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H. ÉTUDES. — SC. NAT. NXVI. 9. — ART. N

communs des mers polaires du sud, ilne descend guère en été au delà du cercle antarctique (1), et1l paraîtme se montrer en aucune saison ni en Australie ni à Kerguelen, ni au cap de Bonne-Espérance. I varie beaucoup quant à la taille, mais il ne présente d’ailleurs aucune différence notable, quelle que soil sa provenance (2).

Le Pérrez pAMIER (3) ou Pigeon du Cap (Procellaria Capensis), dont les ornithologistes modernes forment un genre particulier sous le nom de Daption (4), n’est pas moins caractérislique de la faune antarctique (5). Ses principales stations de reproduction paraissent être situées toutes au delà du cercle glacial, et, dans les parties les plus reculées de l'océan crrcompolaire du sud, où les jeunes oiseaux de cette espèce ont été rencontrés en nombre incalculable.

Ainsi le savant marin dont j'ai déjà cité si souvent les observations, James Ross, a remarqué de crandes bandes de ces jeunes oiseaux venant tournoyer autour de son navire près de la terre Victoria (6), et les myriades d’émigrants qu'il a vu arri-

(41) Ross, op. cil., t. II, p. 415.

(2) Schlegel, op. cit., Procellariæ, p. 16.

(3) Feuillée, Journal d'observations, p. 211.

__ Buffon, Oiseauæ, t. IX, p. 304. — Planches enluminées, n° 964.

__ Brisson, Ornithologie, t. VE, p. 146. x

__ Procellaria Capensis Liuné (Syslema nature, édit. X, t. I, p. 213).

(4) Le nom de Daption a été proposé, en 1825, par Stephens, et il est adopté aujourd’hui par la plupart des auteurs, mais en y assignant des valeurs très différentes. Ainsi, le prince Charles Bonaparte ne l’applique qu'à l'espèce dont il est ici question (Conspectus, t. I, p. 188), tandis que M. Schlegel l’emploie pour désigner un groupe comprenant tous les Procellariens qui ont 1° le bec d’un noir intense et uniforme, court, mais robuste et comprimé ; 2° la première rémige dépassant les autres; 3° la queue plus ou moins arrondie, rarement eunéiforme ; 4° la jambe emplumée jusque près du talon ; 5° les narines séparées par une mince cloison (Schlegel, Muséum des Pays-Bas, Procellariæ, p. 8). Ce groupe correspond à peu près à la division des Æstreliens dans le système de classification de M. E. Coues (General Review of the Family Procellariidæ. Proc. of the Acad. of Philadelphia, 1864 et 1866).

(5) Voyez la carte n° 4, où cette espèce est désignée par le n° 10.

(6) Ross, Narralive, 1. 1, p. 192.

ver en pleine mer du sud et passer au-dessus de sa tête au N. 0. de la terre Adélie paraissaient être aussi de jeunes Pétrels du Cap (1). Wilkes à remarqué aussi l'abondance de ces oiseaux par le 64° degré de latitude sud, près du continent qui porte son nom (2). Enfin, les matelots du Beagle ont affirmé à M. Darwin que cet oiseau niche à la Géorgie australe (5). Ge

LA

Pétrel se plaît également sur le littoral tempéré du sud de l'Australie (4) et sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (5); parfois 1l arrive à l’île Saint-Paul (6), et M. Hooker a constaté qu'il se reproduit à Kerguelen, station où il n’est pas rare (7). Dans la partie orientale de l'océan Pacifique, il atteint jusqu’à la zone intertropicale au voisinage de Callao, par 49° de latitude australe (8). Gette espèce est commune entre l'Australie (9) et le cap de Bonne-Espérance (10), ainsi que plus loin vers l'embouchure de la Plata (11), et même dans le voisinage de Rio-Janeiro (12). Mais dans ces parages elle ne s’avance pas aussi loin vers l'Équateur que dans la partie de l’océan Pacifique voisine de l'Amérique (13), et cette différence

(1) Ge sont ces grandes volées d'oiseaux dont j'ai déjà parlé, voy. 1r° partie, p. 21.

(2) Wilkes, Exploring expedition ; narrative, t. IL. p. 345.

(3) Darwin, Zool. of the Voyage of the Beagle. Birds, p. 141.

(#) Gould, Birds of Australia, t. VI, pl. 53.

(5} Buller, Birds of New-Zealand.

(6) Velain, Thèse, p. 49.

(7) Ge naturaliste a noté ce fait pendant son voyage avec le capitaine Ross; mais ses observations à ce sujet n’ont été confirmées ni par les membres de l’expédition anglaise, qui plus récemment a séjourné à Kerguelen pendant plusieurs mois, ni par les zoologistes de lExpédition astronomique américaine (voy. Sharpe, op. cit., p. 118, et Coues, loc. cit.). Hutton assure qu'ils ne nichent pas dans l’île du Prince-Édouard (Ibis, 1865, p. 287).

(8) Cassin, United States Exploring Erpedition. Birds. p. 416.

(9) Bennett, Gatherings of a naturalist, p. 90. |

(10) Layard, Birds of South Africa, p. 361.

(11) King, Narrative of the Voyage of the Adventure and Beagle, 1.4, p. 541.

(12) Pelzeln, Novara, Vôgel, p. 145.

(13) Hutton, d'après ses observations personnelles, y assigne pour limite septentrionale le 27° degré de latitude sud (the Ibis, 1865, p. 288); mais M. Darwin a vu cette espèce sur les côtes du Pérou entre le 16° et le 17° degré de latitude sud (voy. Voyage of the Beagle, Zool., t. I, p. 140).

dans la limite ordinaire de sesexcursions vers le nord me parait devoir être attribuée à la direction des lignes isothermes dans l'hémisphère sud. En effet, le Pétrel du Cap est un oiseau des régions froi «es qui dans les mers tempérées fait tout le tour du globe, mais qui ne fréquente nulle part les mers très chaudes ; or, le grand courant tropical, qui après avoir traversé l'Atlantique sous l'équateur rencontre les côtes du Brésil, se divise là en deux branches, dont l’une va former le Gulf-Stream, et l’autre se termine vers le sud en suivant les côtes de l’'Uruguay. Dans ces parages, la limite thermique entre les mers chaudes de la zone tropicale et les mers tempérées de l'hémisphère austral se trouve ainsi portée entre le 20° et le 23° degré de latitude sud. Mais sur le littoral opposé du continent américain, les choses ne se passent pas de la même manière, et ainsi que j'ai déjà eu l’occasion de le rappeler, un courant froid venant des glaces circompolaires antarctiques, court vers le nord et rafraichit la mer, les terres adjacentes et l'atmosphère jusque sous l'équateur. Il en résulte que dans cette partie de l'océan Pacifique, la ligne isothermale, qui dans l'Atlantique se recourbe vers le sud jusqu’au 23° parallèle, passe au nord des îles Galapagos et atteint même l'hémisphère boréal; or, ces différences dans le climat océanique à l’estet à l’ouest de l'Amérique méridionale coincident exactement avec les différences qui existent dans l’extension de la région fréquentée par le Pétrel Damier et me semblent en donner une explication plausible.

Plusieurs autres Procellariens appartenant comme le Pétrel damier au groupe des Daptions, tel que M. Schlegel délimile ce sous-genre, et à la section des ÆsTRELIENS de M. E. Coues, babitent également Kerguelen. De ce nombre est le Procellaria inæxpectata de Forster (1), appelé plus communément aujourd'hui Procellaria mollis (2) ou Æstrelata mol-

(1) Forster, Descripliones animalium, p. 204. (2) Gould, Annals of Natural history, t. AH, p. 2635. — Birds of Australia, t. VI, pl. 50.

— Schlegel, op. cit. (Procellariæ), p. 11.

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 13 lis (1). Gette espèce fréquente aussi les parages des îles Saint-Paul (2) et d’autres parties de l'océan Indien austral vers le 44° degré de latitude sud (3) ; on la trouve aussi sur Les côtes de la Nouvelle-Zélande (4). Dans l'océan Atlantique elle est commune entre le 20° etle 50° parallèle sud (9), et elle fréquente aussi les mers antarctiques (6).

Les nids de ces oiseaux ont été observés à Kerguelen et ressemblent à ceux de FAdamastor typus ; 11s sont placés dans des terriers profonds (7).

Le Pétrel à petit bec (Procellaria brevirostris) de Lesson (8), rapporté par erreur au Procellaria grisea de Linné par Kuh1(9), et appelé récemment Æstrelata Kidderi par M. E. Coues (10), niche à Kerguelen(11) et a été observé à Tristan d’Acunha (12).

Le Pétrel de Lesson, trouvé par Garnot dans les parages du cap Hornet dans la partie sud de l'océan Pacifique (13), ne parait pas devoir être distingué du Procellaria leucocephala, découvert par Forster dans le voisinage de l'Australie (14) et

(1) Elliott-Coues, op. cit. (Proceed. of the Acad. of Philadelphia, 1866, p. 150.

— Gray, Handbook, t. IE, p. 453.

— Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosoph. Transac., t. GLXVIIT, p. 128). Dans le système ornithologique du prince Ch. Bonaparte, ce Pétrel prend le nom de Cookilaria mollis (Conspectus, t. 11 p. 190).

(2) Pelzeln, Novara, Vôügel, p.146.

(3) Macgillivray, loc. cit., p. 127. Voy. Sharpe.

(4) Sharpe, loc. cit., p. 127.

(5) Gould, Birds of Australia, t. VI, pl. 50.

(6) Procellaria qularis Peale United states enpioringenpeits Birds, p. 110).

(1) Sharpe, loc. cit., p. 127.

(8) Lesson, Traile d'ornithologie, p. 0611.

(9) Kubhl, op. cit. (Beiträge, t. IH, p. 144).

(10) Elliott-Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U. S. National Muséum, n° 2, p. 28).

(11) Sharpe, op. cit. (Philosoph. Transac., t. GLXVIIT, p. 124).

(12) Voy. Sharpe, loc. cit., p. 125.

(13) Procellaria Lessoni Garnot. Remarques sur la zoologie des îles Malouines (Annales des sciences naturelles, 1826, t. VII, p. 54, pl. 4).

(14) Cette espèce n’a été publiée qu’en 1844 (Forster, Descriptiones anima lium, p. 206).

— Procellaria Lessoni Gould (Birds of Australia, t. VI, pl. 49). Æstrelata L'isoni Cassin (Proc. Acad. Philadelphia, 1862, p. 327; 1866, p. 142.)

observé aussi sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (1); on doit aussi y rapporter une des espèces qui fréquentent Kerguelen etqui nichent dans cette ile (2). Dans l’est de l’océan Pacitique, sa présence à été constatée sous le 33° degré de latitude sud (3). Enfin, il visite aussi les parages du cap de Bonne-Espérance (4).

Le groupe naturel des Daptioniens et des Æstreliens compte aussi dans la région antarctique le Procellariu Cookii, qui n’est pas rare sur les côtes de la Nouvelle-Zélande (9).

L'expédition américaine commandée par Wilkes en a constaté l'existence vers le 68° degré de latitude sud (6), et Mac Cormick cite cet oiseau parmi ceux qu’il rencontra pendant sa traversée de l'ile Campbell à la terre Victoria (7). M. Gould a décrit sous le nom de Procellaria leucoptera des individus de cette espèce qui provenaient de la côte orientale de l’Australie (8). Enfin, le prince Charles Bonaparte a cru utile d’en former un genre particulier sous le nom de Cookilaria (9) et d’en séparer spécifiquement les individus dont le plumage est un ton moins foncé que d'ordinaire. Get auteur réserve à ces dérhiers le nom de Cookilaria velox; mais ces distinctions ne reposent sur aucune base solide, et les ornithologistes qui, dans ces dernières années, ont étudié d’une manière approfondie la famille des Procellariens, s'accordent à ne pas admettre la nouvelle division générique proposée par Ch. Bonaparte.

(1) Buller, Birds of New-Zealand, p. 305.

(@) Æstrelata Lessoni, Elliott-Coues, Natural history of Kerquelen : Ornithology, p. 27 (Bulletin of the U. S. national Museum, n° 2).

(3) Pelzeln, Novara, Vôgel, p. 145.

(4) Cassin, Catalogue of Birds (Journal of the Acad. of Philadelphia, 1862, p. 927).

(5) Gray, Diffenbach, Travels in New-Zealand, t. W, p. 199.

— Buller, Birds of New-Zealand, p. 309.

(6) Cassin, United States Exploring eæpedition. Birds, p. 414.

(7) Ross, 0p. cit., t. 1, p. 415.

(8) Gould, Birds from Australia (Proceedings of the Zoological Society, 1844, p. 57).

(9) Ch. Bonaparte, Conspectus Avium, t. 11, p. 190. Æstrelala Cookii, Elliott-Coues (Proceed. of the Acad. of Philadelphia, 1866, p. 152).

Les PrroNs ou Pétrels bleus occupent également une place importante dans la faune antarctique. Un de ces Oiseaux qui, dans les systèmes ornithologiques les plus récents, constitue le genre HOLOBÆNA (1), a été remarqué par Ross dans le voisinage des glaces circompolaires par 60 degrés de latitude sud et environ 158 degrés de longitude ouest du méridien de Paris (2). Le capitaine Cook Pa vu presque chaque jour pendant sa navigation dans le sud de l'océan Pacifique (3), et son compagnon de voyage Forster nous apprend qu'il commenca à le rencontrer vers le 58° degré de latitude sud (4). M. Gould en à constaté l’existence en nombre considérable sur les côtes de la Tasmanie, de l'Australie orientale et de la Nouvelle- Zélande, au cap Horn et au sud de locéan Atlantique, près de Tristan d’Acunha (5). Enfin ce Pétrel bleu fréquente aussi les parages du cap de Bonne-Espérance (6).

Les navigateurs ont souvent confondu, avec ce Pétrel bleu, une espèce de même couleur (7) qui en diffère par diverses particularités de conformation (8), et qui est désignée par les ornithologistes sous le nom de Prion vittatus (9). On n’est que peu renseigné relativement aux stations de reproduction de

(1) Is. Geoffroy, 1836.

— Bonaparte, Conspectus Avium, €. I, p. 193.

— Elliott-Coues, Proceedings Acad. of Philadelphia, 1866, p. 162.

(2) Ross, Voyage, t. I, p. 69.

(3) Voyage dans l'hémisphère austral en 1772, ete., t. [, p. 285.

(4) Forster en parle sous le nom de White edged silvery Pétrel ou de Procellaria similis (Descript. animalium, p. 59).

(5) Gould, Birds of Australia, t. VA, pl. 52.

(6) Procellaria Forskäli Smith (Uust. South Africa Zool. Aves, pl. 55).

— Procellaria Cærulea Layard (Birds of South Africa, p. 561).

(7) The blue Petrel Forster (Voyage, t. I, p. 91 et 155).

(8) Notamment par l’élargissement de la base du bec, caractère qui la fait désigner par Bonaterre sous le nom de Procellaria latirostris (Tableau encyclopédique, Ornithologie, t. K, p. 81).

(6) Procelluria viltata Gmelin (Linné, Systema naturæ, édit. AH, €. 1, p. 560).

— Prion vittaius Yacépède, op. cit. (Mémoires de l'Institut, 1800, p. 514).

16 ALPH. MIELND LDWARDS.

cet Oiseau; mais, d’après les indications de quelques marins, on pense qu'il niche dans File Landfall, prèssde la côte ouest de la Terre de Feu (1). M. Lantz et M. Velain ont trouvé des œufs de ce Prion à l’île Saint-Paul (2). Il fréquente lile Campbell (3), l'ile Auckland (4), Pile Stewart (5), la côte est de la Nouvelle-Zélande (6), l'ile Pitt (7), les côtes de la Tasmanie (8), Kerguelen (9), et souvent on le trouve jusqu’à l'ile de Ja Réunion et à Madagascar (10). M. Sharpe a constaté récemment quele Prion Banksi de Gould (11) ne diffère pas spécifiquement du Prion vittatus (12). Cette variété ou race avait été signalée au cap de Bonne-Espérance, à Natal (13), à la Nouvelle-Zélande (14) et à l'ile Auckland (15). Mais on remarque, chez ces Oiseaux, de nombreuses variations dans la conformation du bec, et il est probable que ces modifications correspondent en partie à des races locales différentes (46); mais nos Musées ne possèdent pas assez de spécimens de ce

(1) Darwin, Zoology of the Voyage of the Beagle, Birds, p. 141.7

(2) Collections du Muséum faites en 1874 par l'expédition astronomique du passage de Vénus.

— Macgillivray, d’après Buller, Birds of New-Zealand, p. 312.

(3) Ross, op. cit., t. Il, p. 415.

(4) Gray, List of Birds of New-Zealand and adjacent Islands (the Ibis, 1862, p. 247).

(5) Collections faites par M. Filhol.

(6) Gray, List of Birds (Diffenbach, Travels in New-Zealand, t. W, p. 200).

— Buller, Birds of New-Zealand, p. 312.

(7) H. Travers, d’après Buller, op. cit., p. 312.

(8) Gould, Birds of Australia, t. VIE, p. 55.

(9) Sharpe, Birds of Kerguelen (Philosoph. Transact., t. CLXVIII. p. 135).

(10) Pollen, Faune de Madagascar. Oiseaux, p. 144. 4

— Hartlaub, Die Vogel Madagascars, 1877, p. 376.

— Collections faites à Madagascar par M. A. Grandidier.

(11) Gould, Annals and Mag. of natural history, t. XI, p. 366.

(12) Sharpe, loc. cit. (Philosoph. Trans., t. CLXVIIL, p. 135).

(13) Pachyptila Banksi Smith (Zool. South Africa, pl. 55).

— Layard, Birds of South Africa, p. 362.

(14) Buller, Birds of New-Zealand, p. 311.

(15) Gray, List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1862, p. 247).

(16) M. Sharpe a figuré une série de becs de ces Prions dont les uns sont étroits, les autres de plus en plus larges (loc, cit., pl. VIE, fig. 5-6).

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 13 Lvpe pour que l’on puisse rien préciser à cet égard. On peut affirmer cependant que le même Oiseau a été appelé Procellaria Forsteri par Latham (1), Pachyptila Forsteri par Stephens, Lesson et quelques autres ornithologisies (2), Prion magnirostris par Gray (3), et Prion australis par Potts (4).

Le Procellaria desolata de Gmelin (5), rencontré à Kerouelen par les compagnons du capitaine Cook (6), et retrouvé récemment dans la même localité par les naturalistes des expéditions astronomiques (7), paraît appartenir au groupe des Prions (8) ; il niche dans les mêmes stations que le Procelluria cœrulea et dépose ses œufs au fond de véritables terriers.

Le Prion turtur de Forster (9) ne doit probablement pas être distingué spécifiquement de l’espèce précédente. I à été très bien figuré par Gould, d’après des exemplaires provenant des côtes de la Tasmanie (10) et par Smith, d’après un individu pris au cap de Bonne-Espérance (11); sa présence a aussi été signalée à Maurice (19).

Enfin M. Sharpe a constaté récemment (13) que les petits

(1) Indian Ornithology, t. , p. 827.

(2) Stephens, General Zoology, t. XII, p. 251.

— Lesson, Traité d'ornithologie, p. 613.

— Jardine et Selby, Hlust. Ornith., t. I, pl. 47.

— Swainson, Classification of Birds, t. I, p. 374.

(3) Gray, Handlist, 1. UE, p. 108.

(4) Potts, Notes on «a supposed new species of Prion (the Ibis, 1873, p. 85).

(9) Gmelin, Systema nature, édit. XIII, t. F, p. 562.

— Kubhl, op. cil., Beiträge, t. I, p. 145, pl. IL fig. 8.

(6) The brown banded Petrel de Banks; Latham, Genera, t. I, p. 409.

(7) Kidder et Coues, Birds of Kerguelen (Bulletin of the U. S: national Museum, n° 2).

Sharpe, 0p. cit. (Philosoph. transactions, t. GLXVIIT, p. 138).

(8) Prion desolatus Sharpe (loc. cit., p. 137).

(9) Prion Turtur, Gould (Proceed. of the Zool. Soc., 1837, p. 366).

— Pseudoprion turtur E. Coues, Procellaride (Proceed. Acad. of Philadelphia, 1866, p. 166).

(10) Gould, Birds of Australia, t. NI, pl. 54.

(11) Procellaria Turtur Smith (ustrations of the Zool. of South Africa. Birds, pl. 54).

(12) Hartlaub, Die Vogel Madagascars, p. 371.

(13) Sharpe, op. cit. (Transac. Philosoph., t. CLXVIN, p. 138).

Procellariens, désignés sous les noms de Prion Ariel (4), de Prion brevirostris (2) et de Prion Rossi (3), appartiennent à l’espèce dont Je viens de parler; par conséquent, dans l’océan Atlantique, elle s'étend fort loin vers le nord (4).

LA

Les petits Pétrels à longues pattes, appelés vulgairement Oiseaux des tempêtes, constituent le groupe désigné sous le noin de THALASSIDROMA (5) ou d'OCÉANITES par les auteurs les plus récents (6). Ils sont représentés à Kerguelen par trois espèces qui ne diffèrent guère entre elles que par l'extension plus ou moins grande des parties noires de leur plumage. Ge sont le Procellaria oceanica (7), le Procellarwd tropica (S) et le Procellaria nereis (9).

Le Procellaria où Thalassidroma oceanica (10) ne diffère ouère du Pétrel décrit par divers auteurs sous lé n0m de Procellaria pelagiea (A) et de Thalassidroma Wilsoni (19). 1 à été trouvé, d’une part, très loin vers le sud, près de la terre Louis-

(1) Gould, Annals and Mag. of nat. hist., t. XI, p. 366.

— Birds of Australia, ti. VIT.

— Ch. Bonaparte, Conspectus, t. 11, p. 194.

— Procellaria Ariel Schlegel (op. cit., p. 18).

(2) Gould, Proceed. Zool. Soc., 1855, p. 88, pl. 93.

(3) Bonaparte, Conspectus Avium, 1. I, p. 193.

(4) Le Prion brevirostris de M. Gould à été pris dans le voisinage de Madère.

(5) Vigors, Zool. Journal, 1826, t. IT, p. 405.

(6) Keyserling et Blasius, W irbelthiere Europ., p. 283, 1840.

(7) Kuhl, Beilräge zur kenntniss der Procellarien (Van Hasselt et Kuhl, Beiträge zur vergl. anat., t. I, p. 159).

(8; Gould, Ann. Mag. nat. hist., 1844, t. XII, p. 366.

— Banks, voy. Kuh], op. cil., p. 156.

(9) Gould, Proceed. Zool. Soc., 4840, t. VIE, p. 173.

(10) Ch. Bonaparte, Tableaux (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XLIIL, p. 769).

— Elliott Coues, Procellaridæ (Proceed. of the Acad. of Philadelphia, 1864, p- 82.

(11) Wilson, American ornithology, t. VI, p. 00, pl. 69, fig. 6.

- Ch. Bonaparte (Journ. Philad. Acad., t. 1, p. 231, pl. 9, fig. 2). — Audubon, Birds of America, pl. 311.

(12) Bonaparte, Journal Acad. Philadelphia, à. I, p. 291, pl. 9 ARTICLE N° 2,

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 19 Philippe (4), d'autre part, sur la côte de l’Angleterre (2), ainsi que sur le littoral de l'Amérique du Nord (3), et sa présence a été constatée sur beaucoup de points intermédiaires, notamment sur les côtes du Chili (4), aux atterrages du cap Horn (5) et du cap de Bonne-Espérance (6), ainsi que dans les mers australiennes (7). A Kerguelen, ce Thalassidroma niche dans des localités très différentes (8). M. Abbott pense qu'il couve aux iles Falkland (9), et d’après les témoignages des marins, la Géorgie austraie serait aussi une de ses stations de reproduction (10). Le mème Procellarien fréquente les côtes du Brésil, les Antilles, l'Amérique septentrionale et les mers Britanniques. Enfin le Thalassidroma pelagica, qui ne parait en différer par aucun caractère important, niche sur les côtes de la Provence et de la Bretagne, aux îles Feroé, au Shetland et jusque sur les côtes du Groënland.

Le Procellaria où Thalassidroma tropica niche aussi à Kerguelen (11); il paraît ne pas différer spécifiquement du Pétrel noir et blanc, désigné par Gould sous le nom de Thalussidroma melunogaster (12). Ge dernier à été rencontré en abondance dans le voisinage de l’île Saint-Paul (13), ainsi que sur les côtes de l'Australie, de la Tasmanie, de la Nouvelle-

(4) Voyage d'exploration de’ Ross (voy. Sharpe, op. cit. (Philos. Trans., t. CLXVIIL, p. 132).

(2) Yarrel, British Birds, t. HI.

(3) Wilson, Ch. Bonaparte, Audubon, Cassin, Catalogue of Birds (Journal of the Philadelphia Academy, 1862, p. 327).

(4) Gay, Historia de Chile, Zool., t. I, p. 474.

(5) Gould, Birds of Australia, t. VIE, pl. 69.

(6) Layard, Birds of South Africa, p. 359.

(7) Gould, op. cit., p. 69.

(8) E. Coues, Birds of Kerquelen (Bulletin of the U. St.national Museum, n° 2).

— Sharpe, Burds of Kerquelen (Philosoph. Trans., t. CLXVIL, p.133).

(9) Abbott, Birds of the Faikland Islands (the Ibis, 1861, p. 164).

(10) Darwin, Voyage of the Beagle. Zool., t. HI, p. 141.

(11) Sharpe, op. cil., p. 190.

(12) Gould, Ann. and Mag. of nat. history, 1841, L. XII, p. 300.

— Fregetta melanogastra Ch. Bonaparte, op. cit. (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1856, t. XLIIE, p. 769).

— Gould, Birds of Australia, t. VI, pl. 63.

(13) Gould, op. cit., 1. VI, pl. 62.

Zélande, des îles Chatham (1) de Pile Norfolk (2) et du Chili (3). On connait également des exemplaires du Thalassidroma tropica, qui proviennent du sud de l’océan Atlantique (4), et cet Oiseau s’y étend jusque dans le voisinage de l'Équateur (5). M. Sharpe, qui a étudié récemment avec beaucoup de soin les Procellariens des mers du Sud, pense que l'Oceanites leucogastra est probablement aussi une variété individuelle de la même espèce (6).

Le Procellaria où Thalassidroma nereis de Gould (7) niche à Kerguelen dans les mêmes conditions que l'espèce précédente (8) à laquelle 1l ressemble beaucoup. Il est commun dans le détroit de Bass et dans les parages de la Nouvelle- Zélande (9), de l'ile Philippe et de Pile Norfolk (10), enfin 1l se montre aux îles Falkland (11). I ne présente d'ailleurs aucune particularité qui mérite de nous arrêter 101.

Le Pétrel plongeur de Forster (12) ou Procellaria urinatrix de Gmelin (13), dont Lacépède a formé le genre PÉLÉCA- Noipes (14), division qui, dans lesystème d’Illiger, a reçu ensuite

(1) Buller, Birds of New-Zeuland, p. 319.

(2) Gray, List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1861, p. 245).

(3) D'Orbigny. Voy. Schlegel, op. cit., p. 6.

(4) Sharpe, op. cit. (Trans. Philosoph., t. CLXVIIE, p. 132).

(5) Gould, Introduction to the Birds of Australia, 1848, p. 119.

(6) Sharpe, Birds of Kerquelen (Trans. Philosoph., t. CEXVIIE, p. 151).

(7) Thalassidroma n 2reis, Gould, Proceed. Zool. Soc., 1840, p. 178.

— Procellaria nerers Ch. Bonaparte (Conspectus, t. IL, p. 196).

— E. Coues, Procee 1. of the Acad. of Philadelphia, 1864, p. 81.

(8) E. Coues, Birds of Kerquelen (Bulletin of the U, St. national Museum, n°2, p. 32. Sharpe, 07 . cit. (Philosoph. Trans.,t. CLAVII, p. 129).

(9) Gould, Birds of Australia.

(10) List of Birds of New-Zealand and the adjacent Islands (the Ibis, 1862, p. 245).

(11) Abbott, Bèrds of the Falkland-Islands (the Ibis, 1861, p. 164).

(12) Voyage, t. 1, p. 185. — Latham, Gen. syst., t. I, p. 415.

(13) Linn, Syst. nat., édit. XI, € EH, p. 500.

(14) Lacépède, Nouvelle table méthodique de la classe des Oiseaux (Mém. de l'Institut, 1801, t. 1, p. 517).

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 21 je viens de parler, par l'absence du pouce plus ou moins rudimentaire, dont le pied de ces oiseaux est armé d'ordinaire, et par quelques autres caractères de moindre valeur. Ge type avien appartient exclusivement à la région australe et y est représenté par trois formes qui ne sont que des races locales, ou peut-être des variétés d'âge seulement. Elles ne se distinguent guère entre elles que par la taille, mais la plupart des auteurs les considèrent néanmoins comme constituant autant d'espèces particulières, savoir : le Pelecanoides urinatrix (2), le Pelecanoides Garnoti (3), le Pelecanoides Berardi (4). Mais M. Kidder a révoqué en doute la validité de ces distinctons (5), et M. Sharpe, après avoir étudié très attentivement un nombre considérable d'exemplaires provenant de diverses localités, partage presque complètement l'opinion de l’ornithologiste américain. D’après ce dernier auteur, le P. Berardi ne serait que le jeune: du P. urinatrix, et le P. Garnoti serait une race caractérisée par sa forte taille. Quoi qu’il en soit à cet égard, les Pelecanoïdes nichent à Kerguelen dans des terriers, et fréquemment aussi aux îles Crozet (6). Ils sont très communs près des côtes de la Tasmanie (7), de la Nouvelle- Zélande (8) et de l'ile Auckland (9). Ils visitent aussi les côtes du Ghili (10) et même du Pérou (11). M. Gould en a ren-

le nom d’Halodroma (4), diffère des divers Procellariens, dont

(1) Iliger, Prodomus systematis mammalium et avium, p. 274, 1811.

(2) Procellaria urinatrix Gmelin.

Procellaria tridactyla — Forster (Descript. animal., p. 149).

(3) Puffinaria Garnoti Lesson (Voyage de la « Coquille », pl. 46).

(4) Quoy et Gaymard, Voyage de l « Uranie », p. 135, pl. 37.

— Temmink, Planches coloriées, 517.

(©) Elliott-Coues et Kidder, Birds of Kerguelen (Bull. of the U. S. nut. Museum, n° 2, p. 56.

(6) Sharpe, loc. cit., p. 118.

(7) Gould, Birds of Australia, t. VIE, pl. 60,

(8) Buller, Birds of New-Zealand, p. 313.

(9) Gray, Handlist, t. WII, p. 102.

(10) P. Garnoti Gray (Handlist, t. IX, p. 102).

(41) L'individu type du Pelecanoides urinatrix de T'acépède provient de cette côte et se trouve dans la collection ornithologique du Muséum.

22 ALPH. MiLNE EDWARDS.

contré beaucoup dans les parages du cap Horn, et il n'a pu découvrir entre ces exemplaires et ceux prevenant de la réoion australienne aucune différence notable (1). C’est dans le détroit de Magellan et aux iles Falkland que Quoy et Gaymard ont trouvé les individus de pette taille auxquels ils donnent le nom de Pelecanoides Berardi (2). Get oiseau paraît y nicher (3), et c'est aussi à Falkland que fut trouvé lexemplaire du Pelecanoides Garnoti décrit par Lesson (4).

En résumé, nous voyons que la faune antarctique est très riche en Procellariens et que la plupart des espèces ou races propres à la région boréale s’y trouvent représentées approximativement, tandis que beaucoup d'espèces bien caractérisées qui ont pour patrie la zone australe, n’ont pas d’analogues sur d’autres parties du globe. M. Hutton, a qui l’on doit beaucoup d'observations intéressantes sur les oiseaux Pélagiens de lhémisphère sud, a depuis longtemps appelé l'attention des naturalistes sur ces faits, et 1l ne tire cette conclusion : que probablement le type avien, dont dérivent tous ces Palmipèdes, est originaire des régions australes, et que c’est par émigration de cette partie du globe vers le nord qu'ils sont arrivés dans nos mers (5). Je suis assez disposé à partager son opinion à ce sujet, mais pour trancher cette question il faudrait faire de tous les Procellariens une étude comparative très approfondie, et les grands musées de l'Europe ne possèdent pas, en ce moment, des matériaux suffisants pour que l’on puisse exécuter ce travail d’une manière salsfaisante.

(4) Gould; loc. cit.

(2) Quoy et Gaymard, op. cit., pl. 37.

(3) Abbott, Birds of the Falkland-Islands (Ibis, 1861, p. 164).

(4) L’exemplaire type se trouve dans les galeries du Muséum sous le n° 14498.

(5) Hutton, Notes on some Birds inhabiting thé Southern Océan (the Ibis, 1865, p. 290),

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