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CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

La faune antarctique est peu variée, mais elle est fortement caractérisée. On peut en juger par les récits des marins et par les collections zoologiques déposées par les voyageurs dans les grands musées de Paris, de Londres et de Leyde. Les données que lon possède sur lhistoire naturelle des régions polaires australes sont mème beaucoup moins incomplètes qu’on ne le supposerait au premier abord. Indépendamment des résultats importants acquis à la science par les voyages d’exploration accomplis par Cook et ses compagnons, au nombre desquels il faut citer en première ligne Forster (1); par Baudin, qui avait à son bord deux naturalistes habiles, Péron et

(1) G. Forster, À Voyage round the World in his B. M's Ship RESOLUTION, commanded by Capt. J. Cook, during the years 1772, 1773, 1774 and 1775. 2 vol. in-4°,1777. P. 1.

Forsteri descriptiones animalium in ilinere ad maris Australis terras per annos 1712-74 suscepto observatorum, edidit H. Lichtenstein. In-8°, 1844.

12 ALPH. MIÈNE EDWARDS.

Lesueur (4); par Dumont d'Urville (2), par Wilkes (3), et par James Clark Ross (4), nous possédons de nombreux renseignements précieux recueillis par les chasseurs de Phoques. Plusieurs de ces hardis marins, guidés par des intérêts commerciaux, ont fouillé ces parages dans toutes les directions et ont consigné dans leurs narrations une multitude de faits très-lmportants pour Pétude de Ia zoologie géographique. La plupart de ces observations sont dues à des navigateurs américains. Vers la fin du siècle dernier, Amasa Delano entra dans cette voie de découvertes (5), etil y fut bientôt suivi par Edmond Fanning (6) et par Benjamin Morrell (7). La marine anglaise a fourni aussi son contingent, grâce à James Weddell (8), et à cette liste on aurait dù probablement ajouter un nom français, celui de Kerguelen, si les persécutions injustes dont cet explorateur fut l'objet à son retour en Europe n'étaient venues détourner son attention des résultats scientifiques obtenus par la découverte des terres auxquelles son nom est resté attaché.

La mer, comme chacun sait, occupe la presque totalité de

(1) Voyage et découvertes aux terres australes, rédigé en partie par Péron et continué par Freyeinet. 2 vol. in-4°, 1816.

(2) Voyage au pôle sud sur les corvettes L'ASTROLABE et LA ZELÉE, pendant les années 1837, 1838, 1839, 1840, sous le commandement de Dumont d'Urville.

(3) Narrative of the United States exploring Expedition during the years 1838, 1839, 1840, 1841 and 1842, by Charles Wilkes, Commander of the expedition. 5 vol. in-4° (t. IT, 1844). |

(4) À Voyage of discovery and research in the Southern and Antarctic regions during the years 1833-43, by Captain sir James Ciark Ross. 2 vol. in-8°, 1847.

(5) A. Delano, À Narrative of voyages andtravels in the Northern and Soulhern hemispheres, containing three voyages round the World, together with a Voyage of survey and discovery in the Pacific Ocean and oriental Islands.

Je cite cet ouvrage d’après la seconde édition publiée à Boston, en 1818.

(6) Foyages round the World, with selected sketches of voyages to the South seas, North and South Pacific Ocean, China, elc., performed under the command and agency of the author, ete., by E. Fanning. In-8°, London, 1834.

(7) A Narrative of four voyages in the South sea, North and South Pacific Ocean, Chineese sea, Ethiopic, and Southern Atlantic Ocean, Indian and An- Larctic Ocean, from the years 1822 to 1831, by B. Morrell. In-8°, New-York, 1832.

(8) À Voyage towards the south pole performed in the years 1822-24, conlaining on Examination of the Antarctic sea Lo the Tith degree of latitude, by J. Weddell. In-8°, London, 1825.

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 15 l'immense zone comprise entre les régions tropicales et le cercle olacial antaretique ; versle nord elle est divisée en trois parties par l'Amérique, l'Afrique et l'Australie, et dans les points intermédiaires elle se continue dans l'océan Atlantique, dans la mer des Indes et dans l’océan Pacifique ; de loin en loin elle est jalonnée par quelques ilots, et au sud elle S'avance beaucoup. Des glaces infranchissables ont rendu l'exploration impossible dans la plus grande partie de la région qui avoisine immédiatement le pôle austral, mais sur quelques points on à pu la traverser et atteindre des terres dont l'étendue est considérable et dont la connaissance est importante pour l'étude de la zoologie géographique.

Fort loin au sud de l'Australie, par delà le 66° parallèle, ces terres constituent un continent où un groupe d’iles qui s’étendent de l’est à l’ouest sur une grande longueur. L'une d'elles est la terre Adélie, découverte en 1840 par Dumont d'Urville. Au couchant, elle se relie au continent de Wilkes, qui, à son tour, pourrait bien être en connexion avee la terre d’'Enderby, située à peu près sous le méridien de Madagascar. À lorient, la terre Adélie est contiguë à la terre Victoria, dont la découverte est due à James Clark Ross. La côte de cette dernière contrée, située sous le méridien de la Nouvelle-Zélande, remonte d’abord vers le pôle, puis se dirige à l’est, et parait se prolonger fort loin dans cette direction sous le 78° degré de latitude. Il est probable que, de ce côté, le continent ou archipel antaretique s'étend jusque dans le voismage d’autres terres qui, placées sous le méridien du cap Horn, descendent beaucoup plus bas et semblent conduire de la région polaire à l'archipel feusien ou magellanique et aux iles Falkland. Ce sont la terre d'Alexandre, la terre de Graham, la terre de Palmer, la terre Louis-Philippe, les îles Shetlands australes où Nourvelles- Shetlands du Sud, les Orkneys du Sud.

J'aurai souvent à parler d’une manière collective de ces petits archipels qui, au point de vue géographique, semblent êlre des annexes de l’extrémité australe du continent äméri-

cain, et afin d'éviter les circonlocutions, je les appellerai les terres atlantiques du Sud ou terres antarctiques américaines. Plus loin, à l’est, la mer a été trouvée navigable jusqu à la hauteur du 75° parallèle; mais il importe de noter que, plus au nord, la route entre les îles Falkland et la Nouvelle-Zélande, par l'Océan, est pour ainsi dire Jalonnée par la Géorgie australe, le groupe des iles Sandwich, l’île Bouvet, lile de Tristand’Acunha, le cap de Bonne-Espérance, l'ile du Prince-Édouard, la terre de Kerguelen, les iles Grozet, les iles de Saint-Paul et d'Amsterdam, la Tasmanie, situées à de grandes distances les unes des autres, tandis qu'entre la Nouvelle-Zélande et le cap Horn, on ne rencontre à peine que quelques îlots au milieu d’un vaste Océan qui remonte bien au sud du cerele polaire. Enfin, au sud de la Nouvelle-Zélande, dont Pile Stewart forme l'extrémité australe, on rencontre successivement l'ile Auckland, l'ile Campbell, l'ile Macquarie, l'ile Émeraude, qui semblent relier la première de ces terres au continent antarctique dont j'ai fait choix comme point de départ dans l’énumération que je viens de faire. J’insiste sur ces faits géographiques, parce que j'aurai à les invoquer plus d’une fois dans lexamen des causes auxquelles on peut attribuer le mode actuel de distribution des espèces.

Le climat, sous ces latitudes élevées, est extrêmement rigoureux dansles îles dont je viens de parler. Le froid, tout en s’étendant plus vers la zone équatoriale que dans le voisinage du cercle glacial boréal, est cependant moins intense, circonstance qui s'explique facilement par la prédominance des mers et la grande division des terres dans toute la partie extratropicale de l'hémisphère austral. Les brouillards épais et fréquents diminuent le rayonnement nocturne, et en été les courants froids venant des glaces circompolaires rafraichissent Fair aussi bien que la mer. La température y est donc très égale aux différentes saisons, et elle ne varie même que peu du nord au sud dans la plus grande partie de la zone dont l’étude nous occupe 1cr.

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 15 Dans le voisinage des glaces, la végétation terrestre y esttrès faible, et plus loin, vers le sud, elle paraît manquer complètement; mais, dans les parties tempérées de cette région, elle devient remarquablement abondante, tout en restant peu variée. Un botaniste éminent qui avait accompagné le capitame Ross dans son voyage d'exploration vers le pôle sud, M. le docteur Hooker, en a fait une étude approfondie (1). Il me paraîtrait superflu de rappeler ici les faits enregistrés par ce savant; mais dans plus d’une circonstance j'aurai à signaler l'accord qui se manifeste entre les résultats auxquels il est arrivé et ceux qui se déduisent de l'étude de la faune antarctique. | La végétation sous-marine est des plus abondantes dans presque toutes les parties de la zone comprise entre le 4# degré de latitude S. et les glaces qui entourent le pôle austral. Dans la portion sud-est de l'océan Pacifique, où la profondeur de la mer est énorme, cette végétation parait manquer; mais dans les parties correspondantes à l'océan Atlantique et à l'océan Indien austral, elle est plus vigoureuse que sur tout autre point du globe, et elle constitue un des traits les plus caractéristiques de cette région essentiellement pélagienne. Cette circonstance nous permettra de comprendre comment il se fait que la région antarctique, inhabitable pour les animaux constitués de façon à se nourrir des produits du sol, puisse être peuplée non-seulement d’une multitude d'Invertébrés marins, mais aussi de beaucoup de Vertébrés nageurs ou d'Oiseaux grands voiliers, qui vivent des produits de leur pêche. En effet, nous savons qu: les végétaux possèdent seuls Fa faculté de former de toutes pièces les matières organisables dont la substance de tout être vivant est constituée, et de se nourrir avec de l’eau, de l’acide carbonique, des sels ammoniacaux et d’autres corps appartenant au règne minéral. Ge sont les plantes qui fournissent directement aux animaux les ali-

(1) Flora àntarctica (the Botany of he anta ctic voyage of H. M. discovery Ships EreBus and TERROR en the years 1839-1843), 2 vol: in-4°.

ments plastiques et combustibles dont ces êtres ont besoin pour le développement de leurs organes, ainsi que pour l’entretien de la combustion respiratoire. Par conséquent, dans une grande région où la terre est stérile, comme c’est le cas dans le voisinage du pôle austral, existence d'animaux terrestres ou amphibies doit dépendre de celle d'animaux marins, et l'existence de ces derniers est subordonnée à celle de plantes marines. On comprendra donc que tout en voulant borner mes études à la faune de l'hémisphère austral, Je suis obligé de tenir grand compte de la végétation sous-marine de cette partie du globe, et pour cette raison 11 me semble nécessaire d'entrer dans quelques détails relatifs à la flore pélagienne de l'océan Antarctique.

On sait par les observations de beaucoup de voyageurs, et surtout par les importantes recherches de M. Hooker, que dans diverses parties de la région australe le fond de Ja mer est comparable à un inimense champ de pâturage, ou plutôt à une vaste forêt submergée. Les Algues, après s'être élevées à de crandes hauteurs, se détachent du solet vont flotter à la surface de la mer, sans cesser de vivre, et forment ainsi des amas comparables à ces bancs de Sargasse constitués par le Fucus nalans, et qui recouvrent certaines parties tropicales de Pocéan Atlantique, mais dont l’étendue est beaucoup momdre.

Les marins désignent ces plantes marines australes sous le nom de Kelp; elles consistent essentiellement en deux espèces voisines des Laminaires de nos mers, le Æacrocystis et le Durvillea.

Le Macrocystis est le plus long des végétaux connus; quelques navigateurs assurent en avoir trouvé qui mesuraient plus de 300 mètres, Il y a peut-être dans cette évaluation une cerlaine exagération; mais M. Hooker, dont le témoignage ne saurait être révoqué en doute, nous apprend qu'aux environs des iles Crozel, ses compagnons de voyage purent se procurer un échantillon de cette singulière plante dont la longueur était d'environ 700 pieds, c’est-à-dire plus de 230 mètres. Elle adhère au sol sous-marin par sa base el ne croit que dans des

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 17 eaux médiocrement profondes. Les frondes ne se multiplient que vers sa partie inférieure ; mais celles-ci, sans grossir beaucoup, s’allongent presque indéfiniment, et après être arrivées à la surface de la mer, elles flottent sur l’eau sans se détacher du fond, jusqu’à ce que la traction déterminée par les vagues, ou par la différence de densité entre la substance végétale et le liquide ambiant, détermine leur rupture. Alors elles vont à la dérive, tout en continuant à croître par leur extrémité, S'entremêlent et constituent des bancs flottants d’une immense étendue. Gette Algue gigantesque peut être transportée très loin, et elle occupe de la sorte tout le tour du globe entre les glaces circompolaires australes, le cap de Bonne-Espérance, l'Australie et la partie sud de l'Amérique méridionale. Mais ses principales stations de reproduction sont situées dans Îes mers peu profondes qui avoisinent d’une part Kerguelen et les Crozet; d’autre part le cap Horn et les îles adjacentes, les iles Falkland et les autres îles américaines australes. Aux iles Feugiennes, à Kerguelen et sur quelques autres points, les baies sont tellement encombrées par les débris de ces Fucus entremèlés et roulés par les vagues, que les embarcations ont peine à aborder, et dans les parties de l'océan Austral où les courants forment de grands remous ou circonscrivent des régions calmes, les bancs de Fucus charriés par ces courants s'accumulent sur des espaces d’une étendue parfois immense. Ainsi, depuis le cap de Bonne-Espérance jusque sous le méridien de l'extrémité ouest de l'Australie, entre le 40° degré de latitudeS. et les glaces circompolaires, les Fucus flottants sont si abondants, que les marins donnent à cette partie de l'océan Austral le nom de er de Kelp. On rencontre des bancs analogues un peu à l’est de la Nouvelle-Zélande ; mais entre ce point et le méridien du cap Horn, l'océan Pacifique paraît être stérile, et c’est depuis le cap Horn jusqu'aux Nouvelles-Shetlands australes que le Kelp se montre de nouveau en abondance.

Dans la portion atlantique de l'océan Austral, la limite nord de la région occupée par le Xelp ne dépasse guère le parallèle du cap de Bonne-Espérance. Mais le long de la côte occidentale

ÿ. ÉTUDES. — SC. NAT. XIX. 18. — ART. N° 2.

de F'Amérique, là où le courant de de Humboldt longe le Chili, le Pérou, baigne les Galapagos et s'avance presque à la rencontre du courant en sens contraire qui va du pôle arctique vers l'équateur, le Macrocystis est entraîné plus loi, et il s'étend mème du cercle glacial austral à la région circompolaire boréale,

Jusqu'à ce que M. Hooker eût fait de ces Fucus nageurs une étude approfondie, les botanistes avaient cru devoir les considérer comme constituant plusieurs espèces différentes (1); mais les recherches de ce savant tendent à démontrer que ces distinctions ne sont pas fondées, et ne reposent que sur des particularités de formes offertes par des variétés d’une espèce unique.

Le Durvilleu, qui contribue aussi à la formation des bancs de Kelp, estun Kucus qui ne s’allonge pas comme le Wacrocystes, mais dont les frondes atteignent une grosseur énorme et sont parfois tellement pesantes, qu'un homme vigoureux peut à peine les soulever. Il accompagne partout le Wacrocystis, et il abonde sur les côtes du Chili ainsi qu'aux iles Feugiennes, aux iles Falkland, aux iles Crozet, à Kerguelen, et aux environs de Pextrémité sud de la Nouvelle-Zélande; les courants le portent jusqu'au cap de Bonne-Espérance, mais 11 ne parait pas habiter les côtes du continent afri

D’autres Algues également très remarquables vivent autour des iles dont je viens de citer les noms et servent aussi de refuge aux Mollusques, aux Crustacés et à une multitude d’autres animaux marins. Tels sont les Lessonia, Fucus arborescents dont le tronc, qui a souvent la grosseur de la cuisse d’un homme, atteint plus de 3 mètres de haut el se couvre de branches lerminées par des frondes comparables à des feuilles.

Le nombre des espèces différentes qui appartüennent en propre à la région antarctique est très considérable, et je dois faire observer que parmi ces plantes marines, on rencontre

(1) On en comptiut jusqu'à dix espèces nominales. ANIICLE N° 2.

FAUNE DES RÉGIONS AUSTRALES. 19 des Laminaires qui paraissent ne différer en rien du Laininaria fascia des mers de l'Europe (1).

Tous ces Fucus ne vivent pas dans les eaux profondes; pour prospérer, il leur faut un fond rocheux recouvert d’une couche d’eau dont l'épaisseur ne dépasse guère 24 mètres, et, ainsi que nous le verrons dans une autre partie de ce travail, 1l existe des relations remarquables entre la distribution géographique de ces plantes marines el celle des divers animaux pélagiens dont nous allons nous occuper.

La faune des parties froides de Phémisphère sud présente tout autour du globe une grande uniformité.

Riche en individus, elle est pauvre en espèces ; mais’elle est pourvue d’un nombre considérable de types organiques qu'on ne rencontre pas ailleurs, si ce n’est dans quelques régions adjacentes où ils paraissent s'être étendus. Plusieurs de ces formes zoologiques spéciales sont des plus remarquables; aussi la faune antaretique est-elle, comme je l'ai déjà dit, bien caractérisée, car elle se distingue par l’absence de certains types importants aussi bien que par la possession exclusive de ceux dont je viens de parler. . d

Partout où cette faune est restée pure, les Vertébrés essentiellement terrestres paraissent manquer complètement, ou n’exister qu’en très petit nombre. Ainsi les Mammifères qui ne sont organisés ni pour la natation, ni pour la locomotion aérienne, font défaut dans presque toutes les parties de cette région où l'Homme ne les a pas introduits, et leur absence ne saurait être attribuée, ni au climat, ni au défaut de moyens d'existence. En effet, les Quadrupèdes domestiques qui ont été abandonnés sur divers points de la région antarctique par les navigateurs y sont redevenus sauvages et y ont prospéré d’une manière remarquable. Ainsi, aux iles Falkland, où les marins de Saint-Malo fondèrent en 1769 une petite colonie, mais ne

(1) Hooker, op. cit., t. I, p. 466.

purent se maintenir que peu d'années, par suite de la jalousie inintelligente du gouvernement espagnol, leganimaux domestiques abandonnés par nos compatriotes il y a un siècle ont beaucoup prospéré, grâce à l’absence de l'Homme, et sont devenus assez nombreux pour constituer une ressource alimentaire fort prisée des navigateurs.

La petite ile de Tristan-d’Acunha, isolée au milieu de l'océan Atlantique austral, à mi-chemin entre l'Amérique et le cap de Bonne-Espérance, nourrit des Chèvres que nos navires y ont transportées; ces animaux y sont retournés à l’état sauvage et sont devenus assez nombreux pour être un objet ordmaire de chasse.

Les iles Crozet nous offrent un exemple encore plus remarquable de cette acclimatation facile des Mammifères sur les terres australes, qui primitivement n'étaient habitées par aueun animal de cette classe. En 183%, un marin anglais nommé Dacres déposa sur un de ces îlots déserts, appelé aujourd’hui Pig island, quelques Cochons, et en moims de six ans ces animaux s’y étaient multipliés d’une manière si étonnante, que les chasseurs de Phoques les abattaient non-seulement pour leur nourriture quotidienne, mais pour la confection de salaisons destinées à l’approvisionnement de leurs navires. En 1840, les Cochons étaient devenus si nombreux dans cette ile, qu'au dire des matelots, ils y rendaient le débarquement difficile (4).

Je citerai également à ce sujet ce qui s’est passé à l’île Auckland; mais c’est surtout à la Nouvelle-Zélande que l'introduction des Mammifères a profondément modifié le caractère de la faune, et j'aurai l’occasion de revenir sur ce sujet dans une autre partie de ce travail.

Nous verrons aussi que les Mammifères pélagiens abondent jusque dans les parties les plus reculées de cette région; mais ce sont principalement les Oiseaux qui caractérisent la faune dont l'étude nous occupe ici, et par conséquent j'exposerai d'abord les remarques que suggère la distribution géographique de ces animaux.

(4) Voy. Ross, op. cit.,t. 1, p.53 et 54.

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