les cachelots, mais bien les baleineaux, dont ils aiment la chair. Le harponneur, qui a eu le bonheur de tuer un baleineau est considéré comme un personnage important: le soir, les jeunes filles célèbrent son courage et allument des feux à la clarté desquels elles dansent et chantent en son honneur.
OMS TANT RAPACESR.