FALCO CONCOLOR
Temminck, PI. col. description, mais non pas la fig. 330, qui représente le Falco ardosiacus de Vieillot. — Susemihl, pl. 9, fig. 1. — Fritsch, Vüg. Europ., pl. 3, fig. 8. — Hartlaub, Madagascar, p. 18. — Schlegel, Mus. des Pays-Bas, Falcones, p. 25.
Cette espèce découverte par Rüppell dans les ilôts de la Mer rouge, se trouve également à Madagascar. Deux individus de cet oiseau recueillis dans cette île sont conservés au Musée de Paris, et deux autres, le mâle et la femelle au premier plumage, tués près du Cap St. André au Nord de la baie St. Augustin, ont été envoyés par M. Edward Newton, à son frère, le professeur Alfred Newton à Cambridge, qui a bien voulu nous les communiquer.
Ces deux individus, semblables entre eux par leur système de coloration, s’éloignent sous ce rapport de celui des adultes, pour rappeler en quelque sorte celui du jeune Falco Eleonorae ou du Falco subbuteo. On sait que, dans le Falco concolor adulte, toutes les parties du corps offrent un gris ardoisé plus ou moins noirâtre, que toutes les plumes ont leur baguette noire, et que les barbes internes des pennes de la queue seules présentent des traces d’une teinte un peu plus claire disposée en taches transversales. Les jeunes se font remarquer, au contraire, parce que la teinte foncée du fond se trouve en partie interrompue par une teinte roussâtre disposée de la manière suivante. Elle occupe toute la gorge, se prolonge de là sur les côtés du cou et même jusque sur la
partie basale des plumes de la nuque; elle se montre sur les plumes des autres parties inférieures et même des sous-alaires en guise de très larges bordures; elle forme, sur les barbes internes des pennes caudales et des rémiges, des taches en bandes transversales, et elle termine toutes ces pennes ainsi que les plumes du croupion et des épaules.
Mâle. Aile 9 pouces 3 lignes; pointe de l'aile # pouces. Queue 4 pouces 9 lignes. Tarse 44 lignes. Doigt du milieu 14 lignes et demie.
Femelle. Aile 10 pouces 2 lignes; pointe de l’aile 4 pouces 2 lignes. Queue 5 pouces 2 lignes. Tarse 15 lignes. Doigt du milieu 16 lignes.
FALCO NEWTONIL.
Tinnunculus Newtonü, Gurney, Ibis, 1863, p. 34, pl. 2.
C'est un fait digne de remarque que le groupe géographique de Madagascar nourrit trois cresserelles, faciles à distinguer entre elles et distribuées de la sorte que l’une, le Falco Newtonii se trouve à Madagascar, le Falco punctatus à Mauritius, le Falco gracilis dans les îles Séchelles. Quant aux autres îles de ce groupe, on n’y à pas encore observé des cresserelles.
La cresserelle de Madagascar est d’une taille un peu plus forte que celle de Mauritius, qui, à son tour, offre des dimensions plus considérables que celle des Séchelles.
La cresserelle de Madagascar rappelle en général, par son système de coloration, l’espèce Européenne, et elle se distingue principalement de celle de Mauritius par ses suscaudales grises, de celle des Séchelles par sa taille beaucoup plus forte.
Les mesures suivantes sont prises sur une trentaine d'individus, tous recueillis dans la partie Nord-Ouest de Madagascar et dans les îles voisines de Nossi-falie et Nossi-bé. Aile 6 pouces 7 lignes à 7 pouces 8 lignes; pointe de l'aile 2 pouces 5 lignes à 3 pouces; queue # pouces 7 lignes à 5 pouces; tarse 15 lignes à 16 lignes et demie; doigt du milieu 10 à 11 lignes,
Les teintes et leur distribution sont assez variables dans la cresserelle de Madagascar. La teinte du fond des parties inférieures varie depuis un blanc plus ou moins pur jusqu’au roux-rouge; le rouge-brun des parties supérieures est tantôt foncé, tantôt clair; la région des oreilles est dans les uns blanchâtre, dans d’autres grisâtre; les taches noires du manteau et des ailes sont quelquefois peu nombreux, presque toujours peu larges, et elles n'offrent la forme de bandes que dans les très jeunes individus; enfin, la teinte claire des pennes caudales, quoique en général grise, passe quelquefois plus ou moins complètement au roux.
On trouve cette cresserelle partout où l'on dirige ses pas, tant à Madagascar qu'aux ile$ voisines de Nossi-Bourrah (Saint-Marie, Nossi-bé et Nossi-falie). Les malgaches lui donnent le nom de Ketsi-ketsi ou Kitte-kitteki, à cause de son cri. Ces oiseaux comptent
parmi les plus utiles de la grande île Africaine, car ils font continuellement la chasse aux souris, lézards, petites couleuvres et autres vertébrés de petite taille, ainsi qu'aux coléoptères, cigales et autres insectes. Ils sont nullement farouches, se laissent approcher sans méfiance en regardant avec des yeux ardents le chasseur qui cherche à les tuer, restant perchés sur les branches mortes des arbres. C’est dans le commencement du mois d'Octobre que ces oiseaux de proie font leur nid dans les trous d'arbres, devant lesquels le mâle veille pendant la ponte, l'incubation et le temps de l'éducation des petits. Dans les premiers jours du mois de Novembre, les petits sont assez développés pour quitter le nid; mais n'étant pas encore capables de prendre eux-mêmes leur proie, ce sont les parents qui leur apportent de la nourriture jusqu'à ce qu'ils savent s’en procurer eux-mêmes. Les lieux qu'ils préfèrent sont les immenses plaines défrichées par les indigènes, où ils se posent, quelquefois trois ou quatre ensemble, sur les branches mortes d’un arbre isolé. La cresserelle malgache est pour plusieurs tribus indigènes, surtout pour les Hova’s, un Vouroun-fady, c’est à dire un oiseau sacré. Je n’en citerai qu'un seul exemple. Étant un jour à la chasse dans les environs de Mourounsang (Anaroutsanga), je tuai une de ces cresserelles, lorsque un fermier Hova vint à ma rencontre en me disant que j'avais commis un sacrilége en tuant, comme il disait, ce Vouroun-fady. Il me priait de le lui abandonner, afin de l'enterrer dans un lieu sacré. J'hésistai d'autant moins à le lui céder que le bec de l'oiseau avait été brisé par le coup de fusil. Le bonhomme, accompagné d’un esclave portant des cannes à sucre, et heureux de pouvoir emporter l’oiseau sacré, tâcha d'exprimer sa gratitude en m'offrant la moitié du fardeau. J'ai par contre observé que cet oiseau n’est pas sacré chez les Antancars, les Betsimsaracs et les Sakalaves du Nord.